‹ La femme studieuseChapitre 4 sur 7 · Femmes savantes · texte numérisé non relu

Femmes savantes

M.de Maistre s'effrayait de voir sa fille peindre à l'huile. En un mot, on veut restreindre les arts aux talents d'agrément ; et les lois somptuaires sont encore plus sévères en ce qui concerne les études littéraires.

Sauf la musique et le dessin, à un certain âge, l'éducation d'une jeune fille doit être finie. — « Depuis ma dix-buîtîème année, 1 « m'écrivait une jeune personne à laquelle I « je conseillais l'étude, quand je veux étu- I t. dier, on me demande toujours si je n'ai « pas fini mon éducation. » Finir son éducation, cela veut dire fermer livres et cahiers ; ne plus écrire que des lettres, broder, et cultiver des talents d'agrément, quand on

Mais, dit-on, on enseigne cependant aux jeunes filles, pendant leur éducation, une multitude de choses. Eh ! sans doute, et c'est ce dont je me plains : les jeunes lilles ne doivent pas passer d'examen de bachelier.

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et toute leur éducation tend à leur donner des notions générales très-étendues et trèssuperficielles. Rien de sérieux, rien de fjrave, rien de profond; de tout un peu; mais qui ne sait qu'on perd en profondeur ce que l'on gagne en surlace? disait un ministre intelligent. Sans doute le cadre est immense. Je vois beaucoup de jeunes filles qui, en outre des études ordinaires, de la géographie, de l'histoire, de la rhétorique, commencent à apprendre une ou deux langues, jouent du piano, étudient le chant, dessinent et peignent, apprennent à exécuter tous les ouvrages de fantaisie qui se succèdent selon les caprices de la mod:.', tels que : polychromanie, fleurs en cuJr, etc., etc. Il est évident qu'une vie et des efforts ainsi éparpillés ne peuvent amener un vrai résultat. Et j'ai entendu de sages institutrices gémir de l'obligation qu'on leur impose de remplir de tels programmes.

De cette sorte, on apprend un peu de

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tout, et on ne sait rien comme il faut ; o n'a pas acquis un talent développé, une fa culte, ni même un goût sérieux pour qut que ce soit.

Ces demi-talents, ces goûts d'étude su perlicielle n'avancent à rien; car, s'il est u danger dans l'étude des lettres et des art c'est précisément quand on les arrête a point marqué par M. de Maistre.

Des notions générales, et pas deconnaif sances solides, des arts d'agrément et pt de talents sérieux : rien qui élève l'âme ( donne un aliment à l'esprit: c'est juste c qu'il faut pour paraître un moment, et no pour être quelque chose et quelqu'un -, just ce qu'il faut pour ne plus rien faire, dt qu'elles sont sorties du couvent.

Or, c'est précisément le contrairi: qu' faudrait, si on voulait avoir des femmt sérieuses, appliquées, utiles un jour à leur maris et à leurs enfants.

En vérité d'ailleurs, le monde a des îndul

gences et des exclusions qu'on a de la peine â s'expliquer. On approuve, et on fait bien, une jeune lîlle qui parle deux ou trois langues vivantes. Mais si, suivant le conseil de Fénelon, vous avez appris un peu de latin, cachez cette étude comme un péché, ou vous êtes, comme on dit, un bas-bleu. On vous passera aussi très-difficilement le goût des lectures sérieuses, des études historiques.

On m'a parlé d'une jeune femme qui s'est attiré une de ces admirations qui contiennent une amère critique, de la part des personnes pourtant assez intelligentes, parce qu'il lui est arrivé de dire qu'elle lisait le Correspondant.

Les mêmes personnes ayant découvert qu'elle tenait à se réserver les heures de la matinée pour l'élude, ont témoigné un grand étonnement, et l'ont traitée de savante.

Ce qu'on appelle l'étude : écrire pour se rendre compte de ce qu'on Ut, prendre de^ notes, résumer, etc.. cela n'est pas permis

aux femmes, surtout en province. On admet à peine la lecture et toujours dans des bornes restreintes. J'ai connu une jeune femme qui a encouru le blâme général, parce que la première année de son mariage, elle ne recevait de visites et n'allait en faire que depuis quatre heures, pour se réserver quelques heures d'étude, ce que, par parenthèse, son mari approuvait fort.

Les jeunes filles devraient regarder leurs premières études achevées comme le commencement des travaux qui doivent remplir leur vie. Et les jeunes femmes devraient, dès leur mariage, i^tablir le travail comme un des devoirs de leur règlement. Plus tard elles seront débordées par les soins de l'éducation de leurs tnfants, dont elles doivent s'occuper elles-mêmes, et ne pourront plus travailler à leur gré.

Mais alors, si elles ont pris l'habitude du travail, cette précieuse habitude reste comme une consolation inestimable, qu'on se donne

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sitôt qu'on a une heure de liberté. Elle reste surtout pour remplir le vide qui se fait, à l'époque où les enfants tchappent aux mères, et où elles se retrouvent avoir du temps, sans la jeunesse, ses joies, et ses inappréciables forces.

Le travail est un ami fidèle qui se lait â chaque âge, ii chaque disposition, pour l'âme qui l'a pris comme compagnon â travers la vie. Le travail donne la gaîté au dehors et la sérénité au dedans.

Pour donner aux femmes l'habitude du travail, il faudrait donc d'abord mettre dans la tête des jeunes tilles que leur éducation n'est pas finie à dix-huit ans, et que la première robe de bal n'a, pas plus que le diplôme de bachelier pour les jeunes gens, la vertu de donner à leur science son parfait achèvement. Elles savent à peine alors les notions premières qui leur permettent de travailler seules. Elles n'ont plus besoin de lisières dans leur éducation, et voilà tout.

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Elles sont prêtes seulement à marcher et à jouir par elles-mêmes du plaisir de travailler. Si une jeune fille pouvait croire ce!a, son avenir sérieux serait assuré. Mais , au contraire, l'usage est qu'une jeune fille fasse du français et de l'histoire jusqu'à quinze ans ; puis, de quinze à dix-huit, surtout du piano et du dessin. Puis, vient cette l'obc rose, L"e couronnement de l'éducation, ce grand jour qu'elle a rêvé : elle va dans le monde et se marie, bien décidée à laisser la tout travail, et tout le monde l'y encourage; car un des bonheurs rêvés du mariage, c'est ne plus rien faire. Et ainsi elle perd les premières années si précieuses de sa vie de femme, ces années où on a du temps, et cette flamme que la jeunesse et le bonheur peuvent seules allumer: cet épanouissement de l'âme, ces yeux illuminés du cœur -. illuminatos oculos cordis, comme dit saint Paul, qui donnent au travail la facilité, l'élan, l'horizon, la puissance. Mais

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non, il faut que tout se perde, se dissipe et quelquefois s'abîme dans ces premières années, même le bonheur! Et cependant le travail aurait une secrète puissance pour faire échapper parfois au tourbillon du monde et donner à cette jeune femme le calme et le recueillement dont elle a besoin, ne fût-ce que pour jouir de son bonheur ; mais non, on gaspille, on dilapide tout.

Puis arrivent les années où tout Ce mouvement de la jeunesse s'apaise , le vide se fait, la beauté passe, l'ennui arrive et on n'a rien à lui opposer. Les enfants sont au milieu de leur éducation, on ne peut les suivre cette mère, qui ne sait pas le prix du travail, est toujours prête à excuser la paresse des enfants, et malgré cette faiblesse, les fils, lorsqu'ils sont grands, comptent pour bien peu leur mère, et se croient vite au-dessus d'elle.

Je ne puis tout dire ici, et faire tout un traité d'éducation ; je dirai seulement, en

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résumé, que le principe essentiel à entendre est celui-ci : il faut élever une jeune lîlle d'une manière complète.

Qu'est-ce à dire: C'est développer son intelligence, son cœur, sa conscience, son caractère, en même temps que ses facultés pratiques, sans négliger sa santé, ses forces physiques, ni même, dans la mesure convenable, ses agréments extérieurs ; c'est en un mot, la rendre capable de s'associer, nonseulement à la vie, mais à la pensée de rhomme, et de réaliser dans le mariage runion intellectuelle qui est le complément de Tunion morale et de la communauté d'intérêts.

On distingue quelquefois chez les femmes ce qu'on appelle la femme essentielle, la femme agréable, et la femme d'esprit : la femme essentielle, celle qui entend le ménage et les affaires: la femme agréable, celle qui plait dans le monde: la femme d'esprit, celle qui sait lire et causer.

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