Suétone, Octave Auguste, LXXXIV
qui fut le maître du monde romain. Partout elle le suivit, même en Orient ‘ : il ne pouvait vivre sans elle.
Quelle fut la part de Livie dans les vastes conceptions qui immortalisèrentlerègne d’Auguste? Lorsque le prince réorganisait et unifiait l'empire, lorsqu'il embellissait Rome et protégeait les lettres, dans quelle mesure cédait-il à l'influence de‘sa femme? Les annales sont muettes à ce sujet; elles constatent bien le pouvoir de l’impératrice, mais ne nous montrent l’action de ce pouvoir que dans les intrigues qu'ourdit la princesse pour faire parvenir sa propre famille à la succession impériale. En dehors de ces questions toutes personnelles, nous ne saurions délimiter ce qui, dans l’œuvre d'Auguste, appartient à Livie ; une seule tradition, et encore n'est-elle pas certaine, nous fait assister à une intervention politique de l’impératrice auprès de l’empereur. Après qu'Auguste a eu découvert le complot de Cinna, c'est Livie qui vient lui demander de faire grâce au coupable. Les écrivains qui nous ont conservé la mémoire de ce fait ont bien observé ici le caractère de Livie : elle ne cède pas à une impression de miséricordieuse pitié ; mais elle se laisse guider par une haute pensée politique. Elle sait que les châtiments subis jusqu'alors par les hommes qui ont tramé la
A. Tacite, Ann., in, 34.
mort d'Auguste n’ont pas découragé d’autres conspirateurs. La sévérité est devenue inutile; mais la clémence donnera un plus vif éclat à la gloire impériale. C’est pourquoi Livie conseille au prince la magnanimité !.
Nous pouvons encore rattacher à la vie officielle de l’impératrice le soin qu’elle avait de se rendre populaire :un incendie éclatait-il à Rome, Livie se mêlait courageusement aux travailleurs qui l’éteignaient, et leur donnait des ordres ?.
Quant aux monuments qui furent dus à cette princesse, elle les éleva pour consacrer des souvenirs de son mariage ou de sa maternité %. Ces monuments, qui naquirent d’une pensée d’orgueil, ne nous apprennent donc pas si Livie avait le goût des arts et si elle l’inspira à son époux.
Pour ce qui concerne les relations que put avoir l’impératrice ayec les écrivains de génie ou de talent qui se groupèrent autour d’Auguste, nous remarquerons d’abord que les deux plus illustres chantres de la gloire impériale, Virgile et Horace, ne parlent pas de Livie. Presque tous les poëtes contemporains d'Auguste ont suivi cet exemple. Ovide seul célébra avec un zèle de courtisan les vertus, vraies ou supposées, qu’il attribuait à cette princesse. Exilé, il