CONCLUSION
La persévérance dans la ferveur. Ne plus voir que Jésus seul.
Lorsque le Sauveur du monde eut conduit sur le Thabor ses trois disciples privilégiés, Pierre, Jacques et Jean, — ceux qu'il devait plus tard amener à Gethsémani et rendre témoins de ses souffrances, — arrivé au sommet de la montagne, il se mit en prière. Aussitôt, ses vêtements devinrent blancs comme la neige, son visage resplendissant comme le soleil, et l'on vit apparaître Moïse et Elie qui s'entretenaient avec lui. Ils parlaient de toutes les souffrances que Jésus allait endurer à Jérusalem. Pierre dit alors à Jésus : <c Seigneur, il fait bon d'être ici, dressons-y trois tentes afin d'y demeurer. » Une nuée lumineuse les enveloppa et l'on entendit une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bienaiméen qui j'ai mis toutes mes complaisances, ccoutez-le. »
Alors, les disciples tombèrent, saisis de frayeur ; mais Jésus s'approchant les toucha et leur dit : Levez-vous et ne craignez pas ; et,
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levant les yeux, « ils ne virent plus que Jésus seul ! y>
Ne plus voir que Jésus seul, voilà l'infaillible moyen de persévérer dans la véritable ferveur.
Tant que vous serez sur le Thabor, dans la ferveur sensible, dans la joie, dans la paix, dans la lumière, ce sera facile. Jésus vous apparaîtra si beau, si majestueux, si rayonnant de douceur, de bonté, d'amour, si attirant, si divin! Vous verrez Dieu dans son Christ avec tant d'éclat et de vérité ! Vous vous écrierez, comme saint Pierre: « Seigneur qu'il fait bon d'être icil » Si nous pouvions y demeurer I Si nous pouvions garder toujours ces pensées, ces sentiments, cette douce chaleur qui remplit notre âme et y fait circuler la vie, que ce serait bon et que tout nous semblerait facile !
Mais il faudra voir finir ce temps de repos et de consolation ; il faudra descendre de ce Thabor, retourner dans la plaine. Vous retrouverez les devoirs difficiles, les tentations, les épreuves; le combat, le dur combat de chaque jour recommencera. Oh ! alors, ne soyez pas tristes comme celles qui ne cherchent que la jouissance, et qui, lorsque la jouissance est passée, retombent sur ellesmêmes, dans le pire des égoïsmes.
Mais descendez de votre Thabor pour retourner à vos devoirs joyeusement, comme
celles qui sentent le prix des bienfaits de Dieu, et dont le cœur déborde de reconnaissance et d'amour.
De quoi s'entretenaient Moïse, Elie et Jésus sur le Thabor ? Ils parlaient de la Passion et de toutes les souffrances que le Sauveur allait endurer. Vous aussi, vous devez avoir votre passion, et votre passion bien supportée sera la preuve de votre amour.
Vous avez eu part aux joies du Sauveur, \ son Thabor; il faut que vous le suiviez àjGethsémani et au Calvaire; il faut- que vous ayez part à ses douleurs.
Jouir avec lui, c'est trop facile; et qui ne le voudrait? Souffrir avec lui, c'est difficile ; il faut le vouloir.
C'est maintenant qu'on va savoir si vous aimez Jésus, si votre ferveur est sincère et vraie, si vous avez du cœur et de la reconnaissance.
Voulez-vous le secret de ne pas faiblir dans la lutte? de vous offrir généreusement aux clous, aux épines, aux fouets, aux crachats, aux outrages, d'attacher joyeusement votre corps et votre âme à la croix ?...
Les Apôtres ne virent plus que Jésus seul. Faites comme eux. « Celui qui s'attache à Jésus, dit l'Imitation, sera affermi pour l'éternité. » Ne voyez plus que Jésus dans le prochain^ Jésus en vous-mêmes, Jésus en Z)/ca; et vous serez inébranlables et invincibles.
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En effet, ce qui vous déroute et voug déconcerte, c*est d'abord \e prochain. Vous le voyez dans ses travers, dans ses défauts, dans les mauvais sentiments qu'il nourrit contre vous, et souvent 'dans ceux que vous lui prêtez et qu'il n*a pas. Votre imagination s'échauffe, votre cerveau s'exalte, votre cœur s'envenime, vous êtes bouleversées; c'est plus fort que vous, vous ne pouvez plus aimer.
Mais ne voyez plus votre prochain en luimême : ne voyez que Jésus seul, et tout changera, tout s'apaisera.
Ne voyez que Jésus dans vos supérieurs : ne raisonnez pas leurs commandements, ne discutez pas humainement leurs ordres ; n'y regardez que l'autorité, son rôle, sa mission, l'occasion de vous assouplir, de vous humilier, d'obéir, de plier votre raison, d'abaisser votre orgueil, de faire un acte surnaturel de foi en reconnaissant le divin dans l'humain.
Ne voyez que Jésus dans vos égaux: Jésus qui s'est fait votre frère, et qui veut que vous lui rendiez dans vos frères et sœurs, dans votre prochain, toute la bonté, toute l'indulgence, toute la mansuétude, toute la charité dont il vous a comblées.
Ne cherchez pas à recevoir, ne songez qu'à donner ; ne pensez pas à la manière dont on vous traite, ne cherchez qu'à bien traiter les autres. Vous êtes les débiteurs du prochain, puisque vous l'êtes de Jésus, qui veut regar-
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der comme fait à lui tout ce que vous ferez aux autres.
Ne voyez que Jésus dans vos inférieurs : Jésus qui a lavé les pieds de ses apôtres, qui s'est fait le serviteur de tous et qui veut vous servir dans la personne de ceux qui sont sous vos ordres ; traitez-les avec douceur, patience, bonté, reconnaissance, comme vous traiteriez Jésus.
Ne voyez que Jésus dans votre mari et vos enfants : Jésus qui, par vos soins, veut vivre et grandir dans leur esprit, dans leur cœur, dans leur âme, et les posséder tous les jours davantage. Alors, vous les aimerez d'un amour plus désintéressé, plus constant, plus fort, ■ plus sincère, plus dévoué ; vous les rendrez ' meilleurs et plus heureux; vous le deviendrez vous aussi.
Ne voyez que Jésus dans le monde : Jésus ivant dans les justes ; Jésus chargé de liens, lessé, meurtri, dans les âmes tièdes; Jésus rucifié, dans les pécheurs. Votre amour pour ui s'accroîtra sans cesse. L'émulation sainte ue les justes vous inspireront, la compassion,
piété, le zèle que les tièdes et les pécheurs feront naître en vous, tout vous attachera 'chaque jour plus fortement à lui.
Ne voyez que Jésus dans \es pauvres^ dans les malades^ dans les infirmes, dans les agonisants, dans tous ceux qui souffrent et qui pleurent : Jésus pauvre et dénué, souffrant et
pleurant, continuant dans ses membres toutes les douleurs de sa passion et de sa mort.
Alors, vos visites de charité seront parfaitement faites ; elles réjouiront les anges ; elles seront un grand bien pour vous, un grand bien pour le prochain.
a Ils ne virent plus que Jésus seul ! »
Ce qui vous abat et vous décourage, après le prochain, c'est vous-mêmes.
Vous voyez trop vos misères, vos faiblesses, vos perpétuelles impuissances, et le cœur vous manque pour aller de l'avant.
Mais, ne vous voyez plus vous-mêmes, ne voyez que Jésus seul, et tout se transformera, le courage vous reviendra.
Ne voyez que Jésus dans vos tentations : il a voulu être conduit par le Saint-Espritau désert pour y être tenté. La tentation vous est nécessaire ; c'est Jésus qui la permet pour vous éprouver, pour vous faire mériter la couronne de vie ; c'est lui qui vous donnera la force de la surmonter.
Ne voyez que Jésus dans vos chutes : la tristesse que vous lui avez causée, la peine que vous lui avez faite. Votre repentir sera plus prompt, votre contrition plus sincère, votre ferme-propos plus sérieux. Vous vous relèverez plus vite et vous retomberez moins souvent
Ne voyez que Jésus dans vos dévoilas : ils vous coûteront moins ; vous vous y appliquerez
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Gvec plus de cœur ; vous les accomplirez mieux; vous y serez plus fidèles; vous y persévérerez davantage.
Ne voyez que Jésus dans vos incertitudes^ dans vos hésitations, dans les conseils à donner, les initiatives à prendre, les décisions à arrêter, les responsabilités à assumer : vous y verrez plus clair, vous marcherez d'un pas plus sûr, vous éviterez de faire fausse route et de vous égarer.
Ne voyez que Jésus dans \os épreuves: que l'esprit ou le cœur, l'âme ouïe corps, portent la croix et soient meurtris, ne voyez que Jésus dans cette croix, dans cette meurtrissure; elle vous sera douce et légère, vous ne la sentirez presque plus.
Ne voyez que Jésus dans les vertus à acquérir: au lieu de l'humilité, voyez Jésus humble de cœur; au lieu de la bonté, Jésus infiniment bon ; au lieu de la charité, Jésus fournaise d'amour; au lieu delà patience, Jésus très patient ; et ainsi de toutes les vertus. Combien leur charme deviendra plus grand, leur attraction plus puissante, plus irrésistible I Ce ne seront plus des vertus mortes, mais des vertus vivantes; ce sera Jésus qu'il s'agira de copier, de reproduire en vous, de faire vivre dans votre âme.
Ne voyez que Jésus dans vos œuvres lié&us dont il faut procurer la gloire, étendre le règne, accomplir la volonté. Tout l'esprit humain que
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VOUS y apportez tombera parla même; tous les défauts qui s'y glissent insensiblement disparaîtront : jalousie, rivalité, orgueil, esprit de domination, tout s'en ira. Seuls, l'esprit de foi et l'amour de Dieu en seront l'âme et l'inspiration constante. Tout sera bien fait, tout sera béni, tout prospérera.
« Ils ne virent plus que Jésus seul ! »
Enfin, ce qui vous trouble el vous effraie souvent, c'est Dieu Lui-même : Dieu dont les redoutables attributs vous déconcertent, Dieu qui est trop haut, trop loin, trop grand, trop insaisissable. Eblouies parfois, comme les apôtres, vous tombez de crainte.
Mais ne voyez plus que Jésus seul eXyous ne craindrez rien: Jésus dans la /a^/ice divine, pour vous l'adouciy. Il est venu satisfaire en votre nom; il a pris sur lui toutes vos ini- ({uités ; il les a effacées dans son sang ; il a (léchiré l'arrêt de mort qui était porté contre vous. Il est votre avocat, votre caution ; avec lui,qu'avez-vousà craindre de la justice divine? « Sa vérité vous entourera d'un bouclier. » En lui, « la justice et la paix se sont embrassées. »
Ne voyez que Jésus dans la miséricorde divine: elle vous paraîtra plus grande. « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. Il est venu chercher et sauver ce qui avait péri. » Il a pardonné à tous les pécheurs repentants, du haut
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de sa croix, il a excusé jusqu'à ses bourreaux, il a prié pour eux : « Mon Père, pardonnezleur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Il est l'incarnation de la miséricorde divine. En lui, Dieu apparaît tout amour et toute bonté. C'est en lui que Dieu s'est réconcilié le monde.
i\e voyez que Jésus dans la puissance de Dieu : Il vous la révélera plus étendue et plus éclatante. Où Dieu a-t-il jamais accompli plus de prodiges, déployé plus de force que dans son Christ ? L'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, bien plus que la Création de l'univers, font resplendir la toute-puissance divine. Ne voyez que Jésus dans la Providence : elle vous semblera plus attentive encore à tous vos besoins, plus touchante, plus maternelle, plus digne de votre amour et de votre reconnaissance.
Oh I que la vie tout entière se transformerait à vos yeux, si vous saviez ainsi ne plus ,voir que Jésus seul, en toutes choses et en toutes Icréaiures ! comme vos horizons s'agrandiîraient, s'illumineraient! comme votre âme [s'élèverait, se fortifierait, se dégagerait peu à [peu de tout l'humain, pour se transfigurer, se diviniser, pour devenir de plus en plus semrblable à l'âme du Sauveur!
Quelle gloire pour Dieu ! Quelle grâce pour [vous! Quel bien pour les hommes et pour le monde ! ce serait l'accomplissement du vœu
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de saint Paul : «Que Dieu soit tout en tous ! » Ce serait la prière et le désir ardent du Sauveur réalisés déjà sur la terre, en attendant qu'ils se réalisent un jour plus pleinement au ciel : « Je veux, mon Père, qu'ils soient avec moi là où je suis! »
Ne plus voir que Jésus sur la terre, sous les voiles de la foi, ne serait-ce pas commencer déjà la vie des élus qui le contemplent sans voiles dans l'éternité ?
APPENDICE I Le Règlement de vie.
Le Règlement de vie aune telle importance au point de vue de la ferveur qu'il nous a semblé nécessaire d'y revenir ici et de donner quelques conseils pratiques aux âmes de bonne volonté.
Vous donc qui désirez sincèrement devenir ferventes, vous préciserez, d'abord, un premier point qui est capital : l'heure de votre lever et de votre coucher.
« Je me coucherai et je me lèverai ordinairement à telle heure. Je ne retarderai pas mon sommeil à l'arbitraire par une lecture attachante, une conversation qui m'intéresse ou une simple fantaisie du moment. Je ne prolongerai pas le repos du matin par mollesse ou vanité. Lorsque je devrai me coucher plus tard pour des raisons sérieuses, ou en cas de fatigue exceptionnelle, je pourrai me lever plus tard. Mais, je fixerai la veille au soir cette heure plus tardive, afin de ne rien laisser au caprice et à la paresse du matin. »
Le lever, ainsi réglé, a une importance capitale pour les raisons suivantes :
i" Vous gagnez un temps précieux que vous ne retrouveriez plus : et, ainsi, vous ne vous exposez pas à omettre un exercice de piété ou un devoir domestique. Le plus souvent, en effet, c'est pour s'être levé trop tard que Ton manque la messe, la méditation, la
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prière, ou que Ton y apporte de la précipitation et de la négligence.
Que de jeunes femmes, pour ne pas vouloir se fixer une heure de lever, le retardent peu à peu indéfiniment, se mettent à lire dans leur lit, prennent d'autres déplorables habitudes, négligent tous leurs devoirs d'intérieur, au grand mécontentement de leur mari, ei arrivent à peine à être prêtes pour le déjeuner I
Les visites et les emplettes prennent l'après-midi; les dîners, les bals et les spectacles absorbent les soirées; il ne reste plus rien pour la vie utile et sérieuse, rien pour le devoir. La funeste habitude de né pas se lever à l'heure a tout compromis.
a® En vous levant à l'heure, vous habituez Vâmé à dominer h corps et à lé vaincre^ tandis que, dans le cas contraire, c'est le corps qui fait la loi et prend sur Tâme un empire dangereux.
3" Vous accomplissez un sacrifice agrèalU à Dieu, vous attirez sur vous et sur la journée de particulières bénédictions, et vous vous préparez par ce premier sacrifice à en accomplir bien d'autres qui ne manqueront pas de se présenter.
, 4® Vous êtes satisfaites de vous-mêmes, contentes et de bonne humeur : excellente disposition pour bien remplir tous vos devoirs.
5" Enfin, la journée est bien commmcée: voas êtes, dès le début, dans le bon chemin, et vous avez toutes les chances d'y persévérer.
Ainsi, le lever du matin, par les avantages qu'il apporte, les dangers qu'il écarte et toutes les conséquences qu'il entraîne, est un point essentiel qui doit faire l'objet de vos premières résolutions.
Vous réglerez, en second lieu, vos devoirs fiuvers Dieu et vos exercices de piété. Gomme il est souvent difficile
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dtns la vie du monde d'avoir une heure absolument déterminée, toutes les fois que cela ne sera pas possible, servez-vous de la formule : au premirr moment libre. Elle est à la fois large et précise : large, parce qu'elle se prête aux circonstances et tient compte des obstacles qui peuvent survenir malgré toute votre bonne volonté; précise, parce qu'elle vous oblige, dès que vous le pouvez, à faire ce qui a été différé pour de sérieuses raisons, et vous empêche d'attendre, de remettre à plus tard et d'accumuler ainsi à la fin de la journée des choses que vous ne pouvez plus faire ou que vous ne pouvez plus que très mal faire.
Après vos devoirs envers Dieu, réglez vos devoirt envers vous-mêmes : les défauts que vous avez spécialement à combattre; les vertus auxquelles vous devez particulièrement vous appliquer; le temps que vous donnerez, chaque jour ou chaque semaine, au travail manuel, aux soins du ménage, à votre culture personnelle, intellectuelle et morale, à des lectures sérieuses, à l'étude de la religion ; la direction aussi, l'ordre et la méthode que vous suivrez dans ces divers travaux.
Enfin, vous réglerez vos devoirs envers votre mar\ vos enfants, vos serviteurs, vos relations dans le monde, Y apostolat, la visite des pauvres et les bonnes œuvres que vous aurez grand soin de ne pas oublier.
11 est évident, d'ailleurs, que cette réglementation ne pourra être que très souple et très élastique, et se fera plutôt par principes généraux que par une précision d'heures et de minutes qui, étant irréalisable, serait absolument chimérique et ne servirait qu'à vous décourager. Le devoir et la piété ne doivent pas exclure la largeur d esprit, ni jamais vous faire tomber dans la manie, l'étroitesse, le ridicule et le guindé. Vous n'êtes ni des esclaves, ni des machines. Vous
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êtes les filles de Dieu et les épouses de Jësus-Chrîst : vous en avez la sainte et noble liberté.
Cette restriction est nécessaire. Sans elle, vous diriez, avec raison, que l'on vous impose un idéal tyrannique et impossible.
Mais, ces réserves admises, ne dites pas avec dédain qu'il y a dans ce règlement de vie un idéal rabaissé et que l'on veut vous faire tomber dans lei petites choses,
A celles qui parleraient ainsi, il faudrait répondre : Vous n'avez pas le sens des grandes choses. Vous ne savez donc pas que les petites choses sont le fondement indispensable et comme la texture des grandes ; que la plus belle tapisserie est le résultat d'une multitude de petits points qui se fondent dans le tout et produisent la beauté, l'harmonie et le fini de l'ensemble; que le plus étonnant chef-d'œuvre de la statuaire ou de la peinture est le produit d'une foule de petits coups de ciseau ou de pinceau ; que l'organisme le plus admirable est l'ensemble d'une multitude de cellules imperceptibles ; et qu'il y a là une loi constante et universelle que Ton retrouve dans toute la nature inanimée ou vivante : les infiniment petits sont la condition et la structure des infiniment beaux 1
C'est par le soin des petites choses que se sont formés tous les grands hommes et tous les Saints, toutes les femmes supérieures, toutes les solides chétiennes. Et voilà pourquoi, dans l'Évangile, Notre-Seigneur a voulu relever l'importance des petites choses en y montrant la cause des plus magnifiques récompenses :
a Bon et fidèle serviteur, parce que tu as été fidèle dans les petites choses, je t'établirai sur de très grandes. Mais celui qui est infidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes, n
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Votre règlement de vie entrera donc daus lea détails et précisera tout ce qui peut l'être. Combien alors il sera précieux pour vous! Quels avantages et quels secours vous y trouverez !
i" Vous ferez leaucovp plus de choses, parce que vous aurez du temps pour tout. Les personnes sans ordre n'arrivent à rien, ne font réellement rien. Mais celles dont la vie est ordonnée doublent en quelque sorte les heures : la somme de devoirs, de choses utiles, de jouissances même qu'elles font entrer dans une journée est incroyable.
1° Vous ferez mieux toutes choses^ parce que vous ferez tout avec calme, sans inquiétude, ni agitation. La personne sans ordre pense à tout à la fois, passe d'une chose à une autre, laisse celle-ci pour prendre cellelà : elle est à tout, excepté à ce qu'elle fait ; voilà pourquoi elle fait tout mal.
Celle qui a de Tordre, sait que chaque chose a sa place et qu'il y a une place, dans la journée, pour chaque chose. Elle ne se précipite, ni ne se presse; elle ne pense qu'à ce qu'elle fait, elle s'y donne tout entière, et c'est ainsi qu'elle fait toutes choses très bien.
3« Vous y OMS fatiguerez moins, parce que gardant le calme et la paix, vous éviterez cette agitation nerveuse, cette excitation constante, cette espèce de fièvre physique et morale d'où découlent vos plus grosses fatigues, et qui usent si vite vos forces et votre santé.
4" Vous serez exactes . L'exactitude a été surnommée : n La politesse des rois, d On pourrait l'appeler : la politesse des vertus. Elle en est comme le poli, le doux vernis et l'éclat, l'aimable rayonnement. C'est aussi la condition sans laquelle on ne vous tiendra pas compte de beaucoup d'autres sacrifices.
L'inexactitude est un manque de charité envers le
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prochain, que vous irritez en le faisant attendre. Ft c*est un tort immense que vous vous faites à vousmêmes, car en vous attendant on s'impatiente et ce ne sont pas vos qualités que l'on compte et que l'on relève, mais vos défauts. Une vie ordonnée vous fera faire toutes choses avec exactitude.
5** Enfin vous aurez plus de mérite dans tout ce que vous ferez. Le pjPÎncipe de toutes vos actions ne sera plus l'arbitraire, le caprice ou la passion du moment : mais ce sera le devoir et la volonté de Dieu.
Votre règlement ne sera pas semblable à une machine qui fonctionne automatiquement : ce ne ser;* pas un corps sans âme, mais ce sera un corps vivant, que Dieu lui-même animera de ses inspirations et de son souffle. G*est ainsi que chacune de vos actions, même la plus insignifiante, s'élèvera, se transformera, se surnaturalisera par l'intention qui en sera l'âme , et, comme le verre d'eau de l'kvangile, deviendra le prix de l'éternité. Tandis que la femme qui gaspilh» son temps dans le désordre et l'inutilité, ouïe profane dans le plaisir et le scandale, paraîtra devant Dieu les mains vides et l'âme chargée des plus lourdes responsabilités, celle qui emploie chrétiennement son temps et sa vie, selon les volontés de Dieu, aura les mains pleines de mérites et de grâces à l'heure dernière, et l'âme chargée de saintes et impérissables richesses.
Si vous méditez sérieusement ces incalculables avantages d'une vie ordonnée, vous n'aurez rien de plus à cœur que de vous faire, sans retard, un Règlement de vie.
APPENDICE II La Direction spirituelle,
Le Règlement ne saurait atteindre pleinement son but s'il n'est complété par une sage et prudente direction.
Le Directeur I ce mot effraie, plus encore peut-être que celui de renoncement qui paraît déjà si dur. Avec le renoncement on transige, on se met à l'aise; on se fait un renoncement à son idée. Le Directeur est un être vivant, qui parle et qui commande : on ne peut pas en prendre autant à son aise avec lui ; beaucoup en ont peur.
D'autres ne prennent pas la direction au sérieux, elles s'obstinent à n'y voir qu'une pose de convention et de bon ton, ou une prétention mystique. Le mot de a direction, » pour elles, prête à rire.
Ce mot n'est pourtant ni redoutable, ni ridicule ; mais il représente à la fois une idée juste et sérieuse, ainsi qu'un moyen grave et nécessaire pour avancer dans la vertu, et très utile pour éviter nombre de dangers, parfois de grandes cbutes.
Pour mieux vous en convaincre, nous allons exposer successivement la nécessité et lupratig^ue delà Direction spirituelle.