CHAPITRE V La prière
Si nécessaires que soient les sacrements pour la ferveur, la prière Testdavantage encore. Elle l'est par rapport aux sacrements, puisque c'est elle en somme qui crée et qui constitue ces dispositions desquelles dépend l'action efficace des sacrements. La contrition, l'amour, en effet, sont une des formes de la prière au sens général du mot. Et la prière, au sens précis de demande, est nécessaire pour obtenir la contrition et l'amour.
En outre, la prière, en elle-même, est unes source merveilleuse de grâce constamment à notre portée. Nous ne pouvons pas toujour recevoir les sacrements, et l'Eglise en a limité la fréquence : on ne peut pas communier plus d'une fois par jour. Mais on peut toujours prier, en public comme en particulier, au milieu du monde comme dans la solitude; on peut faire la communion spirituelle autant de fois qu'on veut; il n'est pas d'instants où.l'on ne puisse, par la prière, puiser dans le trésor de la grâce.
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La prière surpasse donc les sacrements en importance pourl'acquisition de la grâce et sa multiplication dans l'âme. Par suite, deux questions se posent ici, comme pour les sacrements : Priez-vous a^^ez ? Priez-vous assez bien ?
Ily a, pourchaque âme, une mesure de prière nécessaire, sous peine de ne plus vivre de la vie de Dieu : soit que la négligence de la prière devienne assez grave pour constituer par ellemême un péché mortel, soit qu'elle vous affaiblisse assez pour vous y laisser tomber.
Mais il y a aussi une mesure de prière nécessaire pour l'entretien de la ferveur, et faute de laquelle la ferveur baisse et s'éteint comme une lampe qui n'a plus assez d'huile.
La quantité de prières et d'exercices de piété, à faire chaque jour, doit donc être déterminée avec le plus grand soin : c'est encore une question d'alimentation, et par conséquent une question vitale.
Laisser au hasard le genre d'exercices de piété que l'on fera et le temps qu'on y donnera, s'abandonnersurce pointa l'inconstance et à l'infidélité, c'est commettre une grave imprudence et condamner la piété à une ruine certaine.
Combien peu de personnes font attention à cela, ou veulent s'en rendre compte ! On s'aveugle sur ce point gênant et l'on cherche à se persuader qu'il a moins d'importance qu'on
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ne le dit, ou du moins qu'il s'agit d*à peu près et d'une fidélité largement entendue. Erreur funeste, qui toujours paralyse et souvent détruit la ferveur.
Il y a quelque chose, enfin, de plus nécessaire encore que la fidélité et la régularité dans la prière, c'est la qualité de la prière.
La vraie prière vient du cœur ; toute prière qui ne viendrait pas du cœur, ne serait qu'un faux semblant de prière, une prière pharisaïque, une prière morte.
La prière est le libre mouvement de l'âme vers Dieu : prier, c'est chercher Dieu sincèrement, Le vouloir loyalement. Sentir le besoin de Dieu, faire effort pour aller à Dieu, voilà l'essence de la prière ; et ce doit être l'âme de vos exercices de piété, pour qu'ils vous vivifient réellement.
Bien plus, une chrétienne qui veut avancer sérieusement dans la ferveur doit accomplir le précepte du Maître : « 11 faut toujours prier et ne se lasser jamais. » Elle doit pouvoir dire, comme le Prophète royal : « Mon âme est toujours au Seigneur, » Ce moyen est le plus nécessaire pour acquérir promptement la ferveur.
Comment en venir là ? Beaucoup plus aisément qu'on ne pense. Il suffit de prendre peu à peu l'habitude de tout rapporter à Dieu et de voir Dieu en toutes choses.
Est-ce donc trop difficile ? Est-ce que le
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souvenir de ceux que vous aimez ne vous est pas présent sans cesse ? Est-ce que, même lorsqu'ils sont absents, vous ne les sentez pas présents ? Et, quand ils sont partis pour le grand voyage dont on ne revient pas, si vous les avez vraiment aimés, y pensez-vous moins? Ne vous enveloppent-ils pas toujours de leur tendresse, comme d'une atmosphère qui vous réchauffe ? Ne les sentez-vous pas près de vous, comme des anges tutélaires?
Les lieux où ils ont vécu, les objets qui leur ont servi, les travaux qu'ils ont laissés, ne vous rendent-ils pas plus vifs encore et plus profonds leur souvenir et le sentiment de leur présence ?
Mais qui donc doit vous être plus cher que Dieu ? N'est-Il pas le Père, l'Ami, le Frère, l'Époux, le Bienfaiteur ? Qui vous a donné plus que Lui? Qui vous a aimées davantage? Qui vous a comblées de plus de faveurs ?
Le ciel et la terre, la nature tout entière, sont ses œuvres. Elles sont là, sous vos yeux, sans cesse ; vous en vivez. Cet air que vous respirez, ce pain que vous mangez, cette eau que vous buvez, tout ce qui entretient et renouvelle votre vie, toutes ces choses ou ces créatures qui vous donnent mille satisfactions, ce sont les œuvres de Dieu.
Ces œuvres ne sont pas, comme les nôtres, séparées de Celui qui lésa faites; mais l'ouvrier divin est dans son œuvre ; Dieu est par-
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tout, en toutes choses ; Il anime etvivifie tout ; et, sans sa présence et son action dans les êtres et dans les choses, rien ne serait, ni ne subsisterait.
Et vous diriez qu'il est difficile de penser à Dieu toujours ? Mais, c'est de ne pas y penser qui devrait être difficile, impossible, si nous^ réfléchissions un instant !
Oh ! que le cri du Prophète estbeau ! Qu'il est naturel et vrai : « Mon âme est toujours au Seigneur! » Et comme avec un peu de bonne volonté vous en arriveriez là facilement !
Quelle force alors ne serait pas la vôtre ? Déjà, le souvenir de vos bien-aimés vous est un si puissant secours ! Les exemples qu'ils vous ont donnés, les conseils que vous en avez reçus, leur estime que vous désirez garder, la volonté de rester dignes d'eux, quels stimulants pour votre mollesse I Et, dans vos heures de défaillance, quel soutien !
Que serait-ce donc de la pensée de Dieu, de son souvenir, du sentiment de sa présence, de la certitude qu'en allant à Lui II viendra à vous, qu'en L'appelant au secours II vous aidera de sa toute-puissance?
Oh! alors, rien ne vous arrêterait, et, comme le Prophète, vous pourriez vous écrier : « Je volerai sur les ailes des vents ! »
Viennent les tentations les plus violentes etj les tempêtes les plus redoutables, au lieu de vous briser, si vous priez, elles vous élève-
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ront davantage encore : vous volerez sur les ailes des vents !
Viennent les afflictions et les souffrances, les peines de l'âme et les douleurs du corps ; si vous priez, au lieu de vous abattre, elles vous grandiront : vous volerez sur les ailes des vents !
Viennent la sécheresse et l'abandon, les désolations et toutes les épreuves spirituelles, avec quelque violence qu'elles soufflent sur vos âmes, au lieu de les courber versla terre, si vous priez, elles les emporteront jusqu'aux cieux : vous volerez sur les ailes des vents!
Quand une âme s'est une fois attachée à Dieu, quand elle s'est habituée à la prière, quand elle s'est unie à Jésus-Christ par les liens d'une vraie ferveur, tout ce qui affaiblirait les autres la fortifie, tout ce qui les renverserait la relève, et elle monte sans cesse, sur les ailes de la tribulation, vers la divine lumière et la céleste beauté : elle vole sur les ailes des vents!
Que votre ferveur s'appuie donc sur une incessante prière, sur cette prière du cœur ç{\x\ devient meilleure et plus douce à mesure qu'on s'y donne plus généreusement!
Qu'elle se retrempe souvent, qu'elle s'alimente aux sources divines des sacrements bien reçus !
Qu'elle se renouvelle sans cesse dans une volonté généreuse par le sentiment de ce
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qu'elle doit à Dieu, dans une volonté humble par le sentiment de sa propre faiblesse, dans une volonté confiante par la certitude des secours surnaturels qui ne lui feront jamais défaut!
Alors, votre ferveur ne sera plus sujette ù toutes ces inconstances et à tous ces compromis, à toutes ces reprises et à toutes ces défiances envers Dieu, qui vous arrêtent sur la route, — quand vous ne reculez pas, — et qui vous désolent et vous découragent.
Alors, votre ferveur grandira chaque jour ; elle deviendra plus brillante, plus chaude, elle s'élèvera dans votre kme comme un radieux soleil dont la marche régulière fait succéder à l'aurore le plein jour, et répand bientôt sur la nature tout entière des torrents de lumière, de chaleur et de vie.
Sous cette bienfaisante influence, vosdéfauts disparaîtront peu à peu; ils s'enfuiront comme ces bètes fauves qui se cachent au fond des forêts quand la lumière se montre.
Votre âme deviendra une terre nouvelle, une terre sacrée, où pousseront en abondance des fleurs et des fruits à la gloire du Créateur et du Maître de l'Univers.
Votre âme sera, enfin, le royaume de Dieu, où la paix régnera, en attendant la gloire et le jour de l'éternelle justice et des définitives récompenses !