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En ce moment, c'est spécialement aux femmes des classes aisées que nous parlons.
Eh bien, une maîtresse de grande maison, une épouse, une mère, peut-elle trouver dans sa journée le temps d'étudier?
Je réponds sans hésiter : Oui. Elle y con- 'sacrera d'abord les heures que tant d'autres femmes donnent au monde qui dévore leurs nuits, et à la toilette qui dévore leur fortune 1 toutes choses qui, en les absorbant sans aucun profit, les préparent bien mal à
faut semer ou faucher. Une marchande sait biiin écrire, calculer, c'est elle qui tient le comptoir, et pourtant elle est hors d'état de répondre aux questions d'un acheteur qui a besoin, pour se décider, de ' quelques renseignements sur la matière du la qualité (ie matière, ou le genre de travail qu'eiige Tobjel dont il est question : Mon mari vous dira cela quand il viendra, répondent-elles; et l'acheteur s'en va ailleurs. C'est qu'en général on n'attache aucun pri>L, dans notre société, à ce qui peut développer l'intelligence des femmes, à quelque rang qu'elles appar-
et femmes studieuses.
ces grands devoirs de mère et d'épouse dont nous parlions tout à Theure.
Je viens d'indiquer le troisième grand obstacle sérieux au travail intellectuel, la vie du monde. Et ici j'accuserai, à deux points de vue divers, les maris et les mères, — certains maris, dis-je, et certaines mères.
Ce que je vais dire est étrange, mais cela se voit, et je crois encore qu'aucun observateur sincère ne me contredira sur ce point :
Combien de maris ne rêvent que le monde, tous les jours, pour leurs femmes, et leur savent mauvais gré de préférer au monde des soirées mises en réserve pour lire ensemble, et s'occuper un peu après le mouvement matériel de la journée! Puis, quelle soif de veilles, qui exténuent leur santé et celle de leurs femmes!
Disons ici en général que presque aucun homme du monde ne se donne la peine de
tHTKAkO.ttpHALUZ.
itjij Femmes savantes
calculer ce que les forces physiques et les besoins intellectuels de sa femme demanderaient quant au genre de vie à mener.
Hélas! il le faut avouer, trop souvent l'homme n'est pas le chef intelligent de la société conjugale, mais une sorte de chef qu'on suit, parce qu'on ne peut pas faire autrement, et qui commande sans avoir
! donné une demi-heure dans toute sa vie à se rendre compte des devoirs de détail, sans avoir calculé jamais les convenances diverses qui devraient présider à l'organisaion de la vie de sa femme.
Il faut avoir la bonne foi de le recon- I naître, le manque d'intelligence et de bonté conjugale vient rarement d'un seul cûté.
Disons encore que si la femme exagère la frivolité, le savant, le politique, gardent souvent toute leur amabilité, leurs conversations pour le dehors, et l'ennui reste au dedans.
On le peut dire, généralement l'obstacle
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et femmes studieuses. 287
à tout, c'est le besoin de courir hors de chez soi^ ou d'y être toujours en réception.
Mais voici une autre faiblesse, poussée quelquefois jusqu'à la plus étrange aberration : ce sont des mères qui, ne sachant pas tenir l'exacte mesure sur ce point important et délicat, ni résister en cela à des exigences, poussées — j'en donnerai un exemple — non-seulement jusqu'à la folie, mais jusqu'à la cruauté, conduisent leurs filles dans le monde, aux bals, aux soirées prolongées, jusqu'à se fatiguer, s'épuiser elles-mêmes et s'enlever toute force, tout ressort pour faire l'éducation morale de leurs enfants et remplir leurs vrais devoirs ?
Et ce qu'il y a de plus étonnant ici, c'est que quelques-unes s'abusent sur ce point d'une si étrange façon, qu'elles s'y croient obligées, et pensent en cela remplir un devoir!
Veut-on savoir quels sont les résultats d'une telle faiblesse ? Qu'on médite le dia-
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Première jeune fille. — J'ai déjà été à ] vingt-cinq bals depuis le commencement de r la saison.
Deuxième jeune fille. — Alors je ne i m'étonne pas que votre mère se plaignait hier d'être si fatiguée, et de n'en pouvoir plus.
Première jeune fille . — Oh!... mais ma !
mère se plaint toujours, c'est sa manière.
DeuxiÈme jeune fille. — Oui, c'est le I genre des mamans!
O mères! cornprendrez-vous donc
Voilà donc les obstacles. Mais quels ' seront les moyens d'arriver au but que nous ' cherchons? C'est ce que je dois maintenant ; examiner.
De tout ce que j'ai pu dire dans cet écrit,
rien, je t'avoue, n'est plus nécessaire que ce qui me reste à ajouter; et lors même que, comme je l'espère, par les raisons si décisives que j'ai données et les détails si vrais et pris à un tel degré dans l'observation quotidienne et le vif des choses où je suis entré, j'aurais convaincu tout lecteur, toute lectrice sincère, de la thèse que je sou- j tiens sur la nécessité et les avantages du travail intellectuel pour les femmes, eh bien, je n'aurais rien fait encore, si je n'arrivais à persuader ce que je vais dire, et a faire adopter ce que je propose, et que j'appelle ; le plan de la t'ic.
s grande de toutes.
Qui saura comprendre i
a grande chose.
lan Femmes savantes
veut dire, et ce que cette grande chose, pratiquée comme elle doit l'être, mettrait dans l'existence ?
Certes, pourtant, la vie est chose sérieuse, et demande à n'être pas livrée au caprice, ni jetée au hasard.
La vie est longue, et dans la succession de ses âges et de ses phases diverses, elle iimètie bien Jes devoirs ; et avec les devoirs, de bien hautes responsabilités. La vie est quelquefois rude; on n'est pas toujours jeune et riant; viennent bientôt les épreuves, les luttes, les labeurs, les traverses de toute espèce qui sont le vrai fond de la vie, L'amusement et le plaisir n'en sont jamais que la surface brillante et trompeuse.
Que dans l'inexpérience du premier âge, la vie aille comme à l'aventure, sans calcul, sans aucune prévision, sans aucun plan, cela se conçoit, quoique déplorable.
Mais quand on commence à entrer personnellement dans l'existence et à prendre
et femmis itudkmei.
le plein gouvernement de soi-même ; quand surtout on a allié sa vie à une autre vie, et quand de ces deux existences bénies de Dieu doivent naître d'autres existences, dont on aura aussi, dans une part si redoutable, la direction et la responsabilité, oh! comme alors la vie s'élève, grandit, à des proportions considérables, et comme aussi l'obligation de la règle, et du plan de la vie, apparaît dans sa sévère et auguste nécessité !
Car enfin vous êtes jeunes, vous avez
' l'espace et le temps devant vous, et vous unissez vos deux existences. Eh bien, qu'en
I ferez-vous : vous, mari, pour votre jeune femme; vous, jeune femme, pour votre mari ;
Que ferez-vous de vos enfants ?
Ce n'est pas tout : il y a encore d'autres
, devoirs.
A côté de la jeune famille que vous fondez, et dont vous serez les chefs, il y a let
inn I-'einmes savantes
deux familles d'où vous venez et où '
entrez :
11 y a les relations du monde;
11 y a les devoirs d'état, la carrière:
Puis la tenue d'une maison, les soins de 1 la fortune, les dépenses, combinées avec les j revenus:
U y a, si vous voulez être quelqu'un et quelque chose, votre vie privée, vaux, vos études particulières;
Enfin, vous avez une âme, un avenir immortel, une destinée céleste? II y a, vous êtes chrétien, le soin de votre âme, les j grands devoirs envers Dieu!
11 y a aussi la charité, les bonnes œuvres, qui réclament leur budget.
fin un mot, les devoirs, des obligations ■ de toute nature vous saisissent et vous en- I veloppent.
Eh bien, avez-vous songé à ces c vous êtes-vous posé sur ces points divers i
si graves les questions nécessaires ? avez-
e( femmes studieuses. 3Çi'^
vous fait vos calculs ? avez-vous eu vos pré-
voyances? en un mot, avez-vous songé a
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l'aire le plan de votre vie?
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Il ne se fait pas tout seul.
Et si vous ne l'avez pas fait, si vous en- ;
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Irez dans cette grande campagne de la vie
comme un général inepte qui n'aurait te
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aucun plan arrêté, que voulez-vous qu'il fi advienne :
La vie humaine est multiple, et, à vrai î
dire, il y a en elle trois vies qui ont, cha-
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cune, leurs nécessités, leurs labeurs et leurs
le
devoirs.