LA VEUVE
amis, voulant tout à fait réunir dans la mort ceux qui avaient été si tendrement liés dans la vie, ne prirent même pas le temps de retirer à Plautius sa toge et sa chaussure. Ils placèrent le corps de l’époux auprès du corps de l’épouse, et mirent le feu au bûcher. Une même flamme brûla les deux cadavres qui se confondirent en une même cendre. Au temps de Valère-Maxime, l’on voyait encore à Tarente le tombeau de ces deux époux, et les Grecs appelaient ce monument le tombeau de ceux qui s'aimarent *.
L'histoire nous dira que, par un dévouement analogue à celui de ce prince hindou qui céda à sa fiancée la moitié de sa propre vie ?, le père des Gracques mourut pour que la chère existence de sa femme fût épargnée #. C'était une généreuse revanche du sacrifice que l’Alceste grecque avait consommé en faveur de son époux.
De nobles veuves apparaissent encore à cette époque, dignes de porter dans leurs mains ou dans leurs vêtements les cendres d’un héroïque époux, et de les déposer dans le sépulcre; dignes aussi de cette simple et touchante épitaphe que nous lisons sur la
tombe de l’une d’elles : «A Julia Rénata, la plus sainte