THUILLIER
Rirez et pas rirez! vous entreprenez sur mes calembourgs !
Bixiou (allant dans le bureau de Duhruet).
C'est vrai, Dubruel, l'éloge du bon* homme est une chose bien difficile, j'aurais plus tôt fait sa charge !
DUBRUEL.
Aidez-moi donc , Bixiou !
BIXIOU
Je veux bien , quoique ces articles-Ik se fassent mieux en mangeant.
DUBRUEL.
Nous dînerons ensemble. {Lisant). La reli-' gion et la monarchie perdent tous les jours quelques-uns de ceux qui coitibattirent pour elle dans les temps rés^olutionnaires , . . .
mxiou.
Mauvais. Je mettrais : La mort exerce particulièrement ses raifoges parmi les plus vieux défenseurs de la monarchie et les plus fidèles serviteurs du Roi dont le cœur saigne de tous ces coups, (Dubruel écrit rapidement). M. le baron Flamet de La BUlardière est mort ce matin dhine hfdropisie de poitrine , causée par une affection au cœur. Voyez-vous, il n'est pas indifférent de prouver que l'on a du cœur dans les bureaux.
Faut-il couler là une petite tartine sur les émo-
398 hk FEMMB SU^ÉniEUnE.
lions des royalistes pendant la terreur ? Hein I ça ne ferait pas mal. Mais non , les petits journaux diraient que les émotion^ ont plus frappé sur les intestins que sur le cœur. N'en parlons pas. Qu'avez-vous mis ?
DUBRUEL (lisant).
Issu (tune vieille souche parlementaire...
BIXIOU
Très-bien cela ! c'est poétique et vrai.
DUBRUEL (continuant).
Où le dévouement pour le trône était héréditaire y aussi bien que rattachement à la fol de nos pères ^ M. de La BHlardlère..^
9ixiou« Je mettrais M. le baron.
^ PUBliVEL.
MaisU ne l'était pas en i793«.«
BIXIOU
C'est égal ^ vous savez que , sous l'Empire , Fouché rapportant une anecdote sur la Convention y où Robespierre lui parlait , la contait
LA FEMME StrâHIEURE. 399
aînst : ce Robespierre me dit : Ducd'Otrtmte^ w)us ifez à V Hàtd-de'^Vilk ! » Il y a dcmc tm précédent.
DUBRUÉL.
Laissez-moi noter go mot-là ! Mais no metions pas le barbon y car j'ai réservé potir la fin les fayeurs qui ont plu sur lui.
BlXIOtJ.
Ah ! bien ! d'est le coup de théâtre , le tableau d'ensemble de l'article.
Voye3fi-vous?.*.
En nommant M. de La Billardièrebaron^ gentilhomme ordinaire...
Bixiou (à part).
Très- ordinaire.
DUBRUEL (continuant).
De la chambre , etc.y le roi récompensa tout ensemble les sers^ices rendus par h prévôt qui sut concilier la rigueur de ses fonctions as^ec la mansuétude ordinaire aux
30O Là FEMME SUPERIEURE.
Bourbons , et le courage du F'endéeri qui rCa pas plié lé genou devant V idole impériale. Il laisse un fils , héritier de sondévouement et de ses talens, etc.
BIXIOU
N'est - ce pas trop monté de ton , trop riche de couleurs? j'éteindrais un peu cette poésie: l'idole impériale, plier le genou!
diable ! diable ! Le vaudeville gâte la main et l'on ne sait plus tenir le style de la pédestre prose. Je mettrais : il appartenait au petit nombre de ceux qui , etc. Simplifiez , il s'agit d'un homme simple.
DUBRUEL.
Encore un mot de vaudeville. Vous ferlez votre fortune au théâtre , Bixiou !
BIXlOU.
Qu'avez- vous mis sur Quiberon ? {il lit.) Ce n'est pas cela ! Voilà comment je rédigerais :
// assuma sur lui dans un ouvrage récemment publié tous les malheurs de Pex-
hk FEMME SUPÉRIEURE. 3oi
pédition de Quiberon , en donnant ainsi la mesure d'un dés^ouemeni qui ne reculait devont aucun sacrifice.
C'est fin , spirituel ^ et vous sauvez La Billardiére.
JDUBKUEL.
Aux dépens de qui ?
Bixïou ( sérieux comme un prêtre qui monte
en chair).
De Hoche et de Tallien. Vous ne savez donc pas l'histoire ?
DUBRUEL.
Non. J'ai souscrit à la collection des Bau^ doin y mais je n'ai pas encore eu le temps de l'ouvrir : il n'y a pas de sujet de vaudeville , làdedans.
PHELLiON (à la porte).
Nous voudrions , tous savoir , monsieur Bixiou , qui peut vous inciter à croire que le vertueux et digne monsieur Rabourdin , qui fait l'intérim de la division depuis neuf mois,
3oa LÀ FBUBIB SUBÉBISORB.
qui est le plus ancien cbef de bureau du ministère y et que le minière âo retour de dbet M. de La Billardière a envoyé cherclœr par son huissier , ne sera pas nomuié chef de diFisien.
BIXIOU
Papa Phellion , vous connaissez la géographie ?
ptiELLion (sB r&igorgeanty Monsieur , je m*en flatte.
BfXIOU.
L'histoire ?
PHELLION (d^un aiv modeste).
PeiH-^tre.
BiKiou (le regardant).
Votre diamant est mal accroché , Il va tOM-»
bcr. Eh bien vous ne connaissez pas le coeur humain , vous n'êtes pas plus avancé là dedans que dans le^ environs de Paris.
poiRET (bas à p^imeuœy LfCS environs de Paris? Je croyais qu'il s*a- ^issait de M. Râbourdin»
Lk FBMME iXJ^RIfiVafi, 3o3
Bimou.
La bureau Rabourdin parte-t*U en masse cmtre moi ?
TOOS.
Oui.
BIXIOU
Dubrael , en étcs^^vous ?
DUBKUEL.
Je crois bien. Il est dans notre intérêt que notre chef passe , alors chacun dans notre bureau avance d'un cran.