‹ La femme romaineChapitre 280 sur 313 · Voir plus haut, page 426, note · texte numérisé non relu

Voir plus haut, page 426, note

Quand il le sut, sa colère fut terrible. Il 'exila sa fille ; et, par une lettre adressée au Sénat, il dévoila la honte de sa maison. Plus calme, il regretta d'avoir ainsi publié son déshonneur. Mais il demeura inflexible dans son ressentiment; et la pensée de tuer la coupable traversa même son esprit. L’affranchie Phoœbé, complice de Julie, s'étant pendue, Auguste déplora qu'il ne fût pas le père de Phœbé. L’exil de la princesse fut des plus rigoureux; elle ne put recevoir aucun homme dont le signalement n'aurait pas été envoyé préalablement à l'empereur.

Auguste avait été atteint au cœur. Il sentait si vivement l’ignominie dont le couvrait sa fille, que pen-

dant longtemps il fuit le monde. Lorsque le peuple

le suppliait de pardonner à la coupable, il jetait aux Romains une parole pleine de colère et de désespoir : il leur souhaitait de pareilles filles et de pareilles femmes.

Comment l’exilée accepta-t-elle son malheur? Follement éprise du monde, douée d’un’ esprit qui, au moindre choc d'idées, devait lancer l’étincelle, comment cette femme supporta-t-elle non pas seulement l'exil, mais la solitude? Seule en face de sa conscience, se repentit-elle? Se cramponna-t-elle, comme à une ancre de salut, aux purifiantes émotions de l'amour maternel? Ah! s’il en fut ainsi, quels nouveaux supplices durent la torturer! La mort de deux de ses fils, ces victimes de Livie; l’exil de Julie, celle

de ses filles qui avait reçu en partage la dépravation maternelle, voilà ce que l’exilée apprenait de ses enfants, sous le règne de son père.

Auguste avait cependant adouci l’exil de sa fille en Jui faisant quitter, pour Rhéges, l'ile de Pandatéria. Mais Auguste mourut, et Tibère lui succéda; Tibère, l'époux de Julie; l'époux qu’elle avait d’abord aimé, puis méprisé et trahi. On sait que le premier acte du nouveau règne fut le meurtre d’Agrippa, le dernier fils de Julie. Ainsi croulait la suprême espérance de l'exilée. Enfin, après avoir subi le châtiment que lui

avaitinflige son père, Julie eut à souffrir la vengeance de l’homme qui avait été son mari, et cet homme était Tibère ! Bannie de son nouveau séjour, privée de la pension et du pécule que lui avait laissés son père, et que Tibère lui-même cependant avait autrefois

prié Auguste de lui conserver, la fille des Césars périt de misère et de faim !. Son exil avait duré trente-cinq ans. L’héritière de ses passions et de ses malheurs, sa fille Julie, mourut quatorze ans après, et ne vit se terminer qu'ainsi un bannissement de vingt années ?. Par son testament, Auguste n'avait désigné les deux Julie que pour interdire à leurs cendres l'entrée de son tombeau *.

/ 1. Tacite, Ann., 1, sa. 1, 24; Suétone, Octave Auguste, LXY; Tibère, vu, x1, L; Beulé, Auguste.

Page 1