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CHAPITRE V Jésus modèle de ferveur

Pour concevoir de la ferveur une idée plus haute et plus juste, et aussi pour la rendre plus attrayante encore et plus désirable, considérons-la dans son parfait modèle et son exemplaire achevé, en la personne adorable de notre divin Maître.

Jésus a montré en lui-même, par ses paroles, par ses œuvres et par sa vie, la véritable ferveur dans une éclatante lumière.

Le trait distinctif de sa sainteté, c'est son attachement inviolable et constant à la volonté de son Père. C'est la première pensée qu'il exprime en venant ici-bas et tout le but de sa vie; l'Apôtre nous l'atteste : « Le Christ, en entrant dans le monde, a dit : c. Me voici, « mon Dieu, je viens pour accomplir votre « volonté ! »

C'est le résumé de toute sa vie cachée. Il le fait comprendre à ses parents : (( Il faut que je sois aux choses de mon Père. »

C'est l'âme de sa vie publique : « Ma nour-

ritiire est de faire la volonté de mon Père; je fais toujours ce qui lui plaît. »

C'est sa préoccupation dominante pendant sa Passion et sur la croix. Il ne veut pas laisser un iota de la loi sans l'accomplir. Il repasse son œuvre, fait son examen de conscience, pour être sur qu'il n'a rien oublié. Il s'en rend à lui-même par deux fois le témoignage : « J'ai accompli l'œuvre que vous m'avez donné à faire, » dit-il à son Père pendant la Gène; et, avant de mourir, il répète encore : « Tout est consommé. »

Aussi, quand saint Paul a voulu résumer la vie de son Maître, il n*a pas trouvé d'expression plus juste, plus saisissante que celle-ci : « Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. »

Jamais aucune volonté humaine n*a été, ni ne sera unie à celle de Dieu, comme la volonté de Jésus l'a été à celle de son Père. (L Moi et mon Père, nous sommes une même chose, » disait-il; et ces paroles ne s'appliquaient pas seulement à l'union des deux personnes divines dans une même nature divine, mais elles s'appliquaient aussi à l'union de sa volonté humaine avec la volonté divine de son Père.

La ferveur, avons-nous dit, est la perfection de l'amour. Quel amour a été plus sincère et plus vrai, plus profond et plus puissant, plus ardent et plus fort, que l'amour de Jésus pour

son Père ? Quelle ferveur sera donc jamais comparable à la sienne ?

Elle a été constante et persévérante : elle n'a pas subi un moment d'éclipsé, ni de défaillance; mais elle a toujours été en croissant, selon la parole de l'Evangile : « Il avançait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. »

Elle a été entière : il n'y a pas un précepte, pas un devoir d'état, pas un conseil, qu'il n'ait pratiqué dans la perfection : a Je fais toujours ce qui plaît à mon Père. ^

Elle a été intérieure : son œil était toujours simple, son intention droite et pure; il adorait en esprit et en vérité, comme il voulait qu'on adorât. Il fuyait les regards des hommes, et se retirait la nuit sur la montagne pour y mieux prier.

Sa ferveur a été désintéressée : « Je ne cherche pas ma gloire, mais la gloire de Celui qui m'a envoyé. J'honore mon Père. » Il s'est dévoué à la gloire de Dieu et à notre salut. Il y a donné sa vie.

Sa ferveur a été souple et détachée : échappant, à la fois, à l'instabilité et à la contrainte. Ne tenant à rien, il était prêt à renoncer à tout, uniquement attentif au bon plaisir de son Père et au bien de nos âmes.

Sa ferveur a été réglée : il n'a pas devancé d'une heure les moments marqués par la Sagesse divine.

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Sa ferveur a été admirable de force et de vaillance.

Il a supporté, sans une plainte, le travail, la faim et la soif, le jeûne prolongé, les longues fatigues, les nuits sans sommeil et toutes les atroces douleurs de sa flagellation, de son couronnement d'épines et de son crucifiement.

Il n'a pas été moins énergique dans son âme que dans son corps. Il a supporté, toujours humble et patient, ses trente années de réclusion, tandis qu'un zèle de feu le pressait sans cesse de s'élancer à la conquête des âmes et de commencer son ministère public.

D'un seul mot, au désert, il a repoussé les tentations les plus perfides du démon.

Les outrages, les injures, les humiliations des Pharisiens et des Scribes l'ont laissé aussi impassible que les enthousiasmes et les cris d'admiration de la foule.

La vue de nos péchés, de nos ingratitudes, de nos crimes, qui ne l'a pas quitté, lui a causé une « continuelle douleur, » mais n'a pas fait fléchir sa fermeté.

Et quand son Père, Lui-même, pour l'éprouver davantage, pour accroître ses mérites, et grandir encore la sublimité de son œuvre et de sa sainteté, quand son Père l'accable des plus cruelles souffrances au jardin des Olives, quand Dieu s'éloigne et se retire pour l'abandonner seul et désolé sur la croix, s'il

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fait entendre une plainte, s'il demande « que ce calice s'éloigne, » s'il pousse un grand cri de détresse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » ce n'est pas une défaillance. C'est pour nous montrer la violence de sa douleur; c'est pour nous toucher et nous attendrir davantage; c'est pour nous instruire aussi, pour nous dire que lui, le premier, a passé par cet état si douloureux de sécheresse et d'abandon; pour nous apprendre, enfin, que dans la même épreuve nous lui sommes plus semblables, et comme lui, si nous l'acceptons par amour, plus agréables à son Père.

Est-il besoin d'ajouter que la ferveur de Jésus a été prompte? Conçoit-on seulement un moment d'hésitation ou de retard dans cette nature d'élite, dans ce cœur de feu, dans cette âme magnanime du divin Rédempteur? C'était plus que de la promptitude, c'était de l'élan, de l'enthousiasme, une ardeur qu'il avait peine à contenir, et qui le pressait sans cesse de voler au-devant du sacrifice et de la souffrance. « Il y a un baptême dont je dois être baptisé, et je me sens pressé qu'il s'accomplisse! h — Et encore : u J'ai désiré ardemment manger avec vous cette Pâque ! »

Voilà les sentiments du Sauveur. On ne peut rien imaginer de plus généreux, ni de plus ardent, ni de plus empressé!

Enfin, sa ferveur a été aimable au delà de

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toute expression. Il n*était pas seulement, comme le Psalmiste le dit de lui : « Le plus beau des enfants des hommes; » il en était le plus affable, saint Paul l'atteste : v La bénignité et l'humanité du Sauveur nous sont apparues. »

Quand il passait au milieu des foules, il y avait dans ses yeux, sur son visage, sur ses lèvres, une telle expression de douceur et de bonté, qu'il attirait plus encore par sa personne et ses manières que par ses miracles, et qu'on l'appelait naturellement : « Bon Maître. »

Il était aimable pour tous, surtout pour les petits, pour les pauvres, pour les malheureux, pour les malades, pour les affligés, pour les pécheurs. Seuls, les Pharisiens et les mauvais riches, les cœurs endurcis et les esprits rebelles, les hypocrites qui résistaient ouvertement à la grâce, étaient exclus de cette bienveillance. Encore, dans la sévérité des paroles qu'il leur adressait et des regards qu'il leur lançait, y avait-il ce calme inaltérable, cette paix surnaturelle, cette note divine qui excluait toute rancune, tout esprit de vengeance et de colère humaine, et laissait transpirer la douceur de l'Agneau et l'inépuisable bonté du Rédempteur.

Voilà le Maître, voilà le modèle! Ou plutôt non : le tableau que nous en avons fait n'en est qu'une trop pâle copie et une ombre trop atténuée.

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Il n'y a pas de paroles pour dire, pas d'expressions pour rendre l'amabilité et la ferveur de Jésus !

Il aurait fallu être à la place des apôtres, au milieu des foules de la Judée, au nombre de ces malades qu'il guérissait d'un regard, d'un attouchement, d'une parole, pour comprendre quelque chose du charme incomparable et du rayonnement divin qui s'échappaient de toute sa personne.

Ce n'est qu'au ciel, dans la gloire, dans le face à face de l'éternité, qu'il nous sera donné de jouir, un jour, des rayons de ce soleil d'amabilité et de ferveur, qui éclaire et réjouit à jamais les anges, les élus et les saints, et qui sera l'ineffable récompense de notre ferveurl

DKUXIEME PARTIE

Quand on sait ce qu'est la ferveur, quand on l'a contemplée en Jésus toute resplendissante de charmes et de beauté, comment ne pas l'aimer déjà et ne pas se sentir fortement attiré vers elle ?

Toutefois, pour rendre cet amour plus profond et cet attrait plus entraînant, nous allons exposer ici tous les biens que la ferveur apporte aux âmes généreuses qui la cherchent.

Trop de personnes s'imao^inent ne trouver dans la ferveur que des sacrifices, des épreuves, des peines, de douloureux efforts : et cela les épouvante. Ces personnes ne voient que le côté ingrat de la ferveur, parce qu'elles la regardent à l'envers et, saisies de frayeur, elles s'en détournent aussitôt.

Mais qu'elles regardent la ferveur du bon côté! Elle leur apparaîtra si belle, si utile, si nécessaire, elles y découvriront tant d'avan-

tages, tant de richesses, qu'elles s'en éprendront spontanément et ne pourront plus en détacher leurs yeux ni leur cœur.

Qu'elles consentent donc à lire ce qui suit! Leurs vaines craintes ne tarderont pas à s'évanouir et à se changer en attraits irrésistibles; car, le Saint-Esprit nous avertit, par la bouche de l'Apôtre, que « la piété est utile à toutf qu'elle a les promesses de la vie présente. et celles de la vie future^ » Peut-on dire plus brièvement et plus fortement que rien ne saurait être meilleur que la ferveur, puisqu'elle nous apporte tous les biens que nous pouvons souhaiter en ce monde et dans l'autre? De telles promesses ne sont-elles pas faites pour séduire les âmes les plus insensibles, et entraîner les plus récalcitrantes?

I. La ferveur qui rend la piété parfaite bénéficie dos mêmes promesses. [Note de Vauteur.)

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