OCTAVIE ET POPPÉE
mis au monde ne pouvait l’en faire sortir. Pour tuer une mére, même une Agrippine, il fallait à un fils l’âäme d’un Néron.
Le remords seul, et non le repentir, pouvait visiter le cœur de ce prince. Si, après la mort de sa mère, il eut un moment de clémence, ce fut pour rappeler à Rome celles des victimes de l’impératrice que la mort n'avait pas soustraites à cette tardive générosité qui était non un hommage à l'humanité, mais un nouvel outrage à la mémoire d’Agrippine. Puis Néron s'abandonna librement aux passions que la crainte d’une mère, « quelle qu’elle fût, » dit Tacite, avait cependant contenues 1.
La femme de Néron était le dernier obstacle qui séparât Poppée du trône. L'empereur répudia l’une pour épouser l’autre, et la douce Octavie fut même reléguée dans la Campanie. Mais cet exil dut cesser devant le cri du peuple. Lorsque les Romains surent que la victime de Poppée était rappelée au milieu d’eux, ils abattirent les statues de la nouvelle impératrice, et portèrent en triomphe les images d'Octavie, couronnées de fleurs. Mais Poppée, abaissant son orgueil jusqu’à tomber aux pieds de Néron, lui montra dans l’impératrice déchue un chef de parti : elle demanda et obtint pour Octavie un exil plus cruel encore que le premier.
1. Tacite, Ann., x1Vv, 1-14; Suétone, Néron,xxx1v,xxxix, et plus haut, xx1; Ofhon, ui.