‹ La fiancée de BénarèsChapitre 13 sur 17 · ET DES TRADITIONS INDIENNES · texte numérisé non relu

ET DES TRADITIONS INDIENNES

PREMIERE NUIT

Sarhazie est la déesse de la volupté et

des amours Les amans l'invoquent ? etc.

Pag. i3.

Au milieu du labyrinthe inextricable qu'offre la mythologie indienne , quelques images gracieuses et simples s'offrent de temps en temps. J'ai cherché à rapprocher quelques-uns de ces traits dans mon poëme ; mais on jugerait mal par ces exemples rares les dogmes de cette religion. Il sera peutêtre curieux de trouver ici un exemple peu connu de l'extravagance burlesque qui caractérise ces croyances , filles de l'imagination et de la superstition , réunies sous un ciel brûlant et sous l'empire <le mœurs indolentes et ignorantes.

« Les plus grands des dieux avaient élé soumis par l'infernal Ravana. Le ciel entier faisait son ser-

vice. Indra tressait ses couronnes ; Agni faisait sa cuisine ; Suria ( le soleil ) l'éclairait pendant le jour; et Chandra (la lune) pendant la nuit. Varuna allait tirer de l'eau ; Kuvera prenait soin de ses finances; les neuf sphères, le Nava-Graha , formaient une échelle par laquelle le tyran montait jusqu'à son trône. Brahma, enfin, Bmhma tenait l'almanach et disait tout haut l'heure du jour et le jour du mois. Seva faisait la barbe aux céans; Vishnu était le maître à danser des jeunes filles du ciel; il les menait lui-même à la royale couche Ganesa (l'Apollon indien) trayait les vache- Vayu balayait ; Varna était blanchisseur. On fouettait de temps en temps toute cette troupe de dieux , quand ils remplissaient mal leurs fonctions. Les déités féminines, Bhavani , Lackshmi, Sarasvâti avaient d'autres charges lout aussi viles.» IMoore, Vanlhion des Indiens, pag. 533

Mais pour revenir a cette dernière déesse , les Indiens la nomment Saraswtttir , SaraswétcU, Sarhastie , Sarasoutie. Elle préside aux arts, et

surtout à la musique ; elle donne aussi la fécondité > la grâce, le génie. C'est la femme de Brahma. « Quelques savans croient reconnaître dans Brahma et Saraswadie , Abraham et Sara. La rencontre est singulière : et plus d'une étymologie, reconnue comme probable, repose sur une ressemblance moins frappante de lettres et de syllables.» Niecamp , p. i , c. 10, § 2.

Sous ses ordres y respirent des anges féminins , des silphydes chargées d'apporter à la terre les célestes messages , êtres aériens nommés Zendovêres > etc., etc. P. i3.

Ces anges féminins , espèces de hotiris indiennes, sont nommées Gandharvas par les orientalistes anglais. Sonnerai les appelle Grindoiwères ; Pierre Wilkins les déguise sous le nom de Graundées ; quelques autres les nomment aussi Zandovèras. Quel que soit le nom qu'on leur donne , elles sont les plus aimables habitantes du paradis indien , et partagent, avec les Apsaras , l'office de danseuses et

de chanteuses , pour l'amusement des dieux. C est ainsi que les Persans ont leurs Péris, ou nymphes des fleurs, qui chantent et dansent, le front couronné de roses ; et le Khoran fait plus dune fois mention de jeunes filles Khkru liiyun , aux yeux dsJntelope, et destinées à faire les délices des bienheureux. Voy. W. Jones.

Au lieu de reposer, tous les habitans des parvis sacrés se préparent aux fêtes que doit ramener l'Aurore, etc. Pag. i4-

Bénarès est la ville sainte des Indiens. Elle est située au 25° 1 1 , latitude nord , et au 83° 5 de longitude. C'est là qu'est l'académie ; les principaux pundits ou docteurs, et les mounies ou philosophes , y font leur demeure. Beaucoup d'édifices et de temples magnifiques s'élèvent au milieu de rues étroites et de maisons plus hautes que régulières. Les eaux du Gan-c , qui baignent les murs de la ville , passent pour sacrées ; elles ont , dit-on, beaucoup plus d'efficacité quand on les

puise dans là ville même ; aussi les fêtes de Bénarès sont-elles beaucoup plus brillantes, et le nombre des pèlerins y est-il beaucoup plus grand que dans le reste de l'Inde.

On fait rouler le raoth \ char triomphal qui, cette fois du moins, ne portera que des guirlandes , etc. Pag. i4-

C'est un char immense , dont tous les voyageurs s accordent à vanter la magnificence. Niecamp dit : « qu'il est d'une grandeur si horrible ( tam horren- » dae magnitudinis) que mille hommes ne suffisent » pas pour le traîner. Niecam. i. io. 5i8. »

Voici comment s'exprime à ce sujet un ancien missionnaire anglais.

« Ils ont construit un grand chariot qui a seize <> roues de chaque côté , le chariot a trente pieds » de haut , chaque roue en a cinq. Dans leurs fêtes, m qui ont lieu la nuit , ils placent leur infernale di-

vjmtr sur<e chariot, et neuf mille brahmines ,

» accompagnés d'une foule innombrable de fakirs , » le traînent ou l'accompagnent. » Bruton. Collection de Churchill.

Il ne fera point tourner à ses roues sanglantes les membres des victimes respirant encore , et déchirés en lambeaux. P. 4-

« Les plus considérables de la ville traînent ce chariot, et les Indiens sont tellement avides de cet honneur, qu'ils s'estiment trop heureux quand à force de se pousser, de se battre , de se blesser, de se mutiler les uns les autres , ils ont pu parvenir à toucher lune des cordes qui retiennent et attachent le char. Beaucoup d'autres se précipitent par terre et laissent les roues passer sur leur corps. Ils pensent que c'est une manière de mériter le ciel. Les roues du char continuent à traverser la ville en écrasant une multitude de cadavres.» Bruton. Collection de Churchill.

« Ce village , dit l'excellent voyageur J. Haafner , n'offrit, entre autres choses remarquable.»*

an rotte ou teer , chariot des dieux (quand on les mène en procession), d'une grandeur singulière et orné de figures en sculptures.» Haafner , t. 2, p. 299.

Trois jeunes filles ont été choisies entre les Devêtas pour soutenir cette lutte, etc. Pag. i5.

Devêtas , D'wédassies , Devélashles , Bayadères. On peut consulter à ce sujet l'Histoire des Bayadères qui suit la Fiancée de Bénarès. Voy. plus haut, p. 1 2 1 .

Quel talisman la Zendovère avait-elle pu apporter? Les parfums de l'île de Panchaïa, etc. Pag. 17.

L'île de Panchaïa était célèbre par les parfums précieux qu'elle produisait : elle se trouvait dans l'Océan Indien , au sud de l'Arabie -Heureuse. Diodorc fait mention d'un temple de Jupiter, bâti au centre de cette île. « C'était un groupe d'îlots volcaniques , qui a fini par s'écrouler et s'abîmer

dans un gouffre sous-marin. » Gkaisdpré. Voyage dans V Océan Indien.

Elles parvinrent , long-temps avant lui , à un asile charmant , nommé le Tchoultry de Sarhâzie. Pag. 18.

Un tchoultry, que les Français nomment improprement chauderie , et les Anglais chowltree , est un petit édifice ordinairement situé dans un bois , et dédié aune divinité indienne. Voy. Haàfner : Oriental researches , etc.

C'est une espèce de temple naturel forme par un seul figuier des Banians. Pag. 18.

« Le burghut , ou figuier des Banians , a souvent de vingt-quatre à trente pieds de circonfrrence. C'est le seul arbre connu jusqu'ici', dont toutes les branches poussent des racines. Ces racines, long -temps suspendues, finissent par atteindre la terre quelles pénètrent ; elles deviin nent les soutiens dos branches supérieures, dont

ie poids immense les ferait casser, si elles ne trouvaient des points d'appui. Souvent ces espèces de colonnes atteignent elles-mêmes une grosseur démesurée, et se recouvrent d'une épaisse écorce. J'en ai vu qui avaient de quatre à cinq pieds de circonférence , et qui , dans leur croissance , suivaient une ligne absolument droite. On les prendrait aisément pour des appuis artificiels placés sous le figuier des Banians , et destinés à le soutenir. Les racines qui tombent des plus hautes branches et qui ne peuvent atteindre jusqu'au sol , entourent les branches-mères et forment autour d'elles une espèce de cuirasse. Un burghut peut atteindre jusqua quatre-vingt-dix pieds d'élévation. J'en ai vu qui couvraient de leur ombrage deux acres de terrain. Le burghut a des feuilles presque semblables aux feuilles des lataniers , mais un peu pins larges. Le bois du tronc est léger et friable ; celui des pilastres ou des racines est élastique, facile à travailler, et dur. C'est un excellent bois. » Oriental Field-sports , t. 2, p. u3.

Choisis ce rhytme de Nava , rhytme doux et aérien ? consacré aux chants célestes , etc. Pag. 20.

«Enfin, elle prit une guitare et chanta un air tendre, composé sur le rhytme nommé Nava; rhytme doux et céleste dont se servent toujours les amans quand ils veulent exprimer la pureté de leur flamme.» Contes indiens.

NOTES

DES CHANTS DE LA. PFuEMIERE NUIT.

Quand ton Éden voguant dans l'océan des cieux ,

Semble plus doux , baigné de pleurs mystérieux ,

Les Bramines ont inventé plusieurs espèces de chars aériens qui portent leurs divinités à travers l'espace céleste. Les plus brillans sont, sans aucun doute , « ces luminaires qui , pour me servir des » termes d'un poète dramatique indien , roulent » en versant des flots de rayons , et qui, portés e par une brise légère , supportent la substance » aérienne des dieux. » Sacontala , o\\V Anneau fatal , tragédie indienne. Parmi ces étoiles, vaisseaux ou chars aériens , j'ai choisi l'étoile du matin comme la plus connue, la plus brillante , et celle qui chez tous les peuples a été l'objet d'une espèce de culte,

Ainsi du nénuphar, fleur aux dieux consacrée, S'élève sur les eaux la corolle azurée , p. 36.

« Nénuphar. Njmphœa albay cœrulea. » — Les fleurs de cette plante qu'on trouve dans toutes les eaux douces et stagnantes , sont fort estimées des Indiens , tant à cause de leur beauté que parce que , selon leur mythologie, cette fleur est sortie du nombril du Dieu , et que c'est d'elle que naquit ensuite Brahma. C'est aussi par cette raison que cette plante a reçu le nom de pedma-nabhàh. Pedma , lotus , fiabhah , nombril. Le nénuphar ou lotus joue le même rôle dans les vers des poètes indiens, que la rose chez les poètes d'Europe. Elle sert d'emblème à la beauté et à la vertu. On l'emploie dans toutes les cérémonies religieuses. » Haafner , tom. 2, p. 207.

.... La comète moins vive

S élance pour unir aux ardeurs du soleil

Ses baisers jaillissans en un sillon vermeil , p. 3r.

Selon le système de Jacob Bœhme , ce cordon

mer mystique et fou, qui a fait seete en Allemagne, la comète est une amante du soleil , et le sillon lumineux qui la suit est le baiser de flamme qui marque sa trace dans les cieux. Cette idée n'est pas fort raisonnable, mais elle est poétique.

De ce tissu léger la solide souplesse

Sur cent fibres d'argent repose avec mollesse ,

Pierre "Wilkins , auteur peu connu, homme d'une

imagination féconde et de très -mauvais goût, a

consacré à peu près dix pages à décrire les ailes

d'un être aérien de ce genre. Il ne fait pas grâce à

son lecteur d'un seul cartilage. Il dit comment

chaque membrane se rattache ; il compte les plis de

chaque subdivision des ailes. Sa description est un

chef-d'œuvre d'imagination anatomique. Je me

contente d'indiquer le Magasin des Romanciers ,

Novelists Magasine , où l'on pourra la trouver et

en admirer la minutieuse magnificence.

SECONDE NUIT

Tout retentit des cris de la joie — La procession solennelle , le Poutzé , commence. Pag. 43 >

Ces tableaux ne sont point exagérés. En vain accumulerait-on les couleurs les plus brillantes ; on ne parviendrait pas à reproduire dans toute leur pompe les cérémonies indiennes , telles que les voyageurs les décrivent. Voy. Haafner, t. 1, p. 144.

Les ouvertures sculptées dans le

Kowiel. Pag. 44-

Le Kowiel est un temple avec une pyramide.

Des hommes placés dans le sein de la

statue gigantesque en font jouer les ressorts. Pag. 44-

Ces statues colossales sont faites de carton. Ce sont de véritables poupées chargées d'étoffes riches, et que des hommes, placés dans l'intérieur, font mouvoir aux yeux du peuple. Les Indiens les nomment boudons. Ces boudons dégouttent de beurre fondu , et sont presque toujours dune laideur parfaite , dune difformité idéale.

Filles du temple , que Nareda lui-même préside à vos chants, etc. Pag. 48.

« Un fils de Brahma , nommé Nared ou Nareda , l'un des personnages les plus importai!* de la mythologie indienne , ressemble singulièrement à Hermès ou à Mercure. Législateur sage, guerrier courageux, dieu des arts, messager céleste , il inventa la harpe indienne, nommée riiia , qu'il toucha il avec un talent sans égal, u Sii \Y . loNJKS. Recfu r ches asiatiques .

Dans un poème indien , intitulé Magha , fauteur raconte ainsi l'invention de la vina par le dieu Nared :

« Le dieu Nared était assis , les yeux fixés sur la » vina, suspendue à un arbre. Les cordes , émues » par le vent , laissaient échapper des notes qui » perçaient tour à tour les régions de son oreille , » et procédaient par intervalles musicaux.» Magha.

Ses belles formes , la noblesse et la douceur de sa pose , en contraste avec la couleur cuivrée de son teint, etc. Pag. 49-

On trouve dans les Indes toutes les nuances du teint, depuis le noir de jais jusqu'à une pâleur presque européenne. Les prêtres ont soin de composer de toutes les variétés connues dans leur pays, les troupes de Bayadères ou Devedâshies qu'ils forment pour leurs plaisirs et pour ceux du public. Dans ce poëme, où sont introduites trois de ces jeunes filles, on a conservé la même variété qui les

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distingue entre elles. Psammeris, fille d un GreG, est naturellement celle qui se rapproche davantage de la beauté , telle que nous la concevons.

NOTES

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