CHAPITRE IV Encore des promesses
La ferveur ne portera pas de fruits seulement pour vous : elle en portera pour les autres. Utile à vous, elle sera utile aux autres, et sa fécondité sera merveilleuse pour leur bien et leur bonheur.
En effet, Vinfluence d'une âme fervente, autour d'elle, est profonde, sur la famille, sur le monde, sur la société, partout. Un parfum céleste se dégage d'elle et s'étend au loin : « Nous sommes par Dieu, dit saint Paul, la bonne odeur du Christ à l'égard de ceux qui se sauvent et à l'égard de ceux qui périssent. »
La vraie ferveur, nous l'avons dit, est douce et humble, aimable et dévouée, généreuse et bienfaisante ; comment ne répandrait-elle pas la paix et la joie autour d'elle ? Comment ne ferait-elle pas, même au sens purement humain, le bonheur des autres ? Comment aussi ne rendrait-elle pas le prochain meilleur !
Peut-on avoir, sous les yeux, le modèle constant des vertus chrétiennes sans y être invinciblement attiré, comme par tout ce qui est
LES MOTIFS DB LA FERVEUR qS
beau, noble et grand ? L'apostolat de TexeiTiple. de la part d'une femme, d'une mère, d'une fille, d'une sœur, d'une amie, a une irrésistible puissance. Semblable au parfum, pour revenir à la comparaison de saint Paul, il traverse tous les obstacles et s'insinue discrètement dans les cœurs les plus rebelles.
Que d'esprits ont été éclairés, que d'âmes ont été ramenées à Dieu, que de pécheurs se sont convertis, que de courages ont été relevés, que de cœurs ont été consolés, par le seul exemple de la vertu et de la ferveur!
Bien plus, à côté de ces effets naturels de la ferveur, il y a les effets surnaturels qui, pour être cachés, n'en sont que plus profonds. Sans ia comprendre, on parle beaucoup, aujourd'hui, de la solidarité : on la restreint au sens purement humain, on la dénature. Telle, au contraire, que le christianisme nous la révèle, la solidarité est un de ses plus sublimes enseignements. Nous en trouvons ici une application.
Aux yeux de Dieu, l'humanité tout entière ne fait qu'un seul et même corps, dont chacun de nous est un membre. Et, comme le bien ou le mal d'un membre est lo bien ou le mal de tout le corps, ainsi le bien et le mal de chacun de nous ne reste pas à nous, mais s'étend à toute l'humanité.
La faute d'Adam nous a perdus; la grâce de Jésus nous a sauvés. Ce qu'a fait Adam pour le mal, et Jésus pour le bien, chacun de
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nous le fait incessamment : le pécheur pervertit l'humanité, le saint la sanctifie.
Le Sauveur disait: « Je me sanctifie pour eux. Tj Pourquoi est-il resté trente années de sa vie dans l'obscurité? Sans doute, pour nous donner l'exemple de l'humilité. Mais ne s'estil pas humilié aussi pendant sa vie publique et n'aurait-il pas pu commencer plus tôt son apostolat sans se départir en rien de son humilité? Et lui, qui aimait tant les âmes, qui était prêt à tout pour les sauver, pourquoi semblet-il avoir tant retardé le moment de se donner enfin à cette œuvre de rédemption pour laquelle il était venu, et quUl était si pressé de voir s'accomplir ?
C'est qu'il ne la retardait en rien, mais qu'il l'accomplissait sous une autre forme. Il nous sanctifiait, en se sanctifiant. Il nous méritait, il nous obtenait, dans l'obscurité de Nazareth, toutes ces grâces de lumière, de force, de vie divine, qui devaient couler à flots sur le monde.
Ainsi en est-il de nous : en nous sanctifiant, nous sanctifions les autres ; nous leur obtenons des grâces et des secours qu'ils n'auraient pas eus sans nous. La puissance du juste est telle, d'après l'Ecriture, que dix seulement auraient obtenu le pardon de toute une ville coupable.
Il y a plus encore. La ferveur n'estpas seulement, par elle-même, un véritable apostolat en vertu de cette solidarité chrétienne qui
nous unit entre nous, mais la ferveur est la condition de tout apostolat, elle en est le fondement, l'âme et la vie. Sans elle, l'apostolat n'est plus qu'un corps sans âme, ce n'est plus qu'un cadavre d'apostolat.
Ne vous étonnez donc pas qu'il y ait tant d'apôtres apparents et si peu d'apôtres véritables! Tant d'efforts extérieurs, tant de mouvement et d'agitation, et si peu de résultats sérieux! Tant d'entreprises qui végètent au lieu de grandir et de s'épanouir ! Tant d'œuvres qui restent à l'état de graines et de semences, et qui étaient appelées à devenir de grands arbres, refuge et salut pour beaucoup d'âmes!
La sève a manqué, cette sève de ferveur sans laquelle rien ne pousse dans l'ordre surnaturel.
0 vous qui avez des responsabilités spirituelles, vous qui avez charge d'âmes ou d'œuvres, songez-y bien ! Au lieu de vous décourager, quand les choses ne vont pas à votre gré, quand rien ne sort de terre, quand les résultats n'apparaissent point, rentrez-en vous-mêmes et examinez où vous en êtes delà ferveur ; renouvelez votre ferveur et vos résolutions généreuses, et le bien s'accomplira.
Lorsque le commandant Marceau ne pouvait pas se faire obéir de ses soldats, il allait faire une visite au Saint-Sacrement, et, en revenant, il les trouvait plus dociles. Devenez plus ferventes, et tout ira mieux dans les œuvres dont vous vous occupez I
Et, au lieu de vous exalter quand tout va bien, quand Dieu bénit vos œuvres, descendez encore en vous-mêmes pour sentir plus profondément votre misère, et demandez à Dieu de n'être pas un obstacle: au lieu de Porgueil du bien accompli par votre ferveur, ayez l'humilité de celui que, peut-être, vous avez empêché par votre tiédeur.
« La ferveur a les promesses de la vie présente et de la vie future ; » elle est utile à vousmêmes et aux autres; « elle est utile atout. »
Elle est utile, enfin, si l'on peut employer cette expression, à Dieu^ Lui-même. Dieu n'a pas besoin de nous : Il nous a créés pour notre bonheur plus encore que pour Lui. Cependant, Il veut être glorifié par nous, et une seule chose, ici-bas, Le glorifie :1a ferveur.
L'âme est le royaume de Dieu; le péché le lui ravit, en le livrant au démon, son ennemi, qui en devient le maître. La ferveur, au contraire, livre l'âme à Dieu et la lui consacre; l'âme fervente est la conquête de Dieu, elle est son triomphe et sa gloire.
Qui exprimera jamais, qui pourra même concevoir ce que l'âme de Jésus a donné de gloire \ son Père ? « J'honore mon Père, » disait-il. Cet honneur donné à Dieu par l'humanité du Verbe, procédant d'une personne divine, était infini en lui-même, digne de Dieu, égal à Dieu.
Cette gloire et cet honneur étaient procurés
par les moindres actes du Sauveur ; pas une de ses actions, pas une de ses paroles, pas une de ses pensées, pas un des battements de son cœur qui ne glorifiât Dieu souverainement et infiniment. Rassemblez, par l'imagination, tous les péchés de la terre, les plus graves, les plus multipliés. Représentez-vous l'injure qu'ils font à Dieu. Une seule pensée du Verbe Incarné les efface et est capable d'en effacer des millions d'autres, dans des millions de mondes, jusqu'à la fin des temps.
Que dire de ses grands travaux, de ses profondes humiliations, de son agonie, de sa passion, de ses horribles souffrances et de sa mort ? Et maintenant, au ciel, ces incomparables hommages rendus à Dieu par Jésus se continuent, se renouvellent ; et il en sera ainsi pendant l'éternité !
Les Saints, les Anges, les Élus, tous les habitants de la céleste patrie s'y unissent et s'y associent : ils louent Dieu, ils Le glorifient sans cesse par Jésus-Christ. Cette louange est leur bonheur et leur vie.
Ce qu'ils font là-haut, et que nous ferons nous-mêmes un jour, nous pouvons le commencer ici-bas. L'Eglise militante a le même privilège que l'Eglise triomphante de posséder Jésus, de pouvoir s'unir à lui, et par lui de louer dignement Dieu.
La ferveur accomplit ce prodige : elle nous unit tellement à Jésus que nous ne faisons
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plus qu*un avec lui : « Je vis, dit PApôtre, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Ghrisl qui vit en moi. »
Dès lors, toutes nos impuissances disparaissent, toutes nos infirmités cessent d'être ; nous ne sommes plus des êtres finis, bornés, tirés du néant, incapables de rien donner à Dieu. Mais, par la grâce, par la ferveur, nous devenons des êtres nouveaux; nous naissons à une vie supérieure et toute divine : nous continuons la vie, les actes, les œuvres du Christ ; le Christ pense, parle, prie, agit, souflre en nous, et par nous honore et glorifie sou Père I
Voilà les œuvres et les fruits de la ferveur.. Elle nous associe, dès maintenant, à la vie et' aux actes des Saints dans le ciel ; elle glorifie Dieu, en continuant l'œuvre de Jésus; elle est utile à Dieu, au prochain, à nous-mêmes : « elle a toutes les promesses de la vie présente e1 de la vie future. »
Oh 1 qui ne l'estimerait? Qui aurait l'esprit assez obscurci, ou provenu, ou faussé, pourn< pas en admirer la sublime beauté et l'incomparable grandeur?
Qui ne l'aimerait ? Qui aurait le cœur assej avili, ou endurci, pour ne pas la désirer ave( ardeur, pour ne pas soupirer après elle, comme le cerf altéré soupire après l'eau deî fontaines ?
Qui ne s'y attacherait ? Qui aurait l'âm^
toi
assez basse, ou la volonté assez déprimée, pour ne pas s'y porter de toutes ses forces et y travailler de toutes ses puissances.
0 chrétiennes, devenez donc ferventes! Que la ferveur soit votre but, votre ambition, votre tout!
La vie est si courte, le temps passe si vite , la douleur, le sacrifice, l'effort, le renoncement ne seront bientôt plus ; mais les œuvres de la ferveur, ses admirables fruits et ses merveilleuses récompenses ne passeront jamais !