CONCLUSION
Joie et bonheur dans le temple et dans la cité de Bénarès ! Une nouvelle prêtresse s'assied dans le temple , à côté de la Devêta triomphante. Les ministres ont conduit aux pieds de l'autel une vierge nouvelle; c'est Zemaly.
Amenez le char sacré ; que Zemaly et Demsaïl y prennent place ; Zemaly , que Demsaïl a sauvée, et Demsaïl, qui, prêtresse inspirée, a dicté les ordres du ciel. Ses premières paroles étaient un oracle ; ses premières paroles ont été : « Que Zemaly vive , )> qu'elle serve Brahma dans son temple 3 c'est » l'ordre de Brahma, »
Ce n'est plus sous les ténèbres de la nuit que s'accomplit la double cérémonie sacrée. On se met en march e dès l'aurore . L' horizon semble couronné d'un bandeau d'or et de pourpre , dont les plis , étendus comme par une main magique , couvrent lentement le bord oriental du ciel. De-là sortent des jets de feu qui embrasent tout Phémisphère. Les flots du Gange étincèlent de flamme; enfin de ses vagues allumées on voit sortir le soleil. L'aigle des monts indiens, VAvoutrou, le Guèroudin , le Milan sacré , s'élèvent en tournant dans les airs. La fiancée de Bénarès s'avance vers le temple , portée sur le chariot aux vingt roues , traîné par les pèlerins religieux. Ecoutez les danses harmonieuses des Devêtas , qui accueillent à la fois leur reine et leur nouvelle sœur , arrachée à la mort. L'argent sonore suspendu à leur ceinture , à leurs pieds , à leurs bras ; fait retentir l'air d'une douce harmonie : « Va , » chantent-elles, fille choisie du ciel; et toi,
prêtresse , à laquelle Naréda même dicte ses » chants ; que les accens de la joie vous en- » tourent , et que le bonheur pur que verse » le ciel soit le partage de votre amitié. »
Telle fut la fin des fêtes de Sarhâzie. Les légendes de l'Inde ont gardé le souvenir des deux amies. Demsaïl et Zemaly vivent dans les chants sacrés des poètes. On ne pourra point vous oublier, Demsaïl et Zemaly, modèles de cette douce amitié des femmes : sentimentpur et dégagé de Fégoisme des sens ; sentiment que les peuples de l'Europe leur refusent , et dont les hommes , sans cesse excités à la haine par leurs ambitions et leurs croyances , sont peutêtre moins capames qu'elles.