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CHAPITRE IV Qualités de la véritable ferveur

Rien ne mettra mieux en relief la nature de la véritable ferveur que d'exposer les qualités qu'elle doit avoir. Chacune de ces qualités sera la contre-partie d'une des fausses ferveurs que nous venons de signaler dans le chapitre précédent.

La véritable ferveur ne doit pas être intermittente et capricieuse, mais régulière et persévérante^ constante dans ses efforts. Ce qu'elle veut aujourd'hui, elle doit le vouloir demain et toujours. La volonté de Dieu étant immuable, ferme et toujours semblable à ellemême, la volonté de la personne fervente devra Têtre pareillement. Cette personne ne sera pas entièrement à l'abri du péché ; elle commettra encore des péchés de fragilité, comme on dit si bien, des péchés qui tiennent à notre nature déchue, environnée d'occasions, de tentations, plongée dans la concupiscence. Mais elle ne fera plus de péchés de parti-pris, de ces péchés auxquels on s'aban-

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donne d'avance, en refusant tout effort pour s'y soustraire.

Elle pourra tomber parce qu'elle sera faible ou surprise ; elle ne tombera pas avec une volonté pleine et délibérée. Sa volonté sera toujours droite et ferme, toujours résolument attachée à celle de Dieu. La constance est la première qualité de la vraie ferveur.

lu intégrité est la deuxième. La vraie ferveur doit être entière, totale, c'est-à-dire s'appliquer à toutes les volontés de Dieu sans en exclure aucune. Or, la volonté de Dieu comprend les préceptes et les conseils.

L'obéissance aux préceptes est l'indispensable moyen d'aller au ciel, car Jésus a dit : « Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements. »

Les conseils se réfèrent à la perfection : ils en sont la condition essentielle, nécessaire, pour les gens du monde comme pour les religieux. Ils n'obligent pas par eux-mêmes sous peine de péché: mais nul ne peut prétendre à la perfection, s'il ne les pratique selon la vocation spéciale où il est engagé.

La vraie ferveur s'étend à tout, sans rien omettre.

La personne fervente ne s'applique pas de préférence aux préceptes qu'elle aime le mieux ; mais elle aime tous les préceptes également, parce qu'elle aime la volonté de Dieu en eux. Elle s'applique même davantage

aux devoirs qui lui coûtent plus, parce qu'elle craint de les mal remplir et qu*elle veut les remplir très bien.

Elle pourra moins réussir dans ce qui est contraire à son tempérament et à ses goûts naturels ; mais elle n'y apportera pas moins de bonne volonté ; au contraire, elle redoublera de vigilance et de générosité, sentant qu'elle est exposée à moins bien faire.

En troisième lieu, la ferveur doit être intérieure. Cette qualité est le propre de toutes les vertus chrétiennes, et spécialement de la ferveur qui est la clef de voûte et le résumé de toutes les autres.

A l'opposé du pharisaïsme, le christianisme est la religion du cœur, la religion en esprit et en vérité. Si Dieu ne possède pas le cœur de l'homme, s'il ne possède pas son âme. Il n'a rien. Or, nous Tavons dit, l'âme est tout entière dans la volonté ; et, puisque la ferveur est l'attachement de la volonté à Dieu, il est clair que la ferveur doit être essentiellement intérieure.

Prenez donc garde d'agir machinalement et uniquement par habitude ; et renouvelez souvent votre intention de plaire à Dieu, selon l'avis de l'Apôtre : « Tout ce que vous faites en paroles ou en action, faites-le au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Soyez semblables à l'arche du Seigneur qui était toute d'or, non seulement au dehors, mais au

dedans. Que vos paroles et vos actions soient conformes à la volonté de Dieu ; mais que vos intentions aussi soient toujours de Lui plaire et de Lui obéir.

Votre ferveur, alors, revêtira un nouveau caractère, le désintéressement. Vous pouvez demander à Dieu certains biens temporels et les espérer de sa bonté ; mais ce n'est pas pour cela que vous Le servirez. S'il vous les donne, vous L'en aimerez davantage ; s'il vous les refuse, vous ne L'en aimerez pas moins. Ce que vous chercherez surtout dans le service de Dieu, ce sera Dieu. Vous L'aimerez pour Lui-même, vous Le glorifierez pour Luimême, attendant fermement de sa bonté et de sa fidélité, sa grâce en ce monde et votre salut dans l'autre. Plus vous vous oublierez pour penser à Dieu et chercher ses intérêts, plus aussi votre ferveur sera profonde et vraie.

La ferveur doit être encore souple et détachée. Nous avons condamné le formalisme et l'entêtement machinal, parce qu'ils ne sont qu'une des manifestations de la volonté propre. Or, la volonté propre est le principal ennemi de la ferveur, puisque la ferveur est la soumission à la volonté de Dieu.

L^âme vraiment fervente garde en toutes circonstances une sainte liberté, car son cœur est détaché de tout ce qui n'est pas le bon plaisir de Dieu. Elle aime ses exercices

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de piété, ses œuvres; mais elle n'y est pas atlachée, et elle ne fait pas difficulté de les suspendre ou de les quitter, si Dieu le lui demande.

Or, la volonté de Dieu se manifeste ici de deux manières : par la nécessité ou par la charité ; par la nécessité, quand une maladie, un accident, une circonstance imprévue qui s'impose, vous obligent à renoncer à ceci pour faire cela ; par la charité^ quand le salut d'une âme ou la gloire de Dieu requiert évidemment que vous laissiez une occupation pour une autre.

Mais, si la contrainte et le formalisme sont ennemis de la ferveur, l'instabilité ne lui est pas moins nuisible. 11 faut une règle, de l'ordre, un certain assujettissement à un programme de vie. L'âme fervente le sait et n'a garde d'y manquer. Ni instable, ni contrainte, ni capricieuse, ni entêtée, l'âme fervente est souple et détachée, parce que, ne tenant qu'à Dieu, elle Le suit partout où il Lui plaît de la conduire, et elle fait toujours ce qu'il lui demande. L'obéissance est sa meilleure sauvegarde et son plus sûr appui, parce qu'elle y trouve toujours d'une manière certaine l'expression de la volonté divine.

La ferveur doit encore être forte, parce qu'il y a des difficultés à vaincre, des obstacles à surmonter, des ennemis à combattre. La ferveur n'est pas la sainteté acquise, mais

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l'acquisition quotidienne et laborieuse de la sainteté ; elle demande de la fermeté, de l'énergie, du courage, une vaillance de tous les jours.

Il en faut, pour surmonter les tentations qui ne manquent jamais à personne et se multiplient souvent avec le progrès dans la vertu. Il en faut, pour supporter les caractères de ceux avec lesquels on vit et qui sont souvent le plus grand exercice pour la patience. Il en faut, pour mépriser les jugements du monde qui s'élèvent tôt ou tard contre les personnes pieuses, selon la prédiction de l'Evangile. Il en faut, pour se tenir dégagé des affections trop humaines, des tendances trop terrestres qui empêchent l'âme de monter à Dieu. Il en faut, pour accepter les peines, les souffrances, les épreuves de toutes sortes qui sont le lot commun des créatures ici-bas.

Il en faut, pour combattre ses imperfections et ses défauts, pour entreprendre une guerre continuelle contre ses propres inclinations et travailler sérieusement à la connaissance et à la correction de soi.

Il en faut, davantage encore peut-être, pour supporter ses propres imperfections sans s'abattre ni s'irriter ; pour pouvoir dire, comme saint François de Sales : « Mes chères imperfections ; » et pour garder cette constante humilité, cette inaltérable patience et cette

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inépuisable confiance en Dieu, qui sont les acolytes nécessaires de la vertu.

Il en faut, enfin, nous l'avons assez dit et il n'y a plus à y revenir, dans la sécheresse et la perte des consolations et autres grâces sensibles.

La ferveur doit aussi être prompte. On la concevrait difficilement sans cette nouvelle qualité. Gomment reconnaître que Dieu est notre souverain bien, comment vouloir sincèrement accomplir sa volonté, sans le faire promptement ? Tout retard, toute hésitation, n'est-ce pas un manque d'amour et de ferveur? Le voyageur qui est pressé d*arriverau but ne prend pas les trains de petite vitesse; il prend les express, et les rapides s'il y en a. Ainsi de l'âme fervente.

« Ceux qui sont simplement gens de bien, dit saint François de Sales, cheminent en la voie de Dieu ; mais les dévots courent, et, quand ils sont bien dévots, ils y volent. »

La promptitude à embrasser la volonté de Dieu est une marque évidente et une qualité nécessaire de la véritable ferveur.

En dernier lieu, la ferveur doit être aimable : c'est la conclusion nécessaire de tout ce qui précède, et cela découle des enseignements de l'Évangile.

Dieu nous ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, c'est-à-dire de lui vouloir les mêmes biens qu'à nous, de l'édifier, de lo

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rendre meilleur et plus heureux. Jésus va jusqu'à assimiler le commandement de l'amour du prochain à celui de l'amour de Dieu, disant expressément que ces deux commandements sont semblables. Il n'est donc pas possible d'aimer Dieu sans aimer son prochain, et l'amour du prochain est la marque et la preuve que nous aimons Dieu, car c'est Dieu que nous aimons dans le prochain.

Une ferveur qui ne serait pas aimable irait contre l'amour du prochain, et, par cela même, contre l'amour et la volonté de Dieu.

Combien de personnes paraissent ignorer cette vérité pourtant si certaine, scandalisent le prochain par leur humeur et leur caractère, et font prendre la ferveur et la religion en dégoût! On voit des mères agir ainsi à l'égard de leurs enfants, des épouses à l'égard d'un mari sans religion qu'elles devraient ramener par leurs vertus et qu'elles éloignent par leur manque absolu d'amabilité.

« Les malades aimeront votre dévotion, dit saint François de Sales, s'ils en sont charitablement consolés ; votre famille, si elle vous reconnaît plus attentive à son bien..., plus douce à reprendre ceux qui vous sont soumis ; votre mari, s'il voit qu'à mesure que votre dévotion croît, vous êtes plus cordiale en son endroit, et plus suave en l'affection que vous lui portez ; vos parents et amis, s'ils reconnaissent en vous plus de franchise, de sup-

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port, lie condescendance à leurs volontés qni ne seront pas contraires à celle de Dieu. »

L*amabiiité est le caractère essentiel de la ferveur, celui qui coûte le plus peut-être à notre égoïsme, mais l'un des plus bienfaisants au prochain et Tun des plus nécessaires.

Et, maintenant que vous connaissez mieux la ferveur, vous comprendrez pourquoi le divin Maître l'a comparée au feu. Aucun autre élément ne pouvait mieux la symboliser.

Le feu éclaire ; il produit la lumière. Et la ferveur aussi éclaire Tâme en lui montrant la volonté divine comme la règle souveraine et unique de toutes ses actions, comme le phare qui doit diriger ses libres mouvements et orienter sa marche vers le port de l'éternité. C'était la pensée du Psalmiste lorsqu'il s'écriait : «. Votre parole, ô mon Dieu, est la lumière de mes pas ! »

Le feu produit la chaleur et, par elle, le mouvement : il fait entrer en vibration les molécules qui composent les corps ; il communique aux éléments les plus faibles en apparence, comme la vapeur d'eau, la poudre, le salpêtre, la dynamite, une force prodigieuse.

Pareillement, la ferveur arrache l'âme au repos et à l'inertie : elle la met en activité, elle l'embrase d'une ardeur généreuse, elle l'entraîne aux plus courageux exploits, elle la rend héroïque.

Le feu biûle et consume tout ce qui est sur

sa route : il accroît son intensité de tout ce qu'il dévore ; il purifie tout ce qu'il touche.

De même, la ferveur se fait un aliment de tout ce qu'elle rencontre. « Pour ceux qui aiment Dieu, dit l'Apôtre, toutes choses tournent à bien. j> La ferveur détruit promptement les défauts ; elle purifie l'âme de ses imperfections ; elle la dégage de ses attaches terrestres ; elle en ôte les scories ; elle y fait reluire, dans tout son éclat, l'or du divin amour.

Le feu fait fondre les métaux les plus dure ; il les transforme en une lave brûlante et les rend capables, en cet état, de se mêler étroitement l'un à l'autre, au point de ne plus faire qu'un seul corps.

Et la ferveur, également, « liquéfie » l'âme, selon le mot de l'Ecriture, et lui permet de s'unir intimement à Dieu et de ne plus faire qu'un avec Lui.

En résumé, le feu est l'élément matériel qui représente le mieux la vie, comme le froid fait pensera la mort. Ne dit-on pas : la chaleur de la vie et le froid de la mort ?

Or, la ferveur est la vie par excellence, puisqu'elle communique à l'âme la vie supérieure, la vie de Dieu. Voilà pourquoi le divin Maître l'a comparée au feu. Et, de même qu'il a dit : « Je suis venu jeter le feu surla terre,etje ne désire qu'une chose : c'est qu'il s'allume! « il a îlit aussi : « Je suis venu pour qu'ils aient

la vie, et qu'ils l'aient plus abondante I » C'est la même idée, sous deux expressions différentes. Feu et vie sont synonymes dans la pensée de Jésus : et la ferveur est représentée \ par le feu, parce qu'il est la vie par excellence.

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