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Femmes savantes

Oui, c'est pour les femmes un devoir d'étudier et de s'instruire; et le travail intellectuel doit avoir sa place réservée, parmi les occupations qui leur sont spéciales, et parmi leurs obligations les plus importantes.

Les raisons primordiales de cette obligation sont graves, d'origine divine, absolument irrécusables ; les voici :

C'est d'abord que Dieu ne fait pas de dons inutiles ; en toutes les choses que Dieu fait, il y a une raison, un but ; et si la compagne de l'homme est une créature raisonnable, si comme l'homme elle a été créée à l'image et à la ressemblance de Dieu ; si elle aussi a reçu du Créateur le plus sublime de tous les dons, l'intelligence, c*est pour en faire usage.

C'est de plus que tous les dons reçus de Dieu pour servir à quelque chose, doivent être cultivés. L'Écriture nous le déclare, les âmes, comme la terre, quand on les laisse en friche, ne produisent que des fruits sau-

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vages, spinas et tribulos. Et Dieu n'a f plus fait les âmes de femmes que les âmes d'hommes pour être des terres légères, stériles ou malsaines,

C'est encore que toute créature raisonnable rendra compte à Dieu de ses dons :

chacun, au jugement de Dieu, sera traité selon les dons reçus, et selon ses profita et ses œuvres.

Dieu nous a donné à tous des mains, quj, selon les interprètes, représentent l'action vive et intelligente, mais à condition que nous ne retournions pas à lui les mains vides. Enfin il s'est expUqué catégoriquement par la parabole d'es talents, où il annonce qu'on lui rendra de tout un compte rigou-

I reux, talent pour talent. Et je ne sais pas un Père de l'Église ni un moraliste, qui

I jusqu'à présent ail prétendu que cette parabole des talents ne regardait pas les femmes bien que les hommes. Il n'y a ici aucune distinction sérieuse â faire, chacun

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rendra compte de ce qui lui a été confié ; et le bon sens humain comme le bon sens divin indique assez que les unes n'ont pas plus que les autres le droit d'enfouir ou de dilapider les biens que le cîelleur a départis pour les îairt: valoir.

C'est enfin, dirai-je avec saint Augustin, qu'il n'est permis à aucune créature, a aucune de celles à qui Dieu a confié la lampe de rintelligcnce, de se conduira: en vierge folle; de laissL-r imprudemment s'épuiser l'huile de la lampe faut;; de l'entretenir et de la renouveler ; de laisser ainsi éteindre la lumière qui doit d'abord l'éclairer ellemême, puis d'autres qu'elle, ne fût-ce, puisqu'il s'agit d''uuc épouse et d'une mère, que son mari et ses enfants.

Dans ia plupart des livres qui traitent du mérite, des destinées et de la vertu des femmes, loin de considérer la femme comme un être créé à l'image de Dieu, intelligent, libre, responsable de ses actions devant son

Créaleur, on tn fait uni; propriété dt; l'homme, faut uniquement pour lui, et dont il est lafin. Dans tous ces livres, la femme n'est qu'un être éblouissant qu'on adore, mais qu'on ne respecte pas, et au fond un être inférieur, dont l'existence n'a pas d'autre but que l'agrément de l'homme ou son uti- ' lité la plus frivole, dépendant avant tout de nme, qui est seul son maître, son législateur et son juge, absolument comme si "e n'avait ni âme ni conscience, ni lib::rté morale, comme si Dieu n'était rien pour dlË et n'avait pas donné ù son âme des îsoins, des facultés, des aspirations, en un tôt, des droits en même temps que des devoirs.

On déclame, et l'on l'ait bien, contre la futilité des femmes, contre leur désir de plaire, et ce qu'on nomme leur coquetterie. Mais d'abord la futilité, ne la fait-on pas naître, ne la propage-t-on pas par c^tte crainte de faire des aavantas, àz trop développer 1

intelligence, comme si elle pouvait jamais l'être sérieusement trop, comme si le véritable développement, celui par lequel on comprend mieux le devoir, par lequel on en sait mieux tirer les conséquences, pouvait nuire! N'oblige-tnan pas la femme qui a des goûts sérieux à les cacher ou à les faire eiîcuser par tous les moyens qu'elle pourrait employer, s'il s'agissait d'une faute 9

Ou bien encort, si on lui permet de s'instruire, ce n'est que dans les bornes les plus restreintes, et seulement, comme le veut M. de Maistre, pour pouvoir comprendre ce que disent les hommes; pour se rendre plus amusantes, en entremêlant les chiffons avec je ne sais quel savoir dans une mesure plus piquante : tant la crainte de la femme savante épouvante les paresseux et leshommes légers, qui ne veulent rien faire eux-mêmes ni rien laisser faire aux autres.

J'irai plus loin et je dirai :

Ce désir de plaire, cette coquetterie, ne

les suscite-t-on pas, et n'est-ce pas l'éducation même souvent qui ks provoque, un faisant de l'homme !e but unique de la destinée de la femme! Vous aurez beau lui dire qu'elle n'est destinée qu'à un seul, que les autres doivent être comme n'existant pas pour elle : cela est parfaitement vrai dans ^ le christianisme, qui révèle à la fois tous { les droits et tous les devoirs ; mais, en dehors de la vertu chrétienne, quand cet un ■ seul sera maussade, vicieux, tout à fait indigne d'attachement, et que la tentation apparaîtra sous les traits de cet être si rieur ou jugé tel pour lequel elîe se c uniquement faite, comment, dis-je, lui per- ' suaderez-vous de fuir celui-ci et de ne vivre que pour celui-là? Mais, imprudents que vous êtes, vous lui avez dit qu'elle n'est qu'un être incomplet qui ne peut se suffire, qui doit s'appuyer sur la supériorité d'un autre, et vous trouvez mauvais, lorsqu'elle rencontre cet autre, cet appui, cette supc

riorjté, cette plus vraie moitié d'elle-même, qu'elle s'y attache, qu'elle en subisse la funeste attraction!... Certes, alors elle viole le plus saint des devoirs; mais n'avez-vous pas été, n'étes-vous pas vous-mêmes les plus coupables et les plus aveugles des hommes?

Je le dis sans hésiter : la morale chrétienne enseigne seule ici avec une autorité décisive ou absolue à la femme ses véritables droits et ses devoirs dans leur corrélation néces-

ijLii, tant que vous n'aurez pas persuadé à lu femme qu'elle est avant tout pour Dieu, puis pour son âme, puis enfin pour I son mari et pour ses enfants, mais après Dieu, avec Dieu, et toujours pour Dieu; vous n'aurez rien fait ni pour le bonheur, ni pour l'honneur de vos familles.

Sans doute, ils sont deux et ne font qu'un, et leurs enfants ne font qu'un avec eux. Mais si Dieu n'est pas au fond de cette providentielle unité, la Providence sera vengée et

5 stiidkuses.

l'unité se brisera : et n'est-ce pas le malheur, presque toujours irréparable, que nous avons si souvent sous les yeux ?

Cette absorption excessive de la personnalité de la femme dans son époux était peut-être utile pour préserver la matrone antique. Ces restrictions morales et intellectuelles avaient peut-être une raison, lorsque les devoirs n'avaient pas de sanction assez forte : la réclusion du gynécée servit ptut-être à préserver la famille d'un effroyable désordre; mais la femme chrétienne se sent une autre destinée. Pour elle, le gynécée et le harem sont inutiles. Elle aime celui auquel elle a été unie devant Dieu, avec une tendresse et un dévouement qui n'ont guère été connus du paganisme, ou, du moins, ils étaient bien rares, à en juger par les éloges emphatiques accordés à celles qui ont approché le plus de ce que nous voyons tous jours. La femme chrétienne se regarde comme la compagne de l'homme, comm

son flide tant aux choses de la terre qu'aux choses du ciel : socia, adjutorium ; comme devant le consoler et faire son bonheur.

Mais elle pense aussi que l'époux et l'épouse doivent s'aider l'un l'autre à devenir meilleurs, et après avoir formé ensemble de nouveaux élus, partager éternellement la même félicité. Eh bien, pour de telles destinées, l'éducation des femmes ne saurait être trop suivie , trop sérieuse et trop forte.

Le système contraire repose sur une appréciation païenne de leur destinée; et aussi, on l'a dît avec raison, sur la paresse des hommes, qui veulent conserver leur supériorité à bon marché. L'appréciation pa'ienne, c'est de croire que les femmes ne sont que des êtres agréables, mais passifs, subalternes, et faits uniquement pour l'amusement et le plaisir de l'homme. Mais, je l'ai dit, !e christianisme en a de tout autres pensées. Dans le christianisme, la vertu de

comme celle de l'homme doit étru volontaire, noble, active, intelligente. Il faut qu'elle connaisse toute l'étendue de ses devoirs et qu'elle sache tirer toutes les conséquences de l'enseignemeni divin pour elle-même, pour son mari et pour ses enlants.

C'est une des inventions les plus coupables du dix-huitième siècle, ce siècle d'impiété et de volupté, que le préjuge contre le travail intellectuel des femmes. Le régent et Louis XV y ont plus contribué que Molière, comme ils ont créé plus de préjugés contre la religion que Tartuffe. Il était utile à tous ces maris sans vertu d'avoir des femmes sans valeur, ou ne valant pas mieux qu'eux, et incapables de contrôler leurs désordres.

Une l'emme supérieure oblige son maria compter avec elle, il est forcé de subir le contrôle d'un esprit intelligent, et il ne se sent pas Ubre de se livrer à tous les caprices,

Et voila pourquoi il fallait à ces maris deux des femmes ignorantes,

MoliÈre avait frappé tout aussi bien la frivolité dans les Précieuses ridicules (i), que la pédanterie dans les Femmes savantes ; ie dis-huitième siècle n'a gardé que le préjugé qui lui était commode, la régence l'a établi en loi, et tous ces hommes de désordre ont livré l'honneur de leur famille pour ne pas avoir dans leurs femmes un juge incommode, une conscience vivante, un reproche toujours présent. Us ont préféré avoir des femmes futiles et vaines comme eux, et faire du mariage un contrat où l'on ne comptait que les fortunes et les titres, et

(j) )l taut remarquer d'ailleurs qua les femmes bb'» vantes de Molière n'ont que la prétenlion et pas la réalité de la science, comme les précieuses ont celle du beau langage et des manières de lu cour. Les unes sont des ignorantes qui jouent le rôle de saïantcs, les autres des provinciales qui Imitent les femmes de

et fenuiiea studieuses.

OÙ le cœur, ni d'un côté ni de l'autre, n'était engagé pour rien; et on a vu avec effroi la corruption où tomba alors la société française.

Comment M. de Maistre, qui eut sous les yeux les restes de cette corruption et les châtiments qu'elle a mérités, n'a-t-il pas compris que la situation abaissée faite à la femme en était une des causes premières, et que le préjugé contre l'élévation intellectuelle des femmes était l'œuvre du vice ?

La nature des choses elle-même parle d'ailleurs assez haut. La nature humaînt; demande à être instruite, agrandie, éclairée, élevée dans toutes ses facultés; et, je l'

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le dire, pour ma part je n'ai jamais rien rencontré de plus dangereux que des facultés étouffées, des besoins inassouvis, une faim et une soif sans pâture ! De là ce tourment de savoir qui, à défaut du bien et du vrai, se jette sur le ma! et le faux ; de là ces ^ passions, nées bonnes et généreuses, qui se retournent contre la vérité et la vertu; de j> là ces voies détournées, mauvaises et per- . j verses, oCi entraîne une ignorance qui ne , I sait ni choisir, ni juger, ni se contenir : il conversi MrtimpeM vos, dit l'écrivain sacré ! De là enfin le secret de tant de chutes, de tant de scandales, ou au moins de tant et de si misérables frivolités parmi les femmes ! Si ces facultés riches et ardentes avaient été mieux dirigées, on n'aurait pas eu à en déplorer la ruine; on ne gémirait pas sur ce triste et injuste niveau d'esprit, sur cette faiblesse d'intelligence de tant de femmes d'une nature distinguée, appelées à être l'ornement du monde, l'honneur de leur

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et femmes studieuses. ir.i ^^

famille, et dont i'iiducation, arrËtÉe dans l^jPJ

ses développements, a fait des femmes élé- w'jMè

gantes peut-être jusqu'à trente ans, mais à ^rat

jamais frivoles, médiocres et inutiles. Certes, j^^

on ne peut en tout ceci m'opposer aucune ^36 v

contradiction sérieuse. ^TOf ? Il y a, du reste, ici une autre observation H WH

' très-importante à ajouter : fljW^t

f M. de Maistre a voulu faire une femme ^^^fc

1 humble et vertueuse dans l'aridité de ses ^P§W

k devoirs, sans lui rien laisser pour la relever jWË

■l et la soutenir, sinon de savoir « que Pékin iSm

H n'est pas en Europe, » et ie reste. J^^

J C'est impossible. Elle ne restera pas ^S^Ê

dans cette basse sphère, et si on ne lui ^^Sgm

donne pas les joies de l'intelligence, pour ftfMRl

la reposer des devoirs matériels, quelquefois '^tSr

écrasants, qui pèsent sur elle, elle rejettera kJ^B

les devoirs qui l'humilient, s'ils sont seuls, gjï 1

et cherchera il échapper à l'ennui par la fwjj 1

frivolité. N'est-ce pas ce que nous voyons JgJRï

chaque jour? ^^

l^^^^^i^^^^HM

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Que sert de se faire ici des illusions ?

Oui, il y a souvent de l'ennui, et beaucoup d'ennui dans les charges d'une famille, dans les devoirs d'une maîtresse de maison, et dans ces mille détails matériels toujours répétés. Où trou ver a-t-elle consolation?

Qui donnera un légitime essor â son imagination quelquefois bouillonnante ? Qui offrira à sop intelligence la juste satisfaction qu'elle demande, et permettra cntin à cette femme de ne pas se croire une servante?

Il faut l'avouer — et combien d'expériences sont venues fortifier ma conviction à cet égard — il y a des heures où la piété elle-même, la piété ordinaire, ne suffit pas! Il y faut le travail et quelquefois le travail le plus sérieux de l'esprit. Le dessin, la peinture même ne suffit pas, à moins que ce ne soit la peinturela plus élevée. Ilfautlagrande et forte application de l'intelligence, un travail sérieux, littéraire, philosophique ou religieux. Alorslecalme, l'apaisement, la sérénité

I et feinines xludieuses. j

t Qu'on ne s'y trompe pas, des principes 'fê avec des occupations futiles, de la ïoD avec une vie purement matérielle Ipndaine, font des femmes sans res- K pour elles-mêmes, et quelquefois in- Irtables à leurs maris et à leurs enfants .

■s laissez à une femme deux heures de ■avail par jour, pendant lesquelles les |cs de son âme se remettront enéqui- |où tout rentrera dans l'ordre, où sa ■tiguée se reposera, où son bon sens ■ jugement reprendront leur place, où j|ation tombera, où la paix rentrera Bon âme. Alors elle relèvera la tête-, pmprendra que cette vie de l'intellil.à laquelle elle aspire, et dont Dieu a ! le besoin k sa nature, ne lui est pas B. Alors elle pourra tomber à genoux, ant la vie et ses devoirs, aimant la £ de Dieu.

Il le grand et précieux fruit du traour la femme devant Dieu. Il soumet

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soii' âme, quelquefois plus que toute prière. Il la remet dans l'ordre et le bon sens, et i satisfait en elle un désir juste et noble.

J'ai quelquefois entendu dire à des mères i qu'elles redouteraient pour leurs enfants t des facultés dépassant un peu la proportion ] ordinaire, et qu'elles s'efforceraient de les étouffer : « Qu'en ferait-on? disent-elles.

« Comment trouver une place à ces grandes t facultés au milieu de la vie réelle, si « étroite, si mesquine, qui s'ouvre pour les « femmes au bout de leurs premières an- V*, « nées de jeunesse? »

Cette parole m'a toujours secrètement ' révolté. Quoi! vous voulez détruire l'épa- j nouissement de l'œuvre divine, d'une âme !

dans laquelle Dieu a déposé un germe de ■ vie idéale! Vous respectez ce don chez les j hommes, à condition toutefois qu'il trouvera son emploi dans la vie pratique, c'est-à-dire ' qu'il servira à gagner de l'argent et ; accroître une position sociale. Mais commi

et femmes sliidieiiaes.

l'utilité des grandes choses est moins lucrative chez les femmes, il vaut mieux les sup- j primer. Coupez donc les rameaux de cette plante à laquelle il faudrait trop d'air, d'espace et de soleil, retranchez cette sève inutile. Mais la plante était née pour devenir un grand arbre, et vous allez en faire un b arhuste amaigri. Prenez garde dans cette A mutilation de la faire d'abord cruellement souffrir et enfin périr tout entière. Éteindre ) une âme que Dieu avait créée pour être lumineuse, c'est y enfouir le germe d'une souffrance intérieure que vous ne guér jamais, et qui égarera peut-être et épuisera cette âme en aspirations vagues et exagérées. Il n'y a pas de tourment comparable à ce sentiment du beau qui ne peut se faire jour, à cette douleur intime d'une âme qui, sans peut-être le savoir, aura manqué sa vocation; et ce mot qui semble exprimer les appels d'en haut, les appels sérieux et irrésistibles, s'applique aux femmes comme aux hommes.

7° Femmes savantes

|i.-)t â la vie idéale comme à la vie extérieure.

Uç* Notre âme est une pensée de Dieu, a-t-on dit, c'est-à-dire qu'il y a pour elle un plan divin, dont tous nos efforts ou notre langueur nous éloignent ou nous rapprochent, mais qui n'en existe pas moins dans la sagesse et la bonté divines. Et pour le réaliser, tout notre développement d'âme, de cœur et d'imelligence n'est pas de trop, j 11 est difficile de prévoir d'avance à quoi

IDieu destine ses dons; mais la vérité est qu'il les destine à quelque chose et que cette vocation providentielle, si on y est en I tout fidèle, écartera les dangers que l'on re- I doute en y obéissant.

11 faut surtout consulter les natures et ne les faire que ce qu'elles peuvent être, c'està-dire les développer dans le sens de leurs facultés. Certes, Je ne voudrais pas créer des talents factices par une culture que nature ne réclame pas, mais je ne voudrais pas non plus laisser en friche ceux qu'elle

'.tfe».

s studieuses.

a suscités. Tout ce qu'il y a de plus dangereux pour la femme, c'est un développement incomplet, c'est la demi-science, c'est le demi-talent, qui, lui faisant entrevoir des horizons supérieurs, ne lui donne pas la force de les atteindre, lui fait croire qu'elle sait ce qu'elle ignore, et jette ainsi dans son âme un trouble, un désordre et un orgueil qui souvent se traduira par les pUis tristes égarements.

Quand l'équilibre n'est pas établi entre l'aspiration et la puissance qui la réalise,

; après des efforts infructueux pour atteindre son idéal, cette âme qui ne se contente plus

I de la vie vulgaire, à laquelle il faut un mouvement quelconque d'esprit et d'ima-

I gination, le cherche dans des émotions, des plaisirs toujours dangereux et souvent

I coupables.

Si vous ne dirigez pas cette flamme en

■ haut, elle dévorera sur la terre les aliments

■ les plus grossiers. Une personne supérieure

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me disait : Dans les arts, c'est la médiocrité ; surtout qui est à craindre; un grand ta- i lent échappe à beaucoup de dangers. Ce v qu'il faut, quand l'élan est donné, c'est \ d'atteindre le but : sans cela, nul ne sait où J| l'on retombera.

J'en ai eu de terribles exemples, où j'ai ] vu ce que deviennent les talents étouffés et une riche nature que l'on a fait avorter.

Insistons quelque peu sur un sujet si | fîruve.

La futilité, la frivolité des femmes, leur !

; V '"î'Cï I^ur coquetterie, on s'en plaint, 'M^t disions-nous tout à l'heure, et justement.

Mais, pourrions-nous répondre à beaucoup de ceux qui se plaignent, vous, de quel droit vous plaignez-vous? En effet, en ne veut trop souvent, on ne prépare, on n'inspire pas autre chose dans l'éducation qu'on leur donne; en un mot, on ne leur laisse pas d'autre part en ce monde. Loin de les élever comme il faut, de les fortifier, de les ennoblir, on les dissipe, on les amollit, on les abaisse. Loin de former en elles le goût des choses sérieuses ou simplement dignes d'intérêt, on leur apprend à se moquer de celles qui ont de tels goûts; on les réduit à la frivolité, à la médisance, à la médiocrité en tout genre, et par suite à l'ennui, le plus funeste de tous les conseillers. 11 y aurait certes mieux à faire. Il y aurait à leur rappeler ce qu'elles sont devant Dieu et dans l'ordre de la création, ce qu'elles peuvent pour Dieu, et aussi ce qu'elles doivent à la société, à la France, à leur mari, à leurs fils, à elles-mêmes.

[74 Femmes savantes

aurait à leur dire sans détour que c'est à

elles, filles de cette Eve à qui l'humanité

doit le châtiment du travail, à accepter pour

elles-mêmes et à faire accepter aux autres

ce fruit un peu amer, mais expiatoire,

honorable, et salutaire ; à elles d'en prendre

les saintes habitudes dès l'enlance et d'en

mspirer plus tard aux autres le goût, ou du

moins le courage ; a elles de parler ce grand

j langage de la raison et de la foi, qui fait du

'(,« travail la loi primordiale de l'humanité, et

[lllll en même temps une récompense et une

puissance.

Leur tient-on ce langage? Loin de là; on s'irrite contre ceux qui leur enseignent quel noble et saint usage elles doivent faire de cette inlîuence, qui leur fut donnée, non pour être les reines d'un bal et pour briller aux bougies d'un salon ou aux feux de 1 rampe, mais pour être au foyer domestique les avocates intelligentes et patientes de tout ce qui est juste, noble, généreux; non pour

)Oi

et femmes studieuses. i-jb

f utiliser, si je puis ainsi dire, Tesprit des hommes, qui n'ont déjà que trop de pente à être futiles, mais pour leur rappeler incessamment que la vie se compose de devoirs, que le devoir est sérieux, et que le bonheur ne se trouve que dans l'accomplissement du devoir.

Au lieu de cela, qu'en fait-on? Des étoiles d'un jour, météores trop souvent funestes au repos^ à la fortune^ à l'honneur des familles : on peut le dire, les femmes qui ont l'éclat et la durée des comètes, en ont aussi les sinistres influences; mais, au lieu des fadaises dont on les enivre, dites-* leur donc qu'elles n'auront pas toujours vingt ans, et que bientôt il leur faudra d'autres ressources et un autre ascendant que celui de leur beauté ou de leurs caprices. Dites-leur surtout, en admettant même qu'elles dominent toujours leur mari à si bon marché, que cette autorité frelatée ne leur donnera aucune prise sur leurs en-

17O Femmes saraittes

fants; et cependant c'est le vrai but, le premier devoir, souvent, hélas! le seul bonheur d'une femme : avoir de l'influence sur ses enfants, surtout sur ses Jils. Mais pour cela, en même temps que bonté, tendresse, patience, H faut raison, rcjtexion, bon sens, lumière : donc il faut l'instruct on réelle, l'étude attentive, l'éducation I sérieuse.

Mais qu'il y a peu de femmes qui en I soient là, et puissent rendre des services ] sérieux à leurs enfants et ii leurs maris!

K En général, » m'écrivait une femme du monde que sa position oblige à être fort épandue, mais qui a l'intelligence de ses I devoirs et s'y est très-appliquée, « en géné- « rai on ne sait rien, absolument rien. On ne peut parler que toilette, modes, steeple-chase, ridicules des uns et des autres. Une femme connaît tous les acteurs et tous les chevaux en renom, elle * sait par cceur le personnel de l'Opéra et

et femmes studieuses.

celui des Variétés; le Stud-book lui est plus familier que V Imitation ; l'an passé elle pariait pour la Touque, cette année pour Vermouth, et elle assure que Bois- Roussel est plein d'avenir; le grand derbyla passsione, et le triomphe de Fillede-l'Air a été pour elle une victoire nationale. Elle nous dira les couturières en renom, le sellier à la mode, le magasin qui fait fureur ; elle pèsera le mérite respectif des écuries du comte de la Grange, du duc de Morny ou de M. Delamarre.

Mais, hélas! mettez la conversation sur un sujet d'histoire ou de géographie, parlez du moyen âge, des croisades, des institutions de Charlemagne ou de saint Louis, comparez Bossuet à Corneille, ou Racine à Fénelon; prononcez les noms du Camoens ou de Dante, de Royer- CoUard, de Frédéric Ozanam, du comte de Montalembert ou du P. Gratry, la pauvre femme reste muette. Elle ne peut

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entretenir que des jeunes femmes, jeunes gens légers; incapable de parler ni d'affaires, ni d'art, ni de politique, ni d'agriculture, ou de sciences, elle ne peut causer ni avec son beau-père, ni avec son curé, ni avec aucun homme sérieux. Et pourtant, c'est le premier talent d'une femme de savoir causer avec tous. Si sa belle-mère visite les pauvres et l'école, et veut l'enrôler dans ses pieuses associations, elle n'en comprend m le but ni la portée, car la bonté du cœur et la corapatissance ne suffisent pas dans une certaine classe pour les œuvres de charité. Pour acquérir de l'influence, pour donner au bienfait toute sa valeur, toute sa portée morale, il faut une intelligence qui ne s'acquiert que par l'étude et la réflexion attentive. »

Et maintenant il faut que j'aille encore plus avant, et que j'indique de plus 1m suites funestes d'un tel état de choses, pour

et feinines sl\idie\ises, la famille, pour ta société, pour la religion ; je dirai la vérité tout entière.

Je sais, j'ai vu, et j'en ai béni Dieu, tout ce que fait, tout ce que peut dans la famille une femme, une mère chrétienne, que de choses s'y introduisent par son influence, que d'idées, rejetées bien loin d'abord, elle fait adopter : idées religieuses, idées charif tables, idées de dévouement, de résignation, de pardon; mais plus rarement, il faut l'avouer, idées de travail.

La vérité pénible que je veux dire ici, c'est que l'éducation, même religieuse, ne donne pas toujours, donne trop rarement aux jeunes filles et aux jeunes femmes le goût sérieux du travail. Députées de Dieu au foyer domestique, gardiennes des saintes traditions de foi, d'honneur, de loyauté, les femmes, même chrétiennes, même pieuses, semblent trop souvent les adversaires du [ travail, soit pour leur mari, soit pour leurs ' enfants, pour leurs garçons surtout : j'e

vu qui avaient bien de la peine à ne pas regarder comme un larcin personnel le temps qui lui est consacré. Était-ce la faute de leur intelligence et de leur aptitude ? je ne l'ai Jamais pensé, j'affirme même le contraire; et j'attribue cet éloignement pour le travail d'abord à l'éducation qu'on leur donne, légère, frivole et superficielle, quand elle n'est pas fausse; et ensuite au rôle qu'on leur fait dans le monde, à la place ! qu'on leur réserve dans la famille, même ' dans certaines familles chrétiennes.

On veut que les femmes n'étudient pas :

elles ne veulent pas non plus qu'on étudie autour d'elles; on veut qu'elles ne fassent ' rien; elles ne veulent pas non plus qu'on travaille, ou du moins elles n'encouragent ni leurs maris ni leurs enfants à rien de ce qui est sérieux et demande de la peine et du dévouement, et parfois elles vont jusqu'à s'y opposer, quand leur plaisir ou leur liberté peut en souffrir. Et c'est un immense mal-

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