‹ La femme romaineChapitre 305 sur 313 · Sénèque,. Épitres à Lucilius, c1v · texte numérisé non relu

Sénèque,. Épitres à Lucilius, c1v

488 LES NÉO-STOICIENNES

pouvait être exposée après sa mort. Ne vivait-on-pas sous Néron ? |

«Je t'avais montré les consolations de la vie, dit-il, tu aimes mieux l'honneur de la mort; je ne t’envierai pas un tel exemple. La fermeté dans une mort si courageuse serait-elle la même chez l’un et chez l’autre de nous, il y aura plus d'éclat dans ta fin !. »

Le même fer ouvrit les veines des deux époux. La vie à son déclin et la vie dans sa fleur allaient s’éteindre en même temps. Sénèque craignit que sa

femme et lui ne perdissent courage en se voÿant mutuellement souffrir : il conseilla à Pauline de se retirer dans une autre chambre.

L'époux seul mourut. Dès que Néron avait appris l'acte de Pauline, il avait fait secourir la blessée : nul motif n’aurait pu lui faire souhaiter la mort de cette jeune femme, et Néron s'était peu soucié d'accroître inutilement sa barbare renommée.

Pauline vécut. Les esprits disposés à rabaisser le mérite des actions extraordinaires crurent que la jeune femme avait consenti à vivre dès qu’elle n’avait plus eu à craindre pour elle-même le ressentiment de Néron. | ds

Quoi qu'il en fût, la blancheur marmoréenne de son visage et de son corps témoigna toujours que,

4. Vitæ, inquit, delinimenta monstraveram tibi, tu mortis deçus mavis, etc. Tacite, Ann., xv, 63.

LES NÉO-STOICIENNES 489 pour suivre son mari, elle avait visité les portes de la mort i. |

Néron, qui avait regardé comme inutile la mort de Pauline, jugea plus digne de sa cruauté, c’est-à-dire de sa crainte, deux jeunes stoïciennes. Ces héroïnes étaient cette Pollutia, cette Servilie dont les noms étaient naguère cités par nous comme l'expression même de la piété filiale chez les Romains ?.

Comme d'autres femmes de proscrits, Pollutia a suivi en exil son mari, Rubellius Plautus, jeune patricien qui a adopté, avec l’austère enthousiasme des stoïciens, les mœurs sévères de la vieille Rome, et qui, aux yeux de Néron, a en outre le tort irrémissible d’appartenir à la race des Césars et d’être populaire %. Pollutia a vu son mari lâchement assassiné par l’ordre de Néron. Elle a embrassé cette tête sanglante, elle a conservé, et le sang de son époux, et les vêtements rougis par ce sang. Ne prenant d’autre nourriture que celle qui lui était indispensable pour ne point mourir, elle s’est à jamais ensevelie dans son deuil de veuve. Sa vue seule reproche à Néron lassassinat dont il est l’auteur; et la jeune veuve n’est point seule pour produire cette impression sur l’empereur : Sextia, son aïeule maternelle; Antistius, son père, attirent au même titre la mal-

4, Tacite, Ann., xv, 64.

Page 1