ET DES TRADITIONS INDIENNES
Voyez s'avancer lentement ces jeunes femmes prêtes à périr, etc. Pag. 2.
La coutume épouvantable de brûler sur le cadavre d'un homme puissant ses esclaves et ses femmes, existe dans les Indes, s'il faut croire Claude Buchanan, depuis la conquête d'Alexandre. Voici ses paroles.
« Aux environs de Calcutta , plus de deux cents femmes se brûlent par an sur le corps de leurs maris. Les Pundits prétendent appuyer cette cou-
lunie horrible sur leurs traditions religieuses ; mais les passages des Shastars (Sastrâs), qu'ils apportent en témoignage sont susceptibles de recevoir diverses interprétations : quelques versets semblent approuver cette coutume ; d'autres versets la désapprouvent. Quand on fait cette remarque aux Brahmes , ils répondentquec'est l'usage. » Cl. Buchanan.
Les lois de Menu sont évidemment contraires à cette pratique sanguinaire. Ces antiques préceptes si vénérés dans l'Inde , donnent aux veuves les leçons suivantes :
« Qu'une veuve se mortifie ; qu'elle vive de fleurs pures , de racines et de fruits. Son seigneur est mort ; elle a tout perdu. Elle ne doit pas même prononcer le nom d'un autre homme. Qu elle passe le reste de ses jours dans la solitude et la douleur, repoussant la joie, sabstenant des plaisirs, et consacrant son ame à une seule image , à un seul souvenir. Une veuve vertueuse s'exalte par ce sacrifice jusqu à la pureté du Brahmane le plus austère ;
le ciel s ouvre pour elle. Sa pieuse austérité - la rend digne de toutes les récompenses divines. Mais la veuve qui cède au désir de produire encore des enfans, et qui, par un nouveau mariage, insulte à l'ombre de son mari, s'avilit sur la terre et s'exile du ciel. » Institut de Menu, ch. 5.
Ainsi , l'une des plus ridicules barbaries qui aient déshonoré l'espèce humaine, est née, comme tant d'autres , de l'interprétation des ministres du culte , et non de la volonté de ses fondateurs.
Les esclaves forment une chaîne autour du bûcher. Ils chantent, ils se précipitent. Pag. 5.
Le voyageur Bernier fut témoin d'une cérémonie de ce genre; il la raconte avec énergie et simplicité
« Cette tragédie infernale ne s'arrêta point
là. J'avais cru d'abord que cette danse n'était qu'une pure cérémonie. Mais quelle fut ma surprise de voir lune d'elles se précipiter dans les flammes; les autres continuer leurs danses et leurs chants
sans aucune apparence de crainte, et suivre chacune à leur tour l'exemple de leurs compagnes. »
On lui arrache ses bracelets d'or, on la dépouille de tous les ornemens qui la parent, etc. Pag. 6.
« Tous ses ornemens , dit Stavorinus en parlant d'un sacrifice de ce genre, lui furent arrachés. On brisa ses bracelets, et on plaça sur sa tête une couronne blanche. Ses cheveux furent partagés en cinq tresses, etc. » Stavorinus.
La chaîne fatale reste seule suspendue à son cou. Elle va périr, etc. Pag. 6.
C'est cette chaîne nommée tali qui atteste les droits de l'époux. L'Anglais Roger a donné une des cription fort exacte d'un mariage indien. «(Quand une jeune fille est sur le point d'être fiancée , on allume le feu sacré avec le bois de Ravasilon. Ce feu est béni par un Bramine. Le fiancé prend dans sa main trois poigne.es de riz, jette ces trois
poignées sur la tête tic la fiancée; elle en prend autant et l'imite. Après quoi le père de la fiancée habille luimême et lave les pieds du nouvel époux : c'est la mère de la fiancée qui se charge de verser l'eau. Ensuite le père saisit la main de sa fille, y jette une goutte d'eau , y place deux ou trois pièces de monnaie , et dit : « Vous ne m'appartenez plus ; je vous » donne à un autre. » Un serviteur tient prêt le tali , ruban fermé par une tête d'or; le prêtre bénit cette chaîne, que la fiancée prend de ses mains et suspend à son col. C'est ce tali qui assure la possession de la jeune fille ; c'est lui qui rend le mariage indissoluble. Avant que le ruban ait été placé , la cérémonie est nulle , et le mariage peut se rompre ; mais après la sanction du tali , la jeune fille appartient éternellement à son époux. » A. Roger.
Elle pousse de longs cris On va la
lancer dans les flammes, etc. , pag. 6.
Les voyageurs sont entrés dans de grandes discussions pour savoir jusqu'à quel point une veuve riait forcée de se brûler sur le cadavre de son
mari. Il paraît qu'en dernier résultat cette coutume était plutôt un point d'honneur qu'une obligation positive; mais que rien n'était plus rare que de voir une femme d'un rang distingué refuser de s y soumettre.
a Je causai, dit Pietro délia Valle , avec une jeune veuve qui allait expirer le lendemain. Elle me dit qu'elle aimait la vie , mais qu'elle ne pouvait souffrir 1 infamie qui suivait à cette lâcheté : que d'ailleurs ses parens aimaient trop l'honneur de leur famille pour lui permettre de les déshonorer en se déshonorant, etc.» Pietro della Valle.
La vue de la mort réveille souvent dans le cœur de ces victimes toute la faiblesse de leur sexe. Alors les Bramines emploient la forer. Tous le^ écrits des voyageurs sont pleins de 1 indignation que leur a causée ce spectacle.
«Ces démons, dit Bcrnier , ou, si Ton veut, ces prêtres , ont de grands bâtons avec lesquels ils poussent la victime dans les flammes; quelquefois ils l'y jettent. J'en ai vu une qui s éloignait du
bûcher en poussant de grands cris, y être lancée par ces bourreaux. » Bernier.
Ce voyageur véridique raconte ailleurs qu'il fut obligé de fuir le lieu d'un supplice semblable, où une jeune fille de douze ans avait été , malgré ses cris et ses larmes , attachée à un poteau au milieu du bûcher. Dellon , autre voyageur français, s'exprime de même.
« On brûle les veuves de gré ou de force. On n'en voit que trop ( je ne ferai pas remarquer cette expression), on n'en voit que trop qui, après avoir désiré et demandé la mort avec un courage intrépide, et après avoir obtenu et acheté la permission de se brûler, ont tremblé à la vue du bûcher, se sont repenties , mais trop tard , de leur imprudence , et ont fait d'inutiles efforts pour se rétracter. Mais lorsque cela arrive , bien loin que les Bramines soient touchés d'aucune pitié, ils les lient cruellement et les brûlent par force, sans avoir aucun égard à leurs plaintes et à leurs cris. » Dellon , t. 1 , î38.
Un seul voyageur, un Anglais, M. le eolonei Wilks , a cherché à prouver dans ses Recherches historiques sur l'Inde méridionale , que les femmes de l'Inde avaient bien le droit de se brûler a leur aise, et que c'était une grande inhumanité que de chercher à les priver de ce plaisir. On peul trouver ce passage curieux, cette apologie du plus fanatique et du plus stupide des usages , dans ses Historical sketches ofthe southoflndia , t. I, p. 499.
Le Zemindar a fait retentir la douzième
heure Le jour qui commence ne peut
être souillé d'un meurtre. îbid. > p. 7.
Le Zemindar est un Brahine inférieur , celui qui est chargé de sonner l'heure : il doit appartenir à la caste sacrée.
«Le chronomètre indien, dit un ancien voyageur, est une espèce d'horloge d'eau , faite en cuivre. A mesure que l'eau en s'étoulant marque les subdivisions du temps , on frappe sur le bassin de
cuiyre avec un marteau de bois d'environ dix poude diamètre : il se nomme garnial et donne une vibration assez forte , dont le son se propage a une grande distance, » Stavorinus.
Et le bûcher qui fume encore auprès du Gange y laisse tomber les débris de la myrrhe et de l'aloès , mêlés à tant de cendres humaines. Pag*. 8.
« L'usage de se brûler est si commun , que la plupart des Joguis placent dans de petites urnes toutes les cendres qu'ils recueillent au pied des bûchers ; ils en parsèment leurs cheveux. Quelle parure! Ce sont des cendres humaines ! » Pietro