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CHAPITRE II Consolation et sécheresse

Sachant en quoi consiste la véritable ferveur, que devons-nous penser de ces dispositions intimes de l'âme appelées communément : la consolation, ou, en sens inverse, la sécheresse ?

La question est essentiellement pratique, parce qu'elle touche à tout un ensemble de sentiments auxquels nul n'échappe et qui exercent sur toutes les âmes une influence considérable. Il importe extrêmement d*être éclairé sur ce point, qui est une pierre d'achoppement pour un grand nombre. Beaucoup de personnes, tout au moins, perdent leur ferveur, ou lui portent des coups terribles, parce qu'elles ne savent pas se comporter comme il le faudrait dans la consolation ou dans la sécheresse. Le sujet est délicat, très complexe, difficile à traiter. Nous allons le rendre aussi clair que possible, en entrant dans les détails et en traçant à chacune la conduite qu'elle doit suivre, selon le cas où elle se trouve.

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Avant tout, retenez ce principe très certain et affirmé par tous les maîtres de la vie spirituelle, à savoir que ni la consolation, ni la sécheresse ne manifestent^ par elles-mêmes^ le véritable état moral d'une âme.

Il est des âmes très ferventes qui sont inondées de consolation; mais, il est aussi des âmes très ferventes qui sont accablées par la sécheresse, quelquefois plongées dans la désolation. Inversement, il est des âmes tièdes qui sont dans la consolation et aussi des âmes tièdes qui sont dans la sécheresse. Il est donc prouvé, par l'expérience, que ni la consolation, ni la sécheresse ne sont des signes auxquels on peut se fier pour discerner si l'âme est fervente ou tiède.

Ces sentiments intérieurs, suaves ou pénibles, ces douceurs ou ces aridités demeurent en réalité à la surface de l'âme et ne pénètrent pas au fond. Ils séjournent dans ce que l'on appelle la partie sensible de l'âme ; ils n'atteignent pas la partie libre et seule responsable ; ils n'entrent pas dans ce royaume de la volonté où Dieu désire régner et où il dépend de nous de Le faire régner effectivement.

Sans doute, ces sentiments, doux ou amers, pourront nous être imputés s'ils proviennent de notre libre volonté, si c'est nous qui en avons posé volontairement la cause ; et cela arrive quelquefois; nous dirons, en pareil cas,

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ce qu^il faut faire. Mais, il arrive aussi, et souvent, que ces dispositions sont produites par Dieu ou par le Démon, ou par l'un et l'autre à la fois, quoique dans un but tout opposé ; et, dans ces divers cas, nous n'y sommes pour rien.

Cet état de consolation ou de sécheresse peut même être produit par le jeu naturel de notre organisme ou de nos instincts, par le système nerveux, la circulation du sang, une bonne ou une mauvaise digestion, le temps qu'il fait, le milieu intellectuel ou moral qui nous entoure, les personnes avec lesquelles nous vivons.

N'est-il pas évident que nous ne saurions être responsables de dispositions morales, agréables ou fâcheuses, que nous n'avons pas librement provoquées, mais que nous subissons, qu'elles nous viennent de Dieu, du Démon, de notre nature ou de notre entourage ? Il ne serait donc pas juste de nous les imputer, soit en bien soit en mal, à mérite ou à démérite.

Cette première remarque est capitale ; elle domine tout le sujet et ne doit jamais être perdue de vue : l'état de consolation et l'état de sécheresse sont absolument distincts de la sainteté et de la ferveur réelle de l'âme.

Toutefois, ces états exercent sur l'âme une influence véritable, permanente, parfois considérable. Il est donc de la plus haute impor-

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tance de savoir quelle conduite on devra tenir à leur égard. C'est ce que nous allons exposer.

ï. — Les CONS0LA.TIONS.

Les consolations peuvent être très utiles pour porter à la vertu et au bien, pour en donner le goût et y attacher, pour aidera combattre victorieusement les inclinations perverses de la nature déchue.

La ferveur sensible soutient Tâme ; elle la porte, elle lui fait accomplir des actes de vertu dont l'âme ne serait pas capable sans elle. Elle facilite tout.

Dieu l'accorde de préférence au début de la vie spirituelle, — comme la mère prend son petit enfant entre ses bras, le nourrit, l'habille, vit, pense et agit pour lui.

Dieu donne encore les consolations, quand Il le juge utile, au cours de la vie. Tantôt, Il les infuse directement dans les âmes ; tantôt. Il se sert de causes secondes, — telles la nature ou l'entourage, — pour les procurer. Son but est de montrer à l'âme la splendeur de la vertu et surtout sa propre beauté à Lui, son amour et sa bonté, afin d'encourager cette âme au bien et de lui faire prendre des habitudes de ferveur.

Ce sont les « parfums de 1 époux, » dont il

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est parlé dans le Cantique des Cantiques, et dont « l'odeur fait courir » Tépouse à sa suite. Combien de personnes sont entrées dans le chemin de la véritable ferveur par la voie des consolations ! Combien de Saints ont été d'abord arrachés au mal ou à la tiédeur, et lancés dans la voie de la perfection par la douceur et les attraits de la grâce !

Mais aussi, combien d'âmes ont été retardées par les consolations, comme ces enfants qui s'amusent à cueillir des fleurs le long du chemin et arrivent en retard à l'école où le maître les attend ! Oui, combien d'âmes, en s'arrêtant aux consolations, se sont complues en elles-mêmes, se sont amollies et rendues incapables des efforts de la vertu !

C'est le but du Démon, soit qu'il vous envoie lui-môme de fausses consolations, soit qu'il se serve des consolations que Dieu vous accorde, de vous détourner du chemin ou de vous empêcher d'avancer, en vous retenant par des bagatelles, par de vains sentiments, et en vous persuadant que toute la ferveur est là.

Qu'allez-vous faire pour répondre aux vues de Dieu et pour déjouer les ruses du Démon? Comment vous comporterez-vous au milieu des consolations pour les tourner à votre profit spirituel ?

Vous devrez en user avec humilité^ reconnaissance, détachement et soumission. Ces

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quatre mots vous disent toute la conduite à tenir dans le temps de la consolation.

Vous en userez, d'abord, avec humilité. La consolation est un don de Dieu et non pas une vertu. L'âme qui se croit vertueuse parce que Dieu la porte, qui croit qu'elle agit parce que Dieu agit en elle, qui coni'ond les consolations et les secours de la ferveur avec la ferveur elle-même, est dans l'illusion.

Qu'elle use, pour avancer plus vite, des douceurs sensibles que Dieu lui donne à son service, comme le cavalier se laisse emporter par sa monture, selon la comparaison de l'Imitation : « Il va suavement à cheval, celui que porte la grâce de Dieu, » c'est très bien. Mais, que l'âme ne confonde pas son travail avec celui de Dieu et avec les faveurs dont Dieu la comble.

Vous n'avez aucun mérite à jouir de ces faveurs et vous n'êtes pas meilleures pour cela. Dieu vous porte ; quelle peine avez-vous à avancer ? Vous n'y avez que de la douceur ; vous ne devez donc pas en tirer gloire.

La ferveur sensible n'est que l'accessoire de la ferveur, une sorte de dessert spirituel, et non la solide et substantielle nourriture de l'âme. C'est une fausse ferveur que de faire consister la ferveur dans cette sensibilité même.

« Non, dit saint François de Sales, la dévotion ne consiste pas en la douceur, suavité,

consolation et tendreté sensible du cœur, qui nous provoque aux larmes et soupirs et nous donne une certaine satisfaction agréable et savoureuse en quelques exercices spirituels. Non, chère Philotée, la dévotion et cela ne sont pas une même chose ; car il y a beaucoup d'àmes qui ont ces tendretés et consolations, qui néanmoins ne laissent pas d'être fort vicieuses et, par conséquent, n'ont aucun vrai amour de Dieu et beaucoup moins une vraie dévotion. «

Ces grâces sensibles ne prouvent donc pas que vous soyez ferventes ; mais elles vous sont données pour le devenir. Elles prouveraient plutôt que vous êtes encore à l'état des enfants qui ne peuvent marcher seuls, et qui ont besoin de lait et de douceurs.

Pour toutes ces raisons, tenez-vous dans rhumilité, dans la défiance de vous-mêmes ; ne vous attribuez rien des faveurs sensibles dont vous êtes l'objet.

Il faut, en second lieu, user des consolations avec reconnaissance. Que Dieu est bon pour vous 1 II vous gâte. Il vous comble, Il vous fait sentir la douceur de son service et la suavité de son amour.

Vous devez L'en remercier sans cesse, et surtout Lui exprimer Votre reconnaissance d'une manière toute pratique, en profitant des faveurs qu'il vous accorde pour avancer dans la vertu et acquérir la vraie ferveur.

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Quand le vent souffle sur la mer, si le navire a des voiles, qu'on les ouvre ! Et le vent portera sans peine le navire où il doit aller. De même, quand la ferveur sensible souffle sur votre âme, profitez-en pour avancer, pour faire plus et mieux que vous n'avez fait encore.

Jusqu'ici, vous n'avez jamais eu le courage d'accorder à Dieu tel sacrifice qu'il vous demandait? Voici la ferveur sensible qui passe, qui vous soulève : bien vite, accomplissez le sacrifice que Dieu attend de vous. Jusqu'ici, vous remplissiez tel devoir avec négligence? Voici la consolation qui arrive : hâtez-vous de prendre l'habitude de bien remplir, désormais, ce devoir.

En un mot, employez la consolation à progresser vraiment dans la ferveur; c'est dans ce but que Dieu vous Penvoie, et ce progrès sera le remerciement qui Lui plaira davantage.

Vous devez encore, dans la consolation, pratiquer le détachement : je veux dire, ne pas vous attacher aux faveurs sensibles pour elles-mêmes, car alors elles pourraient vous détourner insensiblement de Dieu. Vous veillerez donc sur votre cœur, dans la crainte que les consolations de Dieu ne prévalent peu à peu sur le Dieu des consolations.

« Il faut, dit saint François de Sales, renoncer de temps en temps a telles douceurs, tendretés et consolaiions, séparant notre cœur

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d'elles; et protestant qu'encore que nous les acceptions humblement et les aimions, parce que Dieu nous les envoie et qu'elles nous provoquent à son amour, ce ne sont néanmoins pas elles que nous cherchons, mais Dieu et son saint amour, non la consolation, mais le consolateur, non la douceur, mais le doux Sauveur, non la tendreté, mais celui qui est la suavité du Ciel et de la terre '. »

D'ailleurs, un jour ou l'autre, les consolations vous abandonneront certainement. C'est alors qu'il faudra vous souvenir que la ferveur sensible n'est qu'un supplément et non l'essentiel de la ferveur, afin de ne pas tomber dans le désespoir de celles qui, confondant la véritable ferveur avec la ferveur sensible, croient la première perdue quand la seconde a disparu, et abandonnent la lutte par découragement. Vous serez sages d'envisager cette éventualité et de vousy préparer. Saint Ignace vous y engage, et il vous recommande, dans les moments de lumière et de consolation, de faire des provisions pour les heures de ténèbres et de désolation. N'oubliez jamais ce conseil.

Saint François de Sales le donne également : v( En cette affection, dit-il, — il parle de la

I. La plupart des citations de saint François de Sales que nous donnerons seront tirées de l'Introduction à la Vie dévote. IV« partie, c. xiii à xv.

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consolation, — nous nous devons disposer à demeurer fermes au saint amour de Dieu, quoique de notre vie nous ne dussions jamais avoir aïK^une consolation, et à vouloir dire également sur le mont du Calvaire comme sur celui du Thabor : 0 Seigneur! il m'est bon d'être avec vous, ou que vous soyez en croix, ou que vous soyez en gloire. »

Enfin, tous les maîtres de la vie spirituelle recommandent de parler au directeur de conscience des consolations qu'on éprouve, afin qu'il les contrôle et aide à en faire bon usage. Vous pratiquerez la soumission en vous référant à son avis. Personne n'est mieux placé, ni plus autorisé que lui, pour vous prémunir contre les illusions et les dangers qui proviennent des consolations spirituelles, et vous en faire retirer, au contraire, tout le fruit pour lequel Dieu vous les envoie.

IL — La sécheresse.

Les consolations spirituelles ne durent pas toujours. S'il faut savoir s'en servir^ il faut, plus encore, peut-être, savoir 5'e/i/?fl5.çer,* c'està-dire, savoir se conduire dans la sécheresse, tombeau de la ferveur pour un si grand nombre d'âmes.

J'arrive donc à la conduite à tenir dans le temps de la sécheresse.

LA NOTION DE LA FERVEUR ai

Vous commencerez par en chercher les causes en vous ; car, dit saint François de Sales, « nous sommes souvent nous-mêmes la cause de nos stérilités et de nos sécheresses. » En effet, il arrive que Dieu nous ôte ses consolations : soit, quand nous y prenons de vaines complaisances, pour nous punir de notre orgueil; soit, quand nous négligeons d'en profi* ter, pour nous punir de notre paresse; soit, quand nous recherchons trop les consolations humaines, les plaisirs sensuels ou mondains, pour nous punir de notre attachement aux choses périssahles ; soit, quand nous manquons de sincérité et de simplicité au confessionnal, pour nous punir d'avoir (( menti au Saint- Esprit. »

Cet examen de conscience, sur les causes possibles et responsables de la disparition des consolations sensibles, devra se faire sans inquiétude, ni curiosité, mais loyalement el courageusement. Si vous trouvez que la cause du mal est en vous, remerciez Dieu de vous l'avoir fait connaître, car déjà vous êtes à moitié guérie, puisque vous avez découvert d'où vient le mal. Puis, achevez la guérison en vous appliquant à corriger le défaut qui a motivé la suppression de la ferveur sensible. Renoncez à la vaine complaisance, combattez la paresse et la négligence, ne vous arrêtez plus aux consolations humaines et aux plaisirs du monde.

Quel service cette phase de sécheresse vous aura rendu déjà, si elle vous ouvre les yeux sur vos défauts et devient le point de départ d'une salutaire réforme de vous-mêmes.

Si, enfin, la cause delà sécheresse tient à la santé, à la fatigue, au surmenage, prenez les soins nécessaires pour remettre le corps en état de bien servir l'âme et de ne pas l'accabler.

« Le remède en cette occurrence, dit saint François de Sales, est de revigorer le corps par quelque sorte de légitime allégement et récréation. Ainsi, saint François d'Assise ordonnait à ses religieux qu'ils fussent tellement modérés en leurs travaux qu'ils n'accablassent pas la ferveur de l'esprit. »

Si, au contraire, vous ne voyez en vous aucune cause particulière de la sécheresse où vous êtes, ne cherchez pas davantage et observez les conseils que voici :

Humiliez-vous. Dites : « Mon Dieu, je ne suis, de moi-même, que poussière et néant, que misère et péché. Je ne mérite aucune de vos faveurs et de vos grâces. Je ne puis m'étonner de l'état où je me trouve : n'est-ce pas mon état naturel ? »

^nsuilQ^ demandez à Dieu^en toute simplicité^ le retour des consolations. Dites-lui : « Seigneur, vous voyez ma faiblesse. Je ne puis me passer de vous, ni marcher seule ; si vous ne venez à mon secours, je péris. »

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Loin de déplaire à Dieu, en Lui parlant ainsi, vous Lui montrerez le prix que vous attachez à ses faveurs et Tamour que vous Lui portez. Gomment, en effet, aimer Dieu vraiment sans souffrir de la soustraction de ses faveurs sensibles, sans avoir de la peine de ne plus sentir qu'on L'aime? Il est donc permis, dans la sécheresse, de se plaindre doucement à Dieu du délaissement où Ton se trouve et de Lui demander le retour de ses faveurs.

Ainsi fît Marie-Madeleine, au matin de la résurrection, quand elle cherchait son Maître avec larmes et demeurait assise au bord du tombeau. Elle s'adressait avec supplication à celui qu'elle prenait pour le jardinier : « Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites où vous l'avez mis, pour que j'aille le chercher? » Et Marie-Madeleine fut récompensée de sa prière ardente par l'apparition du Bon Maître.

Ainsi firent Marie et Joseph, lorsqu'ayant perdu leur divin Enfant, ils le cherchèrent pendant trois jours, s'informant auprès de tous ceux qu'ils rencontraient s'ils ne l'avaient pas vu; et, quand ils le retrouvèrent, ils lui adressèrent de doux reproches : « Mon Fils, votre père et moi nous vous cherchions remplis de douleur. »

Vous aussi, comme Madeleine, comme Marie et Joseph, vous retrouverez Jésus. Lorsque vous êtes dans la sécheresse, il vous semble

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qu'il est perdu, qu'on vous l'a enlevé et que vous pleurez devant un tombeau vide : voilà la cause de votre désolation et de votre détresse. Maiê patience; priez, cherchez: Jésus reviendra, il vous apparaîtra de nouveau ; vous pourrez vous jeter à ses pieds comme Madeleine, le serrer entre vos bras et sur Votre cœur comme Marie et Joseph.

Toutefois, prenez garde de ne demander ce retour de la consolation qu'avec un grand abandon à la volonté de Dieu et une parfaite pureté d'intention. Si vous le demandiez avec obstination et ténacité, ce serait un signe que votre intention n'est pas assez pure et que vous cherchez votre satisfaction personnelle plus que la gloire de Dieu. Cela suffirait pour empêcher votre prière d'être exaucée.

Si vous aimez Dieu pour Lui-même, vous devez toujours mettre Dieu au-dessus de ses dons et préférer sa volonté à ses faveurs. Or, il peut entrer dans les desseins de Dieu de vous priver de consolations sensibles pour un temps déterminé. Que ce soit une épreuve, comme Dieu en réserve aux âmes déjà saintes, pour les purifier et les sanctifier dans le creuset de la souffrance; ou que ce soit une punition, comme II en envoie aux âmes imparfaites et négligentes, — etvous devez toujours supposer que vous êtes de ces dernières, sans quoi votre orgueil vous perdrait, — dans un cas comme dans l'autre, la sécheresse est tou-

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jours une grâce, et Dieu la destine à votre amendement et à votre bien, à votre progrès dans la ferveur.

Combien peu de personnes, hélas I le comprennent! Combien, en pareille rencontre, abandonnent tout! Dès qu'elles ont perdu le goût sensible de la ferveur et cet attrait délicieux qui les portait à Dieu et leur rendait tout facile, dès qu'elles n'éprouvent plus cette ar~ deur qu'elles avaient coutume de ressentir, dès que « la gelée et la froidure sont passées chez elles, » comme dit saint François de Sales, les voilà abattues et consternées, languissantes et découragées. Dans la nuit profonde qui les enveloppe, elles se sentent perdues et renoncent pour toujours à travailler à leur perfection.

Tel est le mal d'un grand nombre: il est immense. Le Démon s'en sert pour arrêter une quantité prodigieuse d'âmes sur le che-min de la vertu, et les laisser dans une éternelle médiocrité ou une désolante tiédeur!

Cela ne vous arrivera pas, si vous n'oubliez jamais que la ferveur sensible est absolument distincte de la véritable ferveur et qu'en perdant la première vous n'avez rien perdu d'important, puisque la dernière peut demeurer parfaitement intacte.

En effet, connaissez-vous encore la volonté de Dieu ? Oui ^ sans doute; et, si vous l'aviez perdue de vue, Tobéissaiice est toujours là

pour VOUS la révéler avec certitude. Avez vous encore une volonté? Sans doute, aussi ; elle peut être affaiblie, diminuée, fatiguée, mais elle demeure, elle est vous-même. La grâce de Dieu vous manquera- t-elle? Impossible qu'elle vous fasse jamais défaut. Il vous reste donc les trois éléments de la fer veur : votre volonté, celle de Dieu et la force pour unir l'une à l'autre. Alors, pourquoi vous décourager?

Vous voulez plaire à Dieu? Vous ne pouvez mieux faire que de vous soumettre pleinement à sa volonté et d'accepter pour son amour la privation qtrt vous est pénible : rien ne vous fera marcher à plus grands pas.

Non seulement, dans la sécheresse, vous n'avez rien perdu de ce qui est nécessaire à la véritable ferveur, mais vous êtes dans un état plus favorable pour y parvenir. Qu'il y a j>eude personnes qui veulent le reconnaître ! Et, pourtant, que cela est vrai!

« Un seul acte fait en sécheresse d'esprit, dit saint François de Sales, vaut mieux que plusieurs faits en consolation, parce qu'il se fait avec un amour plus fort, quoiqu'il ne soit ni si tendre, ni si agréable. » Ces paroles éclairent le fond de la question.

L'âme privée des consolations sensibles a besoin d'un plus grand effort pour pratiquer la vertu. Mais elle y trouve un plus grand mérite et un avancement plus rapide; car l'auteur de

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