LE MARIAGE AVEC LA MANUS
chait complétement la jeune femme à sa famille, et l'épouse prenait auprès de son mari «la place d’une fille (/oco fiiæ) ». Si, au moment de son mariage, elle vivait sous la puissance paternelle, elle perdait tous ses droits à la succession de son père; mais si ce dernier était mort, la femme apportait tous ses biens à son époux', et n’était privée que de ses droits éventuels à la succession de ses agnats.
Ce mariage soustrayait même en partie l'époux à la puissance de son père : celui-ci ne pouvait exercer sur lui le droit redoutable qu’il gardait sur ses fils, même âgés : le droit de les vendre ?. La loi épargnait ainsi à la femme libre la honte de voir son existence rivée à celle d’un homme dégradé par une servitude voisine de l'esclavage. Qu'on se souvienne de Régulus, qui n’était cependant que captif de guerre, et qui, néanmoins, plus soucieux de la dignité de la matrone que de la tendresse de l'épouse, refusa le baiser de sa femme, alors qu'après une longue absence il ne la revoyait que pour aller mourir loin d'elle *! |
C’est une antique loi royale que celle qui ne permettait pas que le chef de famille pût vendre son fils
1. C'est pourquoi le consentement de ses tuteurs lui était nécessaire pour conclure une alliance qui faisait sortir de leur famille son patrimoine. Voir plus haut, pages 30-32,