VIERGES LATINES ET AUTRES VIERGES ANTIQUES
Pour faire revivre Lavinie, Virgile n'avait eu qu’à regarder autour de lui, dans les rares familles où se conservait encore de son temps le vieil esprit romain. Mais pour trouver le type de Camille: le poëte avait dû regarder en lui-même, dans cette brillante imagination qu'avait séduite le mythe des Amazones,
Combien toutefois les figures virginales que viennent de nous livrer l’histoire légendaire et la poésie nous semblent inférieures à ces types de jeunes filles que nous admiriors naguërc, soit dans nos livres: sacrés, soit dans les épopées de l’Inde et de la Grèce : Rébecca, Damayanti, Sacountalà, Nausicaa! Sans doute, pour juger des mœurs primitives de Rome, les documents contemporains nous manquent; si ceux-ci fussent parvenus jusqu'à nous, peut-être nous eussent-ils révélé des physionomies plus expressives que celles qui nous sont apparues. Néanmoins, il est permis de supposer que le rigoureux formalisme des anciennes coutumes romaines n'eût guère permis le libre développement de cette spontanéité à la fois naïve et contenue, de cette vivante personnalité qui caractérisent chez les peuples pri-mitifs le rôle de la jeune fille, et qui dénotent, ici, un souvenir de l’époque patriarcale; là, l'influence immédiate de ce temps béni où les qualités natives de l’âme s’épanouissaient librement sous le regard paternel du Dieu de la Genèse.