Vie de Salluste, par le président de Brosses
qui ne peut dire non à rien de ce qu’elle commande, qui n'ose rien lui refuser ? Exige-t-elle? il faut donner; appelle-t-elle ? il faut venir; chasse-t-elle? il faut sortir; menace-t-elle? il faut être épouvanté. Moi, en vérité, j'estime que cet homme ne.doit pas être seulement appelé un serviteur; mais le plus mauvais des serviteurs {. »
Cette femme altière semble pourtant avoir aimé Antoine. César, victorieux de l'Espagne, allait revenir à Rome quand le faux bruit de sa mort se répandit. C’est à ce moment si grave où les destinées de Rome peuvent être menacées, c’est alors qu'Antoine se livre à une espièglerie peu opportune. A cette époque il continuait d'entretenir de coupables relations avec la courtisane Cythéris. Il écrit à Fulvie qu'il renonce à cette femme, et que tout l'amour qu'il avait pour celle-ci appartiendra désormais à sa compagne. Un esclave de Marc-Antoine, porteur de cette lettre, se présente dans la nuit à la maison de l’absent. « Qui es-tu? lui demande le portier. — Courrier de Marc ?. » On le conduit auprès de Fulvie. Aussi passionnée dans ses affections que dans ses haines, Fulvie pleure en lisant la lettre de son époux. Alors le messager, se découvrant la tête, se jette au cou de Fulvie : c’est Antoine qui est
4, An ille mihi liber, cui mulier imperat? etc., etc. Cicéron, Paradoxes, Y, 2.
2, Quis tu? À Marco tabellarius. Cicéron, Philippiques, n, 31,
venu surprendre sa femme, et qui, par ce retour imprévu, a jeté la terreur dans Rome et dans l'Italie !.
Cette femme qu'une lettre de repentir fait pleurer, cette femme serait-elle donc sensible ! La voici auprès de son mari, à Brindes. Pourquoi son visage est-il taché de sang? C’est qu’elle vient d'assister à un grand spectacle : trois cents centurions que Marc- Antoine n’a pu enrôler contre Octave ont été massacrés par l’ordre de celui-là. Fulvie était présente à cette exécution, et l’histoire ne nous dit pas que sa figure ait été mouillée par autre chose que le sang des victimes ?. |
Quand le second triumvirat se forme sous les lugubres auspices de la proscription, Fulvie se souvient qu’il lui reste à payer une vieille dette de haine. Elle déteste Cicéron, l'adversaire de deux de ses maris. Peut-être aussi a-t-elle deviné à quel couple pensait l’auteur des Paradoxes quand il flagellait de son mépris l’esclave d’une femme *. À coup sûr, Fulvie, veuve de Clodius assassiné, et veuve aussi de Curion, battu en Afrique par Juba, Fulvie à compris les mordantes paroles de Cicéron, alors que ce dernier prévenait Antoine que le sort de ces deux hommes l’attendait, lui qui avait dans sa maison «ce qui leur avait