‹ La femme romaineChapitre 250 sur 313 · LA CORNÉLIE DE CORNEILLE · texte numérisé non relu

LA CORNÉLIE DE CORNEILLE

qu'éprouva Cornélie lorsqu'elle vit tomber son époux ; les efforts qu’elle fit pour arrêter la fuite du vaisseau qui l’emportait; la poignante émotion que lui causa de loin la vue du bûcher où se consumaient les restes de Pompée, et dont la fumée, de plus en plus légère, annonçait que le grand homme ne serait bientôt plus qu’un peu de cendre; la farouche et morne douleur où s’ensevelit la veuve, toutes ces images déchirantes ont été dignement retracées par l’auteur de la Pharsale. A cette figure toute féminine, le poëte a néanmoins donné la fièvre de la vengeance. Cornélie en appelle à ses fils pour qu’au nom de leur mère ils soulèvent contre César tous ceux qui, dans le monde romain, ont soif de liberté.

En faisant parler la veuve de Pompée, Corneille s’est plutôt inspiré de son génie que du récit de Plutarque ou même de la Pharsale. Le côté féminin, que l'historien et le poëte avaient fait dominer en Cornélie, disparaît presque tout à fait dans la tragédie française. Si l'influence de Lucain s’y montre, c’est tout au plus dans les souhaits de vengeance que forme Cornélie. Et encore, ce qui, chez l'héroïne de la Pharsale, est le cri d’une douleur passionnée, apparaît, chez l'héroïne de la tragédie française, comme l'expression énergique et calme d’une résolution mûrement prise. La Cornélie de notre théâtre est maîtresse de son âme. Même dans la superbe scène où elle tient dans ses mains l’urne où sont déposées

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