PERPÉTUELLE MINORITÉ DE LA ROMAINE
les Romains assujettissaient la femme à une perpétuelle minorité, ce n'était pas qu'ils la jugeassent incapable d’administrer ses biens; nous verrons même qu’il lui était permis de les gérer dans une certaine mesure. La tutelle que subissait l’héritière avait été établie, non pour protéger sa faiblesse, mais pour sauvegarder, dans sa fortune, le patrimoine de sa famille‘. Aussi la tutelle ne s’exercera-t-elle jamais sur la conduite privée de la femme; cette surveillance n’appartiendra qu’au conseil de famille. Les tuteurs n’auront même sous leur garde que les biens dont la vente constitue un acte solennel, a mancipation : la terre, ce domaine sacré du vieux Romain ; l’esclave, le bétail, instrument de labour, qui servent à la cultiver, ne pourront être aliénés par l’héritière sans le consentement de ses tuteurs. Il lui sera interdit d'emprunter, acte qu'elle ne peut accomplir qu'avant la mort de son père, parce que, ne possédant ‘alors aucun bien, elle n'engage que sa liberte. Elle n'aura le droit de faire un testament qu'avec l’autorisation de ses tuteurs. Mais c’est dans le chapitre suivant que cette dernière question nous occupera.
Quant aux revenus mêmes de ses propriétés, à tout objet dont la vente ne constitue pas un acte solennel, l’héritière en disposera librement ; elle affer-
1. Gaïus, Znst., 1, 190-192. Plus haut cependant (1, 144), Gaïus avait donné pour motif de la perpétuelle minorité de la femme la légèreté de son esprit.
22 LE TÜUTEUR TESTAMENTAIRE
mera ses terres, elle en vendra les produits; elle dépensera son argent. Il sera même permis à la pupille d'accomplir, sans ses tuteurs, certains actes solennels qui ne concernent pas son patrimoine : elle pourra comparaître seule devant la justice, soit pour déposer son temoignage, soit pour représenter autrui. |
Il arrivait aussi que, plus préoccupé de la liberté de sa fille que de l’avenir de son patrimoine, le Romain préservait son héritière du vigilant contrôle des agnats, en lui donnant un tuteur testamentaire
ui, étranger à la famille, n’avait aucun motif per-: qui, P
sonnel.pour gêner l'orpheline dans la complète jouissance de la succession paternelle ‘.
Par cette prévoyante sollicitude du chef de famille, nous pouvons juger que, même chez les rudes habitants de la Rome primitive, l’affection que leur inspiraient leurs filles était parfois assez forte pour vaincre l’aristocratique sentiment dont ils étaient pénétrés : l’orgueil de la race, le souci du patrimoine. Dans cette antique famille romaine où nous retrouvons le reflet patriarcal qui nous a déjà frappée chez les Aryàs de, l'Inde et les premiers Hellènes, la vie de la jeune fille pouvait donc être douce. Certes, la vierge devait être moins libre et moins heureuse dans le sévère atrium de la maison romaine que