LA CORNÉLIE DE CORNEILLE
les cendres de son mari, elle a dompté sa douleur : c'est moins une épouse qu’une Romaine de grande race qui veut, en vengeant la mort de son mari, rendre à sa patrie la liberté :
Veuve de Pompée, Fille de Scipion, et, pour dire encore plus, Romaine, mon courage est encore au-dessus.
Je te l’ai déjà dit, César, je suis Romaine, Et quoique ta captive, un cœur comme le mien, De peur de s’oublier, ne te demande rien.
Ordonne; et, sans vouloir qu’il tremble, ou s’humilie, Souviens-toi seulement que je suis Cornéliet,
* L'héroïne du tragique français garde à César deux
sentiments : elle lui est reconnaissante d’avoir chàtié les meurtriers de son époux; mais elle n'oublie pas que César a vaincu Pompée et causé indirectement la mort du héros. Cependant elle ne prépare pas sa vengeance dans l'ombre. Loin de là. Lorsque des embûches menacent César à la cour de Ptolémée, c'est elle qui vient lui dire :
..... César, prends garde à ‘toi.
Si je veux ton trépas, c’est en juste ennemie :
Mon époux a des fils; il aura des neveux :
Quand ils te combattront, c’est là que je le veux,
Et qu’une digne main par moi-même animée,
Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée, T'immole noblement et par un digne effort
Aux mânes du héros dont tu venges la mort.