SOUS LE FIGUIER DES BANIANS
Au matin du printemps , la vierge qui s'éveille Comme les autres fleurs, et riante et vermeille, Admire un astre pur, mystérieux séjour, Astre de volupté , de tristesse , d'amour. C'est l'astre du matin , qu'avec grâce et mollesse , Berce des vents légers la mobile caresse. Étoile des amours ! Etoile du bonheur ! Répands sur mes cheveux cette tendre lueur Dont ta sphère , au matin , doucement se colore Sous le voile léger des larmes de l'aurore ; Quand ton Eden, voguant dans l'océan des cieux, Semble plus doux , baigné de pleurs mystérieux !
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LA ZENDOVÈRE.
Une jeune Sylphide à genoux , désolée , Apparaît sur le seuil de la sphère étoilée. A la fille des airs les célestes palais , Oubliés un moment, se ferment pour jamais : Elle est bannie. En vain , sous l'effort de son aile , Résonne le crystal de la porte rebelle ; Sa triste voix murmure , écho de ses douleurs ; Et sesaccens plaintifs coulent avec ses pleurs
u Parvis de nacre et d'or , éternelle barrière , )> Vous, que touche ma main, qu'invoque ma prici
)> Vous qui fermez l'Edcn , asile des amours , )> Dois-je, hélas ! vainement vous implorer toujours? » Deux fois , l'astre géant , le soleil , roi des mondes , » Commanda le retour des sphères vagabondes , » Depuis qu'au ciel muet , le cri de mes douleurs » S'élève , en demandant la fin de mes malheurs !
)> Un rayon égaré de la source immortelle » Vient jouer sur mon front , vient colorer mon aile. )> O bonheur! ô patrie! ô biens que j'ai perdus ! » Amer ressouvenir d'un bonheur qui n'est plus ! » Vous qui , de vos longs plis , draperie inconstante , )> Entourez ma patrie , au sein des airs flottante ; » Nuages ! ouvrez-vous , et jusques à mes sœurs , » Ah! laissez parvenir ma plainte et mes douleurs.
» Priez, mes jeunes sœurs, pour une sœur bannie! » Coupable , ses tourmens, hélas ! l'ont trop punie !
» Elle aima ! Que l'amour, ce bel enfant des cieux ,
» Obtienne enfin sa grâce et fléchisse les Dieux !
» Au gré de mon caprice , errante Zendovère ,
» En vain je puis goûter, dans les cieux, sur la terre.
» Toutes les voluptés de l'immense univers !
» Le monde est ma prison ; et les cieux sont déserts !
» Sur les bords enchantés du lac de Kachemire , )> L'encens des fleurs est pur, le rossignol soupire : » Ses palmiers verdoyans offrent un doux repos • » Un ange aime à cueillir de ses limpides eaux » Les trésors éclatans, les richesses légères. » Quelquefois s'attachant au vol brûlant des >}>ii< 1 1 \s » Il aime à diriger ces chars étincelans . » Esclaves du soleil, autour de lui roulans !
» Bercer l'heureux sommeil de la vierge ingénue ; 0 De la Ivre d'ivoire, aux rameaux suspendue .
i Faire jaillir la nuit, des sons mystérieux ; » Chanter, au sein des airs, l'hymne religieux ; » Aux soupirs de l'amour prêter ce charme tendre , » Ce prestige muet que l'amour sait comprendre.... » Vains plaisirs! leur douceur ne me console plus » Des maux que je ressens, des biensque j'ai perdus!»
Dans l'abîme éthéré , de rivage en rivage , Vainement répétés par l'écho du nuage , Se prolongeaient ces chants, soupirs mélodieux. Sans entendre sa voix , les anges de ces lieux, Frappaient leurs saints parvis de leurs danses rapides , L'étoile brille au loin , et les jeunes Sylphides , A des hymnes heureux, à des chants cadencés, Asservissent leurs pas mollement balancés.
« La nuit naissante épand sur notre étoile » Ce nuage incertain dont sa clarté se voile. » C'est l'heure du plaisir! formez, formez des chœurs! » Enlacez , ramenez les guirlandes légères !
w O belles Zendovères, » De vos urnes d'onyx, versez, mes jeunes sœurs
» Les parfums et les fleurs !
w Rayons errans du sein de nos portiques , » Que vos douces lueurs , que vos clarlés magiques, » A l'amante qui rêve au déclin d'un beau jour, » Inspirent des pensers purs et charmans comme cl 1 < >s
» O lueurs immortelles !
» Dans les cœurs attendris éveillez tour-à-toui
» Le génie et l'amour !
&> 2g «m » Vers le malheur guidez la bienfaisance ; » Versez sur les mortels la divine espérance ! i) La nuit du crépuscule a chassé les vapeurs ; » L'astre brille et s'enfuit. De vos urnes légères ,
)> O belles Zendovères !
» A flots plus éclatans, versez, mes jeunes sœurs, » Les parfums et les Heurs ! »
Elle priait toujours ; et la sphère étoilée Fuyait sans accueillir la Sylphide exilée ; Elle pleurait toujours; et ses tristes accens Interrompaient des sœurs les concerts ravissans.
a Termine mon récit, dit Azyora à sa rivale, je prendrai la lyre , et à mon tour , j'accompagnerai tes chants. »
Psammeris , en remettant la Syrinda aux mains de son amie , lui dit : « Prélude par des modulations plus égales. Mon père , tu le sais, était un enfant des Grecs; il m'apprit à aimer leurs poètes ; et sans les prétendre imiter , je préfère un rythme simple et mesuré comme celui dont ils se servaient. » Elle dit , et rêvant quelques moraens , se mit à continuer l'histoire de la Zendovère.
L'élève des Grecs fit succéder aux rêveries orientales de la Vierge de la Taprobane , des tableaux plus frais et plus paisibles. Elle commença à esquisser en ces mots le portrait de la Zendovère bannie , qui se tenait à genoux sur le seuil de l'étoile :