‹ La fermièreChapitre 6 sur 23 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CATHERINE , ROQUILLARD.

ROQUILLARD.

Salut à la belle Fermière.

CATHERINE , brusquement.

Bon jour , M. Roquillard , avez-vous quelque chose k me dire .'' Je suis pressée. Dépêchez-vous.

ROQUILLARD.

Un moment , un moment , belle Fermière ! . . . Vous êtes d'une vivacité ...

CATHERINE

Et vous , d'une lenteur. . . voyons , m'apportez-vous l'acte de mariage de ma filleule Louison avec Nicolas.

ROQUILLARD.

Non. Je veux vous faire quelques observations sur ce

point... et puis j'ai coT)si<1drab!ement «^'affaires. Vous sentez que me voilà par événement à la tête dune mairie conséquente.

CATHERINE

Mais ils sont pressés ces enfans ; ils s'aiment , et en paraphant leur bonheur le jour de ma fêle , c'est un bouquet que je veux me donner.

UOQUILLARD.

Votre fête!. . mais c'est juste... et moi qui oubliais... que voulez-vous que je vous souhaite ?

D'abord une bonne fête.

ROQUILLARD.

Ça va sans dire. Je vous la souhaite bonne et heureuse.

CATHERINE, riant.

Avec un mari.

ROQUILLARD.

Accompagnée de plusieurs autres.

(^11 veut l'embrasser.')

CATHERINE , le repoussant.

Kon, ce n'est pas la peine. L'intention suffit.

ROQUILLARD.

Vous ne diriez pas ça si c'était le voisin IMaurice , dont la maison touche à votre ferme , c'est un drôle de corps. CATHERINE , sévèrement.

Ne vous avisez pas d'en dlie du- mal, au moins; c'est un brave homme.

ROQUILLARD.

Qui est-ce qui vous dit le contraire ? Mais il n'a pas de fortune.

CATHERINE

Qu'est-ce que ça fait.

Air : Sï Pauline est dans l'indigence.

Mauric' fut un bon militaire , J'aim' sa franchise , son huuieur , Et j'en conviens , je serais fiere Si y pouvais faire son bonheur;

( lo )

Pour son pays il sut combattre ;

Nous nous conv'nons on ne peut mieux ,

Et s'il a de la gloir' pour quatre ,

J' dois avoir de l'argent pour deux.

ROQUILLARD,

Ah ! Fermière ! si vous eussiez voulu. . . si vous vouliez encore ... si vous vouliez toujours . . .

CATHERINE

Eh ! bien, quoi .''

ROQUILLARD.

M. Maurice a quarante ans ; moi , quarante-cinq.

CATHERINE

Après .■*

ROQUILLARD.

J'ai un petit avoir assez rond; vous avez de votre côté une fortune assez rondelette , et nous nous serions arrondis mutuellement.

CATHERINE

Allons, laissez-moi donc tranquille.

ROQUILLARD,

Si c'est le grade de Maurice, ou sa décoration qui vous séduisent , je puis vous offrir mieux que cela. . . Le nouvel adjoint va être nommé; je suis sur Icsrangs. . . vous entendez ?. . . mon intérim est une réalité. . . mais chut !

V ous maire ! . . . ça ferait une commune bien administrée ! . . . M. Roquillard , je n'ai pas de penchant pour vous, par ainsi . . .

ROQUILLARD,

C'est clair . . Eh ! bien , écoutez , partageons le différent par la moitié ; donnez-moi Louison.

CATHERINE

Par exemple, en v'ià une bonne !

Air : Va-i-en voir s'ils viennent.

Quoi ! vous venez tout de bon (i) Me parler mariage , Puis ensuite pour Louison Vous changez d' langage.

(i ) Supprimé par la censure.

Dans mon esprit , jarnigol !

Vos aH;iir's sont faite-" ;

J' n'aime pas les girouettes Moi , J' n'aime pas les girouettes.

D'ailleurs j'ai promis Louison à Nicolas ; vous le savez, il a beaucoup de qualités.

ROQUILLARD.

Bah ! ce oui ne sonne pas ne compte pas.

CATHERINE

Assez causé de ça.

ROQUILLARD.

Cependaat. . .

CATHERINE , frappant du pied.

Assez , vous dis-je. Je n'aime pas à être contrariée.

ROQUILLARD.

Là ! là !

CATHERINE

Il me faut l'acte que je vous ai demandé aujourd'hui.

ROQUILLARD.

J'y songerai. Mais avec votre brusquerie accoutumée , vous m'avez fait oublier le molif pressant de la visite malutinale que je vous rends ce matin,

CATHERINE J avec intérêt.

Qu'est-ce que c'est donc .'*

ROQUILLARD.

C'est Jacques , le grand-père de votre filleule ; il est dans un grand embarras.

CATHERINE

Que lui est-il arrivé ?

ROQUILLARD.

J'ai fait tout mon possible pour arranger l'affaire.

CATHERINE , vivement.

Après ?

ROQUILLARD.

Mais je n'ai pas pu.

CATHERINE , le poussant.

Allez donc !

( 12 ) ROQUILLARD.

Ni le juge de paix non plus ; c'est de l'argent qu'il faut.

CATHERINE

De l'argent ! pour qui ?

ROQUILLARD.

Pour le père Jacques. . . on parle de l'arrêter pour une dette de quatre vingt francs.

CATHERINE, s'empoiiant.

Là ! j'étais sûre que cette somme lui retomberait sur le dos ! qui répond paie : je le lui avais prédit. . . et puis il est si insouciant, si crédule... pas d'ordre, pas d'arrangement, . . c'est bien fait pour lui !.. . qu'il aille en prison ; ça lui apprendra àôetre moins confiant ... il n'a que ce qu'il mérite.

Air ; Au clair de la lune.

J' sais qu' Jacque est honnête , ^lais c'est un benêt , Il n'a pas de tête , Je vous 1' dis tout net.

( Elle refléchit. )

Mais qu' dis-je ? on l'enlraine ,

( Avec attendrissement. )

Et i'oubli' dc'ja Qu ii est dans la peine , Attendez-moi là.

Elle rentre dans la ferme.

Page 1