‹ La ferveurChapitre 18 sur 25 · III L*UTILISATI0N DE LA VIE · texte numérisé non relu

III L*UTILISATI0N DE LA VIE

La victoire n'est pas un but : elle est un moyen de s'emparer du territoire et des biens de l'ennemi, afin de les utiliser au profit de la patrie.

Pareillement, l'âme ne doit pas se borner à remporter la victoire sur ses défauts. Maîtresse d'elle-même, il faut qu'elle emploie ses forces pour le bien de ses semblables. La ferveur qui ne penserait qu'à soi serait une ferveur égoïste, une fausse ferveur. 11 n'y a de véritable ferveur qu'à la condition expresse de vivre pour les autres.

Dieu aurait pu nous créer comme autant de petits centres indépendants, chacun n'ayant à répondre que de soi. En pareille hypothèse nous n'aurions pas eu à nous préoccuper du prochain.

Mais Dieu a créé l'humanité sur un tout autre plan. Il en a fait un vaste corps, — c'est

la comparaison de saint Paul, — dont chaque membre se relie à l'ensemble et influe sur lui en bien ou en mal. La vie pour soi, la vie isolée et égoïste est en contradiction ouverte avec les desseins de Dieu. « La volonté expresse de Dieu, dit l'Ecriture, est que chacun s'occupe de son prochain. >>

La personne fervente ne doit donc pas s'isoler, ni se renfermer en elle-même : mais il faut qu'elle se pénètre de l'urgence du devoir familial et social. Chez eWe y comme au dehors, au foyer domestique et dans le monde, partout enfin, sa constante préoccupation sera de faire du bien aux autres. L'âme fervente veut être essentiellement une âme d'apôtre.

Il ne lui suffira donc pas d'être pieuse et de remplir ses devoirs envers Dieu. Elle comprendra la parole de saint Jean : « Celui qui prétend aimer Dieu qu'il ne voit pas et qui n'aime pas son prochain qu'il voit, est un menteur. » Elle aimera son prochain. Et. parce qu'elle l'aimera comme Dieu le veut, elle lui désirera tout le bien possible et elle le lui procurera dans la mesure qui dépendra d'elle.

Elle se souviendra avec quelle force l'Évangile a condamné l'inutile qui enfouit le talent que Dieu lui a confié. Elle se rappellera, en tremblant, les paroles du jugement dernier rapportées par Notre-Seigneur et en vertu

desquelles les réprouvés seront condamnés pour le seul mo/// d'avoir omis le bien. Dans le grand livre écrit, qui lui sera présenté lorsqu'elle paraîtra devant Dieu, ce qu'elle redoutera davantage, plus encore que la page écrite contre elle, ce sera la page laissée en blanc ^ la page de ses omissions.

Aussi s'interrogera-t-elle souvent pour savoir si elle fait assez de bien, si elle fait tout le bien que Dieu attend d'elle et si elle utilise, comme Dieu le voudrait, tout ce qu'elle a reçu de Lui : son intelligence, sa volonté, son cœur, ses forces, son temps, son argent, les influences dont elle dispose?

Qu'est-ce aimer ? sinon vouloir le bien de ceux qu'on aime ! Qu'est-ce aimer Dieu et le prochain ? sinon vouloir procurer la gloire de Dieu et le bien du prochain. Et, puisque la ferveur est la perfection de l'amour, qui doit avoir plus de zèle que l'âme fervente ?

D'autre part ce zèle, étant inspiré par Tamour, devra être réglé d'après la volonté de Dieu. La volonté de Dieu, qui est pour l'âme fervente la loi absolue de sa sanctification personnelle, sera donc aussi pour elle la loi inviolable de son zèle.

Elle fera, non le bîen qui lui plaît, mais celui qui plaît à Dieu. Elle n'entreprendra rien sans consulter Dieu par la prière, et sans consulter aussi ceux qui tiennent près d'elle la place de Dieu.

laa LA FERVEUR

Dans la manière de faire le bien et de diriger ses œuvres, ce sera encore la pensée doj Dieu qu'elle cherchera et non la sienne propre. En toutes choses, elle se comportera selon leî idées de Dieu et non selon ses idées à elle.'

Elle se défiera d'une activité trop naturelle, d'un zèle purement humain, de toutes ces satisfactions, enfin, dans lesquelles il est si facile de se complaire et qui enlèvent à Dieu ce que l'on s'attribue à soi.

Elle ne se découragera non plus jamais, sachant, comme le dit saint Bernard, que « Dieu ne nous demande pas la guérison de ses brebis, mais qu'il se contente des soins que nous leur donnons; et que ce ne seront pas les résultats de nos travaux qu'il récompensera, mais nos efforts » pour Lui plaire.

Le zèle de l'âme fervente sera le plus surnaturel et le plus pur, le plus sage et le plus prudent, le plus généreux et le plus inlassable, le plus béni et le plus fécond, parce qu'étant puisé aux sources même de l'amour, il aura Dieu seul pour inspirateur et pour règle, pour guide et pour soutien, pour but et pour récompense.

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