‹ La femme seule, comédie en trois actesChapitre 41 sur 49 · LA: FEMME SE.ULE · texte numérisé non relu

LA: FEMME SE.ULE

Mais non !

Aclrice !

THERESE

LUCIENNE

THERESE

Avant (le m'y résoudre, j'avais fait bien d'autres tentatives.

LUCIENNE

Lesc|uelles, mon Dieu!

THÉRÈSE

Je ne t'en dirai qu'une. Tu te rappelles les compliments dont on m'accablait sur l'élégance, sur la beauté des liseuses brodées que je faisais jadis pour des ventes de charité !

Oui.

THÉRÈSE

(Je me suis mise à confectionner des liseuses et j'allais les offrir, en disant que c'était le travail d'une jeune lille pauvre à qui je m'intéressais. Dans un magasin très élégant, dont nous étions les clientes, ou m'a donné vingt francs et on m'a laissé les liseuses. [Riant.) Si tu m'avais vue embarrassée de mon louis, de l'aumône pour la jeune fille

pauvre... Tu ne sais pas ce que j'en ai fait. Je l'ai perdu exprès dans un quartier ouvrier... J'ai chargé le hasard de faire avec ce louis un peu de bonheur. Voilà ce que tu ne savais pas... EL j"ai cherché, cherché, cherché, encore de mille façons... Rien... D(''fense aux filles honnêtes de gaguer leur i)ain 3 Alors, à bout de tout...

LUCIENNE

Tu es revenue chez ta marraine.

THÉRÈSE

Que non! Je ne suis pas faite pour l'esclavage. Je me suis rappelée une bonne parole de M. JH'diat et je suis arrivf'c un beau jour', en lui deinaudaul de m'employer à ce qu'il voudrait... 11 a accei)té par bonté d'abord. Maintenant, il est content de moi, et je suis contente de lui.

LUCIENNE

Et tu es heureuse ?

TllKRKSE

Oh! oui. (rn (jrtnid soupir heureux.) Dieu ([u'on est bien! Jamais je ne me serais crue capabhî d'éprouver tant de plaisir à respirer l'odrun- d'un atelier de reliure... Ça sent le blanc d'ceuf, la colh^ forte, et le vieux cuir, c'est un rien, et c'est exquis... J'ai ouvert un atelier de femmes... Oh ! ça n'a pas été sans peine. M. l'i'-lial avait j)eur des ouvriers. Ils

ont bien grogné un peu, ils grognent encore même, mais je m'en moque... J'ai sauvé des malheureuses, vraiment. J'ai pris les isolées, les vieilles fllles, les filles-mères, les femmes abandonnées, les veuves. Toutes celles-là, si elles n'avaient pu se libérer par le travail, étaient condamnées à la misère ou au vice... Ah! quand je pense que je révais d'écrire des livres ! Et que je voulais réaliser mes rêves par la littérature alors que je les puis réaliser par l'action. C'est beau, l'action!

Pendant que parlait Thérèse, la mère Bougne

est entrée par la droite.

C'est une pauvre vieille ouvrière à qui on ne

peut plus donner d'âge.

Elle marche péniblement en s appuyant sur

un balai dont on sent qu'elle ne se sépare

jamais.

Elle porte un trousseau de clefs à sa ceinture.

Son tablier est replié et forme une poche de

sarrigue, dans laquelle elle insinue les bouts

de papier et les déchets qu'elle ramasse. Lucienne ne peut s'empêcher de la regarder

avec surprise.

Tu regardes la mère Bougne... Bonjour, mère Bougne.

LA MERE KOCr.XE

Bonjour, niadomoiselle Thérèse...

THÉRÈSE, à la mère Boiujnc.

Et le l)ure<iu (In syndicat, quand se réunil-il ?

LA MÈRE ROIGXE

Mercredi , mademoiselle.

THÉRÈSE

Vous ne manquerez |ias à la séance?

LA MÈRK liOlJONE

Je n'en ai point encore manqué, mademoiselle.

TIIÉI'.ÈSE.

A la bonne heure. Tout à l'heure. Vous revien- (h"ez tout à l'heure pour ramasser tout cela.

fji mh'e Boinjne passi- et sort par le fond pendant ce qui suit.

THÉRÈSE

Tu ne connaissais pas la nn"'r(^ Uounne... On l'appfdle aussi notre ministre de l'IuléricMu-, jiarce que c'est elle qui est chargée do l'cnlretien de la propreté pendant la journée... C'est une pauvre vieille qui a travaillé, dans les lilatures du côté de Ilouen, depuis l'âge de huit ans et qui a échoué ici.

LUCIENNE

Et elle assiste aux séances du bureau du Syndicat?

THÉRÈSE

Oui. Elle en fait partie. Lorsque j'ai fondé ici le Syndicat des ouvrières, j'ai tenu à faire inscrire comme membre du bureau cette doyenne de la misère et du travail.

LUCIENNE

C'est bien !... Tu as fondé un syndicat?

THÉRÈSE

Oui. Sais-tu comment mes ouvriers l'ont surnommé, mon Syndicat?

LUCIEN'NE

Non.

THÉRÈSE

Le Syndicat des Poules...

LUCIENNE, riant.

Tiens !

THÉRÈSE

Ça ne me déplait pas : c'est courageux, une poule, quand il le faut !

LUCIENNE

Ils sont jaloux, les ouvriers.

THERESE

Ils ont peur de la concurrence... de rinvasion des femmes, comme ils disent.

[Entre Vincent, uuvrler.)

VINCENT

Bonjour, la compagnie.

THÉRÈSE

Qu'est-ce qu'il y a, monsieur Vincent?

VINCENT

Je voudrais vous dire un mot, mademoiselle.

THÉRÈSE

Je suis à vous.

LUCIENNE

Je m'en vais.

THÉRÈSE

Je te reverrai avant ton départ.

LUCIENNE

Je crois bien : nous ne partons que demain.

THÉRÈSE

Tu es ffentitle d'être venue me voir.

LUCIENNE

Je bénis l'auto une fois do plus. J'ai convaincu mon mari que le plus court chemin pour aller à Dieppe passait à Evreux... A demain...

THÉRÈSE

A demain.

[Elles s'embrassent. Lucienne sort.)

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