LES FUNÉRAILLES D'UNE VIVANTE
c'est le lit funéraire qui attend la Vestale. On a déposé dans ce tombeau quelques provisions : du pain, de l’eau, du lait, de l'huile. Celle qui fut prêtresse de Vesta ne doit pas succomber sous les étreintes de la faim. À sa déesse seule appartient le droit de la faire mourir. Vesta est la même divinité que cette Terre qui recèle le feu dans ses flancs, cette Terre qui est le commun foyer des hommes ! Et la Vestale sera étouffée dans le sein de la déesse qu'elle a trahie..…… Les bourreaux sont remontés. Ils enlèvent l’échelle, comblent de terre la fosse jusqu'a ce que le sol soit uniformément nivelé, puis ils s’en vont... Et rien, pas même une inscription, n’apprendra au passant quel est l'endroit sous lequel a été déposée la victime. Nulle libation funèbre ne sera faite pour honorer les restes de la condamnée. Son nom et sa mémoire doivent périr avec elle ‘.
Ah! si la femme qui donna le jour à la Vestale a pu survivre au supplice de sa fille, de sa fille innocente peut-être, aura-t-elle jamais la force de passer
1. Cependant Plutarque parle de cérémonies funèbres que les prêtres faisaient encore de son temps au lieu où avait été enter rée une Vestale coupable. Questions romaines. Suivant un traducteur de Denys d’'Halicarnasse, l'abbé Bellenger, il s'agissait là « de sacrifices expiatoires qu'on offrait, non pas aux mânes des Vestales, mais aux dieux qu'elles avaient offensés par leurs crimes ». Pour les détails du supplice de ces prêtresses, voir Denys d'Halicarnasse, Ant. rom., 1, xvu, 7; Plutarque, Numa et Questions romaines; Pline le Jeune, Lettres, 1v, 11; Ovide, Fastes, vi, 457-460.
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devant le Campus sceleratus, cette terre maudite qui, après avoir dévoré son enfant, n'offre même pas à la mère un cippe sépulcral devant lequel elle se sente plus près d’une morte chérie?
Quelles heures affreuses devaient se succéder pour la condamnée avant qu'un secourable trépas eût terminé son agonie! Les angoisses de la suffocation, la pensée du châtiment que subissait son complice qui était flagellé et mis à mort; l'absence des parents qu’elle aimait et dont la séparaït pour toujours un tombeau anticipé, tout faisait du supplice de la Vestale la plus épouvantable torture que puisse rêver une imagination en délire.
Ainsi périrent Pinaria, qui subit la première ce supplice, sous le règne de Tarquinl’Ancien ‘; Oppia, dont la faute avait paru appeler sur Rome la vengeance divine qui s'était manifestée par des prodiges, par des troubles civils et la guerre étrangère? ; Urbinia, qui avait particulièrement attiré sur son sexe le courroux des dieux *; Minucia, qui, par l'élégance de sa parure, avait éveillé sur elle le soupçon ‘; une autre enfin dont nous allons parler et dont le souvenir rappelle de tragiques événements.