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LES ROMAINES DEVANT LE PÉRIL SOCIAL

grecques et latines, et maniait le rhythme poétique ; elle chantait et dansait avec art, avec un art trop consommé même et peu digne d’une grave matrone. Mais que lui importaient l’estime de ses concitoyens, l'honneur de son époux, le nom de ses enfants! Ce

qu'elle voulait, c’étaient les basses jouissances de la

vie matérielle. Sa fortune et sa vertu avaient été englouties dans le gouffre de ses dissipations. Elle n’était pas seulement devenue la plus vile des courtisanes : elle avait pris le bien d'autrui; et la vie de l’homme n'avait même pas été épargnée par elle !.

L’impureté, le vol et l'assassinat, tels étaient les degrés que l’amour du luxe avait fait franchir à la femme romaine.

Disons néanmoins que quelques matrones seulement trempèrent dans cette conjuration. La découverte de ce complot fit même éprouver à la masse des Romaines ces terreurs que leur causait autrefois l'approche de l'ennemi. Tremblant pour elles et pour leurs enfants, elles surent encore lever au ciel des mains qui n'étaient plus toutes habituées à se tendre vers cette région ?. Et dans la nuit mémorable où les conjurés reçurent la mort, quand les Romains délivrés acclamèrent Cicéron et illuminérent leurs demeures, les femmes, elles aussi, paraissant avec des

1. Salluste, Conjuration de Catilina, xx1v, xxY. 2, Salluste, Catilina, xxx1.

lumières sur les terrasses de leurs maisons, contemplaient avec vénération le libérateur de Rome ‘. Devant les périls qui avaient menacé leur pays et leurs foyers, leur patriotisme et leur foi religieuse avaient eu un soudain réveil.

Ajoutons aussi que les femmes ne furent même étrangères ni à la découverte du complot, ni au chà- | timent des conjurés. Une matrone, de noble naissance, mais de mauvaises mœurs, avait surpris et ébruité le secret de la conjuration. Les révélations de cette femme décidèrent même les Romains à con-

fier à Cicéron, avec le consulat, le salut de leur pays ?.

Cicéron avait auprès de lui une femme énergique, ambitieuse, d’une humeur difficile même, et qui exerçait sur lui l’ascendant que les caractères fermes exercent sur les caractères faibles. C'était sa compagne Térentia. D’après Cicéron lui-même, elle prenait plus de part à la vie politique de son mari qu'elle ne lui en laissait prendre dans leur vie domestique.

Pendant le procès des conjurés, les Vestales offraient à Bona Dea le sacrifice qui, suivant l'usage traditionnel, avait lieu chez la femme du consul. Les prêtresses crurent remarquer un prodige qui leur sembla d'un heureux augure pour la tâche patriotique que venait d'accepter Cicéron. A leur prière,

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