‹ La fiancée du ministreChapitre 14 sur 35 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

A l'époque dont nous parlons, aucun nom de la nouvelle république ne suscitait de plus brillantes espérances et n'était investi d'un plus grand prestige de popularité que celui du colonel Aaron Burr.

Issu d'une famille où la supériorité intellectuelle semblait héréditaire; petit- fils d'un homme dont le génie gouverne encore aujourd'hui la Nouvelle-Angleterre, fils de parents éminents par le caractère et par le talent, il unissait à une extrême vivacité de perception et à une excessive délicatesse d'impressions , une fermeté inébranlable et une suite inflexible dans ses desseins.

Capable , brillant , adroit , aucun homme de son temps n'entra dans la vie politique avec de plus belles chances de succès et de renommée. En même temps que son nom frappait l'oreille de notre héroïne, toutes ces pensées se présentaient à son esprit, et lorsqu'avec un gracieux sourire il lui offrit le bras, elle éprouva l'émotion naturelle à une jeune fille modeste, subitement honorée des attentions d'un de ces grands de la terre, que les personnes de son humble condition ne connaissent généralement que par le bruit public.

Mais Marie, bien qu'impressionnable et rougissant aisément, n'était cependant pas ce qu'on appelle timide. Ses nerfs avait un ferme équilibre qui lui laissait toute sa présence d'esprit dans les circonstances les plus inattendues.

Les premières phrases que lui adressa son nouveau com-

pagnon différaient complètement par le ton et par le style de toutes celles qui lui avaient été adressées jusque-là, également éloignées de la franche vivacité de son cousin et de la galanterie rustique de ses autres admirateurs. Ce mélange d'aisance et de respect, ce tact délicat qui distingue l'homme du grand monde, firent sur elle une impression immédiate comme la brise sur les cordes d'une harpe éolienne. Elle se sentit soudain comme entourée d'une atmosphère dans laquelle elle respirait à Taise et librement; comme assurée que ses moindres paroles pouvaient voguer en toute sécurité ainsi qu'un léger esquif sur le miroir brillant et poli de l'attention ravie de son auditeur.

« J'ai été appelé à Newport par mes affaires , dit Burr après quelques phrases d'introduction, mais j'ignorais tout ce qu'il offre d'attrayant.

— Le pays est très-beau; il y a des vues magnifiques.

— On m'avait bien dit qu'il était célèbre par la beauté de ses vues et par celle de ses habitantes; mais, ajouta le colonel tandis que ses yeux noirs lançaient un éclair, ce n'est que d'aujourd'hui que j'en ai la preuve. »

Le regard achevait et limitait le compliment, mais il exprimait en même temps une certaine circonspection; Burr s'efforçait de voir jusqu'à quel profondeur son trait avait pénétré, car il avait pour habitude de toujours mesurer instinctivement la personne avec laquelle il parlait.

Marie était depuis l'enfance accoutumée à entendre dire qu'elle était belle, bien que sa mère eût essayé de ces estimables mais transparents subterfuges au moyen desquels les mères prudentes s'efforcent de cacher à leurs filles cette agréable vérité; mais Marie avec son calme et sa simplicité accoutumés avait accepté comme un fait ce qu'on lui répétait si souvent, en sorte que le compliment du colonel ne lui causa ni rougeur, ni émotion ; elle regarda son interlocuteur avec une attention souriante , comme quelqu'un qui lui disait des choses obligeantes.

« Oh! oh! cela lui paraît tout simple, pensa- t-il. C'est sans doute quelque beauté rustique bien au fait de ses agréments; elle est malgré tout très-piquante.

— Voulez-vous que nous fassions un tour de jardin? dit-il, la soirée est magnifique. » Us descendirent dans la grande allée. Lorsqu'ils furent au bout, Burr s'arrêta, et se retournant il contempla la longue avenue illuminée que terminait la brillante salle où des messieurs aux cheveux poudrés, avec des manchettes de dentelle et des souliers à boucles de diamants, donnaient la main à de belles dames habillées de satin et de brocart, et dont les têtes supportaient de lourds édifices de plumes d'autruche semées de pierreries. *

« On se croirait à la cour, ma parole d'honneur, dit-il. Est-ce que vous avez souvent ici d'aussi brillantes réunions?

— Je suppose que oui, dit Marie; je n'en avais jamais vues, mais j'en entends quelquefois parler.

— Et vous n'y assistez pas? dit le colonel d'un ton qui faisait de cette question le compliment le plus flatteur,

— Non, dit Marie. Nous ne voyons pas habituellement ces personnes.

— Quoi ! elles privent leurs réunions d'un pareil ornement! Mais si après cette soirée vous n'allez pas toujours dans le monde, ce ne sera certainement pas faute de sollicitations.

— Vous êtes bien bon de le penser, répliqua Marie; mais en fût-il ainsi, je ne sais pas s'il serait bon pour moi de me trouver souvent au milieu de fêtes comme celle-ci. »

Son compagnon lui jeta un coup d'œil demi-interrogateur, demi- amusé, en disant :

« Et serait-il indiscret de vous demander pourquoi?

— Parce que je craindrais qu'en absorbant trop mon temps et mes pensées, elles ne me fissent oublier le grand but de la vie. »

La gravité simple avec laquelle Marie dit ces paroles, comme assurée d'avance de la sympathie de son auditeur, parut causer à celui-ci un léger divertissement. Ses yeux brillants étincelèrent comme s'il supprimait quelque vive répartie, mais les baissant respectueusement, il reprit avec douceur :

« Je serais heureux de savoir ce qu'une si belle personne considère comme le grand but de la vie? a

Marie répondit sérieusement par ces paroles familières, dès l'enfance, à toute bouche puritaine : a Glorifier Dieu et jouir de lui à jamais.

— Réellement? fit Burr, la regardant en face avec ce coup d'œil pénétrant au moyen duquel il avait coutume de sonder l'âme de ses interlocuteurs.

— N'est-ce pas ainsi? » dit Marie, levant à son tour sur lui un regard calme et ferme.

En cet instant deux âmes, lancées de toute la force de leur être dans deux directions opposées, se regardant par leur fenêtre, faisaient Tune chez l'autre une reconnaissance sérieuse et attentive.

Burr était passé maître dans Fart de la galanterie. Il avait fait de la femme une étude particulière ; jamais il n'apercevait un beau visage sans éprouver un vif désir d'essayer son pouvoir sur celle qui le possédait. Mais en ce moment l'expression sérieuse et douce de ces grands yeux bleus pénétra jusqu'au fond de son âme et lui rappela ce que des personnes pieuses lui avaient souvent raconté de sa mère, cette belle et sainte Esther Burr, sitôt ravie à la terre.

Il était de ceux qui, systématiquement, jouent sur euxmêmes et sur les autres comme un habile musicien sur un instrument. Et cependant, l'un des secrets de la séduction qu'il exerçait était la naïveté avec laquelle il s'abandonnait par instants aux impulsions passagères d'une nature primitivement élevée et tendre.

Si le sentiment, qui venait de s'éveiller en lui l'eût surpris ailleurs ou dans une circonstance différente , il lui eût aussitôt imposé silence , mais conversant avec une belÏ3 jeune fille a laquelle il désirait plaire , il se laissa aller à cette émotion; ses yeux se remplirent de véritables larmes; il éleva la main de Marie jusqu'à ses lèvres, la baisa respectueusement et dit :

« Merci, chère enfant, de cette bonne pensée î Bien qu'il ne soit donné de la réaliser qu'à ceux qui sont doués d'une nature angélique, c'est réellement là un noble sentiment.

— Oh! j'espère que non, » dit vivement Marie, plus sensible qu'elle ne le pensait elle-même, à ces beaux yeux, à cette voix harmonieuse, à ce charme de manières qui semblaient l'envelopper comme d'une chaude atmosphère italienne.

Burf soupira d'un soupir sincère suggéré par sa meilleure nature, mais auquel il se livrait d'autant plus volontiers qu'il savait par là intéresser sa belle compagne, qui pour le moment, était à ses yeux la seule femme qu'il y eût au monde.

«< Les âmes innocentes et pures comme la vôtre, dit-il, ne peuvent mesurer les tentations de ceux qui sont appelés à livrer la véritable bataille de la vie. Dans un monde comme le nôtre, que de nobles aspirations tombent flétries dans la chaleur et la violence du combat! »

Il ne disait que ce qu'il pensait, ce qu'il avait souvent senti bien amèrement; mais il usait avec adresse de ce sentiment réel pour le but du moment.

Quel était donc son but? De conquérir l'estime et la tendresse d'une nature religieuse et exaltée , revêtue d'une belle forme, de conquérir et de posséder l'ascendant, le pouvoir. C'était une habitude de toute sa vie, et une de ces satisfactions égoïstes qu'il poursuivait, insoucieux des conséquences. Il avait trouvé la clef de ce caractère; c'était un noble instrument et il se plaisait à le faire vibrer.

« Il me semble, monsieur, dit modestement Marie, que vous oubliez l'appui promis à notre faiblesse.

— Comment cela? dit-il.

— Ceux qui marchent dans les voies du Seigneur verront leur force renouvelée, » répéta-t-elle doucement.

Tandis qu'elle parlait ainsi, il la regarda avec un vif sentiment artistique du gracieux contraste que formait sa parure mondaine avec la simplicité sérieuse de ses paroles.

« Elle est ravissante, pensa-t-il, si fraîche et si naïve!

— Ma douce petite sainte, lui dit-il, les âmes comme la vôtre sont les anges gardiens naturels de nous autres êtres imparfaits et grossiers; les prières d'une âme possédée par le monde et par l'ambition n'auraient que peu d'effet ; c'est

à vous qu'il convient d'intercéder pour nous. Je suis, comme vous voyez, très-orthodoxe, ajouta-t-il avec ce fin sourire qui, par instant, venait rayonner sur ses traits; je sais tout ce que vous enseigne votre révérend docteur, de l'inutilité des œuvres non régénérées, c'est pourquoi, lorsque je rencontre des anges ici-bas, je m'efforce de me faire « un ami à la cour. »

Puis, voyant que Marie paraissait peinée et embarrassée de ce ton ironique, il ajouta avec une nuance délicate de gravité :

« Sérieusement, ma jeune amie, j'espère que vous voudrez bien prier quelquefois pour moi. Si j'ai quelque chance de jamais devenir bon, cela devra me venir ainsi.

— Oh! oui, s'écria Marie avec ferveur, le cœur gonflé et les yeux humides, puis elle ajouta en rougissant : si quelqu'un a lieu d'espérer des bénédictions particulières, ce doit être vous, car vous êtes le fils d'une sainte lignée.

— Eh bien î mon ami, que faites-vous ici ? dit gaiement une voix derrière la charmille, puis l'on vit immédiatement apparaître comme un tableau français descendu de son cadre, une jeune femme aux yeux noirs, habillée en marquise du temps de Louis XIV, les cheveux poudrés et ornés de diamants.

— Je m'amusais un instant, » répondit Burr du même ton, avec sa présence d'esprit accoutumée, puis il ajouta :

« Permettez-moi, madame, de vous présenter un charmant spécimen des fleurs de notre pays. Miss Scudder, j'ai l'honneur de vous présenter à Mme de Frontignac.

La jeune dame s'mclina en murmurant quelques paroles bienveillantes, avec un accent étranger auquel sa jolie bouche prêtait de la grâce.

Marie regardait avec plaisir et admiration ce charmant visage, et ces yeux brillants comme des diamants qui semblaient vouloir lire jusqu'au fond de son âme.

« Monsieur la trouve apparemment bien séduisante, dit l'étrangère au colonel, d'une voix basse et rapide qui témoignait d'un mélange de colère et d'admiration.

— Rassurez-vous, jalouse, répliqua-t-il avec un regard

et un accent auxquels, avec cette force mobile qui lui était particulière, il sut donner l'expression du dévouement le plus tendre et le plus passionné ; ne suis-je pas tout à vous ! » Et il lui ofirit son autre bras.

« Permettez-moi, dit-il, quoiqu'indigne, de servir de lien entre la beauté de la France et celle de l'Amérique. »

La dame étrangère se recula avec une orgueilleuse révérence, redressa fièrement la tête et leur fit signe de passer.

« J'attends ici un de mes amis, dit-elle.

— Vos volontés sont pour moi des lois, » répliqua Burr, saluant avec une feinte humilité, puis il passa outre pour conduire Marie dans la salie du souper.

La compagnie s'y rassemblait avec la gaieté et l'animation qui accompagnent généralement cette période de la soirée. Cette scène offrait régulièrement un spécimen d'une société qui à cette époque n'eût pu être rassemblée ailleurs qu'à Newport. On y voyait le docteur Hobkins dans la tranquille majesté de sa grande taille ; près de lui la figure alerte de son adversaire théologique le docteur Stiles qui, cédant à l'entrain du moment, prodiguait les révérences à droite et à gauche avec la grâce débonnaire d'un gentleman de l'ancienne école. Non loin des docteurs, et engageant parfois la conversation avec eux, était un rabbin juif entouré de quelques puissants banquiers de la même nation dont le teint olivâtre, les yeux noirs et le profil aquilin révélaient l'origine et donnaient à la réunion un coup d'œil étranger et pittoresque.

Le colonel Burr, un des hommes les plus brillants et les plus distingués de la nouvelle génération républicaine ; le colonel de Prontignac, qui s'était illustré dans le corps de la Fayette, pendant la révolution, sa noble et charmante épouse formaient une addition brillante et inattendue à la réunion des grandes familles du pays.

Burr fraya doucement un passage à sa belle compagne, et la plaçant à dessein en pleine lumière pour mieux faire ressortir sa beauté, se consacra à son service avec un dévouement aussi respectueux que s'il se fût agi d'une déesse.

Et néanmoins il observait du regard Mme de Frontignac

qui, quelques moments après, entra au bras d'un sénateur distingué avec lequel elle semblait en pleine coquetterie. Il remarqua, avec un sourire de satisfaction, que tandis qu'elle babillait, s'éventait et écoutait avec une apparente attention les flatteries qui lui étaient adressées, elle lançait de temps à autre un regard aigu comme une flèche vers lui et sa compagne. Il était habile dans l'art d'opposer une femme k une autre, mais ce qui, en cet instant, le frappa comme parfaitement original, c'était la complète ignorance où était sa douce et sainte voisine de la position que sa rivale la soupçonnait d'occuper.

Et pendant tout ce temps, la pauvre Marie, dans sa simplicité, croyait réellement avoir aperçu des indices de ce qu'elle aurait appelé « Les efforts de l'Esprit dans son âme. »

Hélas ! faut-il qu'une phrase d'une signification si mystérieuse arrive à ne frapper l'oreille que comme un insignifiant jargon ; pour Marie c'était une forme vivante, comme toutes ses paroles, car, ce qui caractérisait avant tout l'éducation puritaine, c'était la sincérité et la précision qu'elle donnait au langage. Et, tandis que Marie était debout auprès de Burr, ses grands yeux bleus devinrent fixes et rêveurs, car elle songeait que ce serait une merveilleuse victoire de la grâce divine, si les agitations intérieures de son compagnon devaient l'amener, ainsi que l'espéraient tous les cœurs pieux de la Nouvelle- Angleterre, à marcher sur les traces du président Edwards.

Elle regrettait vaguement de ne pouvoir causer quelquefois avec lui seule et sans crainte d'être dérangée. Elle était trop humble pour accepter pleinement cette délicieuse flatterie par laquelle il avait prétendu que sa main avait la puissance de rouvrir dans son âme les sources du bien ; cependant cette parole avait ému toutes les fibres de son cœur et lui suggérait mille pensées confuses.

N'avait-elle pas lu des exemples de conversions miraculeuses opérées par quelques paroles échappées à une femme ou a un enfant. S'il allait lui arriver quelque chose de semblable, si cet être charmant, distingué et puissant allait être rappelé au sein de l'Église par son moyen.

Non, il ne fallait pas l'espérer, mais elle tressaillait rien que d'y penser.

Lorsqu'après le souper sa mère et le docteur prirent congé de leurs hôtes, Burr lui continua jusqu'au bout ses services avec un mélange exquis de respect et de protection paternelle ; il l'enveloppa soigneusement de son châle et l'aida à monter dans le petit wagon du même air que si c'eût été le carrosse d'une duchesse.

« D'agréables souvenirs se rattachent pour moi à cette sorte de véhicule, dit-il, tandis, qu'après avoir examiné, les harnais, il remettait la bride aux mains de mistress Scudder ; cela me rappelle mon enfance et mes jours de collège. Votre cheval est-il sûr, madame?

— Oh oui, fit mistress Scudder, je le connais parfaitement.

— Pardonnez-moi cette question, dit-il. Que n'entend pas une matronne de la Nouvelle-Angleterre? Docteur, il faudra que j'aille ces jours-ci causer avec vous quelques instants. Je suis un peu rouillé sur la théologie.

— Nous serions tous fort heureux de vous voir, colonel, fit mistress Scudder. Nous vivons très-simplement, il est vrai....

— Mais vous pouvez toujours trouver une place pour un ami, j'en suis sûr, répondit-il en saluant avec la grâce qui lui était particulière tandis que la voiture s'éloignait.

— C'est vraiment un homme charmant que ce colonel Burr, fit mistress Scudder.

— Il a l'air d'un jeune homme très-franc et très-ingénu, dit le docteur. On ne peut s'empêcher de s'affliger en voyant le fils de parents si pieux s'égarer dans les voies de l'infidélité.

— Oh ! ce n'est pas un infidèle, dit Marie, loin de là, bien qu'il y ait, je crois, certains points obscurs pour son esprit.

— Ah ! fit le docteur, est-ce que vous avez causé avec lui des choses religieuses?

— Un peu, dit Marie, et il me semble qu'il éprouve quelque difficulté au sujet des œuvres irrégénérées. Je crains

que cet article n'ait été pour lui une pierre d'achoppement ; mais il a montré de si bons sentiments 1 j'ai vraiment vu des larmes dans ses yeux.

— Sa mère était une sainte femme ; elle fut appelée dès l'enfance, et son beau corps devint le temple du Saint-Esprit. Aaron Burr est l'enfant de beaucoup de prières, il y a donc lieu d'espérer qu'il sera quelque jour exclusivement appelé. Il a étudié quelque temps avec Bellamy, mais je me suis souvent demandé, ajouta le docteur pensif, si Bellamy s'y était pris avec lui comme il eût fallu.

— J'espère qu'il viendra et pourra causer avec vous, dit Marie avec ferveur. Quelle bénédiction pour le monde si de semblables talents pouvaient être sanctifiés !

— Il n'y a pas beaucoup de riches, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles d'appelés, fit le docteur. Si cependant il plaisait au Seigneur de se servir pour cette œuvre de mon ministère et de mes prières, je m'en réjouirais grandement. Ce soir, ajouta-t-il en voyant ces juifs, je songeais que c'était là une image du dernier rassemblement, alors que les juifs et les gentils s'assiéront ensemble au festin de l'Évangile. Ce n'est que dans l'oubli de ces années présentes où si peu sont appelés et où les progrès de l'Evangile sont si lents, et dans la contemplation de ce glorieux avenir, que je trouve quelque consolation. Si le Seigneur veut seulement se servir de moi comme d'une marche conduisant à cette céleste Jérusalem, je m'estimerai heureux. »

Ainsi conversaient-ils tandis que le wagon roulait lentement vers la maison, tandis que les grenouilles, les tortues et le lointain murmure des flots remplissaient, de leur vague concert, l'air doux et embaumé de cette belle nuit d'été.

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