VEUFS INCONSOLABLES
de Tyr. « On l’appelle heureuse; mais des larmes ont coulé pour l'époux !. »
Abascantius ne voulut pas que ces restes chéris devinssent la proie des flammes; et ce fut sans avoir passé par le bûcher que le corps de Priscille fut déposé dans un tombeau de marbre. Le veuf ne se lassa pas de faire reproduire par la sculpture, limage aimée qu’il avait vue disparaître.
Abascantius avaiteu la force de survivre à son désespoir de veuf. D’autres Romains n'eurent pas ce courage : deux veufs, portant tous deux le nom de Plautius, se donnèrent la mort pour ne point survivre à leurs compagnes. Nous ne savons si le premier vécut dans l’ancienne ou dans la nouvelle période des mœurs romaines; quoi qu'il en fût, le surnom que portait ce Romain, Numida ?, devait se rattacher aux guerres puniques. Quant au deuxième, Plautius, il vécut certainement pendant l’époque dont nous nous occupons maintenant, puisqu'il reçut du Sénat la mission de reconduire en Asie une flotte alliée. Orestilla, sa femme, l’accompagna dans ce long voyage. Elle tomba malade à Tarente, et y mourut. Le corps d'Orestilla fut déposé sur le bûcher; le veuf parfuma la couche funèbre, et, après avoir accompli ce pieux devoir, il se perça de son épée. Alors ses
1. Felicemque-vocant; lacrymas fudere marito. Stace, Silves, V, 1, 221.