‹ La ferme de Prilly: lettres d'un jeune ParisienChapitre 2 sur 4 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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S'il chérissait Pauline et Julien avec la même tendresse, ce n'est pas qu'ils répondissent également à son attente et à ses vœux. Pauline, qui était la vivante image de son père, avait annoncé dès son enfance les mêmes goûts que lui pour la vie commerciale ; c'était, il est vrai, la seule qu'elle eût jamais connue, mais on peut croire qu'elle l'aurait choisie de préférence à toute autre ; le commerce était chez elle une vocation. Etaler et vendre, faire aux chalands un gracieux accueil, les diriger dans leurs emplettes, déterminer leur choix par quelques mots placés à propos, voilà son occupation de toute la journée. Le soir elle aidait son père à régler les comptes, à tenir les livres à jour. On la citait dans le voisinage pour son habileté dans le calcul et sa précoce intelligence des affaires. Plus d'une mère la proposait comme exemple à sa fille, ou la faisait remarquer à son fils ; a mademoiselle Pauline était une jeune personne accomplie ; M. Robert était un père bien heureux ! d

Julien ne lui donnait pas d'aussi bdles espérances. Né faible et délicat, il avait été fort ménagé pendant ses premières années. Il avait fait pourtant quelques études dans un pensionnat du voisinage; il y avait même

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appris un peu de latin^ ayec ragrément de s<mi p^e^ qui ayak oui dire qu'un peu de latin ne peut jamais foire de mal. Au sortir de cette école, à Fftge de quatorze ans^ Julien avait été rais à la boutique, M. Robert étant persuadé qu*on ne peut trop tôt commencer le travail qu'on devra foire toute sa vie. Julien se prêta doucement à tout ce qu*on voulut; il se montra docile, attentif et même soigneux : cependant on put bientôt reconnaître qu'il agissait en cela par devoir et non par goût. Il n'avait pas Fentrain, la verve, rinfotigable empressement de sa sœur. L'unique plaisir qu'il trouvftt dans Faccomplissement de sa tâche journalière était la société de Pauline. Il agissait pour lui plaire, et pour lui épargner un peu de sa peine ; quant à ridée du commerce, elle n'était pas même entrée dans son esprit.

On ne peut dire néanmdns qu'il éprouvât de Tennui, et du mécontentement; son père, mademoiselle Catherine, et surtout sa chère Pauline^ suflSsaient à son jeune cœur. Il aurait voulu seulement que les chalands et les afEaires vinssent moins à la traverse ; les phis beaux jours de vente, ceux qui charmaient l'industrieuse Pauline, étaient ceux qu'il aimait le moins. Le soir, toutes les afE^aires réglées^Pauline cousatirait

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luie heure à son firère^ une heure donnée à la lecture ou à quelque jeu. C'était pour ce moment, et dans Tattente de cette récompense, que Julien avait travaillé tout le jour.

M. Robert prenait patience, et, en attendant que son fiis devint un zélé commis, il n'était pas insensible aux qualités aimables de ce jeune esprit. H. Varin, maître du pensionnat dont Julien avait suivi les leçons^ disait qu'on n'aurait eu qu'à le laisser faire pour qu'il devint uii littérateur et peut-élre un poète distingué. La vanité paternelle était agréablement flattée par ces jugements du professeur, mais ils ne changeaient rien à dès plans invariablement tracés.

M. Robert, qui retrouvait dans cet enfant les traits et le caractère d'une femme toujours aimée, s'expliquait par cette ressemblance le peu de goût de son fils pour le commerce. Madame Robert, née de parents suisses, avait été fixée à Paris par des circonstances accidentelles; elle ne s'y était jamais acclimatée partaitement, et Ton avait attribué sa mort prématurée à ses habitudes trop sédentaires dans la grande viHe.

Vers l'âge de (jpiinze ans, Julien parut languir à son tour ^ sa santé donna des inquié* tudes ; il devint pAle, il maigrit : on appela le médecin, qui prescrivit le grand air et l'eier-

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cice. On fit Teffort de sortir tous les jeudis et tous les dimanches. On se promenait en famille aux boulevards ; on poussait même quelquefois jusqu'aux Champs - Élysées : c'était beaucoup pour M. Robert^ le plus casanier des marchands^ qui ne se trouvait bien que dans son magasin et son entresol « où jamais un rayon de soleil n'avait pénétré.

Cependant Julien ne se portait pas mieux, et plus il aurait eu besoin de quitter sa sombre demeure, plus il s'y attachait. Le médecin ayant parlé de Fenyoyer à la campagne, Tenfant témoigna la plus vive répugnance. Le lien de rhabitude rattachait à ces tristes murailles ; un sentiment plus doux le retenait auprès de son père et de sa sœur. Le docteur, après avdr essayé vainement^ à diverses reprises^ de le décider à cette séparation, prit son père à part, et lui déclara que, si ses conseils n'étaient pas suivis, il ne répondait plus de la vie de Fenfant.

M. Robert, qui n'avait pas cru jusque-là que le cas fût si grave, prit enfin une grande résolution ; il sortit de son caractère, ennemi de tout changement : il imposa sa volonté paternelle. L'enfant se soumit, non sans verser des larmes ; les exhortations de mademoiselle Ga-

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