Le camée de la Sainte-Chapelle, au Cabinet des médailles
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nous faire assister à l’apothéose d'Auguste. Le fondateur de l’empire s’élance vers les cieux, où l’attendent ses grands ancêtres et le père de Germanicus. Alors déjà, peut-être, Livie songe à envoyer Germanicus dans cette zone éthérée où la gloire des dieux ne gêne pas l’ambition des mortels.
Le triomphateur reçoit le commandement des provinces romaines d'outre-mer. Le gouverneur de la Syrie, Pison, est nommé en même temps pour susciter au jeune prince de graves embarras. Pison est le mari de Plancine, patricienne dont l’illustre race et la fortune accroissent encore l’orgueil de son époux. Plancine a reçu d’Augusta l’ordre de ne pas ménager les humiliations à la fière Agrippine. Pour soulever contre le jeune couple les légions de la Syrie, Plancine pousse l’audace jusqu’à assister aux manœuvres militaires, et à prononcer devant les soldats des discours injurieux pour Germanicus et Agrippine.
En proie à un mal étrange, Germanicus va expirer ; et l’agonisant accuse de sa mort Pison et Plancine, Plancine surtout. Par la joie que manifeste cette dernière en apprenant que le prince a succombé, elle ne dément pas cette accusation d'un mourant. Alors en deuil d’une sœur, elle quitte ses vêtements lugubres pour fêter la mort de Germanicus. Accusée, ainsi que son époux, Plancine rentre fièrement à Rome avec un nombreux cortége. Quand son mari et elle sont jugés, bien que le crime d’empoisonnement
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ait été écarté de l'accusation, et que la révolte de Pison contre son chef soit surtout incriminée, Plancine est toujours regardée par le peuple comme l’empoisonneuse de Germanicus. Et néanmoins, au grand scandale de Rome, l’impératrice reçoit cette femme qui s’est publiquement réjouie de la mort de son petit-fils; l'impératrice obtient que Tibère demande au Sénat la grâce de Plancine! L'empereur s’acquitte de cette mission avec un air confus qui témoigne de la honte qu'il éprouve à jouer un semblable rôle. Aussi ne manque-t-il pas de dire qu'il cède ici au vœu de sa mére.
Plancine continua d’être reçue par l’impératrice. Après la mort d'Augusta, elle vit approcher l'heure du châtiment. Elle la devança en se donnant la mort.
Cette femme avait-elle réellement empoisonné Germanicus? Et si elle l'avait fait, obéissait-elle à Livie ? Où l'histoire doute, nous n’oserions affirmer. Nous remarquerons seulement que ni Augusta ni Tibère n'avaient paru aux funérailles de Germanicus ‘.
Cependant l’impératrice n’osa entrer en lutte ouverte avec la veuve de son petit-fils. Elle retint même une lettre par laquelle Tibère dénonçait au Sénat l'ambition d’Agrippine, et ce ne fut qu'après la mort d'Augusta que ce message parvint à sa destination. Était-ce ou par prudence politique, ou par remords,
1. Tacite, Ann., 1, 33; n, 43, 71, 82; an, 3, 10, 17; vi, 26.
que Livie épargnait la femme qu’elle haïssait? Ou
bien, devant l’aversion de plus en plus complète que . lui témoignait son fils, voulait-elle que la veuve et les enfants de Germanicus fussent toujours une-menace pour Tibère ?
Lorsqu'elle retint la lettre que l'empereur avait écrite au Sénat contre Agrippine, le prince avait abandonné Rome pour l’île de Caprée. D’après l’une des versions auxquelles cet exil volontaire donna lieu, il fut dit que Tibère fuyait dans le siége de l'empire la présence de Livie, cette grande Augusta qui était plus populaire que lui à Rome. En vain se révoltait-il intérieurement contre cette mère impérieuse qui, en dédiant une statue d’Auguste, plaçait son nom avant le nom de son fils : il dévorait en silence cette humiliation. Pouvait-il oublier qu'il devait à Livie ce pouvoir dont elle réclamait une si large part? Et l’eût-il oublié, eût-elle souffert qu'il perdit ainsi la mémoire ? Sans cesse elle rappelait à son fils les bienfaits dont elle l'avait comblé. Néanmoins la jalousie de Tibère l’emporta. Il eut si peur que l'on n’attribuàt à l’impératrice ses desseins politiques, qu'il évita de la voir, et n’eut plus avec elle de longues et mystérieuses conférences. Il eraignit surtout la rivalité d'Augusta, un jour où il vit l'impératrice se mêler bravement, comme autrefois, au peuple et aux soldats pour éteindre un incendie. Il ne lui ménagea plus dès lors l'avis de renoncer aux affaires
publiques, et de se renfermer dans ses attributions féminines. Tels étaient les rapports de Tibère avec Livie quand la princesse vint réclamer de son fils une grâce que, plus d’une fois, elle lui avait vainement demandée : la faveur de faire inscrire sur le tableau des décuries un de ses protégés, déjà honoré du droit de cité. Las de ces sollicitations, l'empereur répondit qu'il s’y rendrait à une condition : c’est qu'il inscrirait en même temps, sur ce tableau, que la grâce qu'il octroyait lui avait été extorquée par sa mère. L’impératrice fut indignée. Elle alla chercher dans le sanctuaire de la maison impériale d'anciennes lettres où Auguste jugeait avec une équitable sévérité le caractère du prince qui lui succéda. Cette révélation fut foudroyante pour Tibère. L'humiliation qu'il éprouva fut si grande que ce fut, dit-on, cette scène qui décida le départ de l'empereur pour Caprée. Ne pouvant lutter victorieusement avec Livie, il se serait retiré, et aurait ainsi abandonné à l’impératrice le séjour de Rome :.
Il ne semble pas que l'éloignement de Tibère ait nui au crédit d'Augusta. Elle vit l’un de ses protégés devenir consul et nous savons qu’elle eut le pouvoir
de retenir une lettre adressée par l’empereur au Sénat ?.
À. Tacite, Ann., 12; 1, 64; 1v, 571; Suétone; Tibèré, L, Lt; Beulé, Tibère et l'héritage d'Auguste.