TROISIÈME PARTIE
THEORIES
La question de la femme est donc à l'ordre du jour. Le sentiment et l'idée de justice l'ont fait naître, l'intérêt humain la maintient en discussion, et la science, il faut l'espérer, viendra apporter la lumière pour la résoudre. En attendant, les opinions les plus contradictoires se produisent, les projets les plus fantaisistes sont proclamés, les solutions les plus grotesques ont leurs partisans d'autant plus convaincus et fanatiques que leurs théories sont moins sensées. Le beau sexe, quand il se jette dans la lutte, apporte sa passion naturelle dans les ardeurs de la revendication et les hommes au cœur sentimenlal et tendre appuient les réclamations féminines, môme dans ce qu'elles ont de plus métaphysique, de plus quintessencié, et de plus contraire aux lois naturelles.
TIIÉORIRS.
Les théories des Dovaleiirs et les ardeurs réformatrices ont fait surgir tout naturellement l'esprit de résistance et l'amour de l'immobilité rendant vite enragés ceux qui ont peur de toute innovation, les opinions réactionnaires se sont montrées bientôt aussi violentes, aussi absolues, aussi aveugles et anti-scientifiques que celles qui les provoquaient. Quoique dans tous les camps chacun affirme sa théorie d'un air de conviction profonde, on sent à certaines lacunes à ]'abus des éclats d'éloquence, à l'absence de démonstration calme, et même de toute démonstration, à la négligence de parti pris des côtés les plus importants de la question, que chacun, malgré ses grands airs, sent l'infirmité de sa théorie de prédilection. Si les partisans du statu quo, c'est-à-dire du maintien de l'infériorité légale de la femme, sont incapables de trouver des arguments décisifs pour combattre les attaques dirigées contre l'injustice sociale actuelle, il est impossible aux novateurs de rétorquer les raisons que l'on oppose à l'identité des fonctions sociales de l'homme et de la femme. C'est que de toutes parts on raisonne sur des abstractions, sur une humanité métaphysique et en dehors de son état réel, c'est que les esprits sont encore imprégnés et imbus des traditions et des procédés spiritualistes, c'est que l'on pense et discute encore en idéaliste nuageux, en subjectiviste aveugle, et non en observateur des lois de la nature.
Tous devaient arriver aux extrêmes dans l'erreur : les uns constatant les différences nécessaires qui constituent les sexes concluent à l'infériorité soit de la femme, soit de l'homme, car il y a une secte américaine qui considère le mâle humain comme une vile brute destinée au travail forcé pour nourrir la femme, l'être supérieur, idéal; opinion que professent aussi, avec moins de mysticisme toutefois, les filles entretenues de la vieille Europe. Les adversaires de l'inégalité, au contraire, affirment que les deux sexes, faisant également
p-irtic de la même division zoologique, le genre humain, doivent à ce litre non seulement jouir des mêmes droits, mais encore remplir les mêmes fonctions sociologiques ; ils nJse demandent pas toutefois comment cela pourrait se faire.
Or les partisans de l'infériorité de la femme, et par conséquent de la supériorité nécessaire des droits de l'homme, considèrent leur thèse comme si évidente que la démonstration leur en paraît inutile, et que l'énumération pure et simple des différences entre les deux sexes, leur suffit pour ainsi dire.
Au physique les différences entre les sexes existent dans toutes les races, même chez les plus inférieures, chez celles où la civilisation est le plus rudimentaire, quoique ces différences aient une tendance à s'effacer à mesure que l'on descend dans l'échelle humaine. Et cependant si l'identité de forme devait être complète, c'est bien dans les populations où les efforts sont identiques pour les deux sexes, où la femme est même appelée à faire les plus durs travaux, où elle est réduite à l'état de bête de somme, où sa force est sans cesse exercée ; nécessairement elle aurait dù acquérir par l'exercice constant les apparences de la virilité, si l'exercice seul, et non la sexualité, donnait à l'homme la supériorité de la musculature et les plus grandes dimensions du squelette. L'Européenne est, il est vrai, plus éloignée de forme et d'aspect de l'Européen, que l'Australienne de l'Australien, et cependant chez ces derniers les différences sont considérables; et ce n'est certes pas l'oisiveté de la femme qui peut les expliquer.
Chez l'Européen la taille de la femme est moins élevée que celle de l'homme; il y a en moyenne une différence de dix centimètres ; le poids est moindre, aussi, d'un tiers environ. Les formes sont plus gracieuses, plus arrondies, moins puissantes, même chez les femmes de la campagne soumises aux
THÉORIES
durs travaux des champs; leur peau est plus douce, plus line, moins couverte de poils; leurs cordes vocales sont plus courtes d'un tiers, d'où le timbre de la voix plus aigu; elles ont le tronc moins long que celui de l'homme, leur ventre est plus large, plus saillant par rapport aux épaules et à la poitrine, leurs hanches sont plus écartées.
Sur le squelette les différences sont assez nettes et assez précises pour qu'on reconnaisse le sexe, même à égalité de taille entre deux sujets d'un sexe différent, même le squelette de la femme ayant une taille supérieure. Les os de la femme ont moins de dureté que ceux de l'homme, ils sont plus grêles et plus délicats, les saillies des crêtes et des apophyses sont moins marquées, les dépressions, gouttières et empreintes, sont moins accusées, ce qui lient à ce que la musculature est moins puissante et les ligaments moins résistants. Les courbures en S de la clavicule sont moins prononcées; les saillies transversales de la face interne de l'omoplate, sur lesquelles s'insèrent les muscles sous-scapulaires, sont moins accentuées; la gouttière de torsion de l'humérus moins sensible; la tubérosité du radius, où s'insère le biceps brachial, est moins saillante; la direction du col du fémur est moins transversale ; le tubercule antérieur du tibia sur lequel s'insère le triceps crural est moins accentué et moins puissant. La femme a la colonne vertébrale proportionnellement plus allongée dans la partie lombaire ; le corps des vertèbres est surbaissé chez elle , les apophyses Iransverses sont moins accentuées, moins droites, légèrement inclinées en arrière, le canal rachidien et les trous de conjugaison sont plus petits; le thorax est plus court, plus étroit, moins spacieux, plus mobile; le sternum est proportionnellement plus long et plus étroit; les côtes sont plus droites, plus minces et ont leurs bords plus tranchants.
Le bassin offre des différences caractéristiques; il est plus
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large de quatorze millimètres en moyenne; le rapport de sa largeur à sa hauteur maxima est chez la femme de 135, chez i'homme de 125, et toutes les parties du bassin participent à cette prépondérance des dimensions transversales. Et plus k race s'élèvera en intelligence, et par conséquent en développement cérébral, plus celte différence entre le bassin de la femme et celui de l'homme devra s'accentuer; s'il n'en était pas ainsi le fœtus dont la tête aurait les diamètres plus grands que ceux du bassin ne pourrait le traverser au neuvième mois et serait destiné à périr. Si donc l'intelligence humaine grandit, comme cela est certain, si le cerveau de l'homme augmente de volume, le bassin de la femme doit prendre nécessairement des dimensions plus grandes et les différences anatomiques entre l'homme et la femme s'augmenteront d'autant.
Comme le reste du corps la tête offre des différences très sensibles que l'on peut constater sur le squelette pour la face comme pour le crâne. Chez la femme, l'ensemble est plus petit, moins puissant, les arcades sourcilières sont moins accentuées, la moitié du bord supérieur de l'arcade sourcilière est, comme l'a signalé Broca, plus mince et plus tranchante; les diamètres de l'orbite sont plus petits. D'après Veisbach l'espace interorbitaire est moins large, les bords de l'os malaire sont moins grossiers, la fosse canine moins profonde, la courbe des deux bords alvéolaires est plus régulière, et les maxillaires inférieurs moins forts et moins puissants. D'après Morseili le poids moyen du maxillaire inférieur serait chez l'homme de 80 grammes, chez la femme de 63 grammes; le rapport de ces deux os serait donc, quant au poids, comme 78, 75 est à 100.
Aucun caractère typique ne différencie le crâne de l'homme de celui de la femme, mais ils se distinguent nettement l'un de l'autre par l'ensemble des caractères; chez la femme il est
^'^'^ THÉORIES
plus petit, moins accentué de forme, moins rugueux, moins puissant aux insertions ligamenteuses et musculaires; d'après Vogt et Welker il serait proportionnellement plus allongé. Les apophyses mastoïdiennes et styloïdes sont moins fortes et moins longues, l'arcade zygomatique moins massive, moins épaisse et plus élégante de courbure; le trou occipital est plus petit. D'après Morselli la moyenne du poids du crâne est chez l'homme de 602s'-,9 et chez la femme de 5-1 6e'', 5; le rapport entre ces deux poids serait donc comme 85, 63 est à 100.
La capacité crânienne offre comme tout le reste du corps des différences considérables entre les deux sexes, et si la capacité du bassin est plus considérable chez la femme que chez l'homme, la capacité crânienne, au contraire, est incontestablement plus considérable chez l'homme que chez la femme. La capacité moyenne pour l'homme est de 4574 ce, pour la femme de 1386 ce. D'après Topinard la différence entre l'homme et la femme varie de US ce. à 230 ce. en plus pour l'homme. A Paris la différence de capacité crânienne entre les sexes est de 220 ce. au détriment de la femme. Réduite en centièmes la supériorité cubique des crânes des Parisiens sur ceux des Parisiennes est de 16,50 p. 100. Au reste, comme le dit Cari Vogt dans ses leçons, la différence qui règne entre les deux sexes relativement à la capacité crânienne augmente avec la perfection de la race, de sorte que, d'après sa doctrine, l'Européen s'élève plus au-dessus de l'Européenne, que lenègre au-dessusdelanégresse. Welker a trouvé la confirmation de cette proposition dans les mesures qu'il a relevées sur des crânes allemands et sur des crânes de nègres.
Dans le groupe des singes Anthropoïdes, la même infériorité existe chez la femelle, non seulement pour le poids du crâne et de la mandibule, mais aussi pour la capacité cra-
iiieniie. D'après les mensurations de Garl Vogt la capacité crânienne de l'orang mâle est de 44-8 ce, celle de la femelle est de 378, d'où une diflerence de 70 ce. à l'avantage de l'orang mâle. D'après le même savant la capacité crânienne du chimpanzé mâle est de 417 ce, celle du chimpanzé femelle de 370, d'où une différence de 47 ce. à l'avantage du mâle. D'après M. Topinard la moyenne de capacité crânienne du gorille mâle est de 531 ce, celle de la femelle est de 472, ce qui constitue pour la femelle une infériorité de 59 ce.
De tout cela on a conclu que le cerveau, organe de la pensée, est plus développé chez l'homme que chez la femme, puisque la cavité qui le renferme est plus vaste dans un sexe que dans l'autre. En effet, la constante supériorité du poids de l'encéphale chez l'homme a été constatée par tous les auteurs.
Voici des chiffres donnés par quelques-uns :
Poids moyen. DifTérenco.
gr. gr.
( Hommes 1410 i
W^g^^'' i Femmes 1262 j
\ Hommes... 1424 1
^""'^^^ i Femmes 1272 }
I Hommes 1365 1
Broca ,., ^oi-i 154.
( lemmes 1211 j
„ . , ( Hommes liOO \
T°P'"«"1 i Femmes 1250 i
\ Hommes 1353 1
Manouvrier.... „ lonr 12o.
I Femmes 1225 (
On a dit que, la femme étant d'une stature plus faible, il était naturel que le poids de son cerveau fût moins élevé que celui du cerveau de l'homme, pour être proportionnel au poids du corps; on a ajouté que cette proportionnalité est seule intéressante, qu'il faut comparer les rapports de l'organe de la pensée à la totalité de l'être et non le cerveau au cerveau, sans tenir compte du poids et des dimensions
TUKORIKS.
du reste du corps; on a donné comme argumenL décisif que si Ton adoptait une autre mélliode il faudrait conclure, le poids du cerveau de l'iiomme étant inférieur au poids du cerveau de l'éléphant, que l'éléphant est plus intelligent que l'homme. Parchappe, frappé par cette objection, a cherché à établir cette proportionnalité; tous ses calculs ont affirmé la supériorité proportionnelle de l'homme et lui ont démontré qu'à taille égale le poids du cerveau de la femme esl inférieur de deux pour cent au poids du cerveau de l'homme.
M. Manouvrier n'est pas de cet avis. Je transcris textuellement une note qu'il m'envoie et qui me résume ses travaux sur ce sujet :
« De toutes les raisons alléguées pour démontrer une infériorité anatomique du cerveau de la femme, aucune n'est valable dans l'état actuel de la science.
» L'infériorité pondérale absolue du cerveau féminin tient à la petitesse des organes en rapport avec l'encéphale. Sous ce rapport la femme est à l'homme ce que les hommes de faible stature sont aux hommes de forte taille. A intelligence égale il aérait inexplicable que les deux sexes fussent égaux par le poids cérébral.
» Le poids proportionnel du cerveau est beaucoup plus grand chez la femme que chez l'homme, de même qu'il est plus considérable chez les hommes petits que chez les grands. »
Voilà une appréciation scientifique de haute valeur; mais le poids absolu du cerveau, ayant été constaté comme plus grand chez l'homme que chez la femme, cela n'empêchera pas ceux qui veulent toujours voir des supériorités ou des infériorités, même entre des choses qui ne sont pas comparables, d'ajouter la différence quantitative cérébrale aux autres différences organiques des deux sexes.
Dans cette folie de comparaison, et entraînés parles appa-
icnccs, ils sont allés jusqu'à vouloir démontrer par l'embryogénie l'infériorité de la femme; ils ont essayé de prouver que nos mères et nos filles sont des hommes manqiiés, et ne doivent leur sexe féminin qu'à un simple arrêt de développement. On pourrait se demander avec anxiété ce qui arriverait si cet arrêt de développement, cette anomalie par conséquent, ne frappait plus l'embryon dans sa croissance.
Yoici la théorie; elle est longue, prenez patience, car pour bien la faire comprendre, je dois entrer dans quelques détails techniques, ce que je ferai aussi succinctement que possible.
Il faut en prendre son parti, mais l'homme le plus puissant, comme la femme la plus belle, ont commencé par être une cellule, une simple cellule que l'on appelle l'ovule humain et qui se compose d'une substance albumineuse ou vitellus, et d'un noyau ou vésicule germinative renfermant im nucléole ou tache germinative. C'est sous cette forme que la cellule se détache de l'ovaire, traverse l'oviducte, et devient un être humain si un accident heureux se produit, si une cellule mâle, un spermatozoaire l'atteint et se fond en lui, s'il y a fécondation en un mot. Sans quoi cette cellule, cette source de vie est rejetée; elle se dissocie alors et disparaît.
Tout le monde sait aujourd'hui que l'embryon humain passe dans sa croissance par tous les états des êtres qui sont inférieurs à l'homme dans la série animale, depuis le protozoaire qui se reproduit par division, depuis la cellule jusqu'à l'organisme le plus compliqué.
On sait aussi que chez les vertébrés un sexe porte à l'état rudimentaire les organes composant le système reproducteur de l'autre sexe, et même qu'à une époque très précoce de son développement l'embryon humain renferme des glandes màlcs et des glandes femelles, qu'il est en un mot
THÉORIES
hermaphrodite comme la sangsue, comme le limaçon des jardins, etc. Ce sont ces rudiments d'organes génitaux mâles existant chez la femelle qui ont fait considérer la femme comme un arrêt de développement de l'homme.
Le vice de conformation, appelé hypospadias, est venu apporter un semblant de preuve à cette thèse; et lorsque riiypospadias, qui consiste dans l'ouverture de l'urèthre en dessous, s'étend jusqu'à la racine de la verge et divise le scrotum sur le milieu, les organes génitaux mâles prennent une apparence de vulve assez nette pour tromper sur le sexe de l'individu et le faire regarder comme hermaphrodite; or l'hypospadias est un arrêt de développement.
De là à conclure que le sexe féminin est un arrêt de développement plus précoce, un hypospodias complet, il n'y a qu'un pas, et on a essayé de démontrer cet arrêt de développement en faisant voir la similitude des organes génitaux des deux sexes, et en étudiant leur formation.
Dans les premiers mois de la vie intra-utérine il existe dans l'abdomen du fœtus un organe appelé corps de WolfT qui se compose d'un certain nombre de cœcums ou tubes fermés à une de leurs extrémités, qui débouchent dans un conduit excréteur, comme les barbes d'une plume viennent s'implanter sur la tige. Ces corps de Wolff ou de Oken, déjà très développés sur un fœtus de trente-cinq jours, se trouvent situés symétriquement de chaque côté de la colonne vertébrale et s'étendent de la poitrine au bassin. Ce sont les reins primitifs que remplacent de bonne heure les reins secondaires et les uretères qui se développent derrière le corps de WolfTaux dépens de la section la plus postérieure du conduit rénal primitif. Vers le cinquantième jour de la vie intrautérine ces corps de Wolff ont disparu, ou plutôt se sont transformés, comme on va le voir; mais vers le vingtseptième jour s'était produit à leur partie interne un épais-
THÉORIE DE TRADITIOiN. 191
sissement auquel on a donné le nom d'éminence sexuelle; c'est cette éminence qui deviendra peu à peu la trame du testicule et de l'ovaire.
Il est inutile de dire que le testicule et l'ovaire sont les deux glandes qui constituent le sexe. L'ovaire est la glande dans kquelle se forme l'œuf qui, reçu par l'oviducte, est amené dans l'utérus où il se développe s'il est fécondé; c'est la glande femelle. Le testicule est la glande mâle qui fournit le liquide fécondant, le sperme, sans lequel l'œuf pondu par la femme reste inerte et sans vie. Ces deux glandes sécrètent les deux cellules qui doivent se réunir et se combiner pour que la vie apparaisse, l'ovaire l'œuf, le testicule le spermatozoïde, ce qui fait que Hœckel a pu défmir ainsi l'amour : l'affinité de deux cellules différentes : la cellule spermatique et la cellule ovulaire.
D'après Valdeyer et un certain nombre d'auteurs, l'épaississement de la plaque germinative située à la partie interne du corps de Wolff représenterait de chaque côté à la fois un testicule et un ovaire; l'arrêt de développement de l'un des deux organes, l'autre continuant à croître, constituera le sexe. Cette existence parallèle des deux sexes, cet hermaphrodisme qui est, les zoophytes inférieurs nous le démontrent, la première forme sexuelle, existe donc aussi chez l'homme dans les premiers temps de son existence intrautérine et la persistance de cet état, dans quelques cas très rares, en est la preuve. Si on a pris souvent pour des hermaphrodites des hommes affectés d'hypospadias très accentué, on a pu constater aussi des cas d'hermaphrodisme vrai, celui, entre autres, qui est cité dans la Gazette hebdomadaire (1876, n. 51).
Jusqu'ici il est impossible d'affirmer aucune infériorité pour la femme. Si on peut dire que la femme et un arrêt de développement de l'homme, pourquoi ne dirait-on pas aussi
que l'homme est un arrêt de développement de la femme. Mais c'est dans les formations ultérieures que les partisans de l'infériorité ont cru trouver leurs arguments.
Le conduit rénal primitif, canal du corps de Wolff, ne tarde pas à se dédoubler en deux canaux parallèles placés comme les deux canons d'un fusil double; le nouveau tube qui apparaît cà la partie interne du canal de Wolff est appelé canal de MuUer. Tous deux s'ouvrent en arrière dans le cloaque formé par la partie inférieure du rectum. Chez l'homme, le canal du corps de Wolff devient le canal déférent dont la fonction est de conduire le sperme du testicule dans l'urèthre ; le canal de Muller s'atrophie en forme de ligament appelé gubernaculum teslis et s'attache d'une part au testicule, de l'autre à l'intérieur de la bourse où il forme le crémaster et dans laquelle il attire et fait descendre la glande spermatique. Chez la femme le canal de Muller devient l'oviducte ou trompe de Fallope dont la fonction est de conduire l'œuf de l'ovaire dans l'intérieur de l'utérus, et c'est le canal de Wolff qui s'atrophie et devient un ligament, comme cela arrive pour le canal de Muller chez l'homme; ce ligament va se terminer dans les grandes lèvres de la femme qui sont les similaires des bourses de l'homme; on l'a appelé ligament rond. Mais en aboutissant près du cloaque les deux canaux de Muller s'accolent, se soudent et forment l'utérus et le vagin. Dans l'espèce humaine la cavité est unique, la cloison s'étant résorbée; mais celte cloison persiste chez les solipèdes et chez les ruminants, ainsi que chez beaucoup d'autres mammifères. Chez l'homme, l'utricule prostatique, petit organe en forme de poche pyriforme de 6 à 10 millimètres de longueur, situé à la partie antérieure et supérieure de la prostate et s'ouvrant dans l'urèthre sur le verumontanum entre les deux canaux éjaculateurs, a été considéré comme l'analogue, ou plutôt le vestige de l'utérus et comme
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formé, lui aussi, par l'accoleraent des deux portions inférieures du canal de iMuUer; certains auteurs ont appelé cet utricule prostatique : utérus masculinus.
De même que le canal du corps de Wolff ou le conduit de Muller, le corps de Wolff ne disparaît pas complètement, mais ses vestiges n'ont aucune destination spéciale connue; ces débris du corps de Wolff suivent le testicule dans sa descente; on les retrouve vers la tête de l'épididyme, où ils forment trois ou quatre petits canalicules, lems aberrans, et Vhyclatide de Morgagni. Chez la femme, c'est dans le ligament large, entre l'ovaire et la trompe, qu'on le retrouve sous forme de canalicules rapprochés les uns des autres, et auxquels on a donné le nom d'organe de RosenmùUer.
Le testicule et l'ovaire donc, situés primitivement sur le bord interne des corps de Wolff, et fixés à la colonne vertébrale par un court mésentère, quittent cette situation et descendent, le testicule dans les bourses en passant par le canal inguinal, et l'ovaire dans le petit bassin où il reste fixé par le ligament large. Chez les monotrèmes et les vertébrés inférieurs seulement, les glandes génératrices ne font pas de migration et gardent leur situation primitive.
Mais c'est surtout la formation des organes externes des deux sexes, leurs analogies et leur développement qui ont donné une apparence de raison aux partisans de cette opinion, fort impertinente pour le beau sexe, que la femme est un arrêt de développement de l'homme.
Les organes génitaux externes n'apparaissent que lorsque les corps de Wolff ont déjà accompli en partie leur évolution et que les organes génitaux internes ont commencé à se former. C'est vers la cinquième semaine que les rudiments des organes de la copulation se montrent. Chez le fœtus humain, entre les deux renflements qui plus tard constitueront les membres inférieurs, au-dessu^ de la naissance du
THUUÉ. — La femme. 13
Ifl-i THÉORIES.
prolongement caudal, car l'homme a une queue à cet âge, se trouve une éminence de forme ovalaire, au milieu de laquelle s'est creusée une fente longitudinale. Dans cette fente débouchent l'anus, le canal du corps de Wolff, le canal de Muller, et plus tard les uretères ; c'est un véritable cloaque, comme chez les reptiles, comme chez les oiseaux.
Vers le troisième mois de la vie intra-utérine, une cloison transversale se forme et divise le cloaque en deux cavités distinctes : la cavité anléri^^ure où s'ouvrent les conduits urinaires et les conduits sexuels, la cavité postérieure qui est réservée aux fonctions excrémentitielles.
De chaque côté de la fente cloacale, en avant de la nouvelle cloison, apparaissent bientôt deux éminences arrondies qui se réunissent par leur face supérieure et aboutissent à une papille conique qui s'élève en avant du pourtour de l'orifice du cloaque : ce sont les origines des corps caverneux dont le rentlement antérieur constitue le gland; c'est le phallus qui deviendra chez l'homme, la verge, et, chez la femme, le clitoris. A la face inférieure du phallus existe une gouttière, gouttière sexuelle, bornée de chaque côté par un pli cutané, appelé repli sexuel. Chez la femme cette gouttière persiste et les replis sexuels forment les petites lèvres ou nymphes. Chez l'homme le canal génito-urinaire aboutit à la gouttière sexuelle qui, par la soudure des replis cutanés, les nymphes de la femme, forme le canal de l'urèthre.
De chaque côté des corps caverneux apparaissent deux autres replis de la peau plus considérables qui forment les grandes lèvres de la femme; chez l'homme ces deux replis en se soudant forment le scrotum ou les bourses. C'est quand cette soudure ne se fait pas, qu'existe le faux hermaphrodisme, c'est-à-dire l'hypospadias complet.
Enfin, dans les deux sexes, un prépuce recouvre le phallus.
Ce sont toutes ces analogies dans la formation des organes
génitaux qui avaient poussé certains esprits d considérer la femme comme un arrêt de développement de l'homme. C'est de la même façon que le clitoris et la verge sont formés, seulement le clitoris s'arrête dans son accroissement, et même lorsqu'il est hypertrophié, il est loin d'atteindre les dimensions d'une verge ordinaire : arrêt de développement. Le canal de l'urèthre chez l'homme est formé par la soudure des replis cutanés qui restent les petites lèvres chez la femme, d'où la gouttière sexuelle non fermée des organes génitaux féminins : arrêt de développement. Les grandes lèvres sont les mêmes organes que les bourses, elles ont la même origine; c'est dans les grandes lèvres que la hernie inguinale descend chez la femme, comme chez l'homme elle descend dans le scrotum. Les grandes lèvres soudées forment le scrotum du mâle, elles sont donc un scrotum non soudé : arrêt de développement. Les ovairés étaient considérés comme les analogues des testicules, et si ces glandes restaient dans le petit bassin, si elles ne descendaient pas dans les bourses, c'était encore dû à l'arrêt de développement.
Cependant pourquoi, de leur côté, les femmes ne diraientelles pas que l'utricule prostatique, Vuterus masculinus, l'analogue atrophié du vaillant et puissant organe de la femme, la matrice,, est la preuve que l'homme est un arrêt de développement de la femme.
Mais la différence des sexes réside dans les différences de texture et de fonctions des glandes génératrices mâle et femelle. Tant qu'on avait. pu croire, en raison de leur première apparition dans le même lieu, à la partie interne du corps de Wollf, que les deux glandes avaient la même origine et que la même substance pouvait donner l'un ou l'autre de ces organes, on avait essayé d'attribuer à une évolution incomplète la différence de structure entre l'ovaire et le testicule. Mais on sait aujourd'hui que si les éléments
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d'origine se touchent et paraissent se confondre, ils sont toujours absolument distincts, et ont dès leur apparition une destination absolument précise.
Il y a arrêt de développement, en effet, comme nous l'avons vu dans l'exposé succint de la formation des sexes, mais ce n'est pas seulement dans la formation du sexe féminin, c'est aussi bien pour le mâle que pour la femelle, puisque le fœtus est hermaphrodite à un moment de son existence, et que l'un des deux sexes disparaît.
Mais comment se décide cet arrêt de développement qui fait la différence des sexes ; par quel procédé ou dans quelles circonstances la nature destine-t-elle la glande sexuelle à l'atrophie ou à l'existence? Est-ce seulement quand le fœtus est formé, est-ce au moment de la conception? L'explication de la formation des sexes, donnée par de très savants auteurs, pourra-t-elle satisfaire les fanatiques de hiérarchisation, les chercheurs de supériorité et d'infériorité ?
C'est dans l'œuf qu'il faut chercher la destination sexuelle de l'être. Goste a prouvé que le sexe existe déjà dans l'œuf fécondé, ce qui exclut naturellement la pensée que, dans l'évolution embryogénique, une circonstance quelconque pourra influer sur la nature du sexe. Mais comment ce sexe se forme-t-il dans l'œuf? Les opinions ont été fort nombreuses, et ce ne sont pas les charlatans et les commères qui ont donné toujours les explications et les procédés le plus extraordinaires. Parmi les auteurs raisonnables mêmes, bien peu donnent des vues acceptables.
En voici quelques-unes des plus plausibles : les uns veulent que chaque testicule enfante un sexe différent, ce qui est démontré faux. D'autres croient que ce sont les ovaires droits ou gauches qui font les mâles ou les femelles, ce qui est aussi faux que pour les testicules. Il en est qui pensent que le sexe masculin prédomine dans les enfants, lorsque le père est
THÉORIE DE TIUDITION. I»?
plus Agé que la mère, et que le sexe féminin prédomine au contraire quand c'est la femme qui est le plus âgée.
Une des hypothèses réellement scientifiques qu'il faut citer est celle de Giron de Buzareingues qui a appuyé son opinion d'observations nombreuses faites sur des animaux; c'est, d'après lui, l'état du procréateur qui fait la différence des sexes, c'est le degré de santé des spermatozoïdes du père, ou de l'ovule de la mère. Une femelle débile ou affaiblie donne un mâle lorsque c'est un mâle vigoureux qui la féconde; l'embryon devient femelle lorsque c'est la mère qui est vigoureuse et le mâle faible ou fatigué. Si cet observateur avait raison, il serait facile de diriger la procréation et d'obtenir tel ou tel sexe à volonté, au moins chez les animaux, si chez l'homme la pudeur sociale s'y opposait.
Enfm il est une opinion qui place la différence des sexes dans l'ovule seulement, le mâle n'ayant aucune influence sur la destination sexuelle. Je cite textuellement la portion du remarquable écrit démon cher maître, Charles Robin, qui a trait à ce sujet :
« Quelques auteurs, comme Thury, font porter sur l'ovule seulement les modilications qui le conduisent à produire un sexe plus particulièrement que tel autre. Dans vingt-neuf expériences faites par Cornaz, d'après ses indications, il a vu que les vaches saillies par le taureau dès le début du rut donnaient toujours des femelles. Celles, au contraire, qui ne le recevaient qu'à la fin de cette période, portaient toujours des mâles.
» Thury en a conclu que le sexe dépend du degré de maturité auquel l'ovule est arrivé lors de la fécondation. Celui qui est fécondé avant un degré donné de maturation, devient le point de départ de la génération des femelles; lorsque ce degré est dépassé, que l'ovule est en pleine maturité, l'indi-
'^^ THÉORIES
vidualisation du vilellus en cellules conduit à la génération d'un mule.
)) Suivant l'expression de Coste, le moyen de contraindre le même œuf d'abord femelle, puis mâle, à développer celui des deux sexes que l'on voudrait en obtenir, consisterait à régler le moment de l'accouplement, de manière que les spermatozoïdes vinssent s'unir au vitellus pendant sa phase de maturation correspondant au sexe dont on voudrait susciter la formation. »
Cette théorie est intéressante et satisfait l'esprit, bien des faits la font croire bonne, mais la preuve scientifique, irréfragable n'est pas faite encore. S'il en était ce qu'affirme cette théorie, la femme ne serait pas un homme manqué; il ne serait plus question d'arrêt de développement de l'embryon, puisque l'ovule, selon sa maturité, est pour ainsi dire d'avance mâle ou femelle. C'est bien un arrêt de développement, mais de l'ovule seulement, et la femme serait due à la fécondation d'un œuf pas mûr.
Est-ce une infériorité? Les flatteurs du beau sexe dii'ont d'après cette théorie : la femme est due à la fécondation d'un œuf jeune; c'est ce qui fait qu'elle est belle et tendre.
Cependant toutes ces théories démontrent-elles d'une façon précise et évidente l'infériorité ou la supériorité de l'un des deux sexes ? La plus grande force des muscles, la puissance du squelette constituent-ils la supériorité ? L'infériorité de l'organe de la pensée chez la femme est-elle démontrée, et les moyennes qui cherchent à l'établir ne se trouvent-elles pas en face de moyennes qui tendent à prouver le contraire. D'ailleurs, pour beaucoup d'esprits sérieux, les moyennes n'ont jamais rien prouvé, et chacun trouve les moyennes dont a besoin sa thèse. Mais pour les intelligences sentimentales et à généralisation facile, le grand nombre de femmes supérieures à la plupart des hommes est un tel
aroument qu'il est difficile de les convaincre par les calculs des savants, par les analogies et par les inductions trouvées et décrites par des anatomistes.
Comme dans toutes les causes difficiles, les détracteurs de la femme se sont rejetés sur les preuves morales.
Jl faut l'avouer, pour la grande majorité des hommes, la femme est inférieure. Il est vrai que chaque homme se croit supérieur à son \oisin, quel que soit son génie. Si les plus raisonnables consentent à admettre avec Darwin que la femme est capable d'une plus grande tendresse; que ses sentiments sont plus vifs; que l'instinct maternel est plus vivace, plus complet, plus grand que l'instinct paternel ; que ses perceptions sont plus rapides et sa faculté d'imitation plus complète; ils affirment, avec le grand naturaliste aussi, que l'homme est doué d'un esprit de concurrence personnelle plus puissant, plus imprévu, plus élevé, esprit de concurrence dont dérive l'ambition et l'égoïsme; que l'homme possède plus de profondeur de la pensée, plus de ténacité dans l'effort, plus d'audace dans les vues; qu'il a assez de puissance sur lui-même pour faire le sacrifice des préjugés et de son bien-être au bénéfice d'une idée. Mais tout cela constitue-t-il une supériorité ? Et les femmes et leurs défenseurs accepteront-ils sans inventaire et sans discussion l'idée de supériorité que l'on pourrait dégager des affirmations du célèbre et grand Darwin?
Ils accepteront encore moins l'opinion du savant Français, Charles Robin, qui ne se contente pas, lui, d'établir des séries, et qui affirme sans hésitation la supériorité de l'homme. Voici ce qu'il écrit :
« Ici (dans les classes de la société dites élevées) la comparaison des caractères intellectuels de sexualité entre les femmes de toutes les classes et les hommes vient imposer, comme fatalité incontestable, une place marquée d'infériorité
'^^^ ■ THÉORIE
aux premières. Déjà, par ce lait même que tout descendant tient et tire matériellement plus de la mère que du père, elle est de plus en plus subordonnée au fils; si elle ne veut pas être mère, ou ne le devient pas physiologiquement, c'est à quelque homme étranger qu'elle se subordonne. Les exceptions de supériorité intellectuelle sur les hommes sont mêmes SI rares, et telles qu'on peut dire sans nulle exagération qu'elles apportent des preuves à la régie. »
Je viens de citer la pensée de deux savants considérables, de deux grands esprits dont la discussion est calme et réfléchie, et par conséquent modérée; mais quand on consulte les coutumes et les religions, quand on étudie les doctrines des prophètes et même celles des philosophes, on trouve des opinions plus passionnées et des théories plus violemment exclusives.
Si le consensus universel était une preuve sérieuse, on ne pourrait avoir de certitude mieux établie que dans la question d'infériorité de la femme. Toutes les législations leur assignent un rang inférieur, quelle que soit la forme du mariage, de quelque part que lui vienne sa dot, de son père ou de son mari. Toutes les religions ont fait de même, la religion chrétienne comme les autres, et l'apôtre qui avait su intéresser les femmes à son apostolat, saint Paul, qui de tous l'a traitée avec le plus de mansuétude et de charité, la considère néanmoins comme inférieure. Voici ce qu'il en dit dans sa Première aux Corinthiens :
«Que l'homme se tienne à l'église nu-tête, parce qu'il est r.image de la gloire de Dieu ; mais que la femme soit voilée, parce qu'elle est la gloire de son mari : sinon qu'on la rase. Car l'homme n'est pas de la femme, mais la femme de l'homme; et l'homme n'a point été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. »
C'est bien là l'apôtre doux et habile qui a su faire servir à
.a prédication cette partie de l'humanité méprisée et humiliée- mais les Pères de l'Église, les saints de la catholicité n'ont pas ses tendresses et ses habiletés; ils se laissent aller à tout le tumulte de leur foi, à leur passion brutalement dévote, ils protestent, objurguent et maudissent l'être qu'ils considèrent comme l'auteur de tous leurs maux. Saint Jean Chrysostôme s'écrie :
(( Souveraine peste que la femme ! Dard aigu du démon ! ... Par la femme le diable a triomphé d'Adam, et lui a fait, perdre le paradis. »
Saint Jean de Damas n'est pas plus gracieux :
« La femme est une méchante bourrique, dit-il, un affreux tfenia qui a son siège dans le cœur de l'homme; fille du mensonge, sentinelle avancée de l'enfer, qui a chassé Adam du paradis; indomptable Bellone, ennemie jurée de la paix. »
Saint Antonin est aussi violent dans sa colère contre celle qui l'a empêché de naître dans le paradis terrestre; car c'est bien là, pour tous ces pères enragés, le fond de leur colère que d'avoir été obligés de se livrer à la vertu et à mille privations pour obtenir le céleste séjour, tandis qu'on aurait eu le bonheur éternel sans rien faire et par droit de naissance sans la fatale pomme.
« Tête du crime, dit saint Antonin, arme du diable ! Quand vous voyez une femme, croyez que vous avez devant vous, non pas un être humain, non pas même une bête féroce, mais le diable en personne. Sa voix est le sifflet du serpent. »
Saint Bonaventure la compare au scorpion toujours prêt à piquer; saint Augustin lui-même, la grande lumière chrétienne, celui qui est regardé comme le philosophe de l'Église, aussi sage, aussi calme que profond, celui qui, ayant beaucoup demandé aux femmes et beaucoup obtenu d'elles, aurait pu montrer de l'indulgence, sinon de l'admiration aveugle; il dit gravement et dogmatiquement :
THEORIFS.
« La femme ne peut ni enseigner, ni témoigner, ni comproraetlre, m juger, à plus forte raison commander i,
On se demande comment la femme peut aimer avec l'acharnement qu'elle y met une religion dont les prophètes l'ont si tristement arrangée. Il est vrai que les païens ne la traitaient pas mieux. Voici ce que Metellus Numidicus, le grave censeur romain, disait avec résignation, cent ans avant Jésus-Christ en défendant l'institution du mariage : ' « Si nous pouvions nous entretenir sans femme, citovens nous chasserions loin de nous cette incommodité; mais puisque la nature a voulu que nous ne pussions nous en passer, il est de notre devoir de sacrifier à la perpétuité de la République, plutôt qu'au plaisir d'un instant. »
Mais les lois d'infériorité, les violentes injures des saints et du Christ, les impertinences des païens, rien ne frappe comme la noire tristesse, le découragement mortel, le dégoût infini que l'on trouve dans VEcdésiaste quand il y est question de la femme :
« Or dans cette investigation universelle, dans cette recherche pour trouver ce qui est le parti le plus sage et le plus avisé, dans cet examen qui fit passer devant mes yeux toutes les malices, toutes les insanités, toutes les absurdités, toutes les folies, j'ai trouvé quelque chose de plus amer que LA mort : c'est la femme dont le cœur est un lacs, un filet, dont les mains sont des chaînes. »
Quand on réfléchit que VEcdésiaste est attribué à l'heureux époux ou amant de tant de femmes esclaves ou reines, au sage et amoureux Salomon qui pouvait avoir la prétention de s'y connaître pour en avoir beaucoup fréquenté et aimé de toutes les sortes et de toutes les catégories, on frémit pour la théorie de l'égalité des sexes. ^ Mais tout cela n'est que des affirmations sans preuves, des violences d'hommes rassasiés, ou de fanatiques stérilisés par
des pratiques dévotes el la lerreur de l'enfer; c'est l'explo- .ion de colère de saints furieux d'être obligés de céder en se cachant à leur tempérament fougueux, et de sacrifier hypocritement à la femme malgré leur volonté, malgré les préoccupations de leur bonheur éternel. Ce ne sont pas des démonstrations.
Pas plus, d'ailleurs, que l'impertinence que Proudhon répondait à cette dame de lettres qui voulait lui faire reconnaître l'égalité des sexes : « La preuve de l'infériorité de la femme, disait le philosophe agacé dans une de ses lettres, c'est la position de l'épouse dans l'acte du mariage. » Cette bonne dame fut fort offensée de cette raison, ne se doutant pas, elle qui avait des prétentions à la philosophie, que les philosophes et les savants ne sont ni décents ni indécents quand ils discutent, quelles que soient les preuves qu'ils apportent. Mais on trouve dans le monde qui ne se pique pas de philosophie, et même, il faut l'avouer, chez bien des philosophes, que Proudhon et son adversaire étaient bien naïfs pour leur âge, et que cette infériorité de posture était loin d'exister toujours dans l'accomplissement du mariage civilisé. La bonne dame aurait pu répondre aussi au brutal écrivain, si toutefois elle avait osé lever les yeux dans une discussion pareille, que bien des sauvages ne connaissent pas cette infériorité de la femme, que le Néo-Calédonien par exemple s'accouple more canino. On comprend que beaucoup de ces peuples primitifs n'aient pas le mot amour dans leur langue, l'amour commence dans le baiser face à face.
Le philosophe aurait pu dire avec plus de raison que l'acte vénérien qui, sans le désir ardent et le plaisir aigu, ne serait qu'une des sécrétions les plus dégoûtantes, est comme la main-mise par l'homme sur la femme quand il a été accompli; elle a subi le maie, elle est à lui.
Mais cela est-ce encore une preuve d'infériorité ? L'homme
THÉORIES
doux, bon, loyal, dont les méchants se jouent et que les fripons exploitent, est-il inférieur à ceux qui abusent de lui. Malgré leur infériorité réelle au point de vue intellectuel, et souvent aussi au point de vue physique, n'a-t-on pas vu des brutes tromper et voler des hommes de génie? ^ Les détracteurs de la femme considèrent sa situation inférieure comme due, non pas à la faiblesse physique — car, à mesure que la civilisation avance, on est bien obligé de constater que la force brutale est de plus en plus loin d'avoir le pas, et que des hommes chétifs et malingres commandent et dirigent des colosses, — mais à l'infériorité intellectuelle. Pour mieux démontrer leur thèse ils se sont servis des écrits de femmes d'élite, très attachées cependant cà défendre leur sexe et à repousser la suprématie sociale de l'homme; quelquesunes de leurs pages ont été citées comme des aveux.
« Il ne fautpas croire, dit Daniel Stern (comtesse d'Aoust), que la différence des sexes soit purement du domaine de la physiologie, l'intelligence et le cœur ont aussi un sexe. y> Mais ce sexe intellectuel se distingue par l'absence de toutes les qualités qui distinguent le génie, ou tout au moins l'intelligence élevée. « Les femmes, dit encore Daniel Stern, ne méditent guère ; penser pour elles est un accident heureux plutôt qu'un état permanent. Elles se contentent d'entrevoir les idées sous leur forme la plus flottante et la plus indécise. Rien ne s'accuse, rien ne se fixe dans la brume dorée de leur fantaisie. »
Cette absence de méditation, c'est-à-dire de persévérance patiente dans la poursuite d'une idée, est confirmée par un autre écrivain du sexe : « Les femmes, dit madame Necker de Saussure, arrivent de plein saut ou n'arrivent pas. Si admirable chez elles que soit la patience quand il s'agit de soulager les maux d' autrui, elle est nulle dans le domaine intellectuel. »
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Et ces idées qu'elles se conlenlent d'entrevoir selon Daniel Stern sous une forme flottante et indécise, et qu'elles doivent avoir de prime saut, d'après madame Necker de Saussure, sous peine de n'en avoir pas, elles ne savent pas les classer, les ordonner, et par conséquent s'en servir : « Ce qui manque essentiellement à la femme est la méthode : de là le hasard introduit dans leurs raisonnements, et trop souvent dans leurs vertus. » C'est madame Daniel Stern qui parle. Doit-on être étonné que ces êtres sans méditation, sans méthode,acceptent toutes les idées sur le même pied, ne puissent analyser les doctrines, soient toutes soumises à des impressions et obéissent aveuglement à la crainte- ou à leurs passions sans pouvoir se rendre compte des sensations qui les secouent.
Aussi le même auteur féminin doit-il faire l'aveu qui suit : « Ce qui égare la femme est l'esprit de chimère : elle le porte dans tout, en religion, en amour, en politique. » Cet esprit de chimère est la conséquence fatale de l'absence de réflexion et de l'absence de méthode. C'est lui qui leur fait écrire des contradictions comme celle qui suit : « Dans ses plus brillantes manifestations, le génie féminin n'a point atteint les hauts sommets de la pensée, il est pour ainsi dire resté à mi-côte. L'humanité ne doit aux femmes aucune découverte signalée, pas même une invention utile. Non seulement dans les sciences et dans la philosophie, elles ne paraissent qu'au second rang, mais encore dans les arls, pour lesquels elles sont si bien douées, elles n'ont produit aucune œuvre de maître. Je ne veux parler ici ni d'Homère, ni de Phidias, ni de Dante, ni de Shakspeare, ni de Molière ; mais le Gorrège, mais Donatello, mais Delille et Grétry n'ont point été égalés par les femmes... Faut-il donc, poursuit Daniel Stern, nous incliner devant de telles observations et de tels exemples ? »
Après des aveux semblables madame Necker de Saussure
THÉORIES
se révolte aussi contre ce qu'elle a constaté : « La force créatrice leur manque; malgré de brillants succès, on ne peut leur attribuer aucune de ces grandes œuvres qui l'ont la gloire d'un siècle ou d'une nation... » Elle dit aussi : « L'homme seul contemple toutes choses dans l'univers : la femme ne saisit que les détails. Les hommes l'emporteront toujours sur nous : leur nature est supérieure à la nôtre. »
Ce motàpeine écrit elle le regrette : « Supérieure en quoi? ajoute-t-elle, plus livrés aux passions sensuelles, ils ne sont ni plus religieux, ni plus dévoués, ni plus vertueux, ni peutêtre plus spirituels que nous. Et cependant nous les sentons faits pour être nos maîtres; leur moi est plus fort que le nôtre. »
Ce n'est pas seulement, d'après Daniel Stern, danslemonde des idées que l'esprit de généralisation leur manque, c'est aussi dans le côté qui domine leur nature, dans le sentiment, dans l'amour, leur dominante. « L'homme représente tout particulièrement l'idée de patrie; le sentiment de la femme s'élève rarement au-dessus de l'amour du sol. Elle chérit les lieux qui l'ont vu naître, les horizons qui ont souri h sa jeunesse ; l'esprit de l'homme s'attache plus encore aux horizons intellectuels où s'est développé sa pensée; il aime, lisent vivre en lui cet ensemble d'invincibles éléments qui composent la race, la nation, la patrie idéale. » Et cependant l'amour est tout pour les femmes, comme dit le même auauteur : « Elles aiment depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse sans désirer d'autre bonheur que celui d'aimer. Le mouvement du cœur n'est jamais suspendu chez elles. »
Non seulement ona considérésa faiblesse physique comme impliquant la nécessité de son infériorité sociale, non seulelement on a comparé son intelligence à celle de l'homme et on a conclu des aptitudes différentes, à la sujétion, mais encore on a voulu l'inférioriser par son incapacité morale.
TllÉORIli DE TRADITION. 207
« Non dit Proiidhon, la femme considérée sous le rapport de la justice, et dans l'hypothèse de ce qu'on appelle son émancipation, ne serait pas l'égale de l'homme. Sa conscience est plus débile, de toute la différence qui sépare son esprit du nôtre ; sa moralité est d'une autre nature ; ce qu'elle conçoit comme bien et mal n'est pas identiquement le même que ce que l'homme conçoit lui-même comme bien et mal, en sorte que, relativement à nous, la femme peut être qualifiée un être immoral. » Et il conclut en disant que ce qu'on appelle l'émancipation de la femme est la même chose que sa prostitution. Et pour soutenir sa thèse au milieu des nombreuses citations il donne l'opinion de saint Grégoire le Grand : « La femme n'a pas le sens du bien » ; et celle de saint Jérôme : « La femme livrée à elle-même ne tarde pas à tomber dans l'impureté. Une femme sans reproche est plus rare que le phénix. La femme est la porte du démon, le chemin de l'iniquité, le dard du scorpion, au total une dangereuse espèce. »
Il est évident pour tous ceux qu'un parti pris ne trouble pas, que, si on appelle immoralité la fornication en dehors du mariage, il est certain, dis-je, que l'homme n'a rien à reprocher à la femme et qu'il est au moins aussi immoral, sinon plus, car il est l'excitateur à la débauche, car il abuse de la faiblesse physique et sociale de la femme pour ses fugitifs plaisirs. Dans tous les cas si rester vierge est moral, si résister aux besoins génésiques est de la vertu, il est certain qu'il est plus difficile à la femme qu'à l'homme d'être morale et de garder sa vertu parce que la mission de la femelle, celle qui prime tout, celle que la nature a faite impérieuse et pour ainsi dire irrésistible, c'est l'amour et la maternité. D'ailleurs la vertu ainsi entendue est contradictoire avec la nature et les fonctions physiologiques; dans une société bien organisée, établie selon les lois naturelles, c'est-à-dire scien-
208 THÉORIES
tifiqiiement, l'immoralité pour la femme serait la virginité, et la honte la stérilité.
Et malgré ces appétences physiologiquement impérieuses sî on mettait dans la balance l'impureté des deux sexes on pourrait constater que l'homme serait loin d'obtenir la palme de cette vertu relative. 11 est certain que l'homme demande à l'autre sexe une réserve qu'il serait impuissant à garder lui-même, quoique sollicité moins impérieusement par son organisation.
Quant au reste des devoirs qui constituent la morale, la femme les observe-t-elle moins que l'autre sexe? Certes non. On dit bien qu'elle est portée à la duplicité et au mensonge; on peut citer cette phrase de madame Necker de Saussure. « Une entière franchise est rare chez la femme » ; mais on ne dit pas que cette faiblesse tient à son infériorisation sociale, aux conditions injustes dans lesquelles elle est placée. On ne trouvera pas la franchise chez un esclave, ou seulement chez un homme infériorisé, elle est impossible. Seul l'homme libre peut être franc.
Mais en admettant que toutes ces accusations soient justes, peuvent-elles expliquer l'infériorité sociale? Ne peut-on pas répondre que le plus ou moins de force musculaire ou de puissance intellectuelle ne peuvent expliquer une supériorité ou une dépendance dans la société ? Personne ne s'avisera de dire, ou même de penser, que les hommes de génie doivent être régis par d'autres lois que le commun des mortels et que ceux-ci doivent être à la merci de ceux que la nature a exceptionnellement doués. On ne peut pas non plus admettre des lois d'infériorisation pour les pauvres d'esprit. Et cependant les femmes qui comme intelligence ne sont pas certainement inférieures dans leur moyenne aux hommes, sont infériorisées par les lois.
Le développement plus ou moins grand de l'intelligence
doit-il soumettre l'être humain à desrégies différentes? Mais c'est la théorie de l'esclavage ! Que de races, en effet, chez lesquelles les hommes sont inférieurs aux femmes de nos sociétés et de notre civilisation européenne. Faut-il donc des lois exceptionnelles pour les nègres, pour les Australiens et pour les Bochimans qui sont autrement inférieurs intellectuellement que la femme ?
Non, l'idée d'infériorité est fausse. Les deux sexes ne peuvent se comparer et être déclarés inférieurs ou supérieurs. L'œuvre de l'utérus est elle inférieure à l'œuvi'e du cerveau? Est-il supérieur de faire un livre qui respire le génie, ou de faire l'homme qui écrira le livre. Cette supériorité et cette infériorité n'existent pas. Les deux éléments sont indispensables dans l'évolution humaine; il ne peuvent se comparer parce que leur fonctionnement est de toute nécessité différent dans la nature, et que l'on ne peut comparer et hiérarchiser que des valeurs semblables.
THULiÉ. — La femme.
Les champions de l'égalité entre l'homme -et la femme, les apôtres de l'assimilation des sexes par rapport aux fonctions sociales, inspirent a priori de la sympathie en France : le mot de réforme est magique pour ce peuple avide de justice. D'instinct, le Français se sent porté à favoriser toutes les revendications libérales; il ne connaît pas toujours bien la portée de ce qu'il apprécie et acclame, le sentiment le pousse souvent dans des voies contradictoires, mais il va de l'avant, et le temps et l'usage font la sélection. En outre, on écoute les novateurs, chez nous, parce qu'ils sont agités et que le bruit qu'ils font en impose et s'impose; parce que, quelle que soit leur haine réciproque, ils se soutiennent les uns les autres contre les prudents et les immobiles; parce que, enfin, tout ce qui n'est pas encroûté réactionnaire, a des prétentions à l'humanitarisme et tremble de ne pas paraître aussi avancé que ses amis ou ses voisins.
Les partisans de l'assimilation des sexes sont donc d'autant mieux accueillis par les généreux et les naïfs, qu'ils vont comme des prophètes, la cocarde du progrès au chapeau, prêchant la saine doctrine égalitairc, stigmatisant les lois
THÉORIIi SENTIMENTALE. 211
d'oppression, demandant le relèvement de nos sœurs et de nos mères. Or, tout ce qui est fleuri de sentimentalité et entouré d'éloquence tapageuse est irrésistible dans notre athénien pays, surtout quand il y a du vrai et du juste au fond de la thèse soutenue.
Si quelques réactionnaires ont jeté feu et flamme contre cette thèse, s'ils ont protesté avec fureur, avec injure, avec esprit aussi, peu de républicains de nuance avancée, professant la doctrine de l'infériorité de la femme, et ils sont cependant nombreux, ont osé la soutenir publiquement, Le professeur Robin, le Letourneau ont eu ce courage-là. Les autres se taisent. En politiques timides ou habiles, ils laissent se produire les revendications, estimant qu'il est toujours temps de prendre un parti et de repousser le côté injuste ou absurde des projets et des programmes de réforme.
En dehors des réactionnaires, pourquoi cette pénurie de contradicteurs? Est-ce la galanterie qui s'y oppose?... Les libéraux craignent-ils d'offenser leurs mères ou leurs sœurs, ou leurs femmes ? Ce n'est pas, certes, parce qu'ils sont de l'avis des égalitaires, car ils le diraient avec fracas. Serait-ce donc parce que l'on ne sait jamais à quoi l'on s'expose en excitant les colères du beau sexe? On ne va pas volontiers, n'est-ce pas, planter des épingles dans les fesses d'une lionne.
Maisest-ce bien la timidité et la galanterie qui leur ferment si hermétiquement la bouche?... ou la crainte de passer aux yeux de quelques-uns pour des modérés et des rétrogrades ?
D'autre part, il faut remarquer que, parmi les réactionnaires, tous ne peuvent pas librement parler; les cléricaux doivent se taire ou mentir, car les religions ne se soutiennent que par les femmes, êtres nerveux que l'on transfigure par la foi, dont on fait des prophétesses, qui môme, quand
THÉORIES
elles se croient révolutionnaires, sont affolées de mysticisme.
Les assimiiateurs des sexes ont d'autant moins de contradicteurs sincères et sérieux, les Letourneau et les Robin ont été d'autant moins suivis, que peu d'hommes ont cherché à se faire une opinion précise sur cette question intéressante qu'il faudra bien cependant vider un jour ou l'autre. Le plus grand nombre sent des incomptabilités dans l'assimilation proposée de l'homme et de la femme et dans l'idendité de leur rôle social; mais ils ne peuvent appuyer leur opinion que sur des raisons de sentiment, et, par prudence, prudence que n'ont pas leurs adversaires, ils ne se prononcent pas
Les novateurs égalitaires, eux, ne sont arrêtés par rien; ils affirment leur doctrine, la proclament haut et ferme, ne s'inquiétant ni de l'absurde ni de l'impossible, et n'ayant eux-mêmes d'autre base que leur générosité et leur idéal métaphysique de lajustice.
Et ils sont d'autant plus écoutés que pour les hommes qui ne sont pas enfermés et cadenassés dans les errements du passé, pour ceux dont l'esprit s'est dégagé des formules commodes et qui ne cachent pas, sous un masque libéral et progressiste, la plus profonde rage d'immobilité, pour ces hommes, la femme n'est pas en réalité à sa place, et non seulement ne jouit pas de ses droits indéniables, mais encore est rendue impuissante dans l'accomplissement du plus grand de ses devoirs humains, la maternité. Dans sa situation actuelle est-il possible, en vérité, à la mère, de remplir sa sublime fonction dans toute son étendue et dans ,toute sa grandeur.
Ils réclament la réforme en démontrant, chose facile, que l'infériorité de la femme va s'aggravant à mesure que l'on remonte l'échelle des âges, pour aller de la civilisation actuelle à la barbarie des sociétés primitives. La thèse des
réformateurs paraît d'autant meilleure qu'ils font constater, non seulement dans le passé, mais aussi dans le présent que c'est dans les sociétés les plus bestiales que le rang de la femme est le plus bas, et qu'elle est un véritable animal domestique chez les sauvages les plus inférieurs. Ils disent et soutiennent preuves en main, que si la plus grande partie des hommes se révolte aujourd'hui à l'idée de voir la femme remplir le même rôle que lui dans la société, jouir des mêmes droits et des mêmes libertés, c'est qu'ils sont inconsciemment dominés par la tradition, et que, quelques novateurs qu'ils paraissent, ou se disent, c'est la tradition qui les mène. Ils rappellent que dans les civilisations élevées déjà, on voit persister les habitudes et les préjugés de l'homme primitif: ainsi Manou, dans ses lois, obéissait à ce préjugé quand il traitait la femme qui ne mettait au monde que des iilles presque au même rang que l'épouse stérile, l'une pouvait être répudiée la huitième année, l'autre la onzième; ainsi faisaient les juifs qui excluaient du sanctuaire la mère d'un fils pendant quarante jours, et la mère d'une fille pendant quatre-vingts ; ainsi fait le paysan breton qui dit tristement lorsque sa femme lui a donné une fille : « Ma femme a fait une fausse couche. »
Oui, il y a l'influence de la tradition dans les mœurs actuelles; toutefois n'est-il pas exagéré de considérer comme dû à la tradition seule ce dicton du paysan de la Bretagne ; ne doit-on pas y voir aussi l'expression violente de la mauvaise humeur d'un industriel lésé dans son intérêt. Tout le monde sait que la fortune du travailleur des champs c'est la nombreuse famille, et que, dans la famille, c'est le garçon qui rapporte le plus en raison de sa force et du long séjour qu'il fait auprès de son père. La fille est faible, elle se marie jeune et dès qu'elle commence à être de quelque rapport. Le fils, s'il n'y a pas de querelle, et au jour de la naissance
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on ne les entrevoit pas, reste dans la famille jusqu'à vingt ans, travaille avec ses frères sur le champ paternel ; c'est pendant que les fils sont à la maison que la famille est dans sa grande prospérité. Il n'y a pas que la tradition qui fasse parler le paysan breton, et inspire l'homme moderne.
Ce n'est d'ailleurs ni la tradition ni la législation actuelle, ni le manque de liberté ou d'égalité de la femme dans la société qui donnent à des jeunes garçons, vis-à-vis de leurs mères, les sentiments déplorables que citent certain auteurs. André Léo, l'ardent défenseur des droits de la femme, dit : « ... 11 n'est pas un fils qui dès l'âge où il peut comprendre l'état des choses régnant dans le ménage — il ne faut pour cela qu'écouter et voir — ne respecte moins sa mère que son père. » Et d'abord l'observation est injustement généralisée, car il y a encore des familles où le père et la mère sont tous deux respectés; d'autres où la mère malheureuse, en butte aux mauvais traitements d'un mari injuste ou débauché, est aimée, estimée, et soutenue par son fils. Mais l'observation est incomplète, et s'il y a des mères que leurs fils ne respectent pas, il y a des pères aussi qui ne sont pas respectés par leurs enfants et, dans l'un ou l'autre cas, c'est ordinairement le plus faible ou le moins intelligent des deux époux qui est la victime.
Souvent, bien souvent, à l'époque actuelle, les enfants ne respectent ni l'un ni l'autre. A qui ou à quoi André Léo s'en prendra-t-elle alors.
La législation, le droitde la force, la tradition n'y sont certainement pour rien , c'est aux parents eux-mêmes qu'incombe lafaute. Et cela se présente aussibienhorsle mariage, dans les unions libres, que dans le mariage légitime. L'idéal de la famille actuelle y contribue pour la plus grande part. C'est au petit nombre d'enfants, c'est àl'adoration dupère et de lanière pour le petit héritier unique, qu'il faut attribuer celte mor-
gue, ce besoin de commandement, cet égoïsme absolu, ce mépris de tout ce qui n'est pas eux-mêmes que l'on rencontre chez les filles aussi bien que chez les garçons. Dans les familles nombreuses le respect des enfants existe ; la tendresse devant se répandre sur tous, chacun des petits fait des efforts pour plaire, aucun ne veut être le moins aimé, il y a concurrence.
Ce n'est certainement pas la tradition, ce n'est pas davantage la situation sociale de la femme qui peut donner à quelques garçons une si mauvaise opinion de leur mère. Mais c'est la tradition plus ou moins atténuée qui empêche la majorité des hommes d'examiner sérieusement les propositions de quelques réformateurs et les doctrines du sincère philosophe Stuart Mill; et si la tradition seule n'a pas suffi pour arrêter l'impulsion donnée par la Révolution au progrès de l'état social de la femme, elle entre au moins pour une grande part dans les convictions déraisonnables des retardataires.
« En somme, dit André Léo dans sa brochure, la femme n'a gagné à la Révolution que la loi sur les héritages... » Et elle trouve que ce n'est rien. Et elle ne voit pas que c'est l'affirmation la plus positive de sa personnalité, de son indépendance, de son égalité avec l'homme dans la société. Le droit de posséder est le signe distinctif de la liberté sociale.
Madame André Léo pourrait-elle trouver dans l'histoire une époque, et même une série de siècles, où des réformes aussi nombreuses, aussi radicales se sont multipliées, pendant que se déroulaient les événements les plus terribles et les plus grandioses. Il faut se mettre dans le temps, vivre par la pensée à l'unisson des mœurs pour bien saisir l'immensité du pas fait dans la condition de la femme par la loi sur les héritages que madame Léo traite presque avec dédain. Pour juger la situation faite à
la femme dans notre civilisation française, rendons-nous compte que c'est d'hier seulement que nous avons la liberté, que c'est d'hier seulement que nous avons l'égalité devant la loi ; et n'oublions pas que toutes les évolutions de la société ont toujours été arrêtées par les intrigants qui viennent se jeter, poussés seulement par l'ambition personnelle, au milieu du mouvement libéral créé à grand'peine, avec grand labeur, et au milieu de mille dangers parles esprits sincères. Malgré les oscillations, malgré les retours en arrière qui découragent quelquefois toute une génération, quelque chose du progrès accompli se fixe dans les mœurs et dans les lois; et c'est ainsi qu'il y a, peu à peu, un mouvement en avant, une évolution progressive. Et c'est la constatation de ces progrès successifs qui doit encourager les hommes de bonne volonté malgré les déboires, les écœurements et les dangers delà lutte pour l'élévation de l'homme et l'amélioration de la société. L'égalité de la femme et de l'homme devant la propriété, devant ce qui est, en somme, la cheville ouvrière, la clef de voûte de l'organisation sociale, cette égalité est le point de départ de toutes les autres réformes; et cette conquête est définitivement acquise.
Il faut prendre l'état social de la femme au début des sociétés et le comparer à son état actuel pour discuter d'une façon juste, et formuler scientifiquement une opinion sur son avenir. Stuart Mill n'avait pas suffisamment considéré et suivi l'évolution des droits de la femme dans la société, quand il a écrit : « La femme s'est trouvée livrée en esclave à l'homme, qui avait intérêt à la posséder et auquel elle ne pouvait résister à cause de l'infériorité de sa force musculaire... » et en ajoutant plus loin: « Les individus qui d'abord étaient contraints à l'obéissance par la force, y sont plus tard tenus aunom de la loi... » Mais ce qu'il aurait dû voir, lui, le philosophe, ce qu'il aurait dû constater, c'est que cet
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l.omme presque toujours plus puissant qi^elle cet homme, d'ailleurs a remplacé la force par laloi eleve de plus en plus la femme dans la société, sans cependant qu elle ait jamais revendiqué, non seulement par les armes, mais même par des tentatives d'agitation, cette amélioration dans son rano- social. Le fait est assez intéressant pour frapper et arrêter un instant un grand esprit. Et c'est bien le citoyen qui a l'honneur de cette transformation car, dans la société actuelle, le législateur est son émanation.
Les religions elles, ont toujours respecté la tradition quand, comme la religion catholique, elles ne l'ont pas exagérée : les religions ont toutes professé le plus traditionnel mépris pour la femme, le catholicisme aussi bien et mieux que les autres, la Bible, les Évangiles, les Pères de
l'Église en font foi.
Stuart Mill ne prouve rien, non plus, quand il dit : « Le plus vil malfaiteur a une misérable femme sur laquelle il peut commettre toutes les atrocités, sauf le meurtre, et même, s'il est adroit, il peut la faire périr sans encourir le châtiment légal. » Mais quelles que soient les lois, il peut en être de même si le coquin est adroit et le plus fort, car ce n'est pas seulement sa femme qu'il peut maltraiter ainsi, mais son enfant qui le gène, ou son vieux père qui vit trop longtemps à son gré; cela se fait aussi bien pour eux que pour elle, et se voit trop souvent À la honte de l'humanité.
Mais quelle est donc la loi qui a jusqu'ici empêché l'assassinat du mari par la femme ?
Là où la liberté delà femme est absolue, là où aucune loi ne la maintient, où aucun lien ne l'enserre, dans les situations où elle est absolument maîtresse d'elle-même, où elle est défendue par le code, comme tous les membres de la société, dans les ménages interlopes, dans les unions libres, ne connaissons-nous pas tous les aventures navrantes
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de }3eaiicoup de ces malheureuses sur lesquelles un misérable a mis la main? Tous les jours il y en a qui se suicident pour fuir la tyrannie de ces hideux coquins qui vivent d'elles Ces femmes-là ne sont pas mariées, cependant; les lois ne les ont pas infériorisées, elles sont toujours majeures, puisque ce n'est que le mariage qui rend la femme mineure La liberté, elles l'ont comme les hommes, et l'égalité des droits politiques ne les arracherait pas à ces horreurs Ce n'est certainement pas, comme le dit le philosophe andais parce « qu'ils (les hommes) leur représentent la faibresse' 1 abnégation, l'abdication de toute volonté comme l'essence de la séduction féminine» que ces pauvres martyres sont broyées par ces drôles ; c'est parce qu'elles sont femmes et qu elles se soumettent au mâle puissant et audacieux, sans que rien hors d'elles-mêmes les y pousse, sans que rien les y maintienne en dehors de leur volonté; elles agissent d'instinct. Elles se sont livrées par admiration pour la force et sont incapables d'y résister, et le plus souvent même de s'y soustraire. Et je ne parie pas seulement de la force physique, mais aussi de la force morale.
Quoiqu'elles aient agi dans toute leur liberié en se laissant tomber dans des situations horribles, il ne nous viendra ceriainement pas à la pensée de soumettre pour cela les femmes à une tutelle quelconque quand leur majorité est atteinte et que, comme les hommes, elles ont la responsabilité de leurs actions. Nous ne sommes pas de ceux dont parie André Léo : «Mais s'agit-il de la femme, dit-elle, la liberté devient aussitôt un objet de soupçon et de terreur. » Nous voulons la femme libre, mais nous voulons la défendre par des lois protectrices spéciales, contraires par conséquent à ce que l'homme, dans son égoïsme, considère aujourd'hu comme du domaine de sa liberté; nous la voulons auss armée contre elle-même, contre ses passions, contre ses fai
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blesses. «Non, dit André Léo, il ne résulte pas de la nature et de la destinée féminines qu'une femme doive être mère avant d'être formée d'esprit et de corps. Il est de sa destinée, comme de celle de tout être humain, de savoir ce qu'elle fait, à quoi elle s'engage, de stipuler pour elle-même en toute connaissance, en toute liberté, d'être capable enfin des devoirs qu'elle embrasse. »
Tout cela est bel et bon ! Mais serait-elle libre même dans ces conditions?... Non, certes, car elle doit lutter contre elle-même, et ce sont là les luttes les plus difficiles à soutenir. Au moment où elle est dans l'effervescence de la passion, quand elle est dominée par ses sens, la femme, encore moins que l'homme, ne sait ce qu'elle fait, ne réfléchit à quoi elle s'expose et s'engage, et ne peut, en vérité, et pour cause d'aliénation physiologique, rien débattre, rien stipuler du tout. Elle se donne, ou plutôt se laisse prendre. Elle aime el, dans son appétit sensuel, oublie tout. Sa vie est dans la passion présente.
Il est bien question alors d'affaire, de stipulation, de raison et de philosophie; elle brûle et adore en se pâmant. Elle ne pense à rien, elle ne pense même pas qu'elle va concevoir, elle est abîmée dans la volupté.
Une femme qui n'a pas de sens et n'est pas entraînée par l'amour peut calculer, peut stipuler et rester maîtresse d'ellemême. Celles, en effet, qui sont nées incomplètes, incapables des fougueux désirs et des jouissances dominatrices, ou bien celles qui par l'abus de leur corps en sont arrivées à l'insensibilité, peuvent se commander toujours et faire une opération d'arithmétique dans lesmoments les pluspalpitants. L'eunuque comme la prostituée sont assez libres d'esprit pour faire leurs stipulations etleurs réserves. Mais la femme entière, celle qui est née avec l'intégrité de son système nerveux, ou chez laquelle les sensations ne sont pas émoussées par la
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débauclie ou par l'âge, celle qui désire et jouit ne peut être a el e dans le feu de la passion; son organisme la domine G est cependant alors qu'elle devrait être en possession d'elle^ même et assez libre de sa volonté pour stipuler, comme dit André Léo, puisque c'est celte effervescence même nui va lui couler neuf mois de souffrances, plusieurs années de soins et toute une vie de dévouement. Oui, nous voulons la femme libre, mais protégée; c'est contre la faiblesse inhérente à sa nature et les conséquences de cette faiblesse que la société doit la garantir.
Quelques écrivains considèrent que les femmes doivent jouir d une liberté entière, comme l'homme, parce que disent-ils, la femme est l'égale de l'homme. ' ! « La présomption apHori, dit Stuart Mill, est en faveur de la liberté et de l'égalité ; les seules restriclions légitimes sont celles que réclament le bien général... . La femme doit elre libre, en effet, parce que tout être humain jouissant de
I intégralité de sa raison a droit à la liberté. Mais ce n'est pas au nom de l'égalité des sexes, c'est au nom de leur équivalence. Le mot égalité, dans son sens absolu, est faux dans l'espèce, car cette égalité n'existe ni au point de vue organique, ni par conséquent au point de vue fonctionnel.
II n'y a ni supériorilé ni infériorité dans ces différences- î\ elles sont indispensables l'une à l'autre, l'espèce humaine ne peut être ni sans l'une ni sans l'autre.
L'emploi de ce terme faux peut entraîner logiquement a des conclusions sociologiques fausses, puisque l'homme et la femme ont des appareils différents qui les dominent dans leur vie physiologique, dans leur vie intellectuelle dans leur vie de relation, et que l'un et l'autre sexe ne peuvent se soustraire, ou même résister, à leurs différentes fonctions naturelles.
Madame André Léo essaye de prouver celle égalité de la]
façon suivante : « Remplacez, dit elle, le mot hommes, par êtres humains, l'équivoque cesse. » L'homme et la femme sont deux être humains, or comme un égale un, la femme égale l'homme. Vous voyez ça d'ici. C'est une démonstration de métaphysicien et d'abstracteur de quintessence ; ce n'est pas une démonstration de naturaliste. Avec ce sophisme on peut dire aussi : l'idiot et l'homme de génie sont ,deux êtres humains, or comme un égale un, l'idiot égale l'homme de génie; et, en éliminant ainsi tous les caractères différentiels entre les différents types, on peut, en vérité, tout faire égaler, le rat et l'éléphant, la sardine et la baleine...
Non l'homme et la femme ne sont pas égaux ; ils ne sont pas inégaux non plus; ils ne sont pas comparables, ayant des différences inhérentes à leur existence même, à leur sexe. C'est le mâle et la femelle ayant chacun leurs formes spéciales, leurs organes spéciaux et leur fonctionnement propre.
Cela est ainsi, c'est la nature qui l'impose et non l'homme ; et Stuart Mill parle contre l'évidence quand il dit : « Nous devons... ne pas décréter que le fait d'être né fille au lieu de garçon doive plus décider de la position d'une personne, toute sa vie, que le fait d'être né noir au lieu de blanc, ou roturier au lieu de noble. )■> Il est évident que l'homme ne doit pas décréter l'absurdité et l'injustice, et j'espère qu'il les décrétera de moins en moins. Mais ici la comparaison est absolument erronée : si un roturieur mâle naît absolument pareil à un noble mâle, si une roturière naît l'égale d'une femme noble, jamais on ne fera qu'une femelle puisse être identique à un mâle; il y aura toujours au moins la différence considérable des organes et des fonctions de la génération. De môme les nègres sont des hommes comme les blancs, maisles blanches ne pourront jamais être des hommes comme les nègres, et ni blancs ni noirs ne pourront faire des enfants comme les femmes quelle que soit leur couleur.
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Certes ce n'est pas l'homme qui a décrété que la lemme porterait pendant neuf mois le fœtus dans son sein, qu'elle le nourrirait de son lait pendant au moins douze, et le soignerait pendant quelques années sous peine de laisser mourir l'enfant que le mâle a fabriqué en quelques secondes II y a injustice, c'est possible, mais que faire ?... La nature est plus forte que nos sophismes, et la métaphysique n'y peut rien.
Aussi madame André Léo se trompe étrangement quand elle dit : « Mais n'est-il pas trop sans façons de prétendre que la femme naisse uniquement pour la fonction maternelle tandis que l'homme naîtrait, lui, tout bonnement pour la vie humaine, c'est-à-dire pour lui-même. » Je pense bien que madame André Léo ne demande pas, au nom de l'égalité que l'homme remplisse aussi les fonctions maternelles; ce serait là, cependant, l'égaUté vraie et la logique pure. Madame André Léo ne pousse pas si loin la métaphysique. Mais qu'entend elle par vie Mimaine qui serait l'apanage exclusif de l'homme? La vie humaine serait donc uniquement la recherche des honneurs et les satisfactions de l'ambition?
Non, ne s'occuper que de soi, ce n'est pas là ce qui est iiu- .main ; et la femme qui ne s'occupe que d'elle même, de sa gloire et de ses triomphes, sans sacrifier au devoir de la maternité, sort de son rôle humain. Perpétuer la race, l'améliorer physiquement et intellectuellement voilà la fonction humaine, et l'homme doit s'y consacrer comme la femme, chacun selon les moyens que lanaturelui donne. Les places^ les satisfactions delà vanité, lapoursuite de la fortune, voilà les choses artificielles et de convention.
Au nom de l'égaUté l'on demande que la femme remplisse, dans la société, les mêmes fonctions que l'homme. M. Legouvé, philosophe sage autant qu'écrivain délicat, n'affirme pas cette égalité qui ne change rien à son système de réformes; il est révolté seulement de l'injustice dont la femme
€St victime dans la société, et quand la question d'égalité se présente, il dit dans un doute prudent : « Les femmes s'étant toujours vues repoussées de toute fonction, on ne peut juger de ce qu'elles ont été. » Il aurait pu, certes, être plus affirmatif, car il est incontestable, et les exemples que nous avons chaque jour sous les yeux nous le démontrent, que beaucoup de femmes sont d'une haute intelligence, et Stiiart Mill a l'air de lui répondre quand il écrit : « Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a des choses où elles n'ont pas réussi aussi bien que les hommes, qu'il y en a beaucoup où elles n'ont pas obtenu le premier rang ; mais il y en a fort peu de celles qui dépendent seulement des facultés intellectuelles, où elles n'aient pas atteint le second. » Et le philosophe anglais déplore que ces intelligences ne soient pas employées, et cela au grand détriment du progrès humain : « Y a-t-il donc un si grand excès d'hommes propres aux hautes fonctions, que la société soit en droit de rejeter les services d'une personne compétente. » Et il dit aussi : « La capacité d'esprit dans tous les genres est maintenant pourtant tellement inférieure à la demande, il y a une telle pénurie de personnes propres à faire parfaitement tout ce qui exige une capacité considérable, que le monde fait une perte extrêmement sérieuse en refusant de faire usage d'une moitié de la quantité totale des talents qu'il possède. »
Stuart Mill voit bien ce que les femmes pourraient faire, il affirme ce que personne n'a jamais pu nier, excepté les évêques du concile de Dijon, que l'intelligence de beaucoup d'entre elles est supérieure à celle de beaucoup d'hommes dont elles rempliraient les fonctions avec avantage; mais il ne s'est pas demandé si la femme n'avait pas une destination intellectuelle spéciale, destination que les hommes ne pouvaient pas remplir. Il est de toute évidence, pour un physiologiste qui réfléchit à la sociologie.
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qui a présentes à l'esprit les statistiques de la natalité, que l'entrée de la femme dans la vie publique, c'est sa stérilité qui commence. On enlèverait donc à la maternité, c'est-à-dire à l'avenir de la race, les reproductrices les mieux douées, les plus élevées dans l'échelle intellectuelle.
Il serait fort à craindre que la capacité d'esprit dans tous les genres, que Stuart Mill trouve tellement restreinte aujourd'hui qu'il croit nécessaire d'ajouter les capacités féminines, il serait fort à craindre, dis-je, que le niveau intellectuel ne s'abaissât beaucoup plus encore en ne laissant à la maternité que les femmes à intelligence inférieure. Elles feraient certainement de beaux et gros enfants, ces dernières, mais la race ne profiterait pas des hautes facultés de celles qui, consacrées à la vie publique et aux affaires, auraient pu nous donner par hérédité des hommes doués de leurs facultés élevées.
Il y a peut-être encore un danger à faire vivre hors de chez elles toutes les femmes de haute valeur. Ce n'est pas par hasard et au hasard que l'intelligence se forme ; en dehors de la maternité physique il y a la maternité intellectuelle, et quand la femme a donné une constitution solide à son petit enfant, quand elle lui a fait sa chair et son sang, un autre travail commence pour elle, c'est l'éducation, c'est l'alimentation intellectuelle. Ici encore n'y aura t-il pas un dommage pour la race si toutes les capacités sont enlevées aux soins de la famille? Si, évidemment, et un danger des plus grands pour la progression humaine.
Le philosophe anglais n'a pas certainement cette crainte : « ... Si l'on considère, dit-il, avec quel soin on les détourne par leur éducation desoccupations réservées aux hommes au lieude les y préparer, on verra que je ne me montre guère exigeant en leur faveur quand je me contente de prendre pour hase (de leur valeur intellectuelle) ce qu'elles ont réellement accom-
pli. » Je trouve que l'éducation des femmes est mauvaise actuellement, mais ce n'est certes pas parce qu'on ne leur apprend pas à être des hommes, mais au contraire parce que l'on ne leur enseigne rien de ce dont elles auront besoin dans leur vie de femme, dans leurs devoirs de mère, de directrice d'un ménage, de première éducatrice des enfants. Je suis loin de me plaindre de ce qu'on ne leur enseigne pas ce que doit savoir l'autre sexe, mais je déplore qu'on les laisse dans l'ignorance des choses les plus nécessaires à leur existence future, et aux devoirs que leur impose non pas la société, non pas les conventions humaines, mais la nature qui commande à tout.
Ce sont ces devoirs, quand ils sont sérieusement accomplis, qui empêchent les femmes de se livrer, comme peuvent le faire les hommes, aux travaux artistiques et scientifiques et aux entraînements de la politique. Mais celles mêmes qui ne les remplissent pas sont empêchées, d'après le philosophe, par d'autres obligations. « Indépendamment des devoirs ordinaires de la vie qui sont le partage des femmes, on exige qu'elles tiennent leur temps et leur esprit à la disposition de tout le monde. Si un homme a une profession qui le mette à l'abri de ces prétentions, ou même une occupation, il n'offense personne en y consacrant son temps; il peut s'y retrancher pour s'excuser de ne pas répondre à toutes les exigences des étrangers. Est-ce que les occupations d'une femme, surtout celles qu'elle choisit volontairement, sont regardées comme des excuses qui dispensent des devoirs de la société? C'est à peine si leurs devoirs les plus nécessaires et les plus reconnus les en exemptent. Il ne faut pas moins qu'une maladie dans la famille, ou tout autre chose d'extraordinaire pour les autoriser à faire passer leurs propres affaires avant les plaisirs d' autrui. La femme est toujours aux ordres de quelqu'un, et en général de tout le monde. ».
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De toute évidence, Stuart Mill parle ici des femmes riches, que les obligations de la famille n'occupent que relativement ou pas du tout, dont les meilleures commandent à des mercenaires les soins cà donner au ménage et aux enfants ; elles ont assez d'instants de liberté, celles-là, pour se permettre cette énorme perte de temps qu'exigent les devoirs du monde. Et les autres?... Elles n'existent donc pas pour le philosophe anglais? Car ce n'est pas, certainement, de la femme de l'ouvrier, ou du petit employé, ou du petit marchand, ou du cultivateur, c'est-à-dire de la majorité des femmes qu'il est question; elles sont entièrement absorbées, celles-là, par l'allaitement, par les soins du ménage, par la fabrication des vêtements de la petite famille, par les raccommodages, par la première éducation, et enfin, si faire se peut, par l'aide à apporter à la communauté. Non, ce n'est pas de celles-là que parle Stuart Mill, il n'a pensé qu'à l'exception, à la minorité, il a désigné seulement ce qu'on appelle la femme du monde, et sa première erreur est d'avoir raisonné sur une exception.
Mais, en vérité, si la femme dont il est question perd tout son temps à des devoirs mondains, si sa vie est tellement absorbée par eux qu'elle ne puisse se livrer ni aux arts ni aux sciences, à qui s'en prendre?... Est-ce aux lois? Évidemment non, et il est impossible d'en citer une. Est-ce aux hommes? A qui le fera-t-on croire quand on voit avec quelle ardeur elles remplissent ces prétendus devoirs du monde; un mauvais plaisant dirait que ce ne sont pas les maris, pas tous au moins, qui obtiendraient de pareils sacrifices, et les décideraient à se livrer à de pareilles fatigues. C'est parce qu'elles le veulent bien que tout ce temps est perdu, c'est parce qu'elles y trouvent leur plaisir qu'elles sacrifient tout au monde, qu'elles vont dans les réunions où tout est salisfaction de vanité, lutte de gloriole, où un chiffon de plus ou
de moins fait un triomphe ou un désespoir; c'est tellement par entraînement personnel, qu'elles en oublient leurs enfants, leurs devoirs les plus sacrés, et jusqu'aux besoins de leurs familles.
Certainement personne ne les blâmerait, hors la société futile qu'elles se plaisent à voir, si elles consacraient les longues heures des courses inutiles, des visites oiseuses, des conversations vides, des cancans, des toilettes, à des travaux scientifiques ou artistiques, aux soins de la famille, et si elles employaient les sommes considérables que coûte cette vie artificielle et sans but, à élever leur intelligence et celle de leurs enfants.
Stuart Mill se trompe donc; les femmes n'ont qu'à vouloir pour se soustraire aux obligations mondaines qui ne sont imposées ni par la loi ni par la tyrannie de l'homme ; ce sont les femmes qui se les imposent à elles-mêmes parce que c'est leur plaisir et leur goût. Elles ne sont pas rares d'ailleurs celles qui vivent pour le travail et pour la famille, pour les arts et pour les sciences, et nul n'y trouve à redire et à blâmer; tous, au contraire, les respectent et les admirent.
Si dans l'état actuel elles ne peuvent se livrer aux arts et aux sciences, pourraient-elles davantage se livrer à la vie politique? En se perchant dans les hautes sphères des f)rincipes abstraits, en ne tenant aucun compte des nécessités de la nature, en ne considérant l'homme que comme un idéal dépouillé de sa chair et soustrait aux lois biologiques, on peut se révolter et déclamer sur l'inégalité politique; c'est toujours la même méthode de raisonnement : l'homme et la femme sont deux êtres humains, or, comme un égale un, la femme égale l'homme, donc la femme doit faire de la politique. C'est avec ce raisonnement que Gondorcet s'écrie : « Au nom de quel principe, au nom de quel droit écarte-t-on dans un état républicain les femmes des fonctions poli-
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tiques? Je ne le vois pas. Le mot représentation nationale signifie représenlation de la nation. Est-ce que les femmes ne font point partie de la -nation? Cette assemblée a pour but de constituer et de maintenir les droits du peuple français. Est-ce que les femmes ne font point partie du peuple français? Le droit d'élire et d'être élu est fondé pour les hommes sur leur titre de créatures libres et intelligentes. Les seules limites posées à ce droit sont la condamnation à une peine afflictive et infamante et la minorité. Est-ce que toutes les femmes ont eu des démêlés avec le procureur de la République ; et ne dit-on pas dans nos lois : « Tout individu des deux sexes, âgé de vingt et un ans est majeur? » Arguera-t-on de la faiblesse corporelle des femmes? Alors il faudra faire passer les représentants devant un jury médical, et réformer tous ceux qui ont la goutte chaque hiver. Opposera-t-on aux femmes leur défaut d'instruction, leur manque de génie politique? Il me semble qu'il y a bien des représentants qui s'en passent. Plus on interroge le bon sens et les principes républicains, moins on trouve un motif sérieux pour écarter les femmes delà politique. L'objection capitale elle-même, celle qui se trouve dans toutes les bouches, l'argument qui consiste à dire qu'ouvrir aux femmes la carrière politique, c'est les arracher à la famille, cet argument n'a qu'une apparence de soHdité. D'abord il ne s'applique pas au peuple nombreux des femmes qui ne sont pas épouses, ou qui ne le sont plus; puis, s'il était décisif, il faudrait au même titre leur interdire tous les états manuels et tous les étals de commerce; car ces états les arrachent par milliers aux devoirs de la famille tandis que les fonctions politiques n'en occuperaient pas cent dans toute la France. Enfin, une femme célèbre tranche la question par un mot sublime : « La femme a le droit de monter à la tribune, puisqu'elle a le droit de monter à l'échafaud. »
C'est un mot sublime, mais c'est loin d'être une démonstration . Condorcet a pensé tout énumérer, il a cru passer en revue toutes les causes que l'on peut opposer a l'identité des fonctions sociales de l'homme et delafemme, et dont aucune selon lui ne suffirait à empêcher la femme de faire delà politique ; il en a oublié une, la seule bonne, la seule vraie : la maternité. Je ne parle pas des époques menstruelles de la femme qui jettent périodiquement la plupart d'entre elles, et pour le quart de leur existence, dans un état mental tout particulier. Mais la grossesse? Ira-t-elle siéger à la Chambre pendant les six mois au moins où la grossesse empêche toute fatigue et donne à l'esprit des dispositions particulières, souvent si exceptionnelles et si étranges? Ira-t-elle à la Chambre son poupon dans les bras, quand elle sera nourrice? Et si cela ne se présentait qu'une fois dans l'existence d'une femme, la difficulté ne serait pas grande. Mais il faut espérer que l'utérus de la Française ne se bornera plus à une grossesse; s'il en était ainsi les statistiques nous démontrent qu'au bout dé peu de temps notre race aurait disparu. Faudrait-il donc que l'homme doué pour l'extérieur, armé pour la lutte pour l'existence, que l'homme qui devient père en une seconde sans avoir les charges organiques de la femme, faudra-t-ilen faire une bonne d'enfant, et une nourrice artificielle?
Condorcet demande si on devrait interdire aux femmes les fonctions manuelles et les fonctions commerciales. Il est certain que dans une société équitablement organisée, ,ce serait un but à atteindre, si l'on voulait avoir des générations fortes et intelligentes. Quand on considère les enfants de ces femmes qui, assez occupées pour ne pas remplir leurs devoirs naturels, les envoient chez des nourrices mercenaires, on est navré de leur santé déplorable, de leurs déformations, de leur intelligence arriérée. Oui, certes, il faudrait que tout enfant eût droit au sein de sa mère et à la
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première éducation de la famille. Les générations seraient plus belles et la mortalité de la première enfance serait moms effroyable. Vouloir faire de la femme un politicien, c'est la stériliser, c'est l'arrachera ses fonctions physiologiques et changer absolument la destination que la nature lui a donnée.
StuartMill donne un coup d'épée dans l'eau et combat des moulins à vent quand il dit : « Quant aux autres qui prétendent que l'homme a droit au commandement, et que la femme est naturellement soumise à l'obligation d'obéir; que l'homme a, pour exercer le gouvernement, des qualités' que la femme ne possède pas, je perdrais mon temps à leur dire qu'ils doivent être tenus de prouver leur opinion sous peine de la voir rejeter. » Évidemment il n'y a pas de droit au commandement pour les hommes, et la preuve en est qu'il y a des pays où les femmes commandent, nominativement il est vrai de nos jours, mais où elles ont commandé effectivement dans le passé. Il ne s'agit pas d'un droit quelconque que l'on apporte en naissant, non certes, et ce n'est pas parce que l'homme possède des qualités que la femme ne possède pas, qu'elle est exclue de la vie politique. Mais c'est, au contraire, parce que la femme a des qualités natives spéciales, des aptitudes physiques et morales dont l'humanité ne peut se passer sous peine de périr, qu'elle n'a pas la charge des devoirs de la vie publique qui en empêcheraient l'appHcation et le fonctionnement. Il n'y a pas là de droit supérieur, de droit de naissance, il y a une question de salut et de prospérité de la race.
Il est certain que les femmes rempliraient admirablement certaines fonctions qui occupent les hommes; mais ce serait aux dépens de leurs fonctions propres. « Ne voyons nous pas, dit le D'' Daily, qu'au Dahomey les « amazones » au nombre de six à huit mille, constituent l'armée la mieux
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disciplinée, la plus courageuse, la plus glorieuse et j'ujouLe la plus féroce que jamais aient produites les races aux cheveux crépus età la peau noirenouées au célibat, entraînées dès l'enfance aux exercices les plus énergiques, elles dépassent, dit-on, toutes les autres troupes de S. M. le roi de Dahomey. » C'est parfaitement exact, mais ce sont^ des stériles, ce sont des monstres sans sexe, ce sont des êtres qui ne remplissent pas, dans l'humanité, leurs fonctions organiques et qui, au. lieu de donner des existences au monde, en font disparaître; ce sont des êtres qui ne peuvent plus compter dans l'humanité que comme un fléau. Que ce soit avec le bistouri, que ce soit par un régime particulier comme pour l'abeille ouvrière, ou par un entraînement spécial, c'est là de la castration, c'est de l'eunuchisme; ces femmes ne sont pas des êtres humains, ce sont des bêtes féroces.
Il est vrai que le droit de vote accordé aux femmes n'en ferait pas, immédiatement au moins, ce que l'éducation guerrière fait des amazones de Dahomey; mais l'entraînement, la passion de la vie publique, l'ardeur de la lutte, entraîneraient le dédain du chez soi, le mépris des devoirs et peut-être l'arrêt d'une grossesse, la cessation de la lactation, l'oubli des enfants, leur éducation négligée et probablement un désordre irréparable introduit dans le ménage. La façon d'ailleurs dont Stuart Mill défend ce droit de voter de la femme en est certainement une vive critique : « Il est à présumer, dit-il, que les femmes sont aptes à faire ce choix (le choix d'un député) puisque la loi leur en donne le droit dans le cas le plus grave pour elle. La loi permet à la femme de choisir l'homme qui doit la gouverner jusqu'à la fin de sa vie et suppose que ce choix a toujours été fait volontairement. » Mais franchement et sans rire, peut-on se figurer qu'une femme qui choisit un mari ne songe qu'à se donner un maître, et croit-on en réalité qu'elle choisit l'homme qui
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doit coucher avec elle el lui laire des enfants, comme on choisit un députe? lime semble, et j'espère, que l'amour joue un rôle dans le choix de l'époux, et qu'il n'en serait, qu'il n'en pourrait être de même dans le choix d'un mandataire politique. Et il est évident que la femme qui épouse un homme parce qu'il est beau, doux et aimable, serait un électeur fou et idiot de le nommer député pour les mêmes raisons.
Il est certain que les jolies femmes qui poseraient leur candidature auraient auprès des hommes beau jeu dans les élections et dans les discussions des chambres ; l'attrait sexuel jouerait, pour le sexe fort au moins, un grand rôle dans la vie politique et la direction des affaires. Je ne sais ce que les femmes feraient pour les hommes, mais j'ai 'tout lieu de penser qu'il en serait de même, et que des beaux yeux, une belle chevelure, un nez parfait, une bouche sensuelle et un torse cambré, une voix amoureuse seraient d'excellentes conditions pour un candidat.
Ah, par exemple, les politiciennes vieilles ou sans beauté seraient bien surprises! un joli nez retroussé triompherait facilement, devant les électeurs, de leurs funèbres objurgations et de leur parole mystique et sacro-sainte.
Il ne faut pas perdre de vue d'ailleurs qu'en donnant à quelques femmes la possibilité de remplir les fonctions politiques des hommes, en leur octroyant ce qu'elles appellent l'égalité, on établirait par ce fait même l'inégalité dans le sexe féminin, on ferait une aristocratie féminine et une classe de femmes inférieures, astreintes seules à ce que les autres considèrent comme les fonctions basses. Car enfin ces femmes d'élite auront bien quelquefois des passions, quelques ardeurs imprévues qui les pousseront au mâle; elles aimeront, et auront des enfants aussi. Admettons les plus heureuses grossesses; mais l'allaitement! Il faudra des raerce-
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naires, des nourrices, des lemmes qui donneroni, leur sein ei leur lait pour que les autres aillent discuter, voter et légiférer.
Et ces femmes d'élite feront certainement leur enlant régulièrement, légalement; elles auront donc un ménage que, même sans enfants, il faudra soigner, entretenir. Il y aura pour cela aussi, pour cette fonction qu'elles considèrent aujourd'hui comme indignes d'elles, des mercenaires, des domestiques. Auront-elles le droit d'aller voter, d'aller au club, ces nourrices, ces filles de chambre et ces cuisinières?
Dans tous les cas il est évident qu'en faisant une classe des femmes qui abandonnent leurs devoirs de femmes ou de mères, on fera du même coup une caste de servantes et de femmes laitières. C'est là une inégalité plus choquante et révoltante que celle qui découle delà différence de fonctions des sexes. Et si les politiciennes reculaient devant cette injustice, elles devraient se condamner, comme les amazones, au célibat. Ce serait la glorification de la stérilité, ce serait la fin de la race.
Stuart Mill qui affirme, avec raison, que les hommes n'ont pas une aptitude spéciale pour gouverner, qui se révolte qu'on ait pu établir sur des facultés particulières et imaginaires une inégalité aux dépens du beau sexe, n'hésite pas, lui, entraîné par son admiration pour les reines, à attribuer à la femme une aptitude spéciale pour le gouvernement, et, comme on va le voir, dans des conditions tout à fait aggravantes. Dans son livre, l'Asswjéiissmenitfes/emmes, à la suite d'une discussion trop longue sur le plus ou moins grand mérite des reines, sans rechercher si sous les rois, même les plus renommés, il n'y avait pas des ministres qui faisaient les œuvres que les rois signaient, je trouve la note suivante : « Cette remarque devient encore plus vraie si nous étendons nos observations à l'Asie aussi bien qu'à l'Europe.
-'^* THÉORIFS.
Quand une principauté de l'Inde est gouvernée avec vigueur, vigilance et économie, quand l'ordre y règne sans oppression, quand la culture des terres y devient plus étendue et le peuple plus heureux, c'est trois fois sur quatre une femme qui^ y règne. Ce fait, que j'étais loin de prévoir, m'a été révélé par une longue pratique des affaires de l'Inde. II y en a beaucoup d'exemples; car, bien que les institutions hindoues excluent les femmes du trône; elles leur donnent la régence pendant la minorité de l'héritier; et les minorités sont fréquentes dans un pays où les princes périssent prématurément victimes de l'oisiveté et de leurs débauches. Si nous songeons que ces princesses n'ont jamais paru en public, qu'elles n'ont jamais parlé à un homme qui ne fut pas de leur famille, si ce n'est cachées par un rideau, qu'elles ne lisent pas, et que, si elles lisaient, elles ne trouveraient pas dans leur langue un livre capable de leur donner la jjIus faible notion des affaires publiques, nous resterons convaincus qu'elles présentent un exemple saisissant de l'aptitude naturelle des femmes pour le gouvernement. » Ce qui revient à dire que ces reines mères savent tout sans avoir rien appris, car il faut en vérité des connaissances nombreuses et variées pour gouverner.
Avant de croire une absurdité, je préfère penser pour l'honneur du savoir, que ces femmes ignorantes, dans leur modestie, laissent le gouvernement à des ministres, sans s'immiscer dans des affaires qu'elles ne connaissent pas ; c'est Icà probablement ce qui a fait le brillant de leurs règnes, alors que les rois, dans leurs prétentions natives, se jettent toujours à la traverse des meilleurs projets de leurs ministres les plus intelligents, et gâtent les affaires de l'État.
On ne prouve rien en voulant trop prouver; et quand on n'admet pas une supériorité et des aptitudes spéciales pour, l'un des sexes, il est logique, au moins, de ne pas verser
TlIlîOnili SENTIMENTALE. "^à^*-
(lu côté opposé et de ne pas attribuer des aptitudes spéciales et des facultés dominatrices à celui pour lequel on demande l'égalité au nom de la justice.
En vérité, il n'y a entre les sexes ni supériorité ni infériorité; tous deux ont une mission spéciale qu'ils doivent remplir'fatalement, comme tout ce que la nature impose. Les fonctions de la femme sont les .plus grandes, les plus difficiles et les plus nobles; c'est d'elle surtout que dépend l'avenir de l'humanité.
Les fonctions de mère sont absolument absorbantes et ne permettent pas, si ces fonctions sublimes sont sérieusement remplies, qu'on se livre à une autre besogne. « Les soins maternels, dit André Léo, dans leur période spéciale, ne demandent guère à chaque femme, en moyenne, qu'une dizaine d'années, disons quinze ans, si l'on veut. La vie normale de chaque être est de soixante à soixante-dix ans. Doitelle être sacrifiée tout entière à cet espace de dix ou de quinze années? »
Madame André Léo a l'air de faire une grâce en disant quinze ans. Par le temps de malthusianisme qui court, elle pourrait dire moins. Dix ans même seraient beaucoup trop, car aujourd'hui, après les neuf mois inévitables, dès que le ventre est débarrassé de l'enfant, on en débarrasse aussi la maison. Le rejeton est jeté sur la poitrine de la nourrice, et l'on pense à autre chose ; peut-être à la politique, certainement aux toilettes et aux plaisirs. Or cette perte de temps ne se présente qu'une fois, si l'allaitement mercenaire ne tue pas l'enfant; s'il en meurt, on recommence. Mettons quatre ans pour les deux grossesses et l'agonie du petit, car ce second vivra sans doute et l'on se contente d'un enfant par ce temps d'ordre, d'économie et de masturbation conjugale. Mais est-ce bien la véritable maternité, et ne voyons-nous pas avec terreur l'influence de ces mœurs sur la vitalité de la
TIIÉOIUES.
France? Que la femme reste dans les conditions normales, qu'elle remplisse sérieusement et entièrement ses devoirs, nous verrons qu'elle n'en a pas si lestement fini.
Le temps de la grossesse, les quinze mois d'allaitement et une année de surveillance de la première enfance, là s'arrêteraient donc les devoirs de la mère? Elle n'aurait connu de la maternité que les fonctions animales, elle aurait mis au monde, elle aurait allaité, elle aurait suivi les premiers pas et tout serait fini? Non, à l'honneur de la femme la maternité intellectuelle commence dès que l'enfant a vu le jour, et plus la mère sera intelligente, plus elle sera douée, mieux elle dirigera cette intelligence naissante, terrain bien préparé, puisque l'enfant aura hérité des facultés élevées de celle qui l'a porté dans son sein.
Et certes à mesure que la femme comprendra davantage la grandeur de sa mission, elle sera de plus en plus convaincue qu'il est aussi glorieux de donner à sa race un homme d'élite, que de faire un discours, quelque bon qu'il soit, dans un parlement ou sur une place publique.
Les devoirs de la politique sont incompatibles avec les devoirs de la maternité; la femme citoyen est fatalement stérile. Les citoyennes entraînées parla passion de la lutte ne nourriront plus; ce sera le commencement de la femme sans mamelles, car, l'hérédité aidant, cet organe ne tardera pas à disparaître. Et alors il y aura une autre race de femmes à mamelles, de femmes laitières, comme je le disais plus haut. Bientôt elles ne voudront plus être mères, ce sera l'organisation de l'avortement et, pour les prudentes, le triomphe du tribadisme. La stérihté étant organisée, les politiciennes refusant leur utérus à la fonction maternelle, nous serons obligés d'avoir des reproductrices, des femmes spécialement chargées de ne pas laisser éteindre complètement la race, pendant que les citoyennes politiqueront en tribadant.
Non cela n'arrivera pas, parce que la science indique à chacune, mieux que les conventions humaines, ses fonctions et ses devoirs, et que la politique devient de plus en plus scientifique. Non, il n'y a pas d'égalité ni d'inégalité entre les deux sexes; la femme n'est ni supérieure, m égale, m intérieure à l'homme ; elle est femme, et son rôle de mère est le plus glorieux de l'humanité.