‹ La femme romaineChapitre 212 sur 313 · LA PATRONNE ET L’AFFRANCHI · texte numérisé non relu

LA PATRONNE ET L’AFFRANCHI

Des patriciennes recoururent à cette faculté afin de pouvoir gouverner à leur aise des époux qui avaient reçu l'empreinte de la servitude. Cependant, s’il faut en croire un texte épigraphique, le mariage de la patronne et de l’affranchi pouvait être heureux. Ici l’affranchi, devenu veuf, parle de sa femme avec un sentiment de vénération où se lisent à la fois l’amour de l'époux et le respect de l’ancien serviteur : «Moi, T. Claudius Hermès, j'ai déposé dans le tombeau de ses pères Claudia... patronne excellente, et de même épouse très-fidèle, avec laquelle j'ai vécu vingt-deux ans, un mois, deux jours, sans aucun sentiment de rivalité, grâce à sa bienveillance dont j'ai recherché le bienfait par ma fidélité et mon estime. Tant que je vivrai, excellente et très-sainte maîtresse, puissé-je demander aux dieux qu'ils accordent aux miens quelque chose -de semblable à ce qui m'est arrivé! Elle vécut quarante-sept ans, un mois, deux jours ‘. »

Nous avons sous les yeux, au Louvre, un cippe sépulcral' qui nous semble avoir contenu les restes d'une affranchie épousée par son patron ; comme les

4. Ti. Claudius Hermes, Claudiam..….. demposui (sic) in locum parentium suorum, patronam optimam, item conjugem fidelissimam, cum qua vixi annis xxut, m.1, d. 1, sine ulla æmulatione, indulgentia ejus cujus beneñcio fide et opinione mihi ad quisivi. Quam diu vixero tu autem, optima domina sanctissima, optarem Deos ut tale exsitum meum aliqui meorum faciat. Vixit annis xxxxv11, im. 1, dieb. 11. Orelli, 3024.

affranchis, elle porte le nom de son ancien maître; et le nom grec qu'elle y joint, vient à l'appui de notre conjecture : « L. Cornélius Émilien, aux dieux mânes de Cornélia Eutychia, épouse très-chère, très-douce, très-rare !. » Ce cippe est décoré d’un bas-relief dont l’ornementation est remarquable : une brebis broute les fleurs contenues dans un vase. Était-ce une image de la douce femme que la mort avait enlevée tandis qu’elle commençait à goûter les fleurs d’une vie naguère opprimée et depuis libre et heureuse?

Les inscriptions que nous venons de citer ne sont que des épitaphes, mais il en est qui sont de véritables oraisons funèbres ; et comme telles, sans doute, elles durent être prononcées au Forum, alors que le convoi de la matrone, suivant les images des ancétres, s’arrêtait sur la place publique ? où un suprême hommage était accordé aussi bien aux humbles vertus de la femme qu’à la gloire du citoyen et à celle du soldat.

Nous aurons plus loin l’occasion de traduire une oraison funèbre qui se rapporte spécialement à une mère de famille. Mais nous allons en analyser ici une autre qui concerne spécialement l’épouse, et

4. D. M. Corneliæ Eutychiæ, L. Cornelius Æmilianus, conjungi carissimæ, dulcissimæ, rarissimæ. Nous avons relevé cette inscription au Louvre, musée des antiques, n° 257.

2. Horace, Épodes, vin; Tacite, Annales, in, 76; Boissier, /a Religion romaine; et plus haut, page 147 et note 1.

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