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ressemble par ses dimensions et sa forme à un clitoris très développé. L'urèthre s'ouvre à la partie moyenne de la face inférieure du pénis; il est très dilatable et admet très facilement une petite sonde d'homme. Au-dessous se trouve une fente située sur la ligne médiane, se terminant en cul-de-sac etconstituant un rudiment de vulve. »
« Au-dessous du pénis, on remarque un scrotum bifide dans lequel on trouve à droite un testicule bien développé, el à gauche une tumeur lobulaire et molle qu'on pourrail considérer comme un testicule rudimentaire et atrophié. »
« L'examen des organes internes a été fait avec le plus grand soin par les professeurs allemands et a été l'objet de quelques discussions. Cependant, d'après l'examen si complet du professeur Schultze (d'Iéna), on peut admettre comme bien constaté l'état suivant : l'urèthre, qu'on peut désigner dans ce cas sous le nom de canal uro-génital, a une profondeur d'environ sept centimètres et conduit directement dans la vessie; il est très dilatable et présente près du col de la vessie un petit diverticalum de quinze millimètres de longueur qui se termine par un renflement qui ne saurait être autre chose qu'un utérus rudimentaire. »
« Le toucher rectal permet en outre de sentir à gauche di^ ce rudiment d'utérus une autre tumeur cylindrique de deux centimètres de longueur, et rattachée à la première par une expansion membraneuse ayant toutes les apparences d'un ligament large. Cette seconde tumeur, mobile, cylindrique, rattachée àrutérus,ne pouvait être autre chose qu'un ovaire. Telle est du moins l'opinion de Schultze, de Olshausen, qui, ayant examiné Catherine quelques mois plus tard, arrive aux mêmes conclusions. Les autres parties du corps se ra])prochent plutôt du type masculin. A part les mamelles qui sont très développées et l'absence de poils sur le visage, Catherine a l'aspect extérieur d'un homme; larynx, thorax
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et bassin présentent les caractères du sexe masculin... »
A l'âge de dix-sept ans Catherine llohmann se donna à un homme et vécut avec lui en concubinage pendant de longues années. A quarante ans, quand elle ne fut plus réglée et qu'elle eût été examinée par plusieurs savants, éclairée sur son état sexuel, elle se sentit portée vers les femmes, s'habilla en homme et se maria à une jeune américaine.
Mais de même que le coït féminin s'accomplissait imparfaitement pendant son concubinage, le vagin n'existant pas pour ainsi dire, de même, avec son pénis de cinq centimètres, il fournissait, pendant son mariage, un coït masculin fort insuffisant. Il est douteux que Catherine Hohmann ait pu féconder une femme sans l'aide du médecin, l'ouverture de l'urèthre se trouvant à la partie moyenne et inférieure de la verge, déjà si insuffisante dans ses dimensions; la liqueur séminale était fatalement rejetée au dehors au moment du spasme vénérien. Il est certain d'autre part que malgré la régularité de ses règles pendant vingt et un ans, il ne pouvait être fécondé puisque son utérus était rudimentaire.il y avait bien un double sexe, mais il équivalait en réalité à l'absence de sexualité.
Il faut remarquer toutefois que dans ce cas d'hermaphrodisme vrai, l'individu possesseur d'un testicule bon, et d'un ovaire parfaitement constaté portait dans son extérieur les attributs de l'un et de l'autre sexe. Ainsi Catherine Hohmann avait de la femme : les mamelles très développées et le visage dénué de tout poil; et de l'homme : le bassin, le thorax, le larynx.
Dans la plupart des cas l'hermaphrodisme est apparent seulement, sans être véritable. Tantôt c'est un homme dont le système génital est frappé d'un arrêt de développement assez radical pour simuler l'organisation féminine et permettre des rapports, incomplets bien naturellement, avec les
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hommes. C'est le cas le plus fréquent d'hermaphrodisme faux. Tantôt c'est une femme, dont la déformation des oro-anes génitaux, le développement du clitoris, l'imperforation du vagin peuvent tromper sur le sexe.
Il y a cependant des cas où cette erreur sur le sexe a été complète et a duré jusqu'cà la mort. Celui de Valmont, parexemple, morte à la Pitié en 1832, à l'âge de soixante-deux ans, dans le service de Bouillaud. L'autopsie démontra que Yalmont, qui avait été mariée comme homme, était en réalité une femme malgré une verge d'une grosseur moyenne. Il n'avait pas de testicule, possédait deux ovaires, un utérus bien conformé, mais le vagin s'ouvrait dans le canal de l'urèthre.
On doit citer un second cas fort bien étudié par Luidgi de Crecchio; c'est celui de Marzo Joseph qui, après avoir été déclarée fille à sa naissance par la sage-femme, fut certifiée par un chirurgien garçon cryptorchide, c'est-à-dire dont les testicules ne sont pas descendus dans les bourses. Onl'éleva dès lors en homme et elle se conduisit sa vie durant comme un homme, assez débauché même. Elle eut des aventures galantes, et poussa la ressemblance jusqu'à contracter deux blennorrhagies. A l'autopsie on constata que Marzo Joseph était une femme par son utérus, par ses ovaires, par l'absence des testicules; seulement le vagin s'ouvrait dans l'urèthre, il n'y avait pas de fente vulvaire, et le clitoris mesurait dix centimètres de longueur pendant l'érection.
Marzo Joseph n'était pas réglée ; la ponte mensuelle ne se faisait donc pas, ses ovaires étaient stériles, dans le fait elle n'avait pas de sexe.
On a donc pris le plus souvent pour de l'hermaphrodisme vrai des cas de monstruosité des organes génitaux de l'un ou de l'autre sexe. Le seul véritable hermaphrodisme scientifiquement constaté présentait lui-même des défectuosités
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graves, les deux appareils féminin et masculin étaient incomplets et arrêtés chacun dans son développement.
Mais admettons pour un instant que les appareils génitaux puissent se trouver complets sur certains individus, admettons que ces individus puissent se reproduire, non pas seuls, comme l'enlozoaire, la position des organes s'y oppose, ni comme les escargots ou comme les sangsues, la conformation de l'être humain, même hermaphrodite, ne permettant pas cet accouplement à fécondation réciproque, mais pouvant féconder et être fécondés, soit dans des accouplements successifs, soit dans des accouplements simultanés, •et vo-yons, par un induction facile, ce que deviendrait une société composée d'hermaphrodites bien constitués, absolument égaux par conséquent, ayant les mêmes aspirations, les mêmes jouissances, les mêmes charges, la même organisation, et, ce qui en est la conséquence, les mêmes facultés ■et les mêmes aptitudes. Et pour que l'hypothèse soit absolument favorable à la société des bi-sexués, admettons encore que leur civilisation est aussi avancée que la nôtre, et qu'ils ont atteint le niveau intellectuel et social des populations européennes.
Que va-t-il se passer?
Si les êtres humains ordinaires, si les uni-sexués sont dominés et entraînés par les passions génésiques, s'ils ne peuvent, le plus souvent, résister aux exigences des sens, que sera-ce donc dans notre population d'hermaphrodites? Chaque individu sera sollicité par ses sens deux fois au lieu d'une, et chacun des sexes sera certainement aussi impérieux chez eux, dans ses sollicitations, qu'il l'est chez les uni-sexués. Et si chez ces derniers l'appétit sensuel est impossible à réfréner, quelle sera sa puissance chez les autres, puisqu'il est au moins doublé?
On peut affirmer que la lascivité dominera cette société;
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,|ue l'attrait des jouissances surajoutées, sinon multipliées, sera irrésistible, que l'accouplement sera constant, et les grossesses perpétuelles, avec cet avantage sensuel, mais î^xténuant, que lorsque l'appareil féminin aura été fécondé, il restera encore aux hermaphrodites soigneux de leur grossesse la faculté de rester des mâles fécondateurs.
Et que deviendra l'activité sociale, que deviendront les travaux intellectuels dans cette interfécondation de tous les instants, avec ces grossesses incessantes? Tout travail sera impossible, le cerveau sera dominé par le système reproducteur, l'industrie et la pensée fuiront cette race, et si un reste d'intelligence survit à cette énervante sensualité, nos hermaphrodites, pour ne pas mourir de faim, ne tarderont pas à faire des castrats, des neutres, comme chezles abeilles, des travailleurs qui feront vivre tout ce monde de jouisseurs, et maintiendront la civilisation.
Cette hypothèse est irréalisable, et jusqu'ici la science n'entrevoit pas le moyen de faire des êtres bi-sexués et doublement féconds. On peut affirmer même qu'elle n'y arrivera jamais, puisque d'après l'évolution animale, l'hermaphrodisme est une régression, ce mode d'égaUté des êtres humains ne peut donc être qu'un rêve.
Mais il y a un autre moyen de rendre les êtres humains absolument égaux entre eux, c'est la castration.
Les castrats de l'un et de l'autre sexe, que ce soit les ovaires qui manquent, que ce soit les testicules, se ressemblent; l'homme perd une partie de ses caractères masculins et se féminise, la femme de son côté perd une partie de ses formes et sa délicatesse, pour prendre certains attributs masculins.
A l'époque de la puberté, la voix de l'homme change et descend d'un octave; la période de transition s'appelle la mue. Lorsque la castration est pratiquée avant la puberté
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les sons ne changent pas, ou ne changent que très peu ils prennent pkis d'intensité et de volume il est vrai que dans 1 adolescence, mais ils gardent le timbre et l'élévation de la VOIX de la femme. C'est pour ce motif que l'on a continué laire des castrats sous le gouvernement des papes. Ces représentants du Dieu créateur qui avaient des scrupules à l'endroit du chant de la femme, qui croyaient se compromettre en écoutant des chanteuses dans leurs églises, n'étaient pris d aucun scrupule en poussant à la suppression de l'organe reproducteur : Dieu l'avait donné, Dieu le retirait, par les soins d'mtermédiaires il est vrai; son saint nom était béni tout de même. Quand je lésai entendus, ces misérables chanteurs, la réflexion si juste et si amusante que fait Stendhal dans ses Promenades dans Rome, me revint à l'esprit : Il est bien inutile de pratiquer sur eux une si cruelle opération pour les faire si mal chanter. Ah! que Stendhal avait
raison
C'est ce timbre élevé de la voix des castrats qui fait dire qu'une étroite sympathie existe entre les organes génitaux et l'appareil des sons. Il n'y a là qu'une apparence; ce n'est pas directement sur le larynx que les organes génitaux ont celte influence; mais la suppression des glandes sexuelles arrête l'évolution du mâle dans l'ensemble de son organisme, et le larynx subit la perversion évolutive comme le reste du corps, comme le système pileux, comme le système cutané, comme le système glandulaire.
Les dimensions du larynx n'atteignent pas, en effet, chez les castrats, les mêmes dimensions que chez les hommes complets. Dupuytren en a fait l'étude anatomique sur un sujet dont les parties génitales avaient été mutilées dans le jeune âge. Le savant chirurgien constata que les dimensions de ce larynx étaient plus petites d'un tiers, aussi bien dans l'étendue de la glotte, que dans le développement des carti-
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lao-es. Darwin estime que les cordes vocales de l'homme sont plus longues d'un tiers que celles de la femme ou des jeunes garçons et que la castration chez l'adolescent arrête l'accroissement du larynx et des cordes vocales.
Le castrat n'a donc pas la voix de l'homme, elle est plus élevée, c'est le timbre de la voix féminine, mais plus puissant et plus rude.
A partir de la puberté la barbe commence à paraître chez l'homme complet. Quand il a atteint la plénitude de sa puissance génésique, cette barbe est épaisse et fournie. Des poils se montrent sur le corps, le plus souvent ils s'étendent des aisselles à la poitrine, du pubis à l'ombilic et au périnée. Chez les castrats qui ont subi l'opération avant la puberté, la barbe ne se développe pas; comme celui de la femme, tout son corps reste glabre, excepté au pubis et sous les aisselles. Si les testicules ont été supprimés au moment de la puberté, la barbe est peu fournie et tombe tôt. De même que les femmes, les castrats deviennent bien plus rarement chauves que les hommes et dans tous les cas plus tardivement.
La peau des émasculés est, comme dans l'autre sexe, fine, molle, douce au toucher, pâle, et offre ce ton mat et transparent qui n'est pas habituel chez l'homme en possession de toutes ses qualités viriles. Leur système lymphatique se développe, leurs mamelles grossissent et font saillie, l'embonpoint envahit leur corps dont il adoucit les lignes et arrondit les contours, les allures générales, comme les formes, se féminisent.
De même qu'un grand nombre de mammifères mâles, l'homme porte une odeur caractéristique, à un moindre degré, heureusement, et diminuée encore par les soins personnels que la civilisation l'habitue à prendre. La femme, elle aussi, à une odeur moins brutale et plus atténuée
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encore dans les milieux civilisés, par les recherches de l'hygiène et de la coquetterie. Pas plus que les enfants les castrats n'exhalent cette odeur qui se manifeste à l'époque de la puberté, au moment où la barbe et les poils se montrent, et va en augmentant de force jusqu'à l'âge mûr. A l'époque de la vieillesse elle disparaît.
Enfin la verge ne prend presque plus d'accroissement après la castration; elle garde à peu près la mcrne dimension qu'au moment de la mutilation. Quoique réduite, et malgré lasuppression des glandes qui constituent la virilité, cette petite verge peut entrer en érection, mais sans pouvoir éjaculer, bien entendu, et par conséquent sans possibilité de fécondation. C'est là ce qui rendait ces infirmes très précieux aux Romames, au beau temps de la corruption impériale - elles se procuraient avec eux des plaisirs, on ne peut pas précisément dire innocents, mais sans suites fâcheuses. Elles y mettaient d'ailleurs un raffinement de gourmandes. Voici ce -que leur dit Juvénal dans sa sixième satire : « 11 est des matrones qui se pâment aux baisers sans vigueur des eunuques; avec ces amants sans barbe, nul besoin de recourir aux avortements... Toutefois, afin que le plaisir soit tout ce ■qu'il peut être, on attend, pour livrer ces favoris au chirurgien, que la chaleur de la jeunesse ait développé la puberté . »
Mais c'est aussi à cause de cette faculté d'érection que les possesseurs de harems ne veulent que des castrats privés de tout l'appareil reproducteur, pour éviter que leurs femmes ne s'amusent aux jeux des Romaines. Mais il n'y a que les riches qui peuvent se procurer cette garantie de vertu, car ces eunuques sont très chers en raison de la gravité de l'opération qui en tue un grand nombre.
La force musculaire des castrats estpeu développée; d'après Burdach leurs muscles sont flasques et pâles.
Les changements physiques produits parla castration sont
<i profonds que le squelette lui-môme est altéré dans sa Ibrce et dans ses formes, et que sa configuration se rapproche
<ie celui de la femme.
Naturellement le physique ayant sur le moral une influence que personne ne songe plus à contester aujourd'hui, on comprend que cette déviation matérielle ait son retentisse^ ment sur le cerveau. Le caractère des émasculés est sans ■énergie; on les dit pusillanimes et lâches, vantards, querelleurs", mais poltrons dès que le danger approche. Du côté de l'intelligence ils ne sont pas mieux favorisés ; l'énergie de la pensée est diminuée et s'ils sont incapables de grandes dictions, ils sont aussi incapables de grandes œuvres : « On ne connaît, dit Burdach, aucune production intellectuelle portant le cachet de l'originalité qui soit émanée d'un eunuque. »
Le castrat, en un mot, est un homme dégradé, et son •émasculation retentit sur tout son organisme et l'amoindrit.
Les infirmes pris pour des hermaphrodites et qui ne sont ■en réalité que des eunuques par arrêt de développement, ces hypospodes dont les testicules ne sont pas descendus ■dans les bourses et restent atrophiés ou sans fonctionnement, ne présentent pas non plus les principaux attributs de la virilité : le timbre grave de la voix, la barbe, la force musculaire, etc. On remarque chez eux, au contraire, le développement des mamelles, l'embonpoint, la faiblesse des muscles, la blancheur et la finesse de la peau. Le cas cité par Giraldès •est typique. Ce prétendu hermaphrodite avait toutes les apparences sexuelles d'une femme : grandes et petites lèvres, vestibule, méat urinaire, fente vulvaire, clitoris très •développé, vagin ayant une profondeur de neuf centimètres, grosses mamelles ; il recherchait la société des hommes et manifestait une certaine ardeur pour les rapprochements sexuels. Cet hermaphrodite était lui-même un homme, mais
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dont les organes génitaux avaient subi un arrêt de développement. A l'autopsie on trouva les testicules retenus dans les anneaux"; ils contenaient des canaux séminifères ; ils n'étaient donc pas complètement atrophiés, mais ne fonctionnaient pas. Cela tendrait à démontrer que le non-fonctionnement seul des glandes sexuelles suffit à donner l'aspect et les goûts féminins.
Une autre observation viendrait s'ajouter à celle-là pour le prouver; c'est celle de Marie Gôttlich qui avait été pris pour une femme depuis sa naissance et avait manifesté un goût très vifpour les hommes jusqu'à l'âge de trente-trois ans, époque à laquelle il manifesta un goût au moins aussi vifpour ^les femmes, après la descente de ses testicules dans ce que l'on avait considéré jusque-là comme des grandes lèvres et qui était son scrotum divisé.
Que ce soit donc une opération, que ce soit un arrêt de développement, l'absence de fonctionnement des glandes viriles supprime l'apparence masculine; et si l'état de neutralité sexuelle ne donne pas l'aspect complet de la femme avec toutes ses grâces et toute ses délicatesses, il donne au moins les allures de la virago.
Chez la femme, la suppression des glandes sexuelles produit un effet identique en ce qu'elle fait disparaître, chez elle, les allures et les formes féminines pour lui donner quelquesuns des attributs de l'homme, de même que la suppression des testicules donne à l'homme quelques-uns des attributs de la femme. La castration produit aussi un effet contraire\ puisque, au lieu de faire disparaître la barbe et les poils, comme dans la suppression des glandes mâles, au lieu de développer les mamelles, de donner à la voix un timbre aigu, de diminuer la force musculaire, d'adoucir la peau, d'enlever l'énergie du caractère, la castration ovarienne fait croître les poils à la lèvre supérieure, au menton et quelquefois à la
poitrine atrophie les seins, donne à la voix un timbre plus aravc et'presque rauque, et aux muscles un plus grand déve- Toppement, enlève à la peau sa douceur et sa finesse, et fait disparaître les menstrues.
Dans le Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes on cite la relation du Roberts qui, chargé d'une mission dans l'Asie centrale, a rencontré aux environs de Bombay les vestiges d'une pratique cruelle des temps anciens, qui consistait à châtrer les femmes pour les préparer à la garde du sérail. Ces femmes, connues sous le nom de Hedjeras, n'avaient point de mamelles ; leurs hanches étaient grêles, leurs fesses et leur pubis complètement dénudés; elles présentaient quelque chose de viril dans leur attitude comme dans leur voix; enfin elles n'étaient sujettes ni à l'écoulement menstruel, ni aux désirs vénériens.
Quelle était la mutilation qu'on leur faisait subir? la suppression des menstrues et l'aspect du corps que dépeint le DMioberts démontrent que c'était l'ablation des ovaires.
En réalité, l'absence de l'organe reproducteur chez la femme peut-elle troubler si profondément ses formes? Oui, selon la plupart des auteurs, oui selon Scanzoni, oui selon Churchill, si profondément versé dans l'étude de la pathologie des maladies de l'appareil génital de la femme.
Mais, pour que la castration modifie sérieusement l'individu dans son aspect extérieur, il faut, bien entendu, qu'elle soit complète. Tant qu'une partie delà glande mâle ou femelle peut fonctionner, le caractère du sexe persiste dans son intégralité; la suppression d'un ovaire n'empêche pas les grossesses pas plus qu'elle ne change la physionomie extérieure. De même, l'existence d'un seul testicule n'empêche pas la fécondation, fut-il réduit, pourvu qu'il secrète encore des spermatozoaires. Sylla et Tamerlan n'avaient qu'un testicule et n'étaient certes pas efféminés pour cela.
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De LolUe évidence aussi, pour que les formes propres: chaque sexe soieni altérées, il faut que l'ablation des testicule^ ou des ovaires soit pratiquée avant la puberté; certaineformes acquises ne peuvent, on le comprend, disparaître paj l'ablation des glandes sexuelles : la taille, le développemeni du squelette, les plus grandes dimensions du larynx, etc. Il v a une habitude organique qui ne peut se modifier que légèrement et d'une façon inappréciable chez l'homme; toutefois la barbe s'éclaircit, la peau devient plus blanche, le corpss'effémmise et le caractère est altéré. Les choses d'ailleursne se passent pas autrement chez les animaux. Les mâles qui portent des signes distinctifs, comme les crêtes et les ergots chez le coq, comme les cornes tombantes chez le cerf, etc., ne conservent pas ces attributs de leur sexe s'ils sont châtrés avant leur apparition; mais s'ils ont atteint la puberté quand on les opère, ils gardent ces armes ou ces ornements comme s'ils étaient entiers.
Chez la femme, l'altération des attributs sexuels est plus facilement appréciable, parce qu'elle subit des changements que l'on remarque en raison de leur étrangeté. Perdre un peu de barbe quand on en a beaucoup n'est pas la même chose que d'en voir pousser sur un visage jusque-là absolument glabre et lisse.
De même, pour la persistance des désirs vénériens chez le castrat, il n'est pas indifférent d'enlever les glandes sexuelles avant ou après la pratique des plaisirs amoureux. Opéré avant la puberté, les désirs ont peu de chance d'apparaître. Mais s'il a déjà éprouvé le spasme de l'amour, le souvenir en restera gravé dans la mémoire et pourra les faire renaître. Il n'est pas dans ce cas sollicité par son organisme, ce ne sont pas les ardeurs physiologiques qui l'entraînent, c'est lui qui s'excite, dominé par le souvenir des plaisirs passés. 11 en est de même des vieillards que l'âge a opérés ; loin d'être
poussés irrésisliblemenl par la puissance passionnelle, c'est volonlairementau contraire qu'eux-mêmes sollicitent, par les pratiques les plus raflinées, une excitation artificielle qui no pourra leur donner qu'une jouissance sans puissance, un organisme artificiel et incomplet, et les avancera dans l'abrutissement sénile et dans la mort.
Les effets de la castration ne sont donc très sensibles et très apparents que lorsque la castration a précédé la puberté. Pour la femme cependant, des changements typiques ont été constatés, même quandl'opéralion a été pratiquée longtemps après cette époque de l'existence. Percival Pott cite le cas d'une femme de vingt-cinq ans, d'une bonne complexion, qui présentait des deux côtés une hernie de l'ovaire. On l'opéra et les deux glandes furent enlevées. Cette femme jouit toujours ensuite d'une bonne santé, mais elle devint maigre, ses muscles se développèrent, les seins qui étaient gros s'affaissèrent considérablement, et les périodes menstruelles ne reparurent plus.
Kœberlé, le grand ovariotomiste français, n'est pas de cel avis; voici ce qu'il dit dans une note àPuech : « L'extirpation des deux ovaires n'apporte aucune modification notable dans l'état général des opérées. Ce sont des femmes qui peuvent être considérées comme étant arrivées brusquement à la ménaupose; les sentiments affectifs sont intacts. Les organes génitaux demeurent excitables... les seins ne s'atrophieni pas on guère. Ces femmes n'ont pas de tendance à prendre un embonpoint exagéré, lorsqu'elles n'avaient pas déjà de tendance à l'obésité... le système pileux n'éprouve aucun changement; la tonalité et le timbre de la voix ne sont pas modifiés. »
Kœberlé avait-il bien constaté tout cela, et avait-il tenu compte de tous les éléments nécessaires pour qu'une observation soit bonne, et une affirmation scientifique valable?...
Kœberlé ne connaissait les femmes dont il parlait que depuis qu'elles étaient malades, très malades même, puisqu'on allait chercher l'opérateur. Les deux ovaires étaient atteints gravement lorsque le chirurgien les voyait pour la première fois Ces deux ovaires assez malades pour devoir être extirpés ne fonctionnaient donc plus depuis un certain temps déjà. Mais des glandes qui ne fonctionnent plus n'existent pas physiologiquement;les ovaires dégénérés ne sont plus des ovaires. Ce n'est pas seulement à partir du moment où l'on a enlevé cette chair sans fonctions que la castration a existé, ce n'est pas le bistouri de Kœberlé qui a fait de cette femme un être neutre et sans sexe; elle était passée à l'état d'eunuque à partir du jour où les glandes sexuelles avaient perdu leur existence physiologique. Quand il a vu la malade dont les deux ovaires étaient frappés profondément, puisqu'il a fallu les enlever tous les deux, elle était un castratdepuis longtemps, car l'évolution de cette maladie est lente, etl'on ne se décide,' en général, à se laisser ouvrir le ventre qu'après de longues hésitations, et de fréquentes reculades, bien naturelles d'ailleurs. Toutes les transformations morphologiques que l'ablation des glandes sexuelles entraîne ordinairement étaient accomplies déjcà quand le grand chirurgien venait visiter ses futures opérées; il n'est pas bien surprenant alors qu'il n ail pas pu constater après l'opération ces transformations caractéristiques de la castration, puisqu'elles existaient avant sa première entrevue.
Il y a d'ailleurs dans ce qu'il écrit à Puech un membre de phrase qui dément sa négation; il dit, et je l'ai souligné : «Ce sont des femmes qui peuvent être considérées comme étant arrivées brusquement à la ménopause... «Mais qu'est donc la ménopause, cette époque crilique dont les femmes ont si grand peur,si ce n'est la castration naturelle, l'eunuchisme apporté par l'âge, l'atrophie graduelle des ovaires qui ne fonc-
lionnant plus se ratatinent et se réduisent, à un âge avancé, à leurs éléments fibreux. A la ménopause, comme après la castration, un duvet court, mou, apparaît sur la lèvre supérieure et au menton, quelquefois mélangé de poils plus longs et plus raides; la voix perd sa fraîcheur, son velouté, ses notes douces, pour devenir plus grosse et quelquefois rauque ; les seins se flétrissent, s'aplatissent et disparaissent; la peau perd sa finesse, sa douceur, sa transparence; le caractère est plus ferme, les goûts plus masculins; quand l'embonpoint n'envahit pas l'organisme, les muscles se dessinent sous la peau. Et à mesure qu'on s'éloigne de l'âge de la fertilité, la ressemblance des deux sexes se prononce davantage. En considérant donc ces opérées comme des femmes qui seraient arrivées brusquement à la ménopause, il contredisait absolument son affirmation du commencement de la phrase : « L'extirpation des deux ovaires n'apporte aucune modification notable dans l'état général des opérées, » puisque la ménopause entraîne avec elle tous les changements morphologiques de l'eunuchisme. ^
Ce passage au type masculin s'observe d'ailleurs chez certaines femelles d'animaux quand elles perdent par l'âge la faculté de reproduction : la poule acquiert des ergots, des crêtes et des cravates, elles chantent comme de jeunes coqs ; la poule faisane a des couleurs plus vives; la vieille canne a les plumes caudales recourbées du canard; les juments acquièrent en vieillissant une crinière d'étalon; les girafes prennent la couleur qui distingue la robe du mâle, etc.
C'est bien le fonctionnement des ovaires qui fait le caractère extérieur de la femme comme le testicule fait le caractère de l'homme.
On en trouve la démonstration dans ce fait que dès le moment où les ovaires commencent à fonctionner, les attributs de la maturité sexuelle apparaissent, quel que soit l'âge
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du sujet. Cela s'est vu dans quelques cas d'établissement précoce des menstrues; des petites filles ont été réglées à six ans, à trois ans, dans un âge plus tendre même, et l'on a toujours constaté, en même temps que l'apparition des règles le développement insolite des mamelles, des organes génitaux, du système pileux, ainsi que la modification de la physionomie et des goûts. Le fait qui a le plus étonné le monde savant est celui qu'a observé le Comarmond (de Lyon), et que rapporte V ancien Dictionnaire des sciences médicales k l'arlicle Puberté. Les seins d'une petite fille de trois mois se développèrent tout à coup d'une telle laçon que la mère en conçut une vive inquiétude. « Cette inquiétude devint plus grande lorsqu'on vit les parties génitales se couvrir de poils noirs, crépus, épais, et les aisselles offrir la même particularité. Bientôt les règles coulèrent comme chez une femme bien formée, et elles ont reparu avec régularité jusqu'à présent que cette enfant est âgée de vingt-sept mois. Le D'" Comarmond l'a vue pour la première fois à l'âge de sept mois; il fut étonné de l'expression du visage, dont les traits étaient prononcés et n'avaient rien d'enfantin, et surtout de la vivacité des yeux, qui semblaient exprimer des désirs. La gorge a continué à prendre du développement; elle est ferme et bien placée; en un mot cette petite fille présente, à son âge actuel de vingt-sept mois, tous les signes physiques de la puberté, qui ont commencé à se manifester après la naissance. »
Le fonctionnement des glandes sexuelles a donc donné à une enfant de trois mois toutes les apparences d'une petite femme. N'est-ce pas la preuve la plus évidente de l'influence des glandes sexuelles sur tout le reste de l'organisme? On peut dire avec Virchow : « La femme n'est femme que par les ovaires, toutes les propriétés spécifiques de son corps et de son esprit, de sa nutrition et de sa sensibilité nerveuse, la
délicatesse et la rondeur des membres, etc., etc., tout cela et les autres qualités caractéristiques de la femme sont sous la dépendance de l'ovaire. »
Or l'homme n'est homme que par les testicules, cela n'est douteux pour personne, et puisque la femme n'est femme que par les ovaires, on doit conclure, avec les savants les plus considérables, et en s'inclinant d'ailleurs devant l'évidence, que les formes, les forces, les aptitudes, les tendances intellectuelles, le caractère dépendent, dans l'évolution de l'être, de la glande mâle ou de la glande femelle; on doit affirmer que les différences morphologiques et psychologiques de l'homme et de la femme, les différences de sexualité, comme dit Charles Robin, tiennent absolument au sexe; que tous les attributs qui les distinguent en découlent directement, et que la suppression des fonctions génitales, soit par arrêt de développement des organes, soit par leur atrophie sénile, soit par une opération chirurgicale, amènent les deux sexes à une ressemblance complète, on peut presque dire à une identité intellectuelle et physiologique.
Donc, par la castration, l'homme et la femme se rapprochent d'aspect jusqu'à se confondre, tous deux perdent leurs caractéristiques sexuelles et acquièrent une telle ressemblance qu'ils paraissent identiques. Ce n'est que dans cet. état d'asexualité qu'ils ont les mêmes formes, les mêmes forces, les mêmes tendances, le même caractère et, par conséquent, la possibilité de remplir les mêmes fonctions sociales, étant débarrassés du plus long et du plus absorbant des devoirs humains, la reproduction.
L'homme et la femme ne pourraient donc être absolument égaux que dans l'eunuchisme.
Mais les mots d'égalité et d'inégalité sont impropres, je le répète, quand il s'agit des sexes d'une même espèce. Pour en arriver à l'égalité réelle, il faut, on le voit, tomber dans
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la dégradation. Dans l'espèce humaine, par exemple, chez elle surtout parce qu'elle occupe le rang le plus élevé sur l'échelle zoologique, le passage du caractère féminin au caractère masculin est bien loin d'être un perfectionnement : la virago est aussi dégradée en face de la nature, et au même, titre que l'émasculé. En effet, d'une part la castration fait descendre la femme à la condition d'homme sans puissance fécondante, de l'autre la castration fait descendre l'homme à la condition de femme sans puissance de conception ; ce ne sont plus des êtres humains.
Non, il n'y a ni infériorité, ni supériorité, ni égalité entre les sexes; ils sont différents parce que leur destination naturelle est différente; ils ne sont pas comparables parce qu'ils doivent se compléter l'un par l'autre, et ne peuvent se suppléer. Leurs difterences sont les conditions expresses de l'existence, elles sont réciproquement nécessaires à chaque individu, comme elles sont indispensables pour la perpétuation de la race. En dehors de laprocréation, chaque sexe est l'incitateur de l'autre, il l'anime et le vivifie. Sans la femme, l'homme perd son ardeur au travail, son émulation dans la lutte, les aspirations ambitieuses qui développent ses facultés; c'est elle qui est le premier point de départ de toute son activité sociale. Sans l'homme, la femme ne peut seulement pas vivre si elle remplit complètement sa destination humaine, elle qui est soumise, par sa nature même, à tant de douleurs, elle qui traverse de si nombreuses périodes où elle elle est incapable d'agir, de se défendre et de sauver sa lignée.
Chaque sexe a sa puissance propre, ses qualités spéciales que l'autre sexe ne possède pas, et qui sont rependant indispensables non seulement pour vivre heureux, mais encore pour vivre; l'homme et la femme ne peuvent lutter pour l'existence, prospérer et jouir de la plénitude de la vie, qu'en
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s'iinis'^anl dans une union étroite et solidaire, et en apportant, chacun de son coté, les facultés qui sont l'apanage de leur'sexe, les qualités et les forces qui manquent à l'autre. Dans la vie sociale, comme au moment de la procréation, ils ne peuvent rien l'un sans l'autre, ils ne deviennent puissants et féconds que par l'union intime; séparés ils n'existent
plus.
Dans la vie fœtale, chaque individu a été hermaphrodite; il n'est devenu homme ou femme que par l'ai-rêt de développement de l'un des deux sexes. Arrivé à l'entier développement de ses forces, l'unisexué est obligé de se compléter pour jouir de la plénitude de la vie et pour se perpétuer; il s'allie et s'unit au sexe qui lui manque.
L'homme et la femme indispensables l'un à l'autre, n'étant rien et ne pouvant rien l'un sans l'autre aussi bien au point de vue de l'individu, qu'au point de vue de l'espèce, ne sont donc ni égaux ni inégaux : ils sont complémentaires. La copulation représente l'unité humaine par rapport à l'espèce; le mariage, représente l'unité humaine par rapport à la société; le couph:, c'est l'être humain entier.
L'organisme de la femme définit nettement sa destinationdominée et absorbée par l'appareil générateur elle ne peut se soustraire à ses devoirs sexuels, c'est la fatalité des lois naturelles. Les femmes qui tentent de se refuser aux obligations organiques et essayent de rester stériles, traînent, quand elles y réussissent, une vie de lutte incessante et cruelle contre elles-mêmes, contre leurs aspirations les plus ardentes pour aboutir aux regrets sans espérance, lorsque le calme s'est fait dans l'amer isolement de leur âge mûr et de leur vieillesse. Celles qui osent arrêter l'essor de leur vie et débarrasser leur corps du germe qui évolue, commettent un crime et risquent la mort.
Les femmes qui suivent la pente naturelle de leur organisation ont leur vie entière employée à l'accomplissement de la plus grande et de la plus glorieuse des missions, la maternité. L'amante a fait la mère, c'est la continuité du bonheur; mais c'est aussi l'absorption de toute l'existence.
Jusqu'à l'établissement des ordinaires, les enfants de l'un et l'autre sexe sont, comme nous l'avons déjà dit, semblables entre eux jusqu'à la puberté, non seulement par l'as-
pect, mais encore par les fondions et par le développement.
Mais dès la première manifestation des règles tout change, et la petite femme apparaît : le bassin devient plus ample, le mont de Vénus s'ombrage, les seins se développent, le mamelon s'élève au-dessus de l'aréole, les contours prennent plus de précision et de grâce. A partir de ce jour l'appareil utérin commence à dominer tout l'organisme, et à mesure que la jeune fille avance en âge, cette domination s'accentue de plus en plus. L'établissement des règles, leur fonctionnement, les grossesses, l'allaitement, la ménopause vont prendre la plus grande partie de son existence, sans compter les accidents qui surviennent trop souvent dans ces différents états: suppressions, hémorrhagies, fausses couches, maladies utérines, souffrances de l'âge critique, etc.
En France, c'est de douze à quinze ans que commence la vie sexuelle de la femme. Certains malaises annoncent l'apparition de la puberté : douleurs locales plus ou moins vives, développement des seins, maux de tête, abattement, tristesse ; malaises qui disparaissent et reviennent alternativement jusqu'au moment où le sang apparaît enfin, et où cet écoulement s'établit définitivement dans sa périodicité régulière.
C'est un moment de crise qui ébranle profondément les jeunes filles; leur système nerveux est altéré dans son fonctionnement : les sensations ont une acuité inusitée et le plus souvent douloureuse, le caractère change momentanément, les unes s'exaltent dans une gaieté insolite, les autres s'enferment dans une tristesse morne ou dans une maussaderie inexplicable; quelquefois elles sont poursuivies par des terreurs folles, ou tourmentées par l'hypochondrie, quelquesunes enfin tombent dans l'inertie et dans la passiveté. Brière de Boismont a cherché à prouver, quelques auteurs
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disent a démonlré, que pour le cinquième des femmes le moment de la puberléest un temps de souffrances sérieuses, et le point de départ d'affections multiples : névralgie, hystérie, épilepsie, troubles intellectuels, etc.
Dès que les époques sont régulièrement établies, tout ce cortège maladif cesse dans ce qu'il a d'inquiétant, mais chaque période est accompagnée de différents phénomènes qui ressemblent aux symptômes qui accompagnent l'établissement des menstrues.
Les époques se renouvellent environ treize fois par an. On a voulu voir autrefois une corrélation entre les phases lunaires et les époques menstruelles; la lune n'a en réalité rien à voir en cette affaire, il est démontré qu'elle n'a aucune influence sur la périodicité du phénomène physiologique. Cette idée n'a d'autre point de départ que les vues d'esprits trop enclins aux analogies faciles.
On a évalué en moyenne à 130 grammes le poids de sang évacué à chaque période ; cela fait au bout de l'année rénorme quantité de 1600 grammes de sang dont est privé l'organisme de la femme. C'est à cette perte que, par une induction peut-être audacieuse, l'on a attribué l'arrêt de développement de la taille, du larynx, des muscles, du système pileux, etc., que l'on constate chez la femme à partir du moment où les règles s'établissent, aloi's que l'homme, exempt de cette cause d'affaiblissement, continue à se développer.
A chaque retour des menstrues, la femme subit, le plus ordinairement, des fatigues et des douleurs semblables à celles qui ont précédé l'époque de leur formation. Les malaises qui les accompagnent sont souvent plus profonds, les sensations maladives plus accentuées, et la période a les allures d'une petite maladie dont on connaît la cause physiologique, il est vrai, mais qui n'en a pas moins une in-
fluence très importanle sur la vie de relation et pendant la plus grande partie de sa durée. Depuis l'ovaire qui en est e point de départ, jusqu'à la mamelle, aucun organe de la "énération n'échappe à l'influence de la menstruation, tous In subissent le contre-coup et donnent des sensations caractéristiques : des douleurs plus ou moins intenses se font sentir aux reins, aux cuisses, dans la région sacrée; le gonflement des mamelles est accompagné de picotements et d'élancements douloureux. Et non seulement les organes spéciaux du système génital, mais encore l'économie entière de la femme est ébranlée par le retentissement de ce travail physiologique : elle a des palpitations de cœur, des etouflements, des spasmes ; elle est affaissée dans une prostration oénérale, l'œil plus vif au début delà période ne tarde pas a perdre son éclat, à s'enfoncer dans l'orbite et à se cerner d un cercle bleuâtre; la peau prend une coloration plus foncée, des rougeurs apparaissent quelquefois sur divers points du visaoe;la température du corps augmente; l'haleine et la tran'^piration ont une odeur particulière; les mouvements sont moins libres et suivis plus promptement de fatigue; la femme enfin éprouve le plus grand besoin de calme et de repos.
Le système nerveux est atteint comme le reste de 1 organisme, et souvent avec une intensité particulière; la femme est plus impressionnable, elle a plus facilement des accès de sensibilité allant jusqu'aux larmes, elle est devenue plus irritable, plus facile à la colère et à l'emportement.
Tous ces phénomènes physiques et moraux, si gênants le plus souvent, complètement absorbants quelquefois, précèdent de plusieurs jours, de huit ordinairement, l'écoulement cataménial. La perte a une durée de trois ou quatre jours; dès qu'elle est établie, et plus elle s'avance, plus les malaises diminuent.
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Ains, le travail physiologique dure de dix à quinze jours A partir de sa puberté et dès que la erise de son établissement est terminée, jusqu'à l'âge critique, la femme ne^vit done de la vie ordinaire et sans les fatigues et les malaises auaches a la sexualité que pendant quinze ou dix-huit jour, chaque mois, et eela, bien entendu, en dehors des grossesses et de 1 allaitement, autres conséquences de leur organisation qm viennent diminuer encore la durée de leur possession entière d'elles-mêmes. Pendant la moitié, ou tout au moins pendant un grand tiers de sa période de fécondité c est-a-dire pendant qu'elle est dans toute la puissance d^ son être, la femme est soumise à des malaises qui sont d'autant plus profonds que le système nerveux est plus développé que son intelligence est plus élevée et qu'elle vit dans un milieu plus civilisé.
Or la femme est susceptible de fécondation pendant environ trente-cinq ans : C'est donc en moyenne jusqu'à cinquante ans qu'elle subira ces phénomènes douloureux et absorbants.
La ponte étant la cause de la période cataméniale, on voit combien de temps prend à la femme, non pas même la maternité, mais seulement la possibilité et les moyens de la fécondation ; les femmes qui se refusent à être mères n'en ont pas moins, n'est-ce pas, la charge des époques menstruelles, époques ordinairement plus pénibles pour les égoïstes prêtresses de la stérilité.
La place énorme que tient dans l'existence féminine ce seul phénomène physiologique indique déjà d'une façon précise la destination de la femme dans la nature; et elle ne pourrait se soustraire à cette sujétion périodique, à cette tyrannie de ses ovaires, que par le terrible moyen de la castration, qu'en descendant, par une terrible opération, au triste état de neutre, d'eunuque.
Dès l'apparition des menstrues, quelquefois au milieu de tous les désordres occasionnés par leur établissement, quelquefois aussi après le retour au fonctionnement régulier de tout l'organisme, une nouvelle série d'idées apparaît, remplit l'imagination de la jeune fille et l'occupe exclusivement. Rien n'est bien défini d'abord : ce sont des langueurs douces, des aspirations vers un idéal encore incertain, tout leur semble charmant et aimable, elles aiment la nature entière. Entre amies, elles paraissent s'adorer, elles se pressent, s'embrassent, s'isolent dans les petits coins et chuchotent.
Seule, la jeune fille devient distraite, presque mélancolique, pleure sans raison et rit de même. Ce qui occupait toute sa vie autrefois est délaissé : on oublie Minet, on néglige le petit oiseau dans sa cage, on a' plein la tête de beaux rêves. Le caractère n'est plus le même et l'humeur est d'une instabilité étrange.
Quand un homme apparaît, elle est agitée, et, quoique se composant un maintien, ne peut cacher l'état troublé de son esprit; elle devient timide, rougissante, inquiète, on ne sait quel embarras charmant l'émeut; c'est comme un hommage tacite à la sexualité, comme la crainte d'être subjuguée par la puissance irrésistible du mâle. Si elles sont en nombre, elles s'animent au contraire, leur gaieté s'exalte, leur camaraderie est de plus en plus tendre, et, quand elles ne sont pas retenues par le cérémonial du monde, quand elles jouissent par exemple de la liberté du bal ou de celle des cham^js, leur familiarité amicale s'étale sans crainte, elles ont toujours entre elles des secrets au bout de la langue, et au bout des lèvres des baisers, comme pour affoler le mâle qui est là; et il s'affole souvent en effet, sans se douter que les confidences mystérieures qu'elles se soufflent à l'oreille, que leurs rires moqueurs cachent des intentions attractives, et l'attente de propos d'amour. Si jeunesse savait !
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Mais tout cela est inconscient. Malgré les apparences rien de précis ne guide la jeune fille; ce sont des aspirations vagues, des impulsions non définies, des attractions pleines de douceur vers le sexe. Elle n'aime pas encore un individu mais l'homme : elle est grisée, transportée par le besoin d amour.
C'est celui qui se présentera dans ces moments d'exaltation organique qui sera l'élu; c'est celui qui osera porter la main sur elle à l'heure de ces impulsions qui sera aimé En lui elle découvrira, dans le mirage de la passion, des qualités des vertus et des beautés sans nombre. Telle qui était fière et rêvait d'être princesse, s'éprend de son cocher, parce que lui, homme, a osé se présenter dans une de ces fermentations ovariennes.
Dans ces moments, d'ardeur débordante, les habitudes sociales et un instinct féminin l'empêchent ordinairement de se jeter au maie. Comme la femelle de la plupart des animaux, elle cherche instinctivement à exciter par la résistance; une coquetterie naturelle la pousse à fuir pour être poursuivie, et au moment même où elle semble protester contre qui la pourchasse, elle est heureuse d'être persécutée, . elle aime déjà celui dont elle paraît vouloir éviter les ardeurs.
N'est-ce pas là le secret de certaines passions féminines qui étonnent par leur discordance et par leur étrangeté.
C'est le rut qui saisit ainsi la jeune iîlle, dès qu'elle est formée : elle n'a pas encore l'expérience nécessaire pour se contenir et résister aux impulsions naturelles et, si elle n'est pas soutenue et surveillée par une famille attentive, elle risque fort d'être la proie d'un séducteur dont, en vérité, la besogne est à moitié faite par la nature. C'est bien le rut qui la possède, l'agite et la transforme, comme il agite et transforme tous les êtres vivants, comme il leur donne des couleurs plus brillantes, des cris plus sonores, et une ado-
nble vitalité; c'est bien la période des amours qui procure ,UK femmes cette vivacité et ces langueurs, cette grâce, cette ardeur, ce charme enfin qui transportent les hommes
sensibles .
L'excitation génésique, qui agite tout ce qui vit, éclate chez les animaux à certaines époques fixes. Elle existe, en tout temps chez la femme pendant qu'elle est féconde, c est une supériorité. Toutefois, quoique continue, cette excitation sensuelle est plus accentuée chez elle, trace presque effacée de l'origine humaine, au moment de la ponte, et il a ete scientifiquement observé que sur la fin des crises menstruelles, la femme est plus ardente aux rapprochements sexuels, qu'elle est, selon l'expression vulgaire, plus amoureuse qu'à tout autre moment.
La vie de la femme est complètement absorbée par l'instinct générateur dèsf époque de la nubilité, les autres besoins se taisent, l'appétit d'amour l'emporte sur tout.
Les jeunes gens ne sont pas à l'abri de ces impulsions. Dès qu'ils atteignent la puberté, leur idéal est la sensualité. Ils aiment la femme et non pas une femme, ils rêvent la possession de celle qui pourra exalter avec le plus d'acuité les jouissances physiques. D'après Chateaubriand, la femme porte au fond du cœur la même brutalité sensuelle : « On sait, dit-il, qu'instinctivement la nature porte la femme à préférer fhomme fort et vigoureux, à l'être chétif et déhcat et j'ai lu que si on présente à une jeune fille un Adonis ou un Hercule, elle rougira, mais choisira Hercule. » C'est terriblement matériel pour un écrivain si éthéré et si insubstantiel ; il parle de la femme comme le sensuel Aristippe parlait de lui-môme : «: Je possède Laïs, mais elle ne me possède point. Je l'aime, dites-vous? oui, comme j'aime le vin, le poisson et tout ce qui me donne du plaisir. Quant à sa personne, je ne sens rien. »
possible, le grand moteur de l'nmour, pour que CMleautaand traue de ce sentiment avec la méfne gros.iére ,1 le cynique philosophe. ^
Mais l'imagination est venue colorer de toute .sa poésie cette bestialité. La brutalité instinctive a disparu dS les aspirations dépouillées de leur cause et de leur résultat On a decnt 1 amour comme une chose insubslantielle, on a chante comme une flamme idéale prenant naissance dans 1 sentiment seul, n'ayant d'autre aliment que l'admiration
uelle. D tout temps, depuis que les poètes ont succédé aux poètes, ils ont eu beau voir toute cette immatérialité s'évaporer ou plutôt se condenser en une belle et bonne grossesse des qu on laissait deux anges amoureux en tête-à-têlc ils n en ont pas moins continué à chanter l'immatérialité de 1 amour.
Cette transformation d'une impulsion fonctionnelle de organisme en un sentiment pur est un résultat de la civilisation; plus les sociétés sont barbares, plus l'amour est bestial, pmsqu'il descend jusqu'à la promiscuité ; plus les sociétés s'élèvent, plus l'amour se dégage de sa brutalité animale et devient personnel. Mais après n'avoir été qu'une lonction, il est devenu un rêve trompeur, une conception métaphysique, il a suivi l'évolution de toutes les autres conceptions. Avec la période scientifique il prendra son véritable rang, et sera également dégagé de sa bestialité primitive et de ses rêveries décevantes.
Les philosophes et les poètes de l'antiquité ont idéalisé l'amour; ils en ont fait l'ame de la nature, le souverain bien, le maître des Dieux. Beaucoup d'entre eux, à la vérité, ont aussi idéalisé l'amour de l'homme pour l'homme f Quand •on est en tram d'idéaliser jusqu'où ne va-t-on pas'^
Oui, il est absurde d'affirmer l'immalérialilé de l'amour, de voir en lui autre chose que l'instinct générateur plus ou moins élevé et ennobli selon l'état social; c'est bien le fait d'un rêveur de croire que ce sentiment peut exister et même naître sans la participation des organes génitaux, alors qu'il est si facile de remarquer à quoi il aboutit, et à quel moment de la vie il apparaît. Les eunuques sont-ils amoureux?... Qu'eut pensé Mahomet de Jésus-Christ s'il l'avait entendu dire aux Saducéens, adversaires de la résurrection, qu'au ciel, au séjour de l'amour parfait, il n'y a pas d'union conjugale, que tous les élus vivent comme les anges, à l'état de chasteté, de pureté, absorbés par l'amour de Dieu. Mahomet aurait pris Jésus-Christ pour un fou ou pour un castrat, et son paradis pour le plus ridicule et le plus sot des séjours.
Oui tout cela est absurde ! Mais il serait absurde aussi, au degré de civilisation où l'homme s'est élevé de ne considérer dans l'amour que la copulation, et de ne pas voir, à côté de l'acte physiologique et se mêlant intimement à l'instinct génital, des attaches profondes inspirées par l'estime réciproque, par l'admiration du caractère et de l'esprit, par le désir d'une union morale calme, aimable et tendre, par l'espoir, enfin, d'avoir une postérité ayant les qualités physiques et intellectuelles de l'élu du cœur.
« Voyez, dit Jean- Jacques Rousseau dans VÉmile, voyez comme le physique nous amène insensiblement au moral, et comment de la grossière union des sexes naissent peu à peu les plus douces lois de l'amour... » Il est niais de dire « tout amour d'êtres individuels et finis n'est qu'un simple reflet de la divinité », mais il est aussi insensé de ne voir chez l'homme civilisé que l'impulsion génésique, sans admirer combien la passion est ennoblie dans son but, et exaltée dans ses jouissances par tout le cortège sentimental que la civilisation a fait naître.
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Cette élévation progressive du sentiment d'amour est due à une loi naturelle, la tendance à la sélection qui pousse la femme h rechercher, pourêtre le père de ses enfants, l'homme dont elle admire la force et la heauté soit physique soit morale.
D'ailleurs, cet instinct, cette appétence sensuelle transfigurés par l'imagination en un des sentiments les plus délicats de la nature humaine, poussent souvent l'homme aux actions héroïques ; et si chez les animaux la lutte physique suffit pour s'emparer de la femelle, si, chez certaines sociétés sauvages, chez certains Peaux-Rouges par exemple, c'est le combat qui décide du triomphe amoureux, la lutte s'élève de plus en plus avec le progrès social; ce n'est plus la force matérielle, ce n'est plus la supériorité du muscle qui fait le vainqueur, c'est la supériorité cérébrale, ce sont les titres intellectuels qui imposent l'homme à l'admiration de la femme, et en font la conquête. Aussi, le sentiment d'amour, ce désir idéalisé, aiguillonne-t-il l'intelligence de l'homme; il inspire les grands projets et pousse aux grands actes. Quand l'homme est épris, quand il veut conquérir une femme, il multiplie sa puissance intellectuelle par son instinct de lutte et de violence; pour servir sa passion et obtenir celle qu'il aime, il est capable de prodiges. De son côté la femme amoureuse peut montrer la constance la plus héroïque. Si, avant l'amour déclaré, elle est passive et se laisse conquérir, dès que son cœur est fixé elle est active et vaillante, même quand le mariage n'est pas consommé, même quand la possession n'a pas encore eu lieu. Mais, quelque dégagé de tout instinct matériel que l'amour paraisse dans ces conditions, c'est bien l'attraction sexuelle qui en est la cause première, c'est bien la conception qui en est le but et la fin.
Une faut pas l'oublier d'ailleurs, il y a toujours du danger à ne plus se rappeler que l'homme est un animal, et qu'il
ne peut impunément se soustraire aux lois que l'animalité impose A force de faire de l'amour un sentiment éthéré, exclusif des fonctions naturelles, à force de le considérer, comme une impulsion dégagée du physique, abstraite de la chair, vivant d'immatérialité dans les sphères immaté« rielle's, on arrive à dédaigner l'instrument de l'amour et à tomber dans la stérilité contemplative d'un idéal pur et divin, ou dans l'amour des âmes. « C'est ainsi, ditProudhon dans son livre, la Justice, que chez les anciens la femme se trouve peu à peu exclue du pur amour, et le mariage, malgré ses honneurs d'institution, tacitement réputé ignoble. Créé par les sens et l'imagination, l'amour, que ne soutenait pas une conscience vigoureuse, s'éteignait comme un météore tombé du ciel, dans la mer morte du mariage. Dès le lendemain des noces, la femme avait perdu son prestige ; le lit conjugal avait englouti en une nuit son pucelage et sa virginité. Nulle poésie de l'âme, nulle tendresse du cœur, nulle surveillance des sens, ne pouvaient, au regard d'un époux assouvi, réhabiliter cette infortunée formée à la luxure par sa propre mère. L'illusion irréparablement détruite, le dégoût devenait invincible. »
Et alors on se livrait à l'amour pur, alors on aimait l'âme de ceux que les menstrues et la conception ne pouvaient souiller, on s'attachait à de beaux adolescents dont on s'appliquait à orner l'esprit; et comme la nature est plus forte que toutes les immatérialités et que toutes les puretés, comme les nécessités passionnelles ne peuvent se réfréner l'amour pur finissait par s'assouvir dans les sensualités honteuses.
Comme les mœurs grecques, les mœurs de l'Empire romain démontrent que l'abaissement de la femme dans l'opinion et le mépris du mariage, entraînent fatalement à la luxure contre nature. Si, plus tard, dans les couvents , les
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hommes qui se consacraient à Dieu se laissaient trop souvent surprendre par les passions impures, c'était bien dû aussi, s'ajoutant à l'exaltation sentimentale de l'amour pur et infini, aux prédications enragées des Pères de l'Église contre la femme ; c'était bien l'œuvre de leur mépris pour le mariage et pour la maternité.
« 0 vous tous, s'écrie Proudhon, jeunes hommes et jeunes filles qui rêvez d'un amour parfait, sachez-le bien, votre platonisme est le droit chemin qui conduit à Sodome. »
Les excitations qui émeuvent la femme à sa puberté sont une des évolutions nécessaires de son être, c'est l'amour physiologique, celui qui garantit la perpétuité de la race, et qui par cela seul estnoble etgrand. Il faut guiderles ardeurs de l'adolescence, mais il faut se garder de chercher à les éteindre, car alors elles éclatent toujours plus violentes, plus furieuses, et quelquefois dénaturées.
D'ailleurs, sans long raisonnement, sans être dirigée par des connaissances scientifiques ou par une philosophie profonde, la femme ne peut admettre que l'on vive sans amour; elle ne le comprend même pas car elle n'a pas une idée qui ne s'y rapporte, pas une tendance qui n'en relève, car c'est le point central de sa nature, point d'où rayonnent tous ses penchants. « L'amour, dit madame Staël, mais c'est toute la vie d'une femme. » Et la mystique amante du Christ, l'adorable sainte Thérèse, s'écriait: « Que je plains les démons, car ils n'aiment pas. » C'était encore un cri de commisération et de tendresse féminines.
Pendant toute sa vie de fécondité, la femme est donc occupée par l'amour, et au moment où il surgit pour la première fois il inonde tout son être, il la possède entièrement.
Mais, par la marche fatale de la nature, bientôt la fécondation est faite, le spermatozoïde a vivifié l'œuf qui va croître
et évoluer; la femme commence à remplir sa destination, la maternité commence.
La grossesse est une véritable incubation qui a lieu dans l'utérus où le germe fécondé trouve toutes les conditions de chaleur et de nutrition qui sont indispensables cà sa vie et à son développement.
Dès la conception il y a des sensations particulières ; la femme fécondée pour la première fois ne s'explique pas ces impressions nouvelles et étranges. Elles sont saisies d'un malaise singulier, elles ont des frissons, des défaillances; elles ressentent dans le ventre comme un resserrement pénible et comme un froid insolite.
Ces sensations sont plus ou moins vagues dans les premiers temps, mais prennent plus d'importance au moment de l'époque menstruelle qui est et reste supprimée. C'est à ce moment où les organes génitaux sont plus congestionnés, où les mamelles sont gonflées et douloureuses, où la sensation de pesanteur utérine est plus précise et plus accentuée, que les phénomènes réflexes se manifestent s'ils n'étaient apparus déjà. Les femmes sont tourmentées par des nausées, des vomissements, delà salivation, des bizarreries d'appétit, des maux de dents, des migraines, des faiblesses et des alanguissements quelquefois très profonds.
Une amélioration dans l'état général se manifeste ordinairement au moment où la troisième période aurait dû apparaître; mais à ce moment aussi les phénomènes locaux de la grossesse commencent à s'accentuer, le bas-ventre grossit en même temps que les mamelles continuent à prendre du volume. Jusqu'à la fin de la grossesse le développement abdominal apporte tout son cortège de gêne, de fatigues locales et générales, jusqu'à rendre dans les deux derniers mois, dans le dernier tout au moins, la marche difficile, le besoin de repos constant, la position horizontale
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fatigante elle-même, etc., jusqu'au jour de raccouchement, crise aussi vite oubliée qu'elle est, dans l'instant où elle s'opère, douloureuse et cruelle.
Pendant toute la durée de la grossesse des malaises se font sentir; la circulation est atteinte, la femme enceinte souffre de palpitions à la moindre émotion et à la moindre fatigue; souvent elle tombe en syncope ; la respiration est gênée, soit par suite des troubles de la circulation, soit à cause du refoulement progressif du diaphragme par l'utérus de plus en plus développé ; les digestions, surtout dans les trois premiers mois, sont lentes, difficiles, accompagnées le plus souvent de vomissements qui durent, dans certains cas, pendant toute la grossesse, ou deviennent tellement dangereux pour la santé générale qu'il faut procéder à l'accouchement artificiel, si l'on ne veut pas voir succomber la mère.
La plupart des femmes grosses sont sans énergie et sans courage, n'aspirent qu'à l'immobilité, toute occupation leur paraît une torture, le jour elles ont une tendance invincible à l'assoupissement ; d'autres, au contraire, sont en proie à une maladive excitation physique et intellectuelle, et se livrent à une activité, ou, pour mieux dire, à une agitation incessante.
Le système nerveux, lui aussi, est atteint par action réflexe; des spasmes, des crampes, des maux de tête sont ordinaires; le sommeil est pénible, agité par des rêves. L'imagination est frappée : si c'est la première grossesse, la délivrance est considérée comme devant apporter des douleurs intolérables et qu'on ne pourra supporter ; si ce n'est pas le coup d'essai, le souvenir du passé revient exagéré à la mémoire et frappe d'épouvante ; le moment terrible est attendu dans une angoisse maladive, comme s'il devait entraîner fatalement la mort. Quelquefois les terreurs prennent un autre cours : les malheureuses sont convaincues qu'elles
vont donner le jour à un être difforme et monstrueux, elles le répètent à toute heure, gémissent sans cesse, c'est une idée fixe.
Leur goût est changé, sinon perverti, elles montrent de l'horreur pour les parfums qu'elles aimaient le plus, et recherchent les odeurs qu'elles ne pouvaient souffrir ; de même elles repoussent les mets qui flattaient le plus leur goût et désirent au contraire les aliments qui leur répugnaient autrefois ; quelques-unes boivent du vin pur, des liqueurs fortes, alors que leur vie était d'une sobriété absolue.
La même perversion se présente dans les sentiments : l'amour le plus passionné fait place à l'antipathie laplus profonde ; un époux chéri jusque-là, par exemple, est pris en dégoût, sinon en haine. Le plus souvent l'accouchement termine cette perversion momentanée des goûts et des sentiments affectifs. Les troubles intellectuels sont fréquents, quelquefois ils vont jusqu'à l'accès de folie. On observe aussi, dans bien des cas, des vertiges, des paralysies partielles, soit permanentes, soit mobiles dans leur siège.
En raison de tous ces accidents de la grossesse ; en raison de l'état de délicatesse dans lequel se trouve l'organisme dont toutes les forces sont absorbées par la formation de l'être nouveau; en raison du retentissement des moindres impressions de la mère si émotible sur l'enfant dont l'existence est si fragile, la femme, dont l'organisme entier est absorbé par le fruit de la fécondation, doit à l'humanité, se doit à elle-même de vivre dans le repos, dans le calme, dans la contemplation du grand acte que ses entrailles préparent, en s'efforçant par l'hygiène physique et morale de donner à l'humanité un rejeton intelligent et fort.
La grossesse est le premier acte de la maternité, c'est la période sacrée de la femme, c'est le moment où l'homme
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doit écarter d'elle tout besoin, toute douleur, tout travail, s'il veut que sa race se perpétue el progresse. Qu'est la femme citoyen en face de la femme féconde? L'allaitement est le second acte physique de la maternitéla mère continue à faire vivre de son lait l'enfant que jusque-là elle nourrissait de son sang. Les femmes qui ne sont pas absolument perverties, et dont la corruption ambiante n'a pas fait des monstres, aiment plus que tout l'enfant qu'elles viennent de mettre au monde. Comme les animaux elles ont l'instinct de le nourrir, elles veulent qu'il vive de leur substance et par leurs soins, elles cherchent à être tout pour lui. Les vraies mères revivent en cet être. C'est comme un fragment d'elles-mêmes, ou plutôt comme un dédoublement de leur propre nature; elles existent deux fois, elles vivent en deux parties, souffrant de toutes les souffrances de l'autre, étant heureuse de toutes ses joies.
Mais les habitudes absorbantes que les oisifs se créent, les besoins factices des hautes classes sont venus apporter le trouble dans ce sentiment naturel. L'ennui de l'allaitement, la crainte de la fatigue, les occupations mondaines font jeter le petit sur un sein étranger; à l'aide d'argent on se débarrasse des premiers devoirs. Aussi ne voit-on pas assez l'enfant pour l'aimer en mère digne de porter ce nom; c'est une tendresse froide et mesurée qui remonte au cœur quand les obligations de la société en laissent le temps. Celles-là ne connaîtront jamais l'amour maternel; elles n'en auront jamais il est vrai les terreurs et les angoisses, mais jamais, non plus, elles n'en ressentiront les immenses joies et les jouissances aiguës.
La nourrice mercenaire, même celle que l'on a chez soi, celle que l'on surveille de près, fait courir aux enfants des dangers auxquels ils ne sont jamais exposés quant ils sont nourris par leurs mères. Les femmes de la campagne ont sur
ralimenlalion et sur l'hygiène de la première enfance des préiuo-és souvent mortels pour leurs nourrissons.
Les" femmes instruites passent un très long temps à apprendre mal des ciioses qui ne leur servent jamais, et n'apprennent rien de tout ce qui doit constituer toute leur vie. Aussi sont-elles incapables de redresser les erreurs, et ontelles une tendance à suivre plutôt les conseils de la nourrice qui a déjà allaité plusieurs enfants, dont quelques-uns ont trépassé par cela même, que l'homme de science qui n'a rien allaité du tout. Le nouveau né paye trop souvent de sa vie l'absurdité de la paysanne et la crédulité de la mère.
La transmission par l'allaitement des diathèses, des cachexies, des affections générales n'est pas démontrée, mais cette hypothèse n'offre rien de contraire à la raison, d'autant moins que toute substance absorbée et susceptible de se mêler au sang peut, en petite quantité il est vrai, passer dans le lait; l'analyse chimique l'a démontré. Le professeur Boudin a d'ailleurs donné la preuve que la fièvre intermittente pouvait être transmise à un enfant par le lait d'une nourrice intoxiquée ; et si le lait peut servir de véhicule au miasme paludéen, pourquoi ne pourrait-il pas servir de véhicule à un autre ferment, à un autre poison?
Toutefois il n'est pas vrai de dire, comme des gens crédules l'ont prétendu, que « le lait mercenaire déprave la nature et le cœur.... », les enfants ne courent que des dangers physiques; c'est un préjugé de croire que les vices, les passions, les tendances se transmettent par le lait, la nourrice méchante ne peut transmettre par cette voie sa méchanceté à son nourrisson pas plus que ses instincts lubriques, ou ses tendances au vol. C'était une grossière erreur de croire que Néron était passionné pour le vin parce que sa nourrice était adonnée à l'ivrognerie; ou d'attribuer la férocité de Caligula à l'habitude singulière qu'avait la sienne d'humecter
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son mamelon avec du sang. C'est aussi insensé que de croire que les enfants sont plus noirs quand ils sont nourris par une négresse, plus pétulants etplus vivaces quand ils ont été allaités par une chèvre, plus mous et plus pesants dV-sprit quand ils n'ont bu que du lait de vache. Et si l'on a été quelquefois étonné de retrouver plus tard chez l'enfant quelques manières d'être, quelques tournures d'esprit de la nourrice, on ne l'a constaté que parmi ceux qui avaient vécu longtemps chez elle. C'est l'imitation qu'il faut accuser dans ce cas, et non le lait, car on sait combien, dans le jeune âge, les impressions se fixent profondément; et de quelque couche de civilisation que ces premières habitudes aient été recouvertes par l'éducation ultérieure, elles reparaissent souvent au moment le plus imprévu.
Mais là où le danger de l'allaitement mercenaire est effroyable, c'est dans le placement des enfants chez les nourrices à la campagne. Les mères les mieux partagées, celles qui ont assez d'aisance ou qui gagnent assez d'argent pour payer de bons mois de nourrice et pour faire les innombrables petits cadeaux, ont vingt-cinq chances sur cent de perdre leur enfant dans la première année de son existence. C'est le lot des femmes qui sont dans le commerce, des professeurs, des femmes d'employés ou des petites rentières qui ne veu'lent ou ne peuvent subir la charge de l'allaitement maternel. Mais la mortalité est autrement énorme parmi les enfants des innombrables malheureuses dont les ressources sont limitées : filles en service, ouvrières, femmes galantes. La moyenne est de 50 p. 100, et dans certains pays on l'a vue s'élever au chiffre épouvantable de 80 et 90 p. 400 ; c'est de l'assassinat. On a cité certaines mamelles aussi dangereuses que si elles distillaient des poisons violents; et malgré la loi Roussel, on a pu signaler des prétendues nourrices à lait qui laissaient mourir successivement trois ou quatre
enfants dans leur année. Tout cela des faiseuses d'anges!
C'est dans l'indifférence de la mère ou dans son ambition de faire ce qui n'est pas dans sa mission naturelle, c'est aussi, et surtout dans l'insuffisance de l'organisation sociale qui ne permet pas à certaines femmes pauvres de remplir le devoir maternel, que l'on doit chercher cette cause, parmi les plus graves, de la dépopulation de la France. Jusqu'à ce que chaque citoyenne puisse nourrir son enfant, notre pays sera inférieur aux nations voisines; non seulement la force des armées,mais la puissance commerciale, la suprématie de l'industrie et du travail ne peuvent exister sans une population nombreuse et capable d'expansion sur le reste du monde. Certes ce n'est pas ce chemin que nous prenons.
D'ailleurs la funeste habitude de la nourrice mercenaire est déjà assez invétérée pour rendre un grand nombre de femmes incapables de nourrir au sein. On sait que l'allaitement contribue au développement de la glande mammaire, et l'on comprend que lorsque, dans la même famille, plusieurs générations de femmes n'ont pas accompli ce devoir, les organes de la lactation s'amoindrissent et diminuent de mère en fille jusqu'à leur disparition, ou tout au moins jusqu'à leur impuissance fonctionnelle. Et les femmes sans mamelles ne peuvent être que des mères incomplètes.
Il n'y a de vraie mère que celle qui a continué, avec le sein, l'œuvre de l'ovaire et de l'utérus; elle seule peut suivre l'évolution physique et intellectuelle de celui qu'elle doit élever, seule elle a pu observer les méandres de son esprit et de son caractère, alors que son intelligence était encore rudimentaire, simple dans ses combinaisons et dans ses manifestations. C'est pour la suite de l'éducation une connaissance précieuse; l'éducatrice peut s'identifier alors avec le petit être, et le guider sans qu'il s'en aperçoive, pour ainsi dire. Quelle différence entre cette mère qui a vécu avec son enfant d'une
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même vie, et celle qui ne le reçoit que lorsqu'il a deux ans, et quelquefois davanlage. Malgré les visites chez la nourrice^ elle est une étrangère pour lui. De son côté elle ne peut le connaître,toutes les fois qu'elle l'a vu, il était endimanché d'esprit comme de vêtements; déjà il a pris les habitudes de ses nourriciers qui ont guidé ses premiers pas et donné les premières notions de la vie; déjà il s'est habitué au grand air, à lalibertéet au laisser-aller des champs, et quand il rentre dans le petit appartement de la ville, entouré de gens qu'il connaît à peine et qui ne connaissent eux-mêmes aucun de ses goûts, il est surpris ou même révolté par des habitudes qui ne sont pas les siennes, il étouffe comme dans une prison. Il craint tout ce monde inconnu, et il faut l'apprivoiser comme un petit animal sauvage. Il restera longtemps avant de se livrer tout entier et n'apportera que du trouble et de l'ennui dans la maison où il ne trouve, lui, que réprimandes et absence de liberté. Quand la femme veut avoir un enfant bien à elle, bien imprégné de son amour et de son esprit, elle ne doit pas cessez de le faire vivre d'elle; et quand il a quitté les entrailles elle doit l'attacher à son sein.
Sa mission est longue, difficile et absorbe tout le temps et toutes les facultés. Certains médecins considèrent comme indispensable de continuer l'allaitement jusqu'à l'époque où l'enfant a ses vingt premières dents, d'autres admettent que Ton peut les sevrer à quinze ou seize mois; mais pendant toute cette période, quelle que soit sa longueur, avec les soins de toutes les minutes que la nourrice doit au nourrisson, quand la femme pourrait-elle se lancer dans les carrières qui, de leur côté, prennent le temps et absorbent l'esprit?
Les fonctions sociales qui passionnent et fanatisent sont incompatibles d'ailleurs avec l'allaitement. On sait quelle influence les émotions vives, la colère, le chagrin, ont sur
la lactation qui en est souvent tarie, momentanément au moins, au grand détriment de la santé de l'enfant, et quelquefois au prix de sa vie.
Avec la grossesse et la durée minimum de l'allaitement, voilà donc deux ans que la femme digne de porter le nom de mère consacre nécessairement et entièrement à son enfant. A quinze mois un enfant, quoique n'étant plus au sein, a besoin encore des soins les plus assidus pour un espace de temps au moins égal; c'est donc quatre années qui sont complètement absorbées par les souffrances et les devoirs de la maternité. Que chaque femme ait quatre enfants, ce qui est le minimum de ce qu'elle devrait élever, et nous voyons ainsi les seize plus belles années de sa vie consacrées exclusivement aux soins physiques qu'exige la jeune famille.
Gela, bien entendu, sans compter toute la série d'accidents ou de maladies qui proviennent de la constitution sexuelle elle-même, et peuvent augmenter encore l'intervalle entre deux conceptions.
Pour peu d'ailleurs que la femme prenne son rôle de mère au sérieux, pour peu qu'elle comprenne que sa gloire, à elle, est de donner à la société des enfants forts et instruits, elle ne se bornera pas aux soins physiques mais cherchera à être mère par l'esprit, comme elle l'a été par le corps, et commencera à former l'intelligence et le caractère de celui dont elle rêve le bonheur et les triomphes. Elle arrivera ainsi doucement à l'époque de la stérilité sans avoir pu faire autre chose que d'être mère, et en ayant, en vérité, bien occupé et glorieusement rempli son temps.
Sous nos climats, la période de fécondité s'arrête en moyenne entre quarante-huit et cinquante-deux ans. La santé avait été sérieusement altérée au moment de l'établissement des règles, il en est de même à la ménopause, c'est-à-dire au
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moment de leur disparition, et l'âge critique apporte une série de souffrances d'autant plus graves que l'on n'a plus es forces et la vitalité de la jeunesse pour y résister. D'ailleurs les dispositions d'esprit sont loin d'être les mêmes • à époque de la puberté, la femme a la joie de sortir de l'enfance pour entrer dans la jeunesse, elle aspire à l'éclosion de toutes ses forces, à la possession entière d'elle-même tout est espérance et lumière, elle pressent l'amour; tandis qn a 1 âge critique elle ne peut entrevoir comme couronnement de sa vie de labeur et de souffrances que la froide vieillesse et, au delà, la mort. Pendant six mois, neuf mois quelquefois un an, et jusqu'à ce que les menstrues aieni complètement disparu la santé est complètement troublée et profondément altérée par des irrégularités douloureuses par des hémorrhagies, par de laleucorrhée, par des troubles sympathiques du côté de tous les appareils, des congestions soit vers la tête, soit vers les organes pectoraux, soit vers le loie, etc. La fatigue est générale, le découragement profondle caractère change, il est facilement excitable ou affaissé dans une tristesse morne, et les craintes d'une fin prochaine exagèrent encore la gravité de cette période maladive, période très grave en réalité puisque quelques femmes succombent, emportées par un des nombreux accidents qui l'accompagnent.
Ce ne sont là que les souffrances physiologiques inhérentes a la vie normale de la femme; toutes doivent les subir, c'est le minimum de leurs douleurs, et celles qui ont la bonne fortune de n'être jamais malades doivent passer par tous ces états inévitables comme tous les phénomènes de la croissance, comme toutes les fonctions organiques. Mais trop souvent, hélas, la vie des femmes est traversée par des accidents dus précisément à leur organisation féminine et que les hommes ne subissent pas. Les règles, la grossesse,
l'allaitement, la ménopause entraînent des maladies et des infirmités nombreuses qui pèsent sur toute leur vie, remplissent le meilleur de leur temps et rendent plus complète encore l'absorption de leur existence par la sexualité.
Souvent ces fonctions, ces maladies, ces infirmités retentissent sur le cerveau, et, soit dans les phases fonctionnelles soit surtout dans les états pathologiques des organes de la génération, on observe chez la femme des altérations intelrectuelles plus ou moins profondes mais qui dérivent bien par action réflexe de l'appareil reproducteur, ou de l'une de ses parties. Les menstrues au moment où elle s'établissent comme lorsqu'elles s'arrêtent, quand elles sont exagérées ou, au contraire, quand elles sont insuffisantes, la grossesse, l'état puerpéral, l'allaitement même sont trop souvent le point de départ des névroses les plus diverses et les plus singulières. Il y a des cas tellement précis que le doute est impossible. Esquirol cite une jeune fille dont la folie coïncida avec la suppression des règles, et qui guérit subitement au moment de leur réapparition; Guislain a écrit qu'une jeune fille, atteinte de descente de matrice, était prise de Ivpémanie profonde avec propension au suicide chaque fois que lecol de l'utérus se présentait à l'entrée du vagin, délire que l'usage d'unpessaire fit disparaître complètement. J'ai connu une jeune femme qui, après ses premières couches, avait été prise d'une folie hystérique laquelle disparut dès qu'une seconde grossesse eût Heu, et qui éclata de nouveau après le second accouchement; ces cruelles alternatives se présentèrent quatre fois, mais cela ne pouvant toujours durer, et la terrible question de l'hérédité s'imposant, cette malheureuse resta et mourut folle. Enfin qui n'a présent à l'esprit, parmi ceux qui ont suivi les merveilleuses leçons du professeur Gharcot, le phénomène si étonnant par sa précision de la compression des ovaires qui fait cesser subitement
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l'attaque hystérique la plus intense, comme si l'on avait rompu un courant électrique en appuyant sur l'interrupteur.
L'appareil reproducteur domine toute la vie de la lemme et la dirige fatalement dans toutes les phases de son existence. Quand les fonctions céréhrales sont altérées et que toutes les conventions sociales disparaissent de l'intelligence malade, dans la folie où les tendances naturelles se manifestent nettement sans être maintenues et redressées parles lois de l'éducation, on peut plus facilement Juger de l'influence de la sexualité sur la pensée. Il est absolument rare que le délire de l'aliénée ne gravite pas autour des fonctions de la génération; l'amour et la maternité apparaissent toujours dans leur folie, quelle que soit sa forme, même dans le délire ambitieux, même dans le délire religieux, surtout dans celui-là. ^
Ce qui se passe dans le délire n'est en somme que l'expression des aspirations naturelles dépouillées de toutes les formules de la civilisation, perdues dans le naufrage de l'intelligence. L'amour et la maternité se partagent toutes les pensées de la femme. Elle vit toujours pour les autres, à l'état normal, et sa tendresse n'est jamais égoïste, même quand elle est pervertie par les misères sociales : la courtisane la plus vénale a toujours une passion cà laquelle tout est sacrifié, jusqu'à sa rapacité. La femme fait bon marché d'elle-même pour son amant comme pour son enfant, elle se fond en ceux qu'elle aime.
Selon Robin elle est supérieure par le sentiment. L'homme, en effet, ne pense qu'à lui-même, rapporte tout à lui-même jusque dans l'amour, jusque dans la paternité; elle seule est véritablement altruiste. Mais elle n'a que du sentiment; Burdach a pu dire : « La femme sent plus qu'elle ne raisonne » parce que l'on sort toujours les êtres humains des conditions dans lesquelles ils doivent se mou-
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voir, parce que l'on veut faire disserter les amantes, les épou'ses et les mères, en dehors de leurs aptitudes, et les faire agir en dehors de leur puissance. Mais qu'on les prenne^'dans leur sphère d'action, que l'on observe leurs moyens pour atteindre le but qu'elles poursuivent soit en amour, soit dans la famille, soit même dans les écarts passionnels, et l'on sera obligé de constater leur supériorité, la netteté et la précision de leurs raisonnements.
En dehors de leurs tendances naturelles, on peut dire qu'elles sont instables et versatiles ; au contraire, dans les actes se rattachant à leur sexualité elles sont tenaces et persévérantes. Dans la pratique de la vie, aucun homme n'est plus cruellement logique et ne possède une lucidité aussi précise. Roussel, dans son livre sur la femme, a dit : « Nous avons vu des femmes de beaucoup d'esprit professer sérieusement, dogmatiquement des doctrines religieuses et philosophiques, ou embrasser chaudement une cause politique, par cela seul qu'un théoricien ou un chef de parti, élégant diseur et aimable convive, avait admiré dans un accès de galanterie leurs jolies mains ou leurs jolis pieds. » En vérité, Roussel ne parlait pas de la femme, mais du bas-bleu et de la pohticienne. D'ailleurs il est loin de compte et ce n'est pas un compliment banal qui retourne ainsi une femme d'esprit, quelque bas-bleu et politicienne qu'elle soit. La flatterie est reçue avec plaisir, sans doute, mais les hommes n'y sont-ils pas sensibles ? D'ailleurs un compliment ne la séduit pas si elle ne trouve pas dans l'accent, dans le regard, dans l'expression générale de celui qui l'adresse, une passion ou tout au moins un désir ardent qui la brûle et l'entraîne. Les séducteurs habiles savent bien cela; le compliment n'est rien, l'émotion sexuelle est tout.
Une femme de talent, Daniel Stern, a dit : « La femme arrive à l'idée par la passion. » Voilà la vérité !
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Que l'on ait présent à l'esprit cet axiome et l'on comprendra les transformations intellectuelles de certaines célébrités : Théroigne de Méricoiirt, après l'abandon de son amant, un noble, devint une révolutionnaire endiablée qui accusait de tiédeur le club des enragés dont les chefs étaient Santerre, Maillard, Saint-IIuruge; puis tout à coup elle s'attendrit, prêcha la conciliation des partis avec le girondin Brissot, se fit fesser pour lui par les flagelleuses, et en devint folle. Avec cet axiome on comprendra aussi comment l'énergumène Rose Lacombe, la présidente du club des femmes révolutionnaires devint une aristocrate et une ennemie acharnée de Robespierre après s'être prise d'amour pour un jeune gentilhomme prisonnier à la Force. On comprendra enfin pourquoi la galante et joyeuse Madeleine devint si larmoyante et si sainte après s'être prise de passion pour le beau et tendre Jésus. C'est ainsi que l'on découvrirait la raison de l'instabilité d'opinion de certaines mondaines et demi-mondaines tombées en dévotion, et de quelques mystiques dévotes changées en sanguinaires anarchistes. Qu'importent à la femme les doctrines, les théories, le rang; pour elle, la passion, qu'elle soit maternelle ou amoureuse, est tout, expHque tout, excuse tout, même l'injure.
Je me rappelle avoir lu dans les Mémoires d'un officier de police qu'une noble dame de la cour de Louis XV se rendant à une réception et montant les grands escaliers de Versailles en nombreuse compagnie, sentit une main se glisser sous ses jupes et commettre une indiscrétion. Elle se retourna gravement, mit la sienne, non pas sur le cœur du grand seigneur trop curieux, mais sur un endroit que les femmes ont l'air de ne pas voir, et, comme en cet endroit régnait le plus grand calme et la plus flasque frigidité elle appliqua un vigoureux soufflet à l'homme de qualité et le traita d'insolent. Sans l'entraînement de la passion il était en effet sans
excuses, et son action n'était qu'une grossière polissonnerie.
Oui, la passion est tout pour la femme, et par la passion elle arrive à l'idée; tout lui paraît admirable alors et, que ce soit l'amant, que ce soit l'enfant, elle s'identifie avec ce qu'elle aime, elle se moule dans son être, ses habitudes, et ses doctrines; ses défauts mêmes deviennent les siens, elle veut ce qu'il veut, croit ce qu'il croit et défend aveuglément, héroïquement, entièrement l'objet de sa passion.
Mais elle est toujours amante ou mère.
• L'homme seul, ce rêveur, se passionne pour des abstractions, pour des idées générales, pour des théories souvent creuses et des problèmes sans solution. En se sacrifiant pour certaines hypothèses la femme se sacrifie toujours pour quelqu'un.
Mais l'âge critique franchi, devenue libre de toute passion, la stérilité l'ayant frappée et ses enfants n'ayant plus besoin des soins de la mère, désormais en possession d'elle-même, libre de son temps comme de son esprit, la femme se lancet-elle hors de la famille pour aborder les mêmes occupations que l'homme, pour se livrer au commerce, à l'art, à la science, à la philosophie ou même aux luttes de la politique?
Les femmes qui ont été mères dans toute l'acception du mot, celles qui ont eu la bonne fortune de voir vivre quelques-uns de leurs enfants et ont consacré toute leur jeunesse à les élever physiquement et intellectuellement, celles qui ne les ont pas quittés, les ont suivis dans leur croissance et dans leurs progrès, celles qui, après leur avoir fourni toutes les armes nécessaires dans la lutte pour l'existence, les ont vus s'établir, se marier et faire souche de famille, celles-là sont envahies, en devenant grand'mères, par un sentiment d'amour pour les petits-enfants, sinon plus profond et plus impérieux que pour les siens propres, au moins plus empreint de faiblesse tendre, d'admiration aveugle, d'abné-
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gation complète. En deliors d'eux rien ne compte plus dans la vie; elles se font enfant pour leur plaisir, elles sont le premier compagnon de leurs jeux, leur défenseur infatigable, même contre le fils chéri ou la fdle adorée que l'on trouve toujours trop sévères et trop durs pour les petits. Tout s'efface devant le rejeton qui pousse, et certes ces grand'mères n'ont pas le loisir de penser aux arts sublimes, aux sciences profondes et à la direction des peuples; une larme les navre et un éclat de rire les ravit.
D'ailleurs il leur serait difficile, le voulussent-elles, de se lancer, dès qu'elles ne sont plus femmes, dans les occupations^ des hommes. Les soins donnés à la famille ont empêché tout le travail préparatoire indispensable à la pratique des différentes branches de l'activité masculine ; elles seraient fatalement inférieures, sans la science et l'expérience nécessaires, et débuteraient à l'âge où dans chaque carrière on est à l'apogée de la force, à l'époque même où le déclin commence, où l'enthousiasme s'éteint, lorsque la puissance créatrice diminue, quand enfin les générations nouvelles poussent les anciens, les ariivés, vers le repos, vers la retraite.
Ah! la femme qui n'a été mère que par hasard, celle qui, en ne pensant qu'au plaisir, ou à l'argent, ou à la vanité de la gloire, a eu l'accident d'une grossesse et a jeté l'enfant loin d'elle, confiant son corps et son esprit à des mercenaires, cette femme-là a eu assez de temps pour faire parier d'elle; mais le plus souvent elle n'a pas d'enfants à aimer, car si quelques-uns ont survécu à l'abandon, ils se tiennent loin de celle qui s'est tenue loin d'eux. Et le bas bleu, la grande coquette, la politicienne vieillit isolée et meurt dans l'abandon. Quelques-unes cherchent à remplir le vide de leurs derniers jours en se faisant dévotes : elles n'ont plus une cour d'amour mais une cour de religion, où les prêtres spé-
•Cillent sur ces rcsles, comme certains oiseaux se jettent sur les corps morts.
Mais ce n'est pas la fin normale ; jusqu'à sa dernière heure la femme doit vivre d'amour; après celui de l'époux et des enfants, c'est celui des petits-enfants. Car au physique comme au moral, toute son activité est toujours dirigée vers la conservation de l'espèce; la maternité est la grande force motrice de son intelligence, c'est pour elle que ses passions fermentent et bouillonnent, la maternité est le principe et la fm de toute sa vie.
Les ambitions qui mènent l'homme comptent peu pour die, en réalité; c'est le défenseur le plus autorisé des droits de la femme, c'est le grand philosophe Stuart Mill qui l'a dit :
« Or soit pour une cause artificielle, soit par une cause naturelle, les femmes ont rarement cette soif de renommée. Leur ambition se circonscrit généralement dans des bornes plus étroites. L'influence qu'elles recherchentne s'étend pas au delà du cercle qui les entoure. Ce qu'elles veulent, c'est plaire à ceux qu'elles voient de leurs yeux; c'est en être aimées et admirées, et elles se contentent presque toujours des talents, des arts et des connaissances qui y suffisent. »
Toutes les glorioles de l'homme, toutes ses joies vaniteuses la laissent donc froide; sa joie c'est son amour, sa gloire c'est son enfant.
Mais il en est, dira-t-on, qui se vouent au célibat. C'est l'exception qui a cette prétention irréalisable, aussi bien pour la femme que pour l'homme, en dehors de la castration. Et si, par extraordinaire, la nature en a mal formé quelques-unes, si elles sont neutres de naissance, nous répondrons avec Jean-Jacques Rousseau : « N'est-ce pas une manière de raisonner bien solide de donner des exceptions pour réponse à des lois générales aussi bien fondées? les femmes, dites-
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VOUS, ne font pas toujours des enfants ! non, mais leur destination propre est d'en faire. »
L'amour, l'enfantement, l'allaitement, l'éducation, voilà l'existence de la femme, voilà sa mission autrement grande, noble et indispensable, que celle d'un docteur empêché, d'un avocat à tout faire, ou d'un politicien sentimental. Si elle a de grandes facultés elle peut, en cherchant un géniteur digne d'elle, donnerau monde, par l'hérédité et par l'enseignement maternel, un homme de génie ; alors qu'empêchée par les exigences de sa sexualité, elle n'eût pu produire ce que produira le fils. Elle fera un grand homme; c'est déjà une belle œuvre.
Si la postérité glorieuse ne lui suffit pas, si elle veut la gloire pour elle-même, si elle se jette dans la mêlée des ambitieux pour concurrencer l'homme libre de son temps, libre de ses organes, toujours prêt à la lutte, toujours maître de soi, elle devra se rapprocher le plus possible des conditions où il se trouve. Et cependant elle subira les lois de sa nature, elle aura des passions, et dans le vertige passionnel elle sera fécondée; comment fera-t-elle alors, comment se décidera-t-elle à s'arrêter dans la carrière, à se laisser dépasser par les rivaux, à porter neuf mois, à allaiter quinze, à soigner, à instruire l'enfant. Elle ne le pourra pas si elle met la gloire fictive au-dessus des grandeurs de la maternité, elle se débarrassera à tout prix du fardeau qui doit entraver son ambitieux essor.
Détourner la femme de sa destination naturelle c'est organiser l'avortement et l'infanticide.
L'élever au contraire dans sa destination, lui donner, au point de vue physique comme au point de vue intellectuel, tous les moyens d'être une mère accomplie, c'est faire son bonheur et grandir l'humanité.