‹ La femme studieuseChapitre 3 sur 7 · SL · texte numérisé non relu

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et femmes studieuses. i8i

heur! Car elles ont ici la plus funeste influence! En vain dirons-nous à tous : Travaillez, acceptez des emplois, occupez du moins votre temps. Tant que les femmes seront là pour détruire l'effet de nos conseils, ils ne serviront à rien. Tant que la mère conseillera à sa fille de ne pas épouser un homme en place, tant que la jeune femme emploiera tout son art à détourner son mari du travail, tant que la jeune mère n'inculquera pas à son fils la nécessité de s'instruire, de cultiver son esprit et ses facultés comme on cultive une plante précieuse, la loi du travail sera méprisée.

Oui, dans l'état actuel de nos mœurs, et la vie de famille étant donnée ce qu'elle est, les femmes seules peuvent protéger efficacement le travail, y préparer de bonne heure, le rendre possible et facile, l'imposer même, en lui réservant estime, encouragements, admiration.

C'est tout le contraire qui arrive. On

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met ses enfants le plus tôt possible en pen~ stQTi, c'est le mot; ou on leur donne un instituteur, si c'est un garçon, une gouvernante, si c'est une fille ; et voilà une mère qui, de gaieté de cœur, se prive, le plus tôt qu'elle le peut, du bonheur suprême de donner à son enfant la première vie de l'intelligence, la vie de l'âme, elle qui lui a donné h vie du corps. L'enfant va donc au collège ou au couvent ; de quoi se préoccupe le plus sa mère? Qu'il ne travaille trop!,.. C'est bien pis s'il a un précepteur ou une institutrice; la mère semble souvent l'adversaire née de l'un et de l'autre, sans cesse occupée à leur reprendre, à leur dérober ses enfants, à extorquer des promenades, des exemptions, des interruptions continuelles. Elle ne révepour son fils, cette faible et aveugle mère, et c'est même lit ce qu'elle appelle l'occuper, que parties de chasse, réunions de jeunes gens, hippodromes, spectacles, bains de mers, bals oCt elle le suit des yeux,

» /oir

S stildieusei.

s'enivre de ses triomphes de salon, dont peut-être elle ferait mieux de gémir, vaniteuse pour son fils ne pouvant plus i'étre pour elle-même. Aussi que blâme-t-elle en lui; Un geste peu gracieux, un mot vulgaire, une politesse omise . Ce n'est pas elle qui lui dira : Vous êtes fait pour mieux que cela, visez plus haut ; instruisez-vous, apprenez à réfléchir, à connaître les hommes, les choses et vous-même; devenez un homme distingué, servez votre pays, faitesvous un nom, si vous n'en avez pas, et si . vous en avez un, soyez-en digne.

Peu de mères tiennent ce langage à leurs

enfants. Les jeunes femmes le tiennent

moins encore à leurs maris. Elles semblent

; mariées pour courir, pour s'amuser

' et trouver le mouvement perpétuel i la cam-

\ pagne, la ville, les batns, les eaux, le turf,

' le bal, les concerts, Iesvisites,neleur laissent

1 instant de repos ni le jour, ni la nuit.

' Bon gré, mal gré, le mari doit partager cette

Femmes savantes

pétulance; il s'ennuie souvent, récrimine !

quelquefois, n'importe : en attendant qu'il | secoue ce joug et se réfugie dans les clubs, il cédera ; la jeune femme y emploie tout ce i que l'art et la nature, tout ce que Dieu lui ( avait donné pour un meilleur et plus sérieux j usage, de grâces, de beauté, de douceur, d'adresse, de séductions. Oh! si elle employait la moitié de ses ressources prc dentielles à persuader à son mari qu'elle serait fière d'Être la femme d'un homme distingué, qu'elle le voudrait instruit, capable, ■ digne de son nom, digne d'être proposé plus j tard à l'imitation de ses fils, soit qu'il occupe un emploi, soit qu'il reste dans ses terres, pour y prendre une juste influence, viser aux places électives, gagner l'estime et la confiance de ses concitoyens, donner un ) noble exemple, servir ainsi Dieu et la société ! Loin de là, si le pauvre mari essaye de prendre un livre pour se reposer du tourbillon auquel on le. condamne, madame fait

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et femmes studieuses.

une petite moue (qu'on proclame adorable parce qu'elle a vingt ans, mais qu'on trouvera bientôt insupportable) ; elle tourne autour du lettré, du rhéteur, du savant, va mettre son chapeau, revient, s'assied, se lève, passe dix fois devant sa glace , prend ses gants, et enfin éclate, maudissant le livre et la lecture, qui ne sert de rien, ne mène à rien, sinon à être un homme absorbé et assommant. Pour avoir la paix, le mari jette le livre, perd l'habitude de le reprendre, s'annihile de jour en jour par procédé conjugal, et n'ayant pu élever jusqu'à lui sa compagne, il s'abaisse jusqu'à elle.

Il y a là un cercle vicieux déplorable : tant que les femmes ne sauront rien, elles voudront les hommes inoccupés. Et tant que les hommes ne se décideront pas au travail, ils voudront les femmes ignorantes et frivoles.

Les gens en place ne sont guère moins tourmentés que les autres : combien de femmes tiraillent un magistrat, un avocat,

un notaire, les font manquer d'exactitude, d'application à leurs affaires, au lieu de les encourager au strict et complet accomplissement du devoir? Elles prétendent l'heurï gênante, l'assiduité insupportable. Vontûlles jusqu'à faire nÉglîger un rendez-vous, manquer à quelque occupation sérieuse, il semble qu'elles aient remporté une victoire, C'est bien pis pour certaines carrières oci cupées généralement par des gens richct I ou dont les familles l'étaient jadis, la marin< I et l'armée. Il faut qu'un militaire, un marin. ' reste célibataire ou épouse une iille absolu- [ ment sans dot. Autrement, dès qu'il esi I question d'un mariage, la première chost I que l'on exige, c'est une démission : toutt fille possédant de quoi vivre tient à ce qut son marine/asse rien. En présence de ce inepte préjugé, de cet ostracisme conjugal les mères les plus sensées osent à peint conseiller à leurs fils des carrières qui leu; rendront le mariage inabordable, à moin.

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de briser un bel avenir ; ou bien elles disent, et c'est le langajje le plus ordinaire : Mon iils occupera seulement quelques années de sa jeunesse, puis donnera sa démission; un homme marié ne peut conserver une carrière.

Et l'on veut que les Jeunes gens travaillent avec une telle perspective! Peuvent-ils aimer une position qui, sur l'ordre d'un caprice, sera quittée à jour fixe ! Quel zèle, quelle émulation, quelle ambition permet ce projet arrêté de quitter l'épaulette à vingtcinq ou vingt-huit ans, quand on est capitaine d'artillerie ou lieutenant de vaisseau, c'est-à-dire, dès qu'on est délivré des ennuis et des difficultés qu'offre à ses débuts une carrière quelconque ?

J'ai vu des mères éprouver un vrai désespoir, lorsque leur fils, au moment d'atteindre une position élevée , est forcé d'y renoncer gràue à l'exigence d'une jeune fille et à l'aveuglement de sa mère, qui devrait

cependant prévoir et redouter les regrets inévitables, les inconvénients de l'oisiveté succédant tout à coup au charme d'nne vie occupée, la monotonie du tête-à-téte, après les émotions de Solférino, après le qui-vive perpétuel de nos garnisons algériennes, ou la vie aventureuse et presque constammant héroïque du marin.

Non, c'est ii une femme chrétienne, c'est à une mère intelligente qu'il appartient de faire comprendre les dangers de l'abrutissement et de l'oisiveté; le suicide social el intellectuel qu'amène l'abstention de toute place, de toute fonction, de tout travail; la nécessité poUtique et religieuse d'occuper les emplois, de s'y distinguer, d'y rester, d'y user de son influence en faveur de la religion et des mœurs : c'est là une question vitale, qui ne sera comprise et pratiquée que quand les mères l'enseigneront avec le catéchi à leurs petits enfants. Et c'est le commentaire que toute mère et tout catéchiste de-

et femmes studieuses.

vrait donner, lorsqu'ils expliquent le chapitre si important de la paresse, aux péchés capitaux. Et plus tard, jusqu'à vingt ans, il faut qu'elles élèvent leurs filles dans les mêmes pensées ; qu'elles les rendent capables et raisonnables ; qu'elles leur parlent sans cesse des inconvénients de l'inoccupation pour un jeune mari, combien il est difficile de l'amuser tout le jour, de lui plaire sans le lasser, d'éviter l'ennui, l'humeur, la monotonie, ne manquant pas d'ajouter, ce que j'ai expérimenté tant de fois, qu'il est impossible un jour d'obliger le fils au travail après en avoir détourné le père.

Sans doute, il est des moments pénibles dans une vie occupée : un mari qui part pour Sébastopol ou pour la Kabylie, ou qui s'embarque pour deux ou trois ans, c'est triste. Mais il est quelque chose de plus triste, c'est un mari qui bâille, trouve sa femme assommante, sa maison insupportable, ses affaires personnelles une corvée :

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et cela n'est pas rare. J'aî d'ailleurs oui dire à des femmes qui avaient consenti courageusement à des séparations nécessaires, que ces anxiétés avaient leurs consolations, que la conscience du devoir accompli ver- , sait dans leur âme une indescriptible satisfaction; que ces déchirements étaient suivis d'une joie qui faisait oublier la peine; qu'à l'approche du retour, à la vue du régiment ou du vaisseau, elles ressentaient des bonheurs inconnus aux autres femmes. Cela doit Ëlre : Dieu ne laisse rien sans récompense: tout sacrifice a sa compensation, toute blessure a son baume. On m'assure ., que les meilleurs ménages se trouvent dans m nos ports de mer, dans nos grandes centres ' " manufacturiers et même dans nos villes de nombreuse garnison, malgré l'entrain, l'agitation et la dissipation qui y régnent. Je le crois sans peine: là, tout le monde est occupé. Quand un mari a passé la journée à la caserne ou à la fabrique, quand surtout

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il a longtemps couru les mers, il a hâte de rentrer chez lui, il a soif de son foyer, il est passionné pour la vie d'intérieur. De son côté, la femme, séparée de son mari pendant plusieurs heures, lui garde au retour son plus riant visage, son plus gracieux sourire; elle lui épargne les mille contrariétés de la journée, les ennuis du ménage, les petits embarras de la vie, les étourderies des marmots. Les enfants accourent joyeux au-<levant du père, leurs caresses et leur babil le reposent du travail ; c'est ainsi que les hommes aiment les enfants : quand il leur faut les subir tout le jour, ils les redoutent.

Et sans s'élever si haut, je demande simplement ce qui vaudrait mieux pour un mari, quel qu'il soit, même pour celui qui passe sa vie à la chasse, ou partout ailleurs que chez lui, de trouver en rentrant au logis sa femme de bonne humeur, parce qu'après lui avoir préparé une maison bien tenue,

Femmes s,

une table bien servie, elle s'est amusée à faire une jolie peinture, à étudier un peu l'histoire naturelle qui l'a fort intéressée, à faire une petite expérience de chimie dome^ tique, même à résoudre un problème de géométrie agricole, ou de la trouver mélancolique et langoureuse, femme incomprise, un roman de je ne sais qui à la main.

IOn le voit, si j'insiste tant pour persuader le travail aux hommes et aux femmes, c'est qu'il y a de bien fortes raisons pour cela; non-seulement domestiques, politiques, mais ( sociales. Qui ne le voit aujourd'hui? nous j touchons au socialisme. Les masses se plaignent du travail. On a augmenté et encore ugmenté les salaires, pour beaucoup de métiers, dans d'étonnantes proportions; au lieu de six jours par semaine, certains ouvriers ne voudraient travailler que quatre et même trois jours. C'est aux classes élevées, à celles qui sont tenues spécialement d'avoir l'intelhgence de leurs devoirs et de

comprendre la portée de leur responsabilitt, Li'est à elles qu'il appartient de réhabiliter le travail. En cela, comnie en toutes choses, il faut que l'exemple vienne de haut; car en cela, comme en religion et en morale, les liautes classes doivent à la société et à la patrie une expiation. Le dix-huitième siècle . avec sa corruption, ses scandales, son irrê- , ligion, pèse encore sur nous de tout le poids d'un satanîque héritage. Comme le péché originel, ces fautes ont été lavées dans le sang, c'est l'histoire de tous les grands égarements. Il resteà expier le désœuvrement, l'inaction, l'inutilité, l'annihilation auxquels on s'est voué et dont on a donné le funeste exemple.

.l'ai remarqué du reste que rien n'est meilleur, et plus décisif, que cet exempit d'une femme et d'un homme du monde qui travaillent tous deux. A la campagne, parmi les ouvriers et ouvrières, on en parle, cela se répète, et réconcilie dans une certaine

mesure ceux qui travaillent par nécessité, avec ceux qui n'ont pas besoin pour vivre de ce travail manuel, mais qui ont l'habitude et, si je puis le dire, l'attitude de mépriser pour eux-mêmes l'oisiveté 1

Oui, il faut retremper dans le travail toute notre génération; c'est là qu'est le salut, et il n'est que là.

Mais c'est la mère surtout qu'il faut convai^icre ici : car la mère est le centre de la famille : tout rayonne autour d'elle ; à une condition : c'est que la mère sera digne de son nom et de sa grande mission. Or cela est rare. A ce que nous avons dit de la faiblesse de l'éducation des femmes, joignez les gâteries des parents, leur faiblesse, l'espèce d'idolâtrie qu'ils ont pour leurs filles, les plaisirs prématurés qu'on leur prodigue, le soin qu'on apporte à les louer, à les parer dès leur plus petite enfance, bientôt à les montrer, à les faire briller enfin dans une sorit J'i\liiMtion matrimoniale. Avec des

jeunes personnes dont la jeunesse se passe en visites, en bals, en fêtes, comment espérer des mères de tamillê sérieuses? Hélas! ce n'est pas possible. Les idées raisonnables ne leur arrivent guère que quand l'âge ou le malheur leur a enlevé leurs plus si moyens d'influence.

Et je dois rajoiucr, ce qui en soulïre le | plus, c'est ta société et la religion ; et il n'en peut être autrement. Un peu de dessin, un peu plus de musique, assez de grammaire pour mettre l'orthographe, assez , d'histoire et de géographie pour connaître ' Gibraltar et l'Himalaya et savoir que Cyrus fut roi de Perse, mais pas assez pour venger les nobles mémoires outragées, pour redresser au besoin les appréciations les plus erronées; des langues étrangères par genre et comme vernis, de façon à lire des ronifins anglais ou allemands, maïs pas assez pour apprécier quelques belles pages de Shakespeare, Milton, ou Klopstock: pas

nj'j Femmes savantes

littérature, rien de nos grands auteurs, si ce n'est quelques fables de la Fontaine et peut-être quelque chœur â'Esiker appris dans l'enfance ; de la science religieuse, ce qu'on en demande pour faire une première communion, pas assez pour répondre aux objections les plus vulgaires, aux calomnies les plus notoires, pas assez pour avoir l'intelligence de sa position et de ses devoirs, pas assez pour imposer silence aux détracteurs de la religion, aux adversaires de la raison et de l'évidence cbrétienne; pas assez pour réfuter les sophismes les plus grossiers, pour ramener à la foi et à ses saintes pratiques son jeune mari, peut-être son viens père : avec une telle instruction, quelle influence peut avoir une jeune femme?

Et en effet, que cette pauvre jeune femme, si peu armée par son insuffisante éducation, ne lise rien dans la suite, ou ne lise que des livres frivoles, oCi puisera-t-elle

rmes contre le blasphème et l'erreur :

t lui faudra donc, malgré sa piété sincère, ' soldat inutile, déserter, de peur de la compromettre par une défense ignorante, la sainte cause de Dieu et de la vérité. Elle est belle pourtant, cette cause, et j'ajoute que cette cause est la sienne, car c'est avant tout la cause des faibles, et elle ne demande pour être servie, qu'une conviction sincère, et, avec un cœur pieux, un peu de savoir.

Mais c'est ce savoir qui manque : faute de réfléchir, faute de chercher dans de bons I livres ce qu'on ne trouve pas dans son propre fond, il faut se taire, laisser impu- I nément outrager en sa présence son Dieu et sa foi, baisser les yeux sur sa tapisserie et I soupirer.

Oui, soupirez, cela est juste; et non pas I seulement ■ sur ces pauvres hommes qui ' lisent de si tristes choses, qui s'enivrent de I tels poisons, mais aussi sur ce qu'il ne se ' trouve personne auprès d'eux pour leur

Ftmmei savantes ouvrir les yeus, pour remettre dans le chemin ces cœurs égarés, ou jeter du moins un doute à ces esprits faussés, à ces consciences erronées; pas une mère, pas une fille, pas une sœur, pas une épouse, pas une femme intelligente, éclairée, Instruite; et cependant c'est leur mission essentielle!

Nul autre ne la saurait remplir : si les femmes ne sont les premiers apôtres du foyer, nul autre n'y pénétrera -. mais il fau-

I drait s'en rendre capable, et très-capable.

A présent que tout le monde raisonne ou

'î'TJ plutôt ergote, que tout se discute et se

prouve, et qu'il faut démontrer la lumière,

la vie, il faudrait que les femmes partici-

I passent de loin à ce mouvement général.

Oisons tout : il faudrait en face d'une génération masculine qui, avec les hauteurs qui lui appartiennent, prend les allures, la nonchalance, la mignardise, la paresse, la Irîvoliti!. la faiblesse féminines, il faudrait que les femmes se montrassent sérieuses.

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£m réfléchies, fermes, courageuses, viriles, je ^9 '^i'"^' Is "lot : quand les hommes copiem

SQ pruntent quelques-unes de leurs vertus. 1

U| " II est temps que les esprits, qui prcten- ^9 ■■ réveillent dans l'attention, dit noblement

S^ " M. Caro; que chaque être doué de rai- 1 ^ - son sache se protéger contre les malfai- iQ W ■<■ teurs littéraires et repousser leurs atten- h W ■■ tats contre Dieu, contre l'âme, la vertu, \

2^ ■ la pudeur et la foi. »

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évident que l'étude lui est utile, nécessaire même pour l'accomplissement de ses plus importants devoirs. Est-ce qu'il n'est pas de toute convenance, quand elle prend pour ses filles une maîtresse de leçons, une institutrice, une gouvernante, qu'elle sache ce qu'on appelle le ibnd du métier mieux qu'elles-mêmes, qu'elle puisse les surveiller, les diriger, et au besoin les suppléer r N'est-elle mère que pour mettre au jour SOS enfants, et abandonner ensuite à des mercenaires les fonctions de la maternité?

Mais c'est surtout pour ses fils que la capacité d'une mère aurait les plus grands avantages, et que son inutilité aurait de bien plus tristes suites. Pour les garçons, non-seulement on ne consulte pas la mère, mais si elle veut faire une objection contre une école impie, on lui répond : * Je veux que mon fils ait une carrière. Je le mets là où il peut s'y préparer. Vous ne savez pas seulement le nom des connaissances que

L'i femmes studieuses. loi

Ton exige. Laissez-moi donc diriger l'éducation de mon iils. » Et lorsque le petit personnage sort de son école, boursouflé d'orgueil plus que de science, et que l'esprit juste, le cœur chrétien de la pauvre mère lui fait apercevoir les sophismes que l'on a enseignés à son iîls, elle est obligée de se taire, parce qu'elle n'a pas jin fait, une date précise dans la mémoire, pour l'opposer à une erreur daagereuse.

D'ailleurs bien souvent un père, engagé dans une carrière spéciale, a perdu de vue le mouvement littéraire et artistique qui attire son fils devenu jeune homme. Mais la mère, si elle est intelligente et instruite, saura initier son fils à tout ce qu'elle a aimé et cultivé elle-même durant sa vie. Elle lui indiquera les bons auteurs et les bons livres, les lira avec lut, lui fera rejeter les fivres mauvais, les auteurs dangereux, et stimulera ses goûts d'étude en les dirigeant toujours vers un but élevé.

Certes une mère est chargée d'élever le

corps, mais aussi l'âme de son enfant; elle

1 même plus facilement remplacée dans

les détails qui se rapportent à l'éducation

physique que dans ceux qui se rapportent à

VcducaTîon intellectuelle et morale. Pour la

première, tant de personnes peuvent lui

%en!r en aide; pour la seconde, elle demeure

t seule, quand elle n'est pas entourée

I d'obstacles.

Suivre le développement d'esprit et les I études d'un jeune homme, le surveiller, le I tonduire avec cette autorité que donne une I rectitude de jugement qui s'impose, une I mtelligence qui s'unît à la bonté pour Jn- 1 ispirer confiance et admiration, tout cela implique un ensemble de qualités intellectuelles peu communes. Combien de mères auxquelles l'âme de leur fils a échappé, parce qu'elles n'ont pu porter, allaiter, élever, nourrir son intelligence, comme elles avaient fait pour son corps! Être mère,

et fimmi-s sludkuifS. 1..I

mère dans toute l'élévaiion, l'ctendue et la protondeur de ce grand nom! cela seul justilie tous les nobles efforts d'une femme pour acquérir la plus grande distinction d'esprit.

Or, si vous admettez que l'on doive favoriser le développement intellectuel des femmes, au point de vue mûrae de l'utilité de la famille, il faut accepter ce développement complet, et ne pas d'avance lui imposer des limites arbitraires. II y a des esprits qui ne peuvent grandir en restant inactifs ou mutilés, et qui ont besoin de l'épanouissement, comme dit saint Augustin, pour devenir forts.

Une femme, qui du sentiment des arts ou des lettres s'élève jusqu'au talent, ne perd pas, pour être arrivée plus haut, l'avantage que lui eussent donné des facultés plus médiocres. Soyons sûrs, du reste, comme nous l'avons dit, que les dons de ce genre réponavance â des devoirs, et se trouve-

a destinée providentielle de celles qui les ont reçus.

Je n'accorde donc pas le moins du monde à M. de Maistre que la science en jupons, e il l'appelle, ou les talents, de quelque nature qu'ils soient, rendent une femme moins bonne cpouse ou moins bonne mère, tout au contraire.

A l'égard de son mari, le travail rend la femmi; digne de lui, s'il est intelligent.

L'union ne peut guère se conserver dans un ménage, si la communauté des intelligences ne vient pas compléter celle des cœurs. A mesure que la femme perd les j charmes de la jeunesse, il faut que la valeur 1 esprit s'élève aux yeux de son mari, et que l'estime perpétue l'affection. Le mari, s'il est capable, entre alors dans l'âge de la plus grande activité; il est occupé des choses les plus variées, tandis que trop souvent sa femme, n'ayant reçu de son éducation que des principes sévères avec l'ha-

biiude d'occupations futiles, l'ennuie par s piété toute machinale, sa musique et son canevas. I! y a toute une série de préoccupations et d'intérêts, dominants de plus en plus chez le mari, et dans lesquels la femme qui ne travaille pas ne peut pas pénétrer; et il se fait alors entre eux ce qu'on peut appeler la séparation d'esprit.

Au contraire, la femme qui a travaillé partage les préoccupations de son mari ; et elle le soutient dans ses travaux, dans ses luttes.

Elle suit son mari et elle précède ses fils; e!le prend dans son intérieur cette situation si haute qui la rend l'appui , le conseil de l'homme. Elle sent que son mari est fier d'elle, et qu'il a besoin d'elle. EUene s'en enorgueillitpas; mais elle s'appuie dans son bonheur avec sécurité, car elle a la confiance que rien ne peut ébranler une union qui a pour principe la parfaite communauté de deux âmes et de deux intelligences , et que son amour durera comme les âmes qu'il unit.

Pour la femme moins favorisée, qui a u».

inférieur à elle, le travail est encores plus nécessaire; car il met dans sa vie l'intelligence et l'aliment dont son âme a besoin et sans lequel elle souffrirait peut-être ( amèrement. Ainsi c'est pres^Qe toujours g grâce ù ce secours, qu'il peut y avoir en- L core beaucoup de paix et de bonheur dans ce ménage. yS

Enfin, et malheureusement cela se ren- B contre, si un mari est indigne de la femme n qui lui est unie, la supériorité de celle-l^ le force au respect, la situation qu'elle st ! fait dans le monde par sa capacité et sa i vertu lui en impose; et grâce à sa vie sérieuse et appliquée, cette femme aura pu encore sauvegarder l'honneur de la famille.

Je dois reconnaître néanmoins, tant il j" .

a de variétés dans l'étrangeté humaine! que ■ les préférences de certains hommes ne sont pas pour les femmes spirituelles, distinguées, capables; et cela par principe, par

et Jemmcs studieuses. ;'i-

théorie. Le t'ait est qu'ils les redoutent, par secret instinct de leur infériorité; et on m'it parlé d'un qui répétait sans d'un axiome : « Parlez-moi des femmes " inutiles; il n'y a qu'elles qui n'cmbar- "^ Fassent pas. » Le même homme s'extasiait à tout propos sur le mérite de ses excellentes femmes inutiles. La sienne, fort distinguée, qu'il fatiguait de ce langage, se contenta longtemps de lui répondre que les fïiaris de ces femmes n'étaient pas tous de son avis. Enfin un jour qu'il recommençait *JCvani elle son propos favori, et qu'il ajoutait spirituellement, ù son gré du moins:

*^ Je dirais bien à mes garçons d'épouser "^ des femmes sottes; c'est charmant. A "^ luoi sert l'esprit chez une femme? — A *" 'e transmettre avec son sang, » répondît ■^^tte femme noble et sensée. La réponse ,^^ jugée bonne apparemment, car depuis propos ne reparut plus. Lorsqu'en cl- ^ un enfant a le bonheur d'avoir pou

et femmes studieuses.

d'égaler, et surtout d'aider Tintelligence de rhomme. En la laissant faible de corps, Dieu a jeté en elle le germe de toutes les grandeurs, de toutes les forces morales. Il n'est pas de nobles œuvres auxquelles les femmes n'aient été mêlées : d'abord institutrices de l'homme, bientôt leurs inspiratrices, et souvent les compagnes de leurs travaux, on a vu des femmes dévouer leur intelligence en même temps que leur vie à celui qu'elles devaient aimer, demeurer au niveau des pensées dont elles sont les premières confidentes, et qui s'épanouissent plus vives et plus fortes, ainsi pénétrées d'un double regard. La femme doit à l'éducation de son esprit la communauté de sa vie intellectuelle avec l'homme. Elle a travaillé pour lui, elle a aussi travaillé comme lui pour Dieu, et l'homme s'est senti grandir avec la frêle créature qu'il est chargé de protéger.

Je ne sache rien de plus heureux qu'une

intimité qui ne s'arrête pas dans l'union conjugale à la communauté des intérêts et même des affections, mais qui continue dans le domaine de la pensée; j'en ce nais de cette sorte. Je connais aussi plus d'un père, qui, malgré son rare esprit, n'aurait pu achever l'œuvre de sa vie, sans , le secours d'une intelligence mise au service [F de son âge et de ses infirmités par le dé- IS \ouement filial. n

Quant à moi, je crois sans hésiter que les \ connaissances d'une femme peuvent sou— \ent l'aider à remphr de grands devoirsen — lers son mari, et je connais bien d^^s hommes (n'en déplaise à M. de Maistr^^l qui s'arrangeraient mieux d'une savan^^=^^ que d'une coquette.

Voilà pour ce qui regarde la famill^^^- J'examine maintenant la question au pouE^""^ de vue de la société; et voici la thèse qu je pose :

Je dis que, si on était plus indulgent, s-^

et finîmes sliidiriiSL-s. n,

on nt; frappait pas de ces stupides ana- ■ thèmes les femmes qui étudient, celles qui en ont !e goût s'y livreraient sans penser I qu'elles font une chose bien extraordinaire ; et alors, fussent-elles même en petit nombre, eiles communiqueraienï une certaine vie à toute la société. Peut-être le niveau des conversations, des occupations et des idées s'élèverait-il : les choses élevées inspireraient plus d'intérêt, et vraiment qui pourrait s'en plaindre?

Au lieu de finir leur éducation à jour fixe et de se jeter tout à coup dans le monde éperdument, les jeunes femmes conserveraient l'habitude d'une certaine culture intellectuelle, elles continueraient pour ainsi dire, et perfectionneraient pour ellesmêmes, pour leur mari et leurs enfants, leur éducation toute leur vie, les unes en cultivant les arts, les autres en écrivant ou en étudiant, d'autres en Usant; toutes enfin sauraient ne pas rester étrangères aux

2 1 n Femmes savantes

tL-rSts de la religion et de la société, à ce qui se dit et s'imprime, aux idées qui circulent; et n'auraient-elles pas ainsi dans leur famille et dans le monde une tout autre et bien plus salutaire influence?

Mais c'est en province surtout qu'on est sévère sur tout cela. Là on permet peu aux t'emmes d'apprendre et encore moins de se servir de ce qu'elles ont appris. Les plus tolérants disent : Travaillez, à condition de toujours cacher ce que vous savez. Toute votre vie intérieure a besoin d'une certaine expansion, d'un certain écho, n'importe !

Mais si vous défendez aux femmes d'écrire, de causer des choses qui les intéressent, comment supposer qu'elles auront le courage de travailler pour enfouir éternellement leurs connaissances au dedans d'elles-mêmes?

Et franchement d'ailleurs, je le répète, si on pouvait relever un peu le niveau des

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et Jemmes studieuses.

conversations, les tirer de ce cercle si monotone dans lequel elles se meuvent, quel mal y aurait-il donc ? Au lieu d'aller chercher dans le monde une distraction stérile, et le plus souvent un ennui, si on pouvait y établir un commerce d'esprit, si ce n'est d'âme et de cœur, remplacer les histoires des villes et les dissertations sur les modes, par des causeries intéressantes où l'on apprendrait quelque chose, d'où l'on rapporterait le profit qui résulte toujours de l'effort fait en commun pour s'élever vers le sentiment du beau, vers les nobles pensées et les nobles intérêts, ne serait-ce pas un vrai progrès?

On trouve cela, dit-on, dans certains salons : on m'en a cité où les jeunes filles ne sont pas exclues des conversations sérieuses ; on ne les exile pas, comme ailleurs, dans un coin du salon où elles ont le privilège et l'habitude de parler entre elles de toutes les niaiseries possibles: mais il leur

est permis d'écouter ([) ce qui se dit d'intéressant, elles causent même d'une manière très-agréable sans que personne le trou\e extraordinaire. C'est ce qui se passait chez M. **', où ses deux filles tenaient | leur place au milieu des réunions les plus sérieuses, se mêlaient quelquefois aux con- Aersations Intéressantes, ou tout au moins les CLOutaient, les goûtaient, et cela fort naturellement, sans prétention, ni pédanterie Et ces deux jeunes tilles sont devenues des personnes fort distinguées. Au con-

( 1 ) Écouter; c'esi ce que les femmes et surtout les

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euni-a filles savent le moins faire; et pourtant, on les

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)uge a la maniÈre dont elles écoutent, bien plus qu'a

la manière dont elles parlent.

T a timiditc ou tel autre obstacle peut enlever à une

leune hlie ses avantages dans la conversation; mais

rien ne peut jamais Tempêcher de bien écouter, de ne

pas déranger, détourner, rabaisser par une interrup-

1 on maladroite ou une question intempestive, la con-

itraBlion qui s'anime et s'élève.

t.cQUterl cet art si rare, que je voudrais cultiver

Nu r(/fi-(P.(M sf«rfieu.w. ji?

kÊ traire, combien de femmes qui s'ennuient 1

kJb et se dépravent, parce que l'activité de leur j

JjL

1^8 esprit ne trouve dans le monde aucun ali-

fm J

Ai ment!

M Serait-ce donc si difficile de faire com-

pKfc V 1

gj prendre et admettre que le développement

p^ intellectuel des femmes par l'étude des u

' ; lettres et des arts, au lieu d'être un élément \

al^^l

jj 1 ctranger à leur vie, un embarras qui leur ^

crée des besoins en les détournant de leurs &

jfl^fl

' [ devoirs, leur est au contraire d'une utilitc *■

hÉ

^ journalière dans la famille et la société :

a| Dans la famille, dont elles créent en

3r quelque sorte l'atmosphère morale, où tout *

•W che^i une jtunc tille avanl le dessin et la musique : W li

jjb i-reniier des arts libérBUs, dit un spirituel auteur. ]

sASK

yS Va cet arl-là au moins, il n'est pas de loi somp- '. H. tuaire qui l'interdise aux femmes. Elles pcurent le

Kéa

''wSh

mt ['raliquer. au grand bénélice de ccui qui apprécient

yV ^clte chnse rare, délicate et charmante, qu'un appellt

Uj une bonne cnnversntîon, et sans même courir le dan-

Nv

JJJ Ccr du sarcasme ordinaire, \

^^^ïa*^^!*ii^,^^j^^RSfffin^

peut s'élever et ^'abaisser par leur induence, îentiments, idées, occupations : dans la société, ou i'emploi bien dirigé de leur instruction et d'j leurs talents substituerait • luelquc chose de solide à la frivolité et au creux des réunions de notre temps. ^ Je vois depuis trois ans le monde de la province, écrivait une jeune dame : celui-ci sans doute ne diffère pas beaucoup des autres ; eh bien, il m'arrive quelcjuefois au bout de la journée de calculer que, bon gré mal gré, six ou sept heures se sont passées pour nous à des conversations sur le prochain qui^ tout en compromettant la charité, épuisent l'esprit et rétrécissent tout ce qu'on a d'hori/on. /' N'y a-t-il donc pas pour les femmes de milieu entre la folie des plaisirs frivoles ou dangereux, comme le bal et le théâtre, et l'ennui insupportable de ces réunions où l'on cause à vide pendant les longues heures

vA->^^

et femmes studieuses. 217

d'une soirée? Et cependant les elïorts tentés dans un autre sens pourraient réussir. Une femme intelligente, chrétienne, qui aime la société et qui ne danse pas, se trouvait de passage, l'hiver dernier, dans une ville de province. Elle eut l'idée de faire de la musique dans son salon, mais de la musique sérieuse. On jouait des quatuors de Mozart et de Beethoven. L'admiration excitée par ces chefs-d'œuvre éleva naturellement les esprits au-dessus du niveau des préoccupations ordinaires qui ont leur écho dans le monde. Les conversations s'en ressentirent : tout le monde en fut charmé, et l'on rapporta quelque chose de ces soirées, où le goût du beau en se ranimant éveilla les bonnes pensées et fortifia les nobles sentiments.

Je suis convaincu que si les femmes prenaient ainsi l'initiative, pour donner une direction élevée à ce besoin de distraction que l'on cherche à satisfaire dans le monde;

si les hommes avaient d'autres moyens de leur plaire que la fadeur et la frivolité, peut-être les Jeunes gens sans valeur se sentiraient-ils un peu moins les maîtres du monde, peut-être les clubs seraient-ils ns habituellement le refuge des hommes s'ennuient dans les salons. Si l'on avait ncu le terrible préjufjé qui condamne une femme à ne pas être instruite, à ne pas causer de choses sérieuses, à ne pas même paraître s'y intéresser, il y en aurait un bon nombre qui seraient capables de prendre un certain essor, et de s'intéresser à autre chose qu'à des chilibns. Par suite, la femme intelligenle n'iitant pas plus une exception que ne l'est aujourd'hui la femme pianiste, elle serait d'autant moins exposée au péril de l'orgueil que lui fait, dit-on, sa position de phénomène.

On ne peut détruire le monde, mais ne pourrait-on pas l'améliorer, en lui donnant un autre mobile que le plaisir enivrant ou

iVivole: Un progrès intellectuel n'y préparerait-il pas un progrès moral? Je sais des salons oCi grâce ù une maîtresse de maison digne et intelligente, sérieuse et aimable, les grands événements, les nobles idées et les bonnes œuvres trouvent toujours un écho; où les conversations solides stimulent i l'ardeur pour l'étude en ouvrant de nou- i veaux horizons à l'esprit, où les émotions pures de l'art développent le goût du beau.

Si l'on introduisait un peu plus d'art et de vie intellectuelle dans le monde chrétien, on ne se croirait pas obligé d'aller au théâtre pour en trouver quelques reflets, comme on l'entend dire parfois, même dans des familles où la religion est d'ailleurs assez tidèiement pratiquée.

Oui, pour détruire le préjugé si répandu contre les femmes savantes, le vrai moyen à prendre n'est pas de s'opposer au travail intellectuel qui convient aux femmes du monde, mais au contraire de rendre ce tra-

vuil chose commune et générale : et c'e; ce que j'essaye de faire pour ma part. En effet, le danger vient de ce que l'instruction ] parmi les femmes est une exception: dès !

lors la femme instruite est tentée de s'enorgueillir d'un mérite qui devrait être regardé j comme naturel. Dans un village, l'enfant qui sait bien lire et écrire au milieu de camarades ignorants, se croit une exception et s'imagine être destiné à devenir un monsieur; il quitte la charrue et prétend à un emploi de bureau. En Amérique, tout le monde sait lire et écrire, et les savants de l'école primaire restent à la charrue et charment seulement leurs veillées par la lecture. On peut comparer à ces beaux esprits de village les femmes qui prétendent au titre de femme savante. Mais si les femmes regardaient toutes ie travail comme un devoir, comme un secours, comme une nécessité de leur situation, une pratique commune soutiendrait leurs efforts, sans les exposer

et femmes studieuses. 221

à la vanité. Les femmes supérieures s'élèveraient jusqu'au talent; et toutes auraient trouvé pour leur âme cet aliment si fort contre l'ennui, contre les folies de l'imagination, qui s'appelle l'étude.

Sans doute, et c'est par là que je résume cette discussion, sans doute cette culture intellectuelle peut présenter trois périls, mais le remède est facile.

I* La négligence des devoirs matériels, — Il faut prévenir ce péril en fortifiant l'éducation pratique, en donnant aux jeunes filles l'habitude de l'ordre, de la régularité qui double le temps et fixe dans la vie une place à chaque devoir; et surtout l'habitude d'une vraie et solide piété, qui n'est autre chose que l'accomplissement courageux de tous les devoirs.

2* L'exaltation de l'imagination, qui donne des besoins de jouissances intellectuelles, que l'on ne trouve pas toujours à satisfaire.

ïifnhw.tàp-htiiiLZ.

Mais ici encore, il y a moyen de tout

équilibrer. Le point important est que l'éducation réponde aux dons de Dieu sans les dépasser ni les étouffer : ils portent d'ordinaire avec eux le contre-poids de leurs périls. Une culture excessive est dangereuse, une culture insuffisante ne l'est pas moins.

— La piété d'ailleurs est ici encore un grand secours.

3° L'orgueil. — Il n'y a pour le prévenir que le bon sens cultivé chrétiennement. Il faut remarquer cependant que si la culture de l'esprit, comme les agréments du corps, peut exciter l'orgueil, l'étude a au moins un contre-poids ; elle met quelque chose de sérieux et de lumineux dans l'esprit, tandis que les succès dus à la beauté et à la toilette ne sont jamais que frivoles ou mauvais.

L'orgueil, oui, voilà, j'en conviens, une raison spécieuse pour soutenir les svstèmes restrictifs de l'intelligence féminine. On

et femmes studieuses.

veut leur conserver une modestie qui est, dit-on, leur plus bel ornement. Je suis parfaitement d'avis que la modestie est nonseulement une vertu, mais un grand charme.

Mais il n'est point du tout clair pour moi que Vignorance en soit la meilleure gardienne. Je dirai encore que, prise en un certain sens , elle est vertu païenne, c'est-àdire fausse ou très-imparfaite. Donnez à une femme toute la science, tous les talents, tout le développement dont elle est capable : donnez-lui en même temps l'humilité chrétienne, et elle sera ornée d'une simplicité et d'une modestie bien plus vraies et bien plus aimable qu'une pauvre Indoue, qui se croit un animal d'une espèce un peu supérieure aux guenons de la basse-cour, mais bien inférieure à la nature de son mari. Cette humilité éclairée sera une vraie vertu, et elle deviendra la mère de plusieurs autres vertus ; et l'inspiration d'un plus haut degré de perfection. Car, l'humilité n'empêche point de

■;?.|. Femmes savantes

reconnaître le progrès que l'on fait ; comme

elle ne ferme pas les yeux sur le mérite

d'aiiti-ui, elle nous fait voir ce qui nous

manque, et fût-on parvenu au faîte du

savoir et de l'habileté humaine, elle nous

Ki^''"^ montrerait encore en toutes choses un idéal

£ jg^ supérieur qui excite les efforts sans amener

■ n ;.- l'orgueil ni le découragement.

Qu'on se persuade bien d'ailleurs qu'un

esprit cultivé est de tous le plus propre à

comprendre ses devoirs. C'est l'humilité in-

I telligcnte, c'esl-ù-dire la vraie modestie, qui

I préserve de la pédanterie.

Dans les femmes instruites, souvent ce l'est pas l'instruction qui déplaît, c'est la I prétention.

Si j'insiste, c'est queles adversaires insistent le plus eux-mêmes ici. La vanité! voilà, répète-t-on, le grand péril. — Mais, je répète à mon tour, l'éclat que peut donner à une femme un talent littéraire ou artistique n'est pas le plus grand écueîl de vanité

'iii'oa ait à redouter pour elle. Je l'ai dit,

"ne vaine beauté , des triomphes dans le

"londe, remplissent bien autrement un

'■^ceur de lui-même, et ce danger-là n'a pas

^or» correctif dans la tause même qui le

Produit.

I— 'élude, les arts, en élevant une âme, ^*~vent de contre-poids aux sentiments va- *^eux qu'ils pourraient exciter; et je ne ' '~**s guère de garantie pareille dans les !

*-* *^cès obtenus par des avantages d'un autre

Tout se résume à dire que les grands

ns portent avec eux un danger contre

^tiel l'éducation doit fortifier d'avance.

éducation doit s'adapter aux natures

perses ; en développant les germes que

^«j y a déposés, elle doit diriger avec fer- ,

-^ ^té ce développement, en prévenir les

*^-^tts et les travers. C'est à elle aussi de

*^** citer un développement moral en rapport

^c le développement intellectuel; d'équi-

librer la vie idéale et la vie pratique qui s'excluent moins qu'on ne le croît, et dont l'harmonie seule constitue la dignité de l'existence.

« L'esemple de l'Allemagne, dit quelque part Alfred Tonnelé, prouve que la vie de famille, la vie de ménage, que l'habitude des attections vraies et simples, n'exclut

Ipjb la culture et l'élévation de l'esprit chez les lemmes ; qu'elle la développe au contraire et l'assainit. Les plus frivoles, les plus vides, les plus vaines, ne sont-elles pas celles qui se Lt le plus affranchies des soins de la mai- 1 ,s aperçoil-on que cette belle indiîpeni dance ait tourné au profit du sérieux ou j même de l'ornement de l'intelligence ? »

Je 1 avoue du reste, l'éducation est plus importante,p]usdifficîle,quandelle s'adresse a une riche nature; mais elle est aussi plus belle, plus consolante à faire,

J'en demande bien pardon aux dames que l'on appelle du grand monde; j'ai à leur dire iti une vérité pour elles seules, une vérité moins agréable, et la voici :

C'estdaiis le grand monde que les femmes studieuses sont rares, c'est là qu'elles sont obligées de cacher leur valeur. Quelle étrange tyrannie de la fortune ! elle donne aux femmes des loisirs et elle leur ôte le droit d'en user pour le développement de l'intelligence! C'est à vous, dames du grand monde, qu'il faut prêcher le travail, et les I Jemmea moins riches n'ont pas en général besoin de ce sermon. Dans les vies modestes ou le travail est la condition nécessaiie du -être de la famille, les femmes disiin

328 Femmes savantes

guées sont nombreuses. C'est dans l'intérieur de l'artiste, du savant, du médecin, de i l'avocat, du juge, du professeur, que l'on trouve plus souvent ces femmes studieuses, ' capables, qui comprennent les arts, quipos- | sèdent elles-mêmes de vrais talents, qui sont très-instruites, sans que personne songe k les appeler desfemmes savantes, parce que leur intelligence est l'honnuur, !c trésor de la famille, et qu'à l'aide de cette intelligence elles assurent l'aisance, le bien-être de la maison, et même ce luxe délicat où la ri- , uhesse n'a aucune part et dont le goût de la i lemme fait tous les frais. La forme des meubles est jolie , leur arrangement gracieux, des gravures rappellent les œuvres d'art préférées, et révèlent ce qui est aimé, admiré dans la maison. Des fleurs, des tableaux, des livres, une bibliothèque pas • très-considérable mais très-bien choisie (i),

i femmes n'ont pas de livres parce

1 delà musique, des ouvrages agréables, tout I^M

» prouve un intérieur où l'on vit beaucoup, WySf

S d'où l'on sort peu. et où se trouve le bon- ^«1

|P heur. Ce n'est pas une de ces demeures vides OO

fl et magnifiques dont les maîtres sont ton- W*^^y

a jours absents, poursuivant le plaisir avec Km^f

^ une activité fiévreuse, et fuyant l'ennui d'un ^wS

' le meuble, et qui devient fastidieux dès que ^^«?^

^ qu'il leur faut des éditions et des reliures de lu\c. ^£9

î r;:„'„xr^:;7.^^ t'ur.™".'!?!" -a|

K II est étranfie de le dire ; mais il suffirait, pour se VitS^

M Quelqu'un me disait : J'ni renonce à lire, car il ^I^K

yJi. n'y a que les gens très-riches qui puissent avoir des TK^tt

S ''"je^lui ai répondu : Ordinairement, ce sont le» gen. ^j

i "'r:'fff:rl"';"rerption <,ue Ton rencon.e le ^

K^ai^«^j^^^^^==^'^^^w^^gi^^^|^JH|

^^^^^^K^Ei^SS^^^SiflB •

les lauteuils dorés sont à leur place. Dans ce petit appartement du troisième étage, la mÈre est entourée de ses enfants. Elle les éliïve elle-même! Grâce à Dieu, elle y est obligée ; et comme elle en est récompensée I elle règne sur ses enfants, qui comprennent les mérites et les sacrifices de cette mère et qui la chérissent. Ils savent bientôt le bonheur d'être nés dans une condition où les I mères n'ont pas assez de fortune pour payer

f;oùt et les instruments tlu ira\'ail dans certaines fales opuientes. nù le mnnde entraîne tout et où le ' temps et i'arpent suffisent a peine aux exigences dont il feitune loi.

Au contraire, dans beaucoup d'intérieurs modestes I et bien rcgits, on sait ftire la part de la vie intellectuelle, et le sacritîce qu'on s'impose pour la cullii-er est pr£cis£ment ce qui la féconde.

Telle femme dépense Ë,ooo fi^nes pour sa toilette, qui rei:ule devant l'acquisition d'un volume in-n. l'clle autre, qui h 6,000 francs de rente, moyen de se procurer ou de faire lire à ses enfants tous les bons ouvrages contemporains.

des domestiques, des gouvernantes et des gouverneurs qui les remplacent. Aussi quelle différence entre les deux éducations! Les fils sont les premiers au collège et dans les écoles ; les fiiles reçoivent ces éducations supérieures que je voudrais donner pour modèle aux jeunes filles du monde. Elles ' veulent être égales à leurs mères qui travaillent avec elles, qui les dirigent, les suivent, s'intéressent, s'associent à leurs travaux.

La loi du travail pèse sur la mère plus que sur toute autre créature ; l'âme de ses enfants est le champ qu'elle doit cultiver à la sueur de son front: personne n'a grâce pour la remplacer, et si !es éducations les plus complètes se font dans les intérieurs modestes dont je parle, c'est l'honneur de ces mères laborieuses. Que de jeunes gens doivent leur goût grossier pour les chiens, pour les chevaux, aux mercenaires qui les ont élevés ! Une mère met d'autres goûts et \ d'autres ambitions au cœur de ses enfants,

Femmes savantes

lorsqu'elle les élève elle-même. Quelquefois une inquiétude vient traverser son âme; elle se demande si elle pourra armer d'assez d'honneur et de foi la conscience de ses enfants^ pour leur inspirer le courage de porter à leur tour aussi une vie modeste, sans jamais consentir à gagner la fortune par une bassesse. Inquiète, elle redouble de soins pour cette éducation, qu'elle sait être leur dot, et elle devient plus attentive, plus vertueuse, plus courageuse, pour transmettre à ses enfants l'admirable fierté de son âme, pour leur mériter cette grâce du ciel.

Et les enfants qui voient les labeurs de leur mère ont un besoin secret de la soulager et de la récompenser. La volonté de bien faire est plus vivante dans ces asiles du bonheur modeste, et la joie du devoir accompli fait que chacun est content de son sort, content de Dieu. La journée entière est active : le père est à son travail ; la mère gouverne la maison, mène les enfants aux

cours, au catéchisme : le soir chacun est fatigué du travail du jour et désire rester à la maison. C'est l'heure du repos, les jeux des enfants, l'heure des causeries, des lectures, de !a musique, de l'iniimité, de la gaîté. La journée finit paisiblement sans cet étourdissement du monde qui, même pour la vertu des femmes les plus chrétiennes, est une si grande épreuve.

Une mère ainsi occupée ne peut jamais songer à se livrer au travail pour une chose qui l'intéresse personnellement. Elle n'en a pas le temps. Elle a travaillé étant jeune fille, étant jeune femme. A présent, elle est toujours au service des autres. Mais ce travail désintéressé, qui est à la fois travail et sacrifice, élève son âme et son intelligence mieux que tout autre emploi de ses facultés.

H n'y a pas à craindre pour elle la vanité ni le pédantisme: et pourtant quel travail immense pour donner des leçons à ses enfants!

. On est émerveillé des tours de force que

■2 54 Femmes savantes

l'amour maternel fait faire à une mère qui

veut suffir à son rôle. Ne vous étonnez pas

alors de la trouver si capable, si élevée, si

active, sî intelligente, si indifférente aux

vains bavardages et aux coquetteries du

monde.

Dans ces intérieurs modestes je retrouve LUcore le modèle du serviteur. On dit beau- I LOiip aujourd'hui : Il n y a plus de bons ser- I vilEins, on parle des serviteurs d'autrefois. Lisez Molière, lisez les ordonnances de police du temps de Louis XIV (i), et vous verrez que les valets des grands seigneurs étaient alors pires que ceux d'aujourd'hui.

Les serviteurs d'autrefois n'ont pas plus disparu que les vertus d'autrefois. Ces vertus régnent dans les intérieurs simples et laborieux, et c'est là qu'il faut chercher lussi les serviteurs dévoués. Ne demandez

(.) La l'once sons Louis XIV. par Piei

pas qu'on travaille dans les séjours de l'oisiveté magnifique. Les serviteurs des désœuvrés sont bientôt désoeuvrés ; ils suivent de loin instinctivement l'exemple du maître, ils se mettent au ton de la maison, prennent des dehors irréprochables avec des habitudes paresseuses. Le serviteur s'aper- ' çoit sans peine qu'il ne sert qu'à une parade de vanité; il en abuse bien vite, et pour se venger de l'infériorité de sa condition, même en ne se moquant pas de son maître, il n'a souvent qu'à l'imiter. Mais cette femme dévouée, courageuse, qui est la première au travail, transforme l'âme de ses serviteurs et élève leurs services à la hauteur du dévouement. Il n'y a certes pas ici d'étiquottc ni cette apparence de parfaite discipline qu'on admirf! quelquefois ailleurs.

Non ! les bons serviteurs, dont la condition n'est pas à une distance incommensurable de celle de leurs maîtres, prennent une utre livrée, la livrée des vertus qu'ils ce

templent de près; ils respirent un air sain et fortifiant et, dans cette atmosphère de travail, d'honnêteté, de confiance, maîtres et serviteurs sont lieureux. Que je pourrais citer d'hôtels splendîdes, habités par l'ennui (je ne parle pas de la discorde!), et que de bonheur et de dignité j'ai souvent rencontrés au troisième étage!

Je dois ajouter toutefois, pour Être juste, , qu'on ne rencontre pas toujours, il s'en faut, ,' ces vertus au troisième étage, ni cet ennui ■ et cette oisiveté dans les grands hôtels. Là aussi, quand règne le travail, avec la foi \ chrétienne, j'ai vu de bien grandes vertus.

de tels services: Je réponds avec tristesse : Non. Trop souvent, les éducations telles qu'on les donne aujourd'hui, ne savent résister ni aux dissipations du monde, ni aux moqueries ridicules que la sottise et l'ignorance prodiguent aux t'emmes studieuses.

L'étude suivie et la réflexion attentive, c'est ce qui manque le plus à l'éducation des jeunes filles et â la vie des jeunes femmes.

Là est le mal sérieux, presque toujours irréparable, et comme c'est à l'éducation qu'il remonte, je dirai en peu de mots ce que je pense de l'éducation des jeunes filles et des lacunes qui s'y rencontrent.

La vérité est, comme le disait Ozanam, qu'un traité de l'instruction dfs jeunes lils et des jeunes l'emmes reste à faire. Rien n'y est vraiment entendu coimne il faut; rien, ou presque rien n'y donne des fruits durables.

Ajoutez à cela les occupations, les entraînements d'une première année de mari

et bientôt tout est abandonné, tout est oublié, même les arts d'agrément.

J'ai vu des jeunes filles recevoir pendant leur éducation des leçons de musique ou de dessin à vingt, trente francs le cachet.

Puis, au premier jour, elles cessent de cultiver des talents qui ont coûté si cher.

Je prends cet exemple, parce qu'il est le plus saillant : la plupart des jeunes filles passent sept ou huit années de leur éducation à étudier le piano, deux heures, souvent trois et quatre heures par jour. Mais cette étude, à laquelle on donne tunt de place, et qui pourrait ouvrir de beaux horizons à l'esprit et à l'âme, n'aboutit d'ordinaire qu'à, ces talents sans âme dont parle Topffer, qui empruntent quelque vie de la vanité seule, talents sans utilité dans la pratique, sans racine dans l'esprit et qui ne survivent presque jamais au mariage.

Le charmant auteur qui s'élève avec tant de vivacité contre l'usage que l'on a fait des

KV^

et femmes studieuses.

yj.

arts dans Téducation des jeunes personnes, et ce que Ton appelle d'ordinaire les talents d'agrément, s'écrie : « Que j'en ai vu et « entendu de ces talents d'agrément^ et « combien peu d'agréables! Les jeunes ^ filles ne s'intéressent à rien, comprennent « peu, ne sentent pas... Je crois qu'elles « pourraient au contraire chercher dans les ^ arts, à côté d'une amusante récréation,

< une onction pour le cœur, un exercice à

< l'esprit, une carrière à l'imagination, et « trouver à tant de facultés, que les occu- « pations ordinaires des femmes tuent ou ^ laissent oisives, un perfectionnement qui ^ est comme la parure de l'âme. »

Au lieu de cela, la musique est une étude en quelque sorte matérielle, et qui ne s'élève presque jamais jusqu'à l'âjne, pas même jusqu'à l'intelligence la plus vulgaire de l'art!

La plupart des jeunes filles ne cherchent dans la musique que la perfection du mé-

Femmes savantes

yr^'

gr

canisme. Elles ne pénètrent pas dans le sanctuaire de l'art et n'y trouvent rien qui élève, qui exerce les nobles facultés. Combien qui passent quatre heures par jour au piano, et qui n'ont aucune connaissance des maîtres, des écoles, des styles, aucun sentiment esthétique, ni le sens ni l'intelligence de ce qu'elles font ! On a fait de la musique, dit le P. Gratry, un brillant tapage qui ne repose pas même les nerfs. Les maîtres ne s'inquiètent que de vous donner un doigté agile; il en est bien peu qui cherchent à vous former un style, à vous faire comprendre et apprécier les auteurs, saisir l'enchaînement des idées musicales.

Aussi, après que ces pauvres jeunes filles ont passé leur vie au piano, leurs doigts exécutent avec habileté ce que leur esprit ne comprend pas. C'est à peu près comme si elles récitaient éternellement des morceaux écrits dans une langue qui leur serait inconnue.

et femmes studieuses.

Non, il faut faire de la littérature et de l'esthétique musicale en même temps que des études de mécanisme : autrement, c'est une sorte de barbarie.

En Allemagne, où la musique a une grande part à l'éducation des jeunes filles, on en fait quelque chose de plus sérieux.

Elles apprennent l'harmonie, remontent du mécanisme à l'art.

On traite souvent le dessin de la même manière. J'ai vu des personnes qui dessinaient avec exactitude et même facilité, ne pas discerner un bon tableau d'un mauvais, ignorer si Raphaël fut le maître ou l'élève du Pérugin. Le talent même ne développait pas en elles le sens du beau.

C'est que le monde abandonne aux jeunes filles le domaine de la musique, à condition qu'elles n'y élèveront en rien leur âme et ne feront qu'y perdre leur temps ; et quant aux arts plastiques, le goût de la peinture commence déjà à éveiller des critiques, et

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