‹ La fiancée du ministreChapitre 33 sur 35 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Le lendemain se leva radieux. C'était le jour du sabbat,, ce devait être pour Marie le dernier sabbat de sa vie de jeune fille, si ses plans et ses promesses s'accomplissaient.

Marie s'habilla de blanc, ses mains étaient tremblantes d'agitation; sa nature timorée oscillait entre deux devoirs contraires, deux affections opposées. Son amour filial et dévoué pour le docteur la rendait vivement sensible à l'idée de l'affliger, et d'autre part les questions que James lui avait posées avaient fait naître dans son esprit des doutes sérieux sur la légitimité du silence qu'elle avait d'abord résolu de garder.

Lors donc qu'elle fut prête, elle ferma la porte de sa chambre au verrou et, prenant sa Bible elle lut : « Si quelqu'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous libéralement, sans reprocher ses dons, et la sagesse lui sera donnée. » S'agenouillant ensuite au pied de son lit, elle supplia Dieu de l'éclairer d'une lumière spéciale dans sa perplexité présente. Son esprit se calma dans la prière, et elle se releva plus ferme au son de la cloche indiquant que le service allait commencer.

Lorsqu'elle entra dans l'église, tous remarquèrent combien Marie Scudder était belle ce jour-là. Ce n'était plus la froide beauté de la statue, la pâle vierge d'albâtre, mais une lumière chaude, brillante, vivante, révélait qu'un souffle d'été avait passé sur son âme.

Lorsqu'elle prit place au banc des chanteuses, elle sentit

sans tourner la tête que James était à son ancienne place, non loin d'elle, et ceux dont les yeux la suivirent jusqu'à la galerie s'émerveillèrent de ce visage où

Le sang pur et éloquent parlait sur ses joues un si divin langage, qu'on eût été tenté de dire que son corps pensait.

Car mille fibres délicates y reprenaient la vie et le mouvement depuis qu'elle avait revu James.

Lorsqu'on se leva pour chanter, le hasard voulut que l'air choisi fût un de ceux que James et Marie avaient souvent chantés ensemble et suivis dans le même livre à l'école de chant. C'était un de ces airs naïfs et suppliants si chers à la Nouvelle-Angleterre, nés, s'il faut en croire la tradition, dans les cavernes rocailleuses de ses montagnes, et dont les notes expriment une sorte de triomphe grandiose et triste. Les différentes parties de l'harmonie, disposées contrairement à toutes les règles du pharisaïsme musical, étaient cependant d'un effet romantique et original qui eût frappé tout véritable génie musical. Les quatre parties : le ténor, le dessus, labasse et la haute-contre, comme on les appelait alors, s'élevaient, s'enflaient, se mêlaient avec la bizarrerie capricieuse d'une harpe éolienne, du vent dans le creux des montagnes, ou des vagues gémissantes sur les côtes solitaires et abandonnées.

Et Marie, tandis qu'elle chantait les notes pathétiques du dessus, sentait vibrer jusqu'au fond de son cœur le profond accord de cette voix qui se joignait à la sienne avec un si étrange accent de mélancolie, qu'il semblait que l'âme renfermée dans cette mâle poitrine s'élançât au-devant de son âme dans la vérité immatérielle de l'éternité. Jamais ce grand vieux air que nos ancêtres appelaient China, avec sa mélodie funèbre et solennelle, n'attira deux âmes aussi complètement hors d'elles-mêmes pour les enlacer plus étroitement ensemble.

Le dernier verset de l'hymne parlait de la résurrection des saints avec Jésus-Christ :

Assis sur un trône de gloire

Il dit : « Venez, ô mes élus!

Gomme moi vous avez remporté la victoire ; Recevez de mes mains le prix de vos vertus.

Marie, en chantant ces paroles, sentit son âme enlevée par la pensée que cette vie ne dure qu'un moment et que Pamour est immortel, et il lui sembla, en un instant, être avec lui, bien loin au delà de cette peine passagère, sur les rivages de cette autre vie, montant vers le ciel à la suite de Jésus glorifié, toutes ses larmes essuyées, et avec une pleine permission d'aimer et d'être aimée à jamais. En entendant sa voix, le docteur leva la tête et fut émerveillé de la joie qui brillait dans ses yeux et des vives couleurs qui animaient ses joues, car un rayon de soleil dardant sur elle à travers les vitres poudreuses, entourait sa tête comme d'une auréole, et la pensée qu'il conçut alors vint rendre plus fervente encore l'adoration de sa prière.

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