‹ La femme romaineChapitre 300 sur 313 · Tacite, Ann., xin · texte numérisé non relu

Tacite, Ann., xin

tude : elle y trouva. aussi la trahison. Son ancienne amie Julia Silana, femme que Silius avait répudiée pour plaire à Messaline, Julia Silana fit savoir à Néron qu'Agrippine avait déjà choisi son successeur. Néron le crut : il voulut faire mourir sa mère. Retenu par de sages avis, il permit que Burrhus et Sénèque allassent interroger Agrippine.

Abreuvée d'outrages, l’impératrice retrouve, dans cette suprême humiliation, cet accent maternel qui lui manque devant Néron, mais qu’elle peut prendre encore devant tout autre que son fils. Elle dit qu’une femme qui n’est pas mère peut seule accuser une mère de vouloir détrôner son fils. Qu'aurait-elle donc à attendre d’un nouveau règne, sinon des accusations ayant pour objet, non ces paroles imprudentes qui sont le langage de la tendresse irritée, mais « ces crimes, dit-elle, dont je ne puis être absoute que par mon fils !» Devant ce cri de douleur, devant cette justification qui ne reculait même pas devant l’aveu de certains forfaits, l’émotion saisit les auditeurs d'Agrippine. L'impératrice entra chez Néron, sans se disculper elle-même, sans rien reprocher cette fois à son fils, ne demandant que le châtiment de ses délateurs, la récompense de ses amis. Néron fut vaincu : il obéit !.

Les témoins de cette scène, ceux qui ignoraient à

A. Tacite, Ann., xur, 18-22; Suétone, Néron, XXx1v.

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quel point Agrippine s'était dégradée devant son fils; et ceux qui, le sachant, en doutaient ou refusaient d'y croire, ceux-là pouvaient être émus de sa fière et douloureuse justification. Quant à nous, Agrippine eût-elle été une Messaline, eût-elle commis tous les forfaits, hors celui qui lui enleva son caractère maternel, nous aurions, nous aussi, tressailli à cette revendication d'une mere! Mais, en nous rappelant combien cette femme sowilla, au profit de son ambition, le titre le plus sacré de la nature, nous ne voyons dans sa nouvelle attitude que la révolte de l’orgueil, et aussi, l'audace du mensonge. Nous ne croyons pas Agrippine quand elle nous dit que c'est pour assurer l'empire à son fils qu’elle s’est rendue criminelle : ce n’était pas pour son fils, c'était pour elle-même! Quand nagüëère les devins Jui ayant annoncé que son fils serait empereur, mais aussi parricide, Agrippine disait : « Qu'il me tue pourvu qu'il règne! » c'était la soif de sa propre domination qui lui arrachait ce cri sauvage. Nous croyons donc au complot tramé par Agrippine contre Néron : tout en admirant l’éloquente énergie de sa défense, nous en récusons la véracité.

Comment oublierions-nous ici le grand poëte français qui a su reproduire la figure d’Agrippine avec un relief digne de Tacite? L’Agrippine de notre scène tragique est bien la mère impérieuse qui ne montra d'abord à son fils qu'un visage menaçant; c'est bien

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