CHAPITRE PREMIER Les promesses de la vie présente : le Bonheur
Le bonheur est le besoin le plus universel et le plus irréductible, la soif la plus insatiable de toute âme humaine. Or, il arrive trop souvent que la ferveur apparaît comme la ruine du bonheur. Beaucoup de personnes s'imaginent que, pour être ferventes, il faut renoncer à être heureuses î C'est pourquoi elles s'éloignent de la ferveur.
Ce sera leur rendre un grand service de détruire ce préjugé que la ferveur est l'ennemie du bonheur. Ce sera affermir leur confiance et stimuler leur courage que de montrer l'alliance étroite, nécessaire, qui a toujours existé et existera toujours entre le bonheur et la ferveur.
Comment la ferveur et le bonheur sont indissolublement unis^ et comment ce genre de bonheur que la ferveur apporte est le seul véritable bonheur ici-bas ^ c'est ce que nous allons dire
I. — Prouver V union du bonheur et de la ferveur à qui veut réfléchir un instant est chose facile.
Déjà l'Ancien Testament, qui cependant parle souvent de la crainte de Dieu et met plus en relief peut-être les attributs de sa puissance et de sa souveraineté que ceux de son amour, est rempli de paroles de joie et d'allégresse, quand il exhorte au service du Seigneur : u Paraissez devant Dieu dans l'exultation ; soyez dans la jubilation en présence du Roi votre Seigneur ! » Cent autres passages de la Sainte-Ecriture expriment la même idée : le bonheur qui doit inonder l'âme dès qu'elle se met devant Dieu.
Le Nouveau Testament est bien plus explicite encore. Une joie céleste déborde de toutes les pages du texte sacré.
Quand la Très Sainte Vierge, après le divin message, a conçu dans son sein le Fils du Très-Haut, le Verbe fait chair, son âme éclate dans le plus beau transport et les plus nobles accents de joie que le monde ait jamais connus « Mon âme glorifie le Seigneur. Et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur! »
Lorsque l'Ange apparaît aux bergers pour leur apprendre la naissance du Messie, que
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leur dit-il ? u Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple ! »
Au commencement de son ministère public, quand Jésus rassemble la foule sur la montagne pour l'instruire de la doctrine nouvelle, quelle est sa première parole ? « Bienheureux ! » Et il la répète jusqu'à huit fois dans ce discours que l'on a si bien nommé : le sermon des béatitudes. Ces béatitudes sont toute la science que le Maître apporte à ses disciples.
Cette parole de béatitude, Jésus la fait entendre à la Samaritaine sous une autre forme bien expressive : « Si vous saviez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit: donnez-moi à boire, c'est vous qui lui demanderiez à boire, et il vous donnerait une eau vive. ..Celui qui boira de cette eau n'aura plus jamais soif, mais l'eau que je lui donnerai deviendra dans son sein une source qui jaillira jusqu'à la vie éternelle. « Attiré par cette magnifique promesse, le cœur de la Samaritaine est aussitôt gagné.
0 femmes mondaines, femmes passionnées de frivolités, affamées de plaisirs défendus, que votre cœur serait vite changé et gagné à Dieu, si vous compreniez la même parole I
Peu de temps après, se retrouvant en face de cette foule qu'il aime, pour laquelle il est venu, Jésus étend ses bras, ouvre son cœur et s'écrie : « Venez à moi, vous tous qui êtes
chargés, et je vous soulagerai. Mon joug est doux, mon fardeau léger ; apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes! »
Une autre fois, c'est au milieu du temple, en présence encore de la foule accourue de toutes parts pour la fête, qu'il ne cesse de crier : « Que celui qui a soif vienne à moi et qu'il boive ! »
O vous, à qui une soif malsaine fait commettre le mal, si vous pouviez être altérées de cette soif surnaturelle et aller boire à ces eaux divines, que vous seriez promptement transformées ! Et quel bien ne feriez-vous pas, alors ?
Sur le point de quitter ses apôtres, au milieu même des graves et tristes pensées de sa mort et de sa passion qui approchent, Jésus leur parle encore de paix et de bonheur, avec une remarquable insistance : ce Que votre cœur ne se trouble pas... Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. . Je ne vous la donne pas comme le monde vous la donne... Votre tristesse se changera en joie... et votre joie, personne ne vous l'enlèvera. »>
Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Evangile, il est sans cesse question de joie. Dans les paroles du Sauveur, dans sa doctrine, dans ses promesses, il y a comme un chant continuel et un rayonnement incessant de bonheur.
En souvenir de ces enseignements, et tout
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pénétrés (le leur salutaire et profonde influence, les apôtres, au milieu même des persécutions et des outrages, se sentaient remplis de bonheur : « Ils allaient tout joyeux. » Saint Paul, dans ses lettres, répétait à ses disciples : « Réjouissez-vous,je vous le dis encore, réjouissezvous ; » et il mettait la joie au nombre des fruits du Saint-Esprit.
Les Saints n'ont pas eu d'autres sentiments, et ils ont propagé à travers les âges cette doctrine sur l'union de la ferveur et de la joie, de la vertu et du bonheur. La parole de saint François de Sales est devenue pour eux un axiome : un saint triste est un triste saint.
Sainte Thérèse, l'austère contemplative, qui, par ses cloîtres grillés, armés de pointes de fer, effraie et repousse plus que toute autre peut-être nos générations amollies, sainte Thérèse ne recommandait rien tant que la joie. Elle avait horreur de la tristesse ; elle la regardait comme l'un des plus dangereux ennemis de la sainteté ; elle faisait une guerre implacable à la mélancolie. Aujourd'hui encore, un caractère sombre et triste est un obstacle pour entrer au Carmel.
Est-ce que les paroles et les exemples des Saints nous tromperaient? Est-ce que l'Ecriture Sainte, inspirée de Dieu, nous tromperait ? Est-ce que Notre-Seigneur lui-même nous aurait trompés, en nous attirant par de séduisantes et magnifiques, mais vaines promesses ?
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Évidemment non ! Le service de Dieu, la vraie ferveur, doivent donc nécessairement nous donner la joie et le bonheur. Au reste, Texpérience de toutes les âmes qui se sont adonnées sérieusement à la ferveur est là pour l'attester.
Regardez les personnes vraiment ferventes, observez-les, écoutez-les parler. Leur physionomie douce et calme, affable et tranquille, leurs paroles pleines de bienveillance et de charité, leurs accents toujours suaves, tout en elles respire la paix et la joie. Interrogez-les, cherchez à lire dans ces âmes, à pénétrer dans le fond de leur cœur, vous y trouverez une joie pure et profonde comme les eaux transparentes de ces beaux lacs qui dorment au soleil d'Italie.
Vous-mêmes, souvenez-vous de ce que vous avez ressenti à ces heures ineffables où la grâce vous parlait au cœur, où vous vous sentiez si près de Dieu, où il vous semblait voir Jésus de vos yeux, le toucher de vos mains, et où vous vous êtes écriées dans l'élan d'un amour tout spontané et d'une familiarité touchante et intime : « 0 Jésus, mon frèrej mon ami, mon bien-aimé, l'époux de mon] âme^ vous êtes à moi et je suis à vous ! Entre] nous deux, c'est à jamais ! » En ces heurei indicibles, vous avez connu la vraie joie !
Ne la cherchez pas ailleurs, vous ne la trouveriez pas! Ni les sceptiques, ni les impies,!
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ni les liberlins, ni les pécheurs, ne peuvent la connaître.
Si, parfois, le sourire apparaît sur leurs lèvres, c'est quelque chose de ce « hideux sourire » attribué à Voltaire, qui n'est que le masque et l'hypocrisie de la joie, et qui dissimule mal l'amertume et les larmes dont leur cœur est rempli.
La tristesse frappe spécialement toutes ces u victimes du doute, » comme on les a si justement nommées, tous ces « transfuges, » par l'esprit et le cœur, « de la vérité » chrétienne ; car ils sont tombés de plus haut, et, comme on l'a encore remarqué, « le christianisme, quand il se retire des âmes, y fait un vide et un désert qu'elles ne se connaissaient pas avant lui. » Le pauvre Sainte-Beuve, qui écrivait ces lignes, avouait, avec une mélancolie profonde et une horrible angoisse, « qu'il ne voulait plus croire qu'à l'illusion infinie. » L'infortuné !
Ses pareils en sont tous là. En traversant, un jour, les jardins du Pincio à Rome, je me trouvai tout à coup en présence du buste de Léopardi, le célèbre sceptique italien ; et, en contemplant cette tête énorme, penchée et comme tombante sur la poitrine, ces yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, ces traits creusés par de larges sillons, il me semblait voir l'image même et comme le dieu de la tristesse. Non ! point de joie dans
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le scepticisme, dans Timpiété, dans le mal!
Point de joie non plus dans le monde et tous ses vains plaisirs ! Les mondaines ont Tapparence, le vêtement de la joie; elles n*en ont pas la réalité. Elles ne peuvent pas l'avoir.
Pour être heureuse, il faut croire à quelque chose de grand, d'élevé, de certain: là est le repos et la satisfaction de \ esprit. Mais la mondaine ne croit qu'aux futilités, aux bagatelles, aux choses les plus vaines et les plus misérables : elle ne croit qu'à des riens.
Pour être heureuse, il faut espérer quelque chose de noble, de beau, d'assuré : c'est le besoin, la force et la récompense de la volonté. Maislamondaine n'espère queles compliments et tous les mensonges de la vanité et de la coquetterie : elle n'espère que des riens.
Pour être heureuse, il faut aimer ce qui est digne de l'être, ce qui est réellement bon, solide, indestructible : c'est la soif insatiable, c'est le seul vrai bien du cœur. Mais la mondaine n'aime que le plaisir, le succès, la fragile beauté: elle n'aime que des riens.
Elle est la dupe de toutes ses illusions.
Non, elle n'est pas heureuse! Non, le bonheur n'est pas son partage !
Le bonheur, le vrai bonheur n'est pas même dans les joies terrestres les plus légitimes, dans les affections humaines les meilleures, les plus saintes, les plus douces au cœur ; car elles manquent de trois conditions nécessaires
pour que l'âme soit satisfaite : Tuniversalité, l'infinité, l'éternité.
Elles manquent d'universalité, car aucune d'elles n'est assez large pour remplir à la fois toutes nos facultés. Quand une de nos facultés est satisfaite, l'autre est en souflrance. Tantôt l'esprit trouve son aliment, mais le cœur est en détresse ; tantôt le cœur a sa joie, mais l'esprit est inquiet; tantôt l'âme est heureuse, mais le corps est dans la douleur. Il n'y pas de joies humaines qui atteignent toutes nos facultés à la fois, qui soient universelles.
Il n'y en a pas non plus àHrifinles, d'assez profondes même pour nous satisfaire complètement : il reste toujours un désir qui n'est pas rempli, une soif qui n'est pas étanchée, un vide que rien ne peut combler. Le tourment de l'infini nous fait souffrir, et rien icibas ne peut l'apaiser, puisque rien n*est infini.
Enfin, aucune de nos joies humaines n'est stable. Elles durent un moment, pour finir aussitôt ; elles brillent aujourd'hui, pour s'éclipser demain. G*est l'alternative du soleil et de la pluie, du beau ciel et de l'orage. Pas une de nos joies n'est durable.
Aussi, saint Augustin, ce grand esprit, ce cœur encore plus grand, philosophant et rêvant sur le bonheur en face de l'Océan et de toutes les merveilles de la nature, et passant en revue toutes les choses créées, depuis la terre et la mer jusqu'aux astres et aux Anges,
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entendait-il une voix lui crier toujours, après chaque nouvelle vision qui lui apparaissait : Non, ce n'est pas là le bonheur ; il faut monter plus haut !
Le bonheur véritable, le bonheur universel, infini, éternel, est en Dieu, qui seul peut satisfaire toutes nos aspirations à la fois, les ^i sdX\^ïd\ve. pleinement et les satisfaire toujours. "I
Ce bonheur, sans doute, ne nous sera donné entièrement qu'au ciel; mais, ce qui nous en rapproche le plus ici-bas, c'est la ferveur ; parce que la ferveur nous donne Dieu et met déjà le ciel dans nos cœurs.
Gela n'est-il pas légitime, raisonnable, nér cessaire?
L'âme humaine, comme le dit saint Augustin, n'est-elle pas « faite pour Dieu PwEt peut-, elle trouver en dehors de Lui la paix, le repos,] la satisfaction de tous ses nobles instincts ? Non ! pas plus que le poisson ne peut vivre horsj de l'eau, et l'oiseau hors de Tair, l'âme humaine ne peut vivre hors de Dieu. Hors de Dieu, elle manque d'air et de lumière ; elle est asphyxiée; elle ne peut que souffrir et mourir!
Au contraire, donnez-lui Dieu, aussitôt elle, voit, elle respire, elle se dilate, elle vit, elh rayonne de joie !
Comment une vérité si évidente est-elle] donc si pratiquement méconnue ? Comment a-t-il tant d'âmes qui redoutent la ferveur,quî| la fuient parce qu'elles en ont peur ?
Comment y a-t-il des personnes assez aveuglées pour mettre le bonheur où il n'est pas, et s'obstiner à ne pas le voir où il est ?
Comment le monde, qui vient à vous couronné de roses, mais avec de si décevantes promesses, est-il plus puissant sur vos cœurs, par ses horribles mensonges, que le divin Sauveur, couronné d'épines il est vrai, mais portant dans ses mains, dans son cœur, les plus réelles etles plus magnifiques promesses de la véritable vie?
O infortunées, « jusques à quand aurezvous le cœur endurci ? Jusques à quand aimerez-vous la vanité et chercherez-vous le mensonge? »
Ah ! il est temps de faire tomber le bandeau qui est sur vos yeux, de déchirer le voile qui vous cache la vérité. Il est temps de reconnaître enfin et de proclamer que, seule, la ferveur donne le véritable bonheur, et qu'en dehors de la ferveur il n'y a pas de bonheur.
Dieu, dans son amour et sa toute-puissance, a uni à jamais, par un indissoluble mariage, ces deux grandes choses : le bonheur et la ferveur, et rien désormais ne pourra les séparer !
II. — Quel est ce bonheur que Dieu promet de nous donner par la ferveur ?
Beaucoup se font illusion, et confondent leurs désirs, téméraires ou aveugles, avec leurs véritables intérêts.
Le bonheur que Dieu nous promet dans la ferveur, n'est pas l'exemption des épreuves, soit temporelles, soit spirituelles. Le bonheur terrestre n'est pas le bonheur céleste. Ce n'est pas un bonheur qui exclut la souffrance ; c'est un bonheur qui la comporte, mais qui la surmonte joyeusement. Que dis-je ? il va parfois au-devant, il la désire, il l'appelle, il s'en fait un aliment. Si étonnant que cela paraisse, si en contradiction que cela soit avec tous nos instincts naturels, le fait est certain. L'histoire de tous les Saints l'atteste avec une force et une éloquence irrécusables.
Saint Paul, accablé de tant d'épreuves, mis en prison et enchaîné, une fois lapidé, trois fois battu de verges, trois fois naufragé, pauvre, gagnant son pain par son travail pour ne pas être à charge à ses frères, s'écrie : ce Je surabonde de joie au milieu de toutes mes tribulations ! »
Saint André fait retentir de véritables chants d'allégresse en voyant la croix sur laquelle on va l'attacher ; il empêche le peuple de le délivrer : « 0 croix, ô bonne croix ! » répète-t-il avec un indicible amour.
Saint Ignace d'Antioche,plus qu'octogénaire, sur le vaisseau qui le transporte à Rome, écrit à ses frères sa joie à la pensée d'être dévoré
par les bètes, sa crainte qu'elles ne l'épargnent, sa résolution de les exciter contre lui ; il exulte à la pensée qu'il va « être broyé parla dent des bêtes et devenir le froment du Christ ! »
Saint François d'Assise, le grand pauvre, le grand pénitent, le grand stigmatisé de l'Aiverge, est dans une continuelle ivresse de joie et de bonheur.
Saint François-Xavier, au milieu des travaux les plus étonnants et des fatigues les plus accablantes, a l'âme tellement inondée de délices qu'il ne peut les soutenir et s'écrie : « Assez de joies, mon Dieu, assez! »
Et tous les Saints ont connu les mêmes sentiments. Les épreuves temporelles, loin d'abattre leur joie, Tont exaltée encore.
Les peines spirituelles ne l'ont pas troublée non plus. Comme ces orages qui s'abattent sur la plaine et laissent les hautes cimes dans la sérénité d'un ciel pur, les tentations, les passions, toutes les tempêtes intérieures les plus violentes ont laissé l'âme des Saints, en la plus noble partie d'elle-même, dans une paix profonde.
Les Saints ont vérifié la parole de l'Ecriture : « Bienheureux celui qui supporte la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie. »
Ne dites pas, surtout : Cela ne s'applique point à moi, car je ne suis pas appelée à la
sainteté. Vous n'êtes pas appelées toutes à ce môme degré de sainteté, c'est vrai; mais, toutes, vous devez travailler à la même sainteté, pratiquer les mêmes vertus, bien qu'en une mesure moindre. Et ce qui a été vrai pour les Saints le sera pour vous, quand vous le voudrez.
Vos épreuves temporelles et spirituelles seront moindres ; votre joie aussi sera moindre ; mais elle sera aussi sincère et aussi pure.
Pour l'appeler par son vrai nom, celui que l'Evangile lui donne, ce sera la paix^ cette paix de Dieu, dont saint Paul nous ditqu' « elle surpasse tout sens humain. » Elle est l'habitation de Dieu dans une âme, et la possession de Dieu par la pratique courageuse des vertus chrétiennes; elle est l'attachement définitif de l'âme à Dieu, le commencement de la béatitude et de la gloire.
L'âme qui s'est ainsi donnée à Dieu, Lui disant comme l'épouse dit à l'époux au pied de l'autel : entre nous c'est irrévocable! cette âme a trouvé le véritable bonheur.
Elle souffrira des épreuves et des" afflictions inséparables de son pèlerinage ici-bas; elle sentira la pointe des clous et des épines; mais elle ne se découragera pas, elle ne perdra pas sa joie. Elle regardera plus haut et plus loin que la terre; par delà ce qui passe, elle verra ce qui demeure. La pensée des récompenses éternelles lui fera trouver légères les tribula-^
lions d'ici-bas ; et la certitude des réunions prochaines et définitives abrégera et adoucira pour elle le temps des plus amères séparations.
Ses chutes mêmes ne troubleront pas sa paix. L'humilité, la confiance, l'absolue certitude de la bonté de Dieu et de sa miséricorde infinie, la relèveront plus vite et mieux que tous les désespoirs. Après chaque faute, elle sera plus reconnaissante à Dieu de son inépuisable amour et de son incessant pardon; sa joie s'agrandira de tant de bienfaits nouveaux et du sentiment qu'elle est plus aimée. La prédiction du Sauveur s'accomplira pour elle : « Personne ne vous enlèvera votre joie! »
L'âme fervente trouvera dans cette joie chrétienne une force merveilleuse et comme un perpétuel rajeunissement. La tristesse qui passe sur l'âme égoïste ou mondaine, fane avant l'heure la jeunesse, la beauté, la force : pareille à ces vents d'orage dont le souffle dépouille, courbe et mutile les rameaux en pleine sève et les rend semblables, en quelques instants, aux débris séculaires, des forêts. Au contraire la joie qu'inspire la ferveur, pareille à la douce brise du printemps et aux chaudes effluves des rayons solaires, fait monter incessamment dans l'âme une sève nouvelle, source féconde de vertus.
Oui, la paix délicieuse d'une bonne conscience, l'admirable sérénité d'un cœur tout à
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son devoir, le contentement sans remords et sans fatigue qui découle d'une vie sérieuse et chrétienne, voilà les récompenses assurées de la ferveur, et en même temps les sources merveilleuses où l'âme se retrempe sans cesse pour y puiser une vie nouvelle toujours plus généreuse, une ardeur plus soutenue, un amour plus vaillant.
Cette joie chrétienne, fruit nécessaire de la ferveur, en même temps qu'elle en est, par une merveilleuse réaction, le précieux soutien, ne reste pas à vous seule. Elle rejaillit sur les autres pour les rendre à la fois plus heureux et meilleurs.
Elle les rend meilleurs, parce qu'elle les édifie et leur montre les charmes et les attraits de la vertu.
Elle les rend aussi plus heureux, en se communiquant à eux. Car, ce n'est plus cette gaité d'abandon et d'entraînement qui vous rend expansives et aimables aux heures épanouies, pour vous laisser ensuite retomber dans la langueur et la mélancolie, lorsque rien ne vient plus solliciter votre intérêt : gaîté de circonstance, capricieuse comme Tégoïsmeet la vanité dont elle n'est qu'une des formes. Mais, c'est une joie dévouée, qui vous porte à épanouir les autres pour le seul motif de leur faire du bien; une joie qui vous fait chanter, en quelque sorte, comme le rossignol sur la branche, pour tous ceux qui passent et écou-
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tent; imo joie qui vous fait sourire, pour répandre autour de vous le calme et la paix, comme l'apôtre, ou l'orateur, répand son âme et la livre aux auditeurs sans demander à chacun ce qu'il fera de cette part de lui-même qu'il lui donne généreusement.
Tel est le genre de bonheur que la vraie ferveur vous communique. C'est Dieu, c'est Jésus, si bien nommé par l'Église, « la joie des Anges, » qui vient habiter en vous et ravonner autour de vous, comme le soleil empourpre et illumine le nuage à travers lequel il répand ses douces clartés.
Qui n'a pas connu le bonheur que donne la ferveur, ne sait pas ce que c'est qu'être heureux. Quand le voyageur traverse les Alpes, il vient un moment où les premières brises de l'Italie lui annoncent la présence de ce pays enchanteur. Il en respire les parfums et oublie vite les froides tempêtes qu'il a laissées derrière lui. Ainsi l'âme fervente, qui a goûté le bonheur chrétien, la paix de Dieu, oublie vite toutes les peines et toutes les souffrances de la terre, et elle sent la vérité de la parole de l'Apôtre : « La paix de Dieu surpasse tout sens humain. »
Laissez-moi vous redire, en terminant ce chapitre, comme le meilleur souhait que je puisse former pour vous, les belles paroles du Père de Ravignan : « Que Dieu vous conserve sa précieuse paix et la joie véritable de
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l'esprit ! Ce sont des biens qui surpassent tous les autres et qui adoucissent toutes les peines. Une fois que le cœur a établi en Jésus le lieu de son repos, je ne vois pas ce qui pourrait l'émouvoir et l'affliger. »
Que cette joie paisible, que cette paix joyeuse soient toujours avec vous, par une ferveur éclairée, profonde et persévérante! Et, pour mieux conserver cet inestimable trésor, pour en accroître chaque jour encore les richesses, redites souvent avec la sainte Église : « Jésus auteur de la paix, Jésus joie des Anges, ayez pitié de nous! — Marie, cause de notre joie, priez pour nous ! »