SCENE IV THÉRÈSE, MADAME GUÉRET, M. GUÉRET, M. FÉLIAT
MADAME r.UEliET i
Mais oui, ollccstici. [ÀKon frère et à son mari qui i
la suivaient.) Venez, elle est ici... Nous avons à "i
causer avec vous, Thérèse. ;
TIIÉI'.ÈSE i
Bien, marraine. {AI. Giièrei et M. Félial sont entrés.) ;
MADAME r.UÉRET ii
;] Il s'agit d'une n(juvolle assez sérieuse, grave,
même... Asseyons-nous. ,
MONSIEUR GUÉP.ET
Il faut que vous fassiez ap])el à votre courage, ma ;
chère Thérèse. j
MAMAMIO GUÉRET f
Nous sommes niini's et vous aussi. t
THERESE
Oui.
MADAME GUÉRET
Gela ne vous émeut pas davantage ?
Je le savais.
MADAME GUÉRET
Vous le saviez! Par qui?
THÉRÈSE
Par le notaire lui-même, dont j'ai reçu avanthier une longue lettre dans laquelle il me demande pardon.
MADAME GUÉRET
C'est trop fort !
THÉRÈSE
Je vous la montrerai. 11 a joué... pour amasser une plus grosse dot à ses fdles, paraît-il.
MADAME GUÉRET
Vous le saviez, et vous avez eu assez de force de dissimulation...
THÉRÈSE, souriant.
Autan^ que vous, marraine... Je vous remercie même de vous être tus, tous les deux, puisque c'a
été, je pense, pour ne pas m'enlever la gaîté dont j'avais besoin aujonrd'hui.
MADAME GUÉRET
Et vous avez pu rire et jouer la comédie...
Je me suis toujours ofiorcée de garder un peu d'empire sur moi-même.
MADAME GUÉRET
Oh! je sais... Tout de même... Enfin, vous me laissez prendre mille précautions pour vous annoncer cette nouvelle que vous connaissiez déjà.
THÉRÈSE
Je vous demande pardon, mais vous...
MADAME GUÉRET
C'est bon... Alors, puisque nous n'avons plus rien à vous apprendre... Mais vous avez bien compris que vous n'avez plus un sou à vous...
MONSIEUR GUÉRET
Nous vous garderons avec nous, bien entendu.
MADAME GUÉRET, à soYi mari.
Tu aurais bien pu lui laisser le temps de nous le demander... [A Thérèse.) Enfin!... Je suppose que vous l'avez fait... Donc, nous vous garderons avec nous.
MONSIEUR GUÉRET
Nous allons à Évreiix, mon beau-frère m'offre un emploi à son usine...
MADAME GUÉEŒT
Nous vous gardons avec nous; mais vous allez me permettre de vous dire à quelles conditions.
Je vous remercie beaucoup, marraine, mais je pense que c'est inutile, car mon intention est de ne pas quitter Paris.
MONSIEUR GUÉRET
Vous n'avez pas compris. Nous allons nous installer à Évreux.
THÉRÈSE, très douce.
Je VOUS dis : mon intention est de ne pas quitter Paris.
MONSIEUR GUÉRET
Alors, c'est moi qui ne comprends pas.
THÉRÈSE
Cependant... [Un silence.)
MADAME GUÉRET
Je ne suppose pas que vous ayez l'intention de vivre à Paris toute seule.
THÉRÈSE, simplement.
Mais si, marraine.
MONSIEUR FÉLIAT
Toute seule!
MONSIEUR GUÉRET
Toute seule?... Je le répète, je ne comprends pas.
Moi non plus... Mais sans doute, vous avez des raisons que vous donnerez à votre parrain et à votre marraine...
{Geste de départ.)
THÉRÈSE
Elles n'ont rien de secret, elles sont toutes simples, vous le reconnaîtrez quand je vous les aurai dites.
MADAME GUÉRET
Je ne puis vous cacher la grande curiosité que j'ai de les connaître.
THÉRÈSE
Je souhaite avant tout que ma décision ne vous inspire aucune hostilité contre moi.
MADAME GUÉRET
De l'hostilité? Mais je no crois pas vous en avoir jamais montré.
THÉRÈSE, protestant.
Vous avez été pour mo'i, tous deux, tous trois même, d'une bonté dont je garderai toute ma vie le souvenir le plus reconnaissant. Soyez bien certains que je ne vous en aimerai pas moins parce que j'habiterai Paris et vous Évreux... Et je vous demande, je vous supplie qu'il en soit de même de votre part... Je n'oublie rien de ce que je vous dois.,.. La mort de mon père m'avait laissée sur la terre, toute seule, toute seule... Il n'était que votre ami, je n'ai aucun lien de parenté avec vous : cependant vous m'avez recueillie et depuis quatre ans vous me considérez comme votre fille... Je vous en suis reconnaissante du plus profond de moi-même.
MONSIEUR GUÉRET, affectueiix.
Vous ne nous devez pas tant. Sur ces quatre années vous avez été pendant deux ans interne au lycée Maintenon, et nous n'étions pour vous que de simples correspondants... Depuis deux ans seulement, vous vivez avec nous, et vous êtes le charme de cette maison.
MADAME GUÉRET
Oui.
THÉRÈSE
J'ai beaucoup réfléchi. J'ai maintenant vingt-trois ans. Je ne veux plus être à votre charge.
5G LA FEJIME SELLE
MONSIEUR GUÉRET
Est-ce seulement par un sentiment de réserve ou de fierté ?
THÉRÈSE
:' Si je pouvais vous être bonno à quelque chose, je resterais avec vous; s'il fallait être un de plus {)Our mieux faire face au malheur, je resterais avec vous. Mais cela n'est pas. Je veux... je veux mo débrouiller toute seule.
MADAME GUÉr.ET
Et vous pensez que vous arriverez à vous « débrouiller » toute seule, comme vous dites?
THÉl'.KSE
Oui, marraine.
MADAME GUKIîET
Toute seule, à Paris, une jeune tille... Je suis forcée de reconnaître mon incapacité à concevoir cela.
MONSIEUR GUÉRET
Mais, malheur(!Uso enfant, comment vivrez-vous ?
'J'IIHIiKSK
Je travaillerai.
MADAME (;UÉUET
Co n'est pas sérieux.
LA FEMME SEULE O i
THERESE
Si, marraine.
MONSIEUR GUÉRET
Vous croyez donc que vous allez trouver du travail du jour au lendemain?
THERESE
J'ai. dans ma bourse quelques centaines de francs qui me permettraient d'attendre.
MONSIEUR FÉLIAT
Votre bourse sera vidée avant que vous ayez gagné vingt francs !
Je ne crois pas.
MONSIEUR GUÉRET
Allons, vous êtes fatiguée, énervée, émue... C'est tout naturel... Vous n'avez pas tout votre jugement... Nous reparlerons de cela demain.
THÉRÈSE
Comme vous voudrez, parrain, mais mon intention sera la même.
MADAME GUÉRET
Oh ! j'ai déjà remarqué que vos volontés étaient immuables...