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elle n'est que de quatre millions, sans qu'aucun fait extraordinaire puisse expliquer cette diminution

Herbert Spencer considère la polygamie comme appartenant aux races guerrières; mais ces populations, en général ne visant que la force et la puissance militaire, ne conserven; que les enfants mâles qui doivent faire des soldats, et tuent les mies a leur naissance; c'est une charge, un encombrement. Naturellement ces tribus pratiquent l'exogamie, cause fréquente de batailles et de guerres qui contrebalancent largement 1 excès dépopulation que ce mode d'union pourrait donner s il était adopté par tous les hommes de la tribu et SI chacune des femmes était d'une fécondité normale II laudrait dans ce cas, d'ailleurs, qu'il se fît une bien effroyable destruction d'hommes, en Afrique, par exemple pour que tous les voyageurs qui l'ont traversée aient pu constater, du nord au sudetde l'est àl'ouest,lepetit nombre relatif de ses habitants dans des contrées où la terre est cependant fertile, où l'agriculture est connue, où les troupeaux pourraient être plus nombreux. Mais on doit remarquer que la plupart des Etats organisés de l'Afrique sont sous le régime féodal le plus cruel, et que l'homme est placé vis-à-vis de son suzerain comme la femme l'est vis-à-vis du sujet lui-mêmec'est un esclave en réalité, une chose que le maître peut anéantir à sa fantaisie.

Qui n'a présent à la mémoire des exemples de ces hécatombes d'hommes faites en l'honneur d'un souverain, d'un fétiche, d'un prince mort, et dont les récits remplissent d horreur?

Les peuples nomades sont polygynes ; et, chez eux, soit par le peu de fécondité des femmes, soit par la mortahté considérable de la première enfance frappée par les misères de cette vie instable, la population ne progresse pas proportionnellement au nombre des épouses en état d'enfanter.

Le peuple chinois est innombrable, il est vrai : mais d'une part sa polygamie est limitée, et, dans le ménage, les trois concubines\iiitorisées par la loi sont absolument soumises à la femme légitime qui est la mère légale de tous les enfants, et possède une autorité absolue sur chacun d'eux comme s'ils étaient les siens propres; d'autre part, ce n'est pas une population guerrière, elle est pacifique, commerçante, industrieuse, organisée depuis de nombreux siècles, et c'est ce qui explique la fécondité relative de ce peuple polygyne. Eux aussi, comme les peuples guerriers, abandonnent les fdles dès qu'ils considèrent que le nombre de leurs enfants excède les ressources du ménage. Cependant, malgré la polygamie et l'existence pacifique et industrieuse, la natalité, chez les Chinois, n'en reste pas moins faible par rapport au nombre des femmes en état d'être fécondées.

Les sociétés monogames sont plus fécondes que les sociétés polygynes, non seulement parce que la natalité y est plus forte par rapport au nombre des femmes, mais surtout parce que la mortalité infantile y est moins considérable r l'enfant y est plus aimé, plus soigné, mieux défendu; les liens qui unissent la famille sont plus intimes et plus évidents, les soins du père sont plus assidus que dans la polygamie, plus directs et plus tendres que dans la polyandrie. La mère est donc aidée avec plus d'efficacité dans sa mission, et par conséquent réussit mieux à la bien remplir. Or la femme véritablement féconde n'est pas celle qui a les plus nombreuses couches, c'est, en réalité, celle qui donne à l'humanité le plus d'hommes mûrs pouvant se rendre utiles à la collectivité; la femme dont tous les enfants meurent dans le jeune âge, ou même avant d'atteindre l'âge de la production, n'est pas plus féconde que celle qui avorte à chaque grossesse. La mort prématurée des enfants est d'ailleurs une source d'appauvrissement pour la société au milieu de la-

quelle vitlamère, puisque son produit n'aura causé que des dépenses sans pouvoir les compenser par son travail a homme.

La famille, dans la monogamie, est plus étroitement unie que dans les autres formes de mariage; Je faisceau est plus

serre, plus un. Dans la polyandrie, les enfants ne sont frères que par la mère, dans la polygamie ils ne sont frères que par le pere; dans la monogamie, ils sont frères par le père et

a mere, les liens de parenté les enserrent de toutes parts et les attachent intimement les uns aux autres, le frère et la sœur au frère et à la sœur, l'enfant au père comme à la mere; c'est le groupement solide de la famille, le premier élément social complet.

C'est dans la monogamie qu'existe la solidarité la plus grande et que se rencontrent les sources d'affection les plus élevées. Et si les enfants y trouvent une tendresse plus vive une protection plus efficace et des soins plus assidus li femme y bénéficie, de son côté, d'un rang social plus élevé, et d'une influence sur la marche des affaires plus efTective que dans la polygamie ; sa vie est respectée, ce qui n'existe pas dans toutes les civilisations, puisque dans la polyandrie, où l'on économise la procréation, on se défait des filles qui encombreraient d'enfants cette société misérable, si on leur permettait de vivre.

^ La famille monogame occupe évidemment le degré le plus élevé de l'évolution sociale par son intimité, par la responsabilité de chacun des époux, par sa perfectibilité évidente, perfectibilité qui ne peut exister dans la polygamie. Mais si la monogamie est l'expression la pkis élevée de l'idée de famille, il ne faut pas croire qu'elle résulte seulement de la progression des idées etque ce soiluneinstitution artificielle, acceptée conventionnellement, sans avoir aucune racine dans les instincts naturels. On observe la monogamie chez des

races d'une civilisation inférieure, comme dans certaines tribus des bords du Gilo et du Colorado, du ]Nouveau- Moxique, et même chez des sauvages au dernier échelon de l'échelle sociologique, chez les Veddahs de Ceylan, par exemple, hommes absolument primitifs, n'ayant pas encore l'instinct de s'unir en société pour la défense commune, vivant dispersés, isolés avecleur femme et leurs enfants qu'ils ne oardent auprès d'eux qu'autant qu'ils sont incapables de se suffire à eux-mêmes. D'ailleurs, l'espèce humaine n'a pas le privilège de ce mode d'union sexuelle : la monogamie se rencontre chez certains animaux, le macaque Ouanderou de l'Inde, qui n'a qu'une femelle et lui reste fidèle toute sa vie; chez la perruche Illinois dont l'un des époux ne peut survivre à l'autre; chez le canard sauvage qui ne devient polygame que par la domestication, chez la pintade, etc., etc.

La monogamie, instinctive donc pour certaines races d'hommes comme pour différentes espèces d'animaux, s'est généralisée avec la civilisation, et a bien été chez les peuples avancés le résultat des progrès sociaux, puisque la plupart des nations constituées, pour ne pas dire toutes, ont usé des différents modes d'union sexuelle avant d'être monogames. D'ailleurs, à mesure que les sociétés se sont civilisées, l'individu s'est dégagé, il a conquis peu à peu son indépendance, l'esclavage et le servage ont tour à tour disparu, et la femme a bénéficié de cette évolution, elle est devenu quelqu'un. On peut annoncer, sans être prophète, que plus les races s'élèveront, plus l'individualisme grandira, et plus le lien monogamique se resserrera, non seulement par la force des lois, mais surtout par l'influence des mœurs ; plus aussi la femme sera féconde dans la grande acception du mot, c'està-dire que les enfants qui naîtront d'elle auront une valeur physique et intellectuelle de plus en plus élevée.

L'amour, la plus puissante et la plus délicieuse obligation

de la nature, est la socialisation de l'instinct de reproduction L homme a poétisé cet instinct, comme il a donné Je nom de Dieu aux forces de la nature, et appelé foi la terreur que leur irrésistible puissance lui a inspirée. L'amour donc le plus grand des sentiments naturels, entraîne fatalement l'un vers autre deux êires dès qu'ils sont en état de procréer une lamille. Mais l'union qu'ils contractent ne peut être passagère, puisque de ce rapprochement doit provenir un être dérivant des deux, et dont on ne peut laisser la charge et la responsabilité exclusives à un seul de ces deux qui l'ont procrée; et cela aussi bien au nom de la justice qu'au point de vue de l'existence du nouveau venu, qui est pour longtemps sans force et meurt, s'il est abandonné à lui-même.

Cependant l'homme ne vit en société que pour avoir la sécurité de l'être; c'est dans le seul but de la défense mutuelle qu'il s'est groupé en collectivité et a établi les diflërents contrats sociaux formulés dans des lois. Or, pour que l'union sexuelle ne soit pas injuste et par conséquent stérile, pour que le faible ne soit pas opprimé par le fort et puisse porter ses fruits, pour que la sécurité de ceux qui se sont unis existe et leur permette de perpétuer et d'améliorer l'espèce, il leur faut une garantie sociale. Cette garantie c'est le mariage, c'est-à-dire la reconnaissance de l'union volontaire de l'homme et de la femme par la société, et la protection par la collectivité, soit du couple, soit de chacun de ceux qui le composent.

Ainsi le mariage est une union inspirée par l'amour et sanctionnée par la loi; ce sont deux vies qui se fondent en une seule sous l'œil et sous la protection de la société, c'est, selon la belle expression de l'éminent philosophe Emile Acollas, la vie dam laquelle un homme el une femme unissent toute la sensibilité, toute la raison, toute la volonté dont ils sont doués, afin de se développer Vun par Vautre, en

s'appmjant Vim sur Vautre. Au point de vue idéal, donc, le mariage est une association complète de deux existences, et comme leur fusion. « Voilà comment l'amour est si naturel à l'homme, dit Platon; l'amour nous ramène à notre nature primitive, et, de deux êtres n'en faisant qu'un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection. » Sauf l'explication erronée , on peut appliquer au mariage ce que Platon dit de l'amour, avec d'autant plus de raison que le mariage c'est l'amour protégé par la civilisation.

Mais quel est le but du mariage?...

Dans le mariage deux intérêts sont engagés : 1° l'intérêt des individus qui s'unissent; 2° l'intérêt de la collectivité.

Au point de vue individuel, le mariage a pour but le bonheur par les délices de la possession de l'objet aimé et par les joies moins égoïstes de la paternité et de la maternité.

Au point de vue social il a pour but la procréation, c'està-dire la force et la perpétuation de la race.

L'un de ces deux intérêts ne peut être sacrifié à l'autre sans régression sociale; c'est leur combinaison qui constituera l'élévation de la société moderne. En ne tenant compte que de l'individu dans sa maturité et dans la force de ses passions, on retournerait à la promiscuité en sacrifiant le faible, la femme; en ne tenant compte que de la collectivité, on retournerait à la civilisation antique de la cité, toujours aux dépens du faible, de fépouse. Dans les différentes phases de la civilisation, l'un de ces intérêts a toujours primé l'autre; c'est ce qui a fait et maintenu la traditionnelle injustice sociale.

La tradition révolte M. Acollas, le légiste rude et précis qui devient, quand il traite de la femme, un philosophe tendre et poétique dont la plume chante en écrivant sur

l'amour : « Une tradition, dit-il, nous est venue du peuple le plus grossier de l'antiquité; cette tradition, les théologiens l'ont pieusement recueillie et amplifiée, les légistes l'ont servilement adoptée à la suite des théologiens, et catéchismes, lois et mœurs ont donné pour but au mariage, en première ligne, la procréation des enfants; en seconde ligne, la satisfaction régulière des appétits sensuels. » Le but premier vient en effet de la tradition la plus ancienne. L'amour, ce sentiment délié et supérieur que la civilisation a créé en ne considérant plus la femme comme une esclave, mais comme un être capable de choisir et de vouloir, l'amour n'existait pas encore dans les sociétés primitives, c'était bien l'idée de postérité, et le besoin de se fournir de défenseurs qui étaient pour les tribus guerrières et pour la cité antique les grands mobiles des unions sexuelles.

Mais le second but, la satisfaction régulière des appétits sensuels ne pouvait certes entrer en ligne de compte pour le mariage dans les civilisations anciennes, par la raison bien simple que ces appétits étaient toujours satisfaits, l'acte générateur étant loin d'être considéré comme une honte, et les esclaves venant au secours de ceux qui ne trouvaient pas mieux. Mais la secte dont les chefs, les orateurs, les écrivains prêchaient le célibat et proclamaient leur horreur du sexe qu'ils considéraient comme la source de toutes les turpitudes et la seule cause de la damnation éternelle, ne pouvait comprendre l'amour; Pères de l'Église et prédicateurs ne voyaient que le besoin fonctionnel, brutal, et considéraient le mariage comme l'égoût rendu nécessaire par les natures inférieures. Les chrétiens donc toléraient le mariage comme une nécessité honteuse et bestiale. On comprend que cette grossière doctrine, citée par M. Acollas, l'ait profondément révolté, et qu'il ait ajouté ironiquement : « Je commence par remarquer que, si les hommes dont je parie se rendaient un

compte exact de leurs propres vues, ce n'est pas la procréalion des enfants, mais bien la satisfastion des appétits sensuels qu'ils devraient placer en première ligne, car, des deux laits indiqués comme formant le but du mariage, c'est, ce me semble, en bonne logique, le moins sujet aux intermittences qui doit primer l'autre; aussi, pour ma part, proposerais-je aux théologiens et aux légistes de rectifier la formule et de dire, sans biaiser, que le mariage a pour but la copulation régulière des deux sexes, afin d'arriver, si faire se peut, à la procréation des enfants. » Sauf le mot régulière, qui pourrait être un engagement au-dessus des forces de quelques-uns et des possibilités de la nature, la boutade pourrait paraître l'expression de la vérité à quelques égoïstes sensuels. Mais, ce n'est qu'une boutade, et si faire se peut, tout spirituel qu'il soit, enlève toute valeur à l'aphorisme; car si l'amour, c'est-à-dire l'appélence sexuelle idéalisée, entraîne au mariage, il ne faut pas croire que l'homme, comme les autres animaux, n'ait pas la tendance atavique, l'inslinct réel de la procréation. Que de mariages attristés, malheureux par l'absence d'enfants ! En vérité, les Lhéoloo-iens ont tort en considérant l'amour comme une simple fureur organique et un besoin excrémentitiol ; mais M. Acollas se tromperait en croyant que la procréation des enfants n'est qu'un accident indifférent. Le mariage serait bien inutile si la reproduction n'en était pas un des principaux mobiles; et si l'amour était le but unique, égoïste et sans autre aspiration de l'union sexuelle, la promiscuité serait inévitablement la règle, elle régnerait s^ms contestation et même sans objection possible. Après nous le déluge !

Le mariage est l'union de deux existences rapprochées par les affinités de l'amour, existences dont la fusion crée la vie d'une génération nouvelle.

Voici d'après nous la formule du mariage :

TiiOLiÉ. — La femme. 20

1" C'est l'association de l'homme et de la femme sanctiomiée par la loi ;

2° Il est établi sur l'amour des époux et maintenu par l'amour des enfants;

S° La solidarité est sa condition ;

4° Sa garantie est la dissolution légale;

5^ Il a pour but : au point de vue individuel, le bonheur: au point de vue social, la conservation et la progression de l'espèce.

Le bonheur complet est introuvable; c'est dans l'association du mariage que l'on se rapproche le plus de l'idéal cherché. Quand les ardem^s de l'amour sont calmées et que la tendresse est moins enfiévrée, quoique tout aussi profonde, lorsque chacun des époux, redevenu maître de ses esprits,' peut contempler sa vie et se rendre compte de son état moral, ils éprouvent l'un et l'autre une paix intérieure et une sécurité que l'être isolé est incapable de ressentir. La femme sait sa vie assurée, et elle a un soutien; l'homme est débarrassé des soins de l'économie intérieure, et peut à son aise se livrer aux travaux qui l'appellent au dehors, certain de trouver au retour le confortable qui repose le corps, et la tendresse qui repose l'esprit.

L'isolement est une des plus grandes douleurs dans la vie sociale; c'est l'ennui, c'est, à la longue, le spleen mortel. Les amis ou les amies ne suffisent pas à remplacer les parents qui vous enveloppaient de leur tendresse, vous soutenaient de leurs conseils, vous tourmentaient quelquefois de leurs sermons, mais qui étaient toujours là, prêts à vous secourir et à vous défendre. Quand ils ont disparu, ou même seulement quand on s'est éloigné d'eux, un vide se fait, et la tristesse et l'inquiétude apparaissent. Qui ne se rappelle avoir vu certains jeunes gens de province arrivant à Paris, à l'âge où l'on ne doute de rien, entre leur dix-huitième etleurvingtième année,

tomber dans un découragement profond en se sentant comme perdus au milieu de la muUitude. Quelques-uns sont obligés de regagner le pays et de faire diverses tentatives avant de s'habiUier à vivre seuls dans la grande ville; d'autres se consolent en se créant un ménage interlope qui fera patienter en attendant le ménage définitif; d'autres s'étourdissent dans les plaisirs tapageurs et dans la débauche abrutissante; le petit nombre se console par le travail et par les espérances de l'ambition.

En réalité, on n'est pas heureux, dans la vie normale, si l'on n'a pas auprès de soi quelqu'un qui vous aime, vous soutient et vous conseille. C'est le rôle mutuel des époux. Plus intimes entre eux que ne le sont jamais les parents et les enfants, ils sont l'un pour l'autre des compagnons, des amis qui n'ont rien de caché, dont les intérêts sont les mêmes, qui sont frappés ensemble par le même revers, grandis ensemble par le même succès, et qui, dans la bonne ou mauvaise fortune, restent étroitement unis par la tendresse, ou tout au moins par l'habitude.

D'ailleurs, rien que par le mariage, la vie a désormais un but défini et une voie tracée. Or l'indécision, l'absence de direction nettement définie est la plus grande cause de faiblesse et d'immobilité. On est deux pour chercher la meilleure route à prendre, et l'on s'appuie l'un sur l'autre en la poursuivant.

L'association matrimoniale double donc les forces de l'être humain qui a, par elle, deux intelligences et deux corps pour poursuivre le même but.

Quand l'amour a porté ses fruits, l'intimité de l'association est resserrée encore par cet être qui procède des deux, et pour lequel les deux travaillent et se sacrifient. C'est la présence de ce nouveau venu qui établit la solidarité indispensable au bon fonctionnement delaraison sociale; et, dans

le cas où l'amour seul n'a pas suffi à établir la confusion des intérêts pour la conquête de la prospérité commune, l'enfant vient le faire.

Le mariage a aussi une influence heureuse sur la moralité, sur la santé, sur la durée de l'existence des époux et des enfants, et par cela même contribue encore à rendre le couple heureux,

La moralité est, en effet, une des sources les plus pures du bonheur par la paix intérieure qu'elle donne, par l'absence des inquiétudes incessantes qui poursuivent les personnes coupables ou indélicates, par l'estime qui entoure l'honnêteté et la vertu. Or la criminalité des célibataires est beaucoup plus considérable que celle des gens mariés.

Bertillon, dans sa statistique du mariage, a pris pourétablir la criminalité comparée entre les célibataires, les gens mariés et les veufs, deux époques éloignées l'une de l'autre de quinze années, et à ces deux époques il trouve à peu près les mêmes résultats. Ainsi de 1840 à 1845, sur 1000 hommes accusés de crimes contre les personnes et contre les propriétés, il y a : — 566 célibataires, — 400 hommes mariés, — et 34 veufs; et sur 1000 accusées, — 558 filles, — 345 femmes mariées, — et 97 veuves. Pour une période de 1861 à 1868 il constate par 1000 accusés hommes, — 539 célibataires, — 401 hommes mariés, — 60 veufs; et sur 1000 accusées — 529 filles, — 366 femmes mariées, — et 105 veuves.

La statistique indique donc avec évidence l'influence moralisatrice du mariage; elle démontre en même temps qu'il est plus indispensable à la femme qu'à l'bomme. Et encore, en établissant ces chiffres si probants, n'a-t-on pu tenir compte des personnes qui ont rompu toute union et toute solidarité et se sont mises volontairement hors mariage; ces personnes, dans une législation normale, n'eussent

plus compte dans le nombre des gens mariés, ce qui aurait modifié considérablement les résultats statistiques.

Il n'est pas étonnant que la santé générale soit meilleure dans le mariage que dans le célibat; les premiers soins apportés à un malaise évitent souvent des maladies graves; et, lorsque l'organisme est sérieusement atteint, en dehors même des soins constants, la présence seule d'un être qui aime, qui connaît les habitudes, les goûts, le caractère, non seulement adoucit les souffrances, mais encore facilite, la guérison par la confiance qu'il inspire, et le calme d'esprit qu'il apporte.

Celui qui est isolé ne peut être soigné que lorsque le mal a fait de sérieux ravages; il recule devant les soins mercenaires, ou devant l'hôpital, et ne se rend que lorsqu'il est profondément frappé. D'autre part, la désespérance de la solitude est horrible et abat l'énergie; mauvaise condition pour reconquérir la santé et la force.

Chose remarquable, la statistique démontre encore que les célibataires sont plus souvent frappés dans leur intelligence que ceux qui suivent la règle commune et se créent une famille. Est-ce dû à la paix de l'esprit plus grande dans l'union légale et aux satisfactions intimes qu'elle procure? En trouve-t-on la cause dans l'absence d'excès ? Serait-ce que les excessifs et les débauchés ne se marient pas ou se marient moins? Quoique jusqu'ici rien de précis n'ait été dit à ce sujet et qu'il soit impossible d'apporter une démonstration, il est certain que toutes ces causes doivent être invoquées, car les lois de l'hérédité sont les mêmes pour tous les humains, qu'ils soient mariés ou non mariés, et frappent indistinctement les uns comme les autres. Dans tous les cas, voici les chiffres qui démontrent, avec leur brutale éloquence, l'influence du mariage sur la santé intellectuelle. En moyenne, sur 10000 hommes, la folie frappe : célibataires,

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3,95; — veiils, 3; — hommes mariés, 2,17. Sur 10000 femmes la folie all:eint : filles, 3,4;— veuves, 3,13; — femmes mariées, 1,9.

De même, pour la morlalilé, l'union conjugale a une influence. Voici une portion du tableau que BerLillon a donné dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales sur la mortalité comparative en France des gens mariés, des célibataires ou des veufs. Je prends la période d'âge de vingt à soixante-dix ans, la période de quinze à vingt ans étant antiphysiologique et hors des conditions normales du mariage, surtout pour les hommes. Voici la moyenne des décès par année pour la période de 1856-1865, sur mille célibataires, mariés ou veufs, de chaque sexe et de chaque âge.

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