Voir M. Beulé, Auguste
3. Heu, miserande puer! si qua fata aspera rumpas, Tu Marcellus eris. Manibus date lilia plenis. . Énéide, V1, 883, 884.
414 LIVIE de douleurs, dont l’image a longtemps arrêté nos sympathiques regards.
Nous avons dit d'après Sénèque que, depuis la mort de Marcellus, la mère du jeune prince haïssait toutes les mères. Livie surtout, la femme d’Auguste, était, suivant le même écrivain, l'objet de cette aversion. Était-ce parce que la sœur d’Auguste voyait de plus prés le bonheur maternel de Livie ? ou bien Octavie pensait-elle, elle aussi, que c'était à l’impératrice qu’elle devait la mort de son enfant?
Livie, la compagne de l'empereur, ou pour mieux dire, l’empereur même! Belle et impénétrable comme une déesse, la voici qui se pose devant nous sous les attributs de Cérès !. Avec une grâce et une majesté souveraines, elle semble répandre sur l’univers prosterné à ses pieds la gerbe d’épis que tient sa main droite. La délicatesse de ses traits s'éloigne du type accentué des Romaines, et cependant c’est bien une vraie matrone que cette femme qui se voile chastement de sa pale. La bouche d’une extrème petitesse, le regard serein et pénétrant, ont une bienveillance et une affabilité étudiées ; mais sous cette expression se devinent, et l'astuce du caractère, et la froideur ou plutôt l’absence du sentiment.
Dans ce beau marbre de Luni, paraît s'être sculptée
1. Voir la belle statue du Louvre dans la salle des empereurs romains.
l'image que Tacite a dessinée en quelques traits : « Par la chasteté domestique, inclinant vers les vieilles mœurs; mais plus aimable qu'on ne l’agréait chez les femmes antiques ; mère tyrannique, épouse facile, unissant fort, aux talents politiques de son mari, la dissimulation de son fils ‘. »
À voir l’impératrice à son foyer, c’est bien la matrone primitive, laborieuse comme la reine Tanaquil, faisant elle-même les vêtements que portera l’empereur ?, et joignant ‘à ces humbles occupations domestiques l’austère vertu que lui reconnaîtra l’historien le moins prévenu en sa faveur. Mais ne nous y trompons pas! Ce n’est pas la vertu qui, chez cette femme, a fait taire l'amour coupable : c’est une autre passion, c’est l'ambition! Cette matrone que paraissent absorber les fils de sa quenouille dévide un écheveau plus inextricable que celui-là : le gouvernement de Rome! Cette sage épouse, cette mère attentive, ne voit dans un mari, dans un fils, que les organes de sa domination; et sices organes sont ou peuvent devenir rebelles, Livie saura les suppri mer par un crime.
Nulle femme plus que Livie ne suivit avec constance une ligne politique, parce que nulle femme moins qu’elle, ne sentit battre son cœur. Par la toute-
1. Sanctitate domus priscum ad moreim, ete. Tacite, Ann., v, !, 2. Suétone, Octave Auguste, LxxuI.
puissance d'Octave, elle fut enlevée à son premier mari alors que, mère d’un fils, elle allait donner un autre enfant à cet époux ‘. Regretta-t-elle son premier hymen? Se souvint-elle que c'était devant les partisans d'Octave qu’au temps de la guerre civile elle fuyait avec son enfant et traversait une forêt dont l'incendie mettait le feu à sa chevelure et à ses vêtements ?? Rougit-elle de mettre au monde, chéz un second époux, le fils de son premier mari encore vivant® L'histoire ne peut nous renseigner à cet | égard © : déjà Livie était impénétrable.
Livie aima-t-elle Auguste? Il est permis de douter que ce cœur froid ait connu la tendresse. Mais Livie vécutavecson mari en bonne intelligence; et, comme un témoignage de cette fidèle union, elle éleva un temple à la Concorde .
Malgré de fréquentes infidélités, Auguste aima toujours Livie 5. À la honte des mœurs impériales, nous devons dire, d’après Suétone, que la chaste Livie ne se borna pas seulement à tolérer les infidélités de son mari, mais qu’elle les favorisa 6. « Épouse facile ’»
1..Tacite,:Annst 10: vel: Suétone, Octave Auguste, Lxn; Tibère, 1Y.