‹ La femme romaineChapitre 43 sur 313 · Litt. Tonner par mon Icilius · texte numérisé non relu

Litt. Tonner par mon Icilius

SU, MRTORNNE To mai da questo mie non passo, che al mio piè ritegno Alto pensier non faccia. Ë questo il campo Donde si udia già un di liberi sensi Tuonar da Icilio mio; muto or lo rende Assoluta possanza. Oh quanto è in lui Giusto il dolore e l'ira! é Virginia, atto primo, se. 1.

APP TRTOI de MOT

Enfin, c'est la Virginie d’Alfieri elle-même qui, devant le péril que court son honneur, invoque la mort libératrice. Toutefois, les grands sentiments qui font bien réellement palpiter en elle l’âme romaine n'excluent pas de sa personne le charme si doux, et parfois même la faiblesse de la jeune fille. Aussi y a-t-il, dans ce mélange d'énergie et de grâce, dé fierté et de simplicité, de courage et de timidité, un type qui rappelle à la fois et la matrone antique, et la jeune fille moderne, élevée par le christianisme au noble sentiment dé son individualité, mais néanmoins enveloppée plus que jamais dans son voile de modestie. ; | |

L'attitude passive que Tite-Live donne à la sœur d'Horace et à la fille de Virginius ne nous expliquet-elle pas le rôle si effacé que Lavinie joue dans l'Énéide? Le poëte qui, par un brillant effort d’imagination, avait essayé de ressusciter les antiques traditions du Latium, nous offre dans Lavinie un type virginal qui ne dut pas être rare dans les vieilles mœurs romaines.

Quatre fois seulement, Lavinie apparaît en personne sur la scène de l'Énéide; et chacune de ces apparitions forme un tableau d’où la jeune fille se détache comme un portrait expressif, mais muet. La première fois qu’elle se présente à nous, elle assiste son père, le roi Latinus, dans un sacrifice domestique. Se tenant auprès de lui, elle brûle des branches de

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pin sur les autels. Soudain la flamme court dans sa chevelure d’or, la flamme embrase sa parure, son bandeau royal; la flamme éclate dans les pierreries de sa couronne. Une fumée à la fauve lueur enveloppe les ornements de la vierge. L’incendie se répand dans le palais. Les spectateurs de cette scène imposante sont saisis de crainte, et les devins déclarent que ce prodige annonce à Lavinie un brillant avenir, mais aux sujets de Latinus les périls d’une grande guerre ‘. C'était en effet par sa glorieuse destinée que la future mère du peuple romain devait mettre le feu au royaume de son père.

Parmi les cent princes latins et ausoniens qui recherchaient la main de Lavinie, il en était un que chérissait la reine, la mère de Lavinie, la reine Amata : c'était le plus beau de tous, le valeureux et sympathique Turnus. Mais les Immortels s’opposaient, disait-on, au mariage des deux jeunes gens; et la scène mystérieuse que nous venons de retracer n’était que l'un des mille prodiges par lesquels les dieux manifestaient leur volonté. Les oracles euxmêmes parlèrent, et, défendant à Latinus d’unir sa

1. Præterea, castis adolet dum altaria tædis, Ut juxta genitorem adstat Lavinia virgo, etc. Énéide, vu, 71-80.

Nous avons déjà dû citer les deux vers ci-dessus. Voir plus haut, page 33, et note 2.

fille à Turnus, lui annoncèrent que Lavinie était destinée à un étranger qui, mêlant son sang à celui des Romains, serait le père d’un peuple auquel le monde serait soumis.

Au onzième livre de l'Énéide, nous voyons déjà s'accomplir les destins qui ont présagé, dans la gloire de Lavinie, la source d’une calamité nationale pour les sujets de son père. Énée, l'époux que lui a promis le sort, et auquel son père l’a fiancée, Énée ne peut maintenir que par les armes les droits qu’il a sur elle. Il a contre lui, et Junon, cette implacable ennemie du Troyen, et la reine Amata, et le héros que protège la mère de Lavinie. Latinus lui-même a été contraint de subir une guerre que ses avis n'ont pu prévenir. Déjà l’on s’est battu aux portes deLaurente, la capitale de son royaume. La fougueuse valeur de Turnus n’a pu faire triompher les Latins. Après une première défaite, suivie d’une courte trêve, ceux-ci recommencent le combat. Comme dans l’//rade, les femmes de la cité assiégée implorent Pallas dans son temple. Ici, comme à Troie, c'est pour une femme que s’est allumée la guerre; mais, dans l’épopée latine, ce n’est plus pour une épouse coupable, c’est pour une vierge innocente des maux qu'elle a suscités. Aussi, contrairement à Homére ‘qui, par un sentiment délicat, ne met point Hélène parmi les femmes qu'il prosterne devant Pallas, Virgile nous montre-t-il, dans le temple, auprès de la reine, «la

vierge Lavinie, cause d’un si grand malheur, et baissant ses beaux yeux! ».

Un nouveau désastre marque pour les Latins la reprise des hostilités. Les Troyens.sont aux portes de Laurente, et la nuit seule interrompt le combat. Turnus se dispose à engager avec Énée une lutte à mort dont le vainqueur sera l'époux de Lavinie. La jeune fille entend son père supplier Turnus de renoncer à sa main; elle est témoin de la fière résistance du jeune homme; elle voit aussi sa mère conjurer le prince de ménager une vie à laquelle tient la vie même d'Amata. Et, même à cette heure de détresse, alors que les sentiments les plus comprimés font explosion , alors que la reine en pleurs serre dans ses bras le jeune héros, Lavinie se tait. Elle se tait, mais les larmes brülantes qui coulent de ses yeux, la rougeur quienflamme ses joues, trahissent son émotion et sa douleur. Sans doute, ce n’est pas pour Énée, ce n’est pas pour cet homme qu’elle n'a jamais vu, et qui ne lui est connu que par le désastre de sa patrie, ce n’est pas pour cet étranger, pour cet ennemi, ce n’est pas pour lui qu’elle souffre et qu’elle pleure. Tout en elle nous dit qu’elle aime Turnus, tout, excepté elle-même! Et le jeune prince, troublé, attache son regard sur ce beau visage qui

ALERTE Juxtaque comes Lavinia virgo, Caussa mali tanti, oculos dejecta decoros.

Enéide, x1, 419-486.

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LA VIERGE ANTIQUE D'APRÈS VIRGILE. LAVINIE 69 inspire au poëte de ravissantes comparaisons « Ainsi, dit Virgile, l'ivoire de l'Inde est teint par là pourpre sanglante, ou les grands lis blancs rougissent mêlés à la rose ‘. » Plus que jamais, « Turnus brûle pour le combat ».

La dernière fois que Virgile évoque l'image de Lavinie, c'est pour nous représenter la jeune fille après la mort violente de sa mère. Ici encore, sa douleur n’a point dé paroles, et nous la voyons «lacérant ses cheveux d’or et ses joues de rose ? ».

Aux dernières lignes de l’Ænéide, le sort des combats a donné Lavinie à Énée, ainsi que le reconnaît Turnus mourant et disant à son vainqueur : « Lavinie est ta femme *. »

Pleura-t-elle la mort de Turnus? Fiancée du juste, mais froid Énée, ne comparait-elle point celui-

ci au noble et ardent jeune homme que sa mère

avait chéri comme un fils, et qui avait succombé en la disputant aux dieux, au Destin même? Le sou-

1. Adcepit vocem lacrymis Lavinia matris Flagrantis perfusa genas ; cui plurimus ignem Subjecit rubor, et calefacta per ora cucurrit, ete. Énéide, xu, 64-71.

2. Filia prima manu flavos Lavinia crines Et roseas laniata genas, . . ..

Énéide, xu, 605-606.

Das AA e SU Tua est Lavinia conjunx.

Énéide, xu, 937.

venir du mort vint-il lutter contre la présence du vivant? Le poëte nous laisse tout ignorer, fidèle jusqu’au bout au rôle plein de réserve qu'il a donné à Lavinie. |

Mais à côté de cette figure toute passive le poëte a placé un autre type virginal; et tout, dans celuici, respire l’action, la lutte : c'est Camille, la guerrière, Camille, la reine des Volsques. Quand arrivent dans le Latium les alliés de Turnus, avec quelle prédilection enthousiaste, de quels traits nobles et charmants, Virgile peint l'entrée de la jeune souveraine !

« Après eux arriva, de la nation volsque, la guerrière Camille conduisant une troupe de cavaliers et de bataillons brillants d’airain. Elle n’a pas habitué ses mains à la quenouille ni aux corbeilles de Minerve; mais la vierge endure les rudes combats, et, à la course, l'emporte sur les vents. Elle eût volé sur les hautes tiges de la moisson sans les toucher; elle n’eût point froissé les tendres épis; ou, se soutenant sur la vague gonflée, elle se fût ouvert un passage au milieu de la mer sans mouiller ses pieds rapides. Les jeunes gens et les mères, se répandant en foule hors des maisons et des champs, l’admiraient, et, tandis qu'elle passait, ils considéraient de loin, en s’extasiant, comme l’ornement royal de la pourpre voilait ses douces épaules, comme la fibule d’or réunissait sa chevelure, comme elle portait le car-

quoislycien et le myrte pastoral terminé en pointe.»

L'origine volsque que le poëte donne à Camille, l’étonnement des Latins en voyant passer la jeune guerrière, nous disent déjà qu’en dessinant ce type Virgile ne le considérait pas comme familier aux ancêtres des Romains. Camille est une Italienne; mais ce n’est pas une femme latine. Et encore le poëte a-t-1l soin de nous dire que, même pour ses compatriotes, elle était une brillante exception. Pour expliquer ses habitudes viriles, le poëte a recours à une délicieuse légende. Il nous apprend que le père de Camille, Métabe, s'étant attiré la haine de ses sujets par sa tyrannie, fuyait naguère son royaume. Mais au cœur de cet homme superbe vivait un amour: la tendresse paternelle. L'exilé emportait avec lui son enfant, sa fille; et c'était en la tenant dans ses bras qu'il parcourait les sentiers boisés des montagnes, poursuivi là encore par les flèches que lui lançaient les rebelles. Un cours d’eau se présente à l’exilé : mais les pluies ont grossi les eaux de l’Amasène. Métabe va s’élancer à la nage... il s'arrête. .…. Comment se soutiendrait-il sur les ondes, chargé de son doux et cher fardeau? Indécis, il réfléchit. .…. Et cependant ses ennemis le pressent et vont l’at-

1. Hos super advenit Voisca de gente Camilla, Agmen agens equitum, et florentis ære catervas, PONT AU Le NAME .. etc.

Énéide, vi, 803-817.

teindre peut-être... Une de ces idées hardies que suggèrent le péril et le désespoir traverse son esprit... Il attache fortement à sa javeline un berceau d’osier dans lequel est déposée sa fille. Alors, balançant l’arme et la corbeille, il voue à Diane l'enfant qu'il va exposer à un suprême danger; puis, ramenant son bras en arrière, il jette la javeline et le berceau par-dessus l'Amasène. Métabe s’élance dans le fleuve, il atteint l’autre rive, et, «triomphant, arrache du gazon la javeline et la vierge ! », Camille vit, mais elle appartient à Diane.

Qui donnera à l'enfant le lait nourricier? Métabe charge de ce soin une cavale sauvage ; et cet homme si farouche, trouvant dans son amour toutes les sollicitudes d’une mère, presse contre les lèvres de la petite fille les mamelles de l'animal. |

Métabe n'oublia pas le vœu qu’il avait formé, et Camille savait à peine marcher que, vêtue d'une peau de tigre qui couvrait sa tête et son corps, elle portait l'arc sur l'épaule, et les dards dans sa petite main. Enfant, elle abattait les grues et les cygnes, et se préparait ainsi au jour où les hommes devaient tomber sous sa hache guerrière, sans que le cœur de la femme éprouvât un tressaillement de pitié devant l'appel désespéré du vaincu.

REED Atque hastam cum virgine victor

GrAHIDC OUEN de cespite vellit.

Enéide, x1, 565-566.

Jeune fille, elle demeura fidèle. à sa déesse, et ce fut en vain que les femmes des cités tyrrhéniennes la désirèrent pour bru.

Et, continue la légende, Diane ne fut pas ingrate; elle aima tendrement la vierge guerrière, celle que Turnus nommait avec admiration «la gloire de l'Italie »; et, dans la lutte décisive où Camille réclama et obtint l'honneur de combattre au premier rang, si la déesse ne put détourner.le trait sous lequel succomba la jeune reine, du moins elle enleva son corps dans un nuage, vaporeux linceul virginal, et transporta la fille de Métabe dans le tombeau de ses ancêtres. Déjà Diane avait vengé sa fidèle adoratrice : le Troyen qui avait frappé Camille, et qui, effrayé de sa victoire, fuyait l'héroïne abattue, fut arrêté dans sa course par une flèche meurtrière.

Un dernier détail nous prouve combien le type de la vierge guerrière était exceptionnel pour les Latins. Quand la jeune souveraine est tombée et que les Troyens sont aux portes de Laurente, les femmes latines, exaltées par l'exemple que leur a donné Camille, lancent des traits et des pieux contre l’envahisseur, et se disputent la gloire de mourir pour la défense du sol natal. Mais ces femmes, sont-ce des jeunes filles? Non. Le poëte nous dit que ce sont des mères. La vierge latine pleure à son less elle ne se bat point.

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