‹ La fiancée du ministreChapitre 4 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Un thé théologique.

A Tappel de mistress Scudder, Marie se rendit en toute hâte au salon, dans une agitation d'esprit qu'elle n'avait encore jamais ressentie. Depuis l'enfance, son amour pour James avait été si profond , si égal , si intense , qu'il ne lui avait jamais causé ni trouble, ni angoisses. Il avait commencé par une affection fraternelle, et, croissant silencieusement, s'était emparé de tout son être, avant qu'elle en eût conscience. Mais cette dernière entrevue semblait avoir fait vibrer dans son cœur une corde jusque-là inconnue, et elle, ordinairement calme, par habitude* par principe et par suite d'une bonne santé , elle frissonnait et tremblait en écoutant James s'éloigner et en regardant l'herbe du verger se relever derrière lui. C'était comme si chaque pas eût foulé un de ses nerfs, comme si le bruit même de l'herbe eût remué dans son âme quelque chose de vivant et de douloureux. Et ce qui était plus étrange que tout le reste , le vague sentiment d'une faute semblait l'oppresser. Avait-elle donc fait quelque chose de mal? elle n'avait pas demandé à James de venir; elle ne lui avait pas parlé d'amour; non, elle ne lui avait parlé que de son âme et dit comment elle donnerait la sienne pour le sauver, oh! combien volontiers! et ce n'était pas là de l'amour; c'était seulement ce qu'au dire du docteur Hopkins, tous les chrétiens devaient sentir les uns pour les autres.

« Marie , mais que faisais-tu donc ? dit mistress Scudder qui était assise dans le salon , son tricot de cérémonie entre les mains? Te voilà rouge comme une pivoine. Est-ce que tu as pleuré. Qu'as-tu donc?

— Voici la femme du diacre, maman, » dit Marie confuse en courant vers la porte.

Et presque aussitôt entra 'mistress Twitchel, petite femme d'un certain âge, douce et potelée, dont l'air et la tournure faisaient forcément songer à un sac de plumes, serré au milieu par un cordon. Une vaste et confortable poche, pendue à son côté , laissait voir son tricot tout prêt pour l'occasion ; elle secouait soigneusement avec un mouchoir la poussière qu'elle avait amassée pendant sa course en voiture , tout en répondant aux salutations hospitalières de mistress Scudder de ce ton plaintif et maternel qu'affectionnent certaines bonnes vieilles dames qui semblent vivre dans un état chronique de douce compassion pour les péchés et les douleurs de cette vie mortelle en général.

« Mais oui, mistress Scudder, pas trop mal, je vous remercie; ça va toujours , c'est l'essentiel. Je disais ce matin au diacre que je ne voyais pas trop comment je ferais pour venir ici cette après-midi, mais que d'un autre côté je voulais vous voir pour parler un peu de cet excellent sermon de dimanche. Et comment va le docteur? L'excellent homme! Oh ! il aura bien sûr une grande récompense dans le ciel , sinon en ce monde, comme je le disais au diacre, sur quoi il m'a répondu : « Ne nous faisons point d'idoles, Polly. » Merci, chère enfant (à Marie), ne vous tourmentez pas de mon chapeau, ce n'est pas celui des dimanches, j'ai pensé que celui-ci suffirait, comme je le disais à Gérinthie. Mistress Scudder n'y prendra pas garde, parce qu'elle a mis son cœur plus haut que ces sortes de choses ! Je saisis toujours l'occasion de dire un mot de piété à Gérinthie , parce qu'elle est tout entière absorbée par la vanité et les parures. Oh! mistress Scudder, c'est bien différent avec votre chère fille ! C'est certainement une grande bénédiction que d'être appelé dès sa jeunesse comme Samuel et Timothée, mais, à la vérité, nous ignorons les voies du Seigneur. Quelquefois je

suis tout à fait découragée avec mes enfants, puis ensuite je me dis qu'on ne sait pas, que personne ne peut savoir. Gérinthie est la plus habile travailleuse que je connaisse. Personne ne peut comprendre où cette enfant-là trouve le temps de faire tout ce qu'elle fait, et je ne sais en vérité ce que je deviendrais si je ne l'avais pas. Le diacre dit que si jamais Dieu l'appelle, ce sera une Marthe plutôt qu'une Marie, mais c'est terrible de voir comme elle est opposée aux doctrines, Ah 1 mon Dieu! mon Dieu!

« Elle me disait encore hier en étendant son linge qu'elle ne pourrait jamais admettre les décrets éternels et l'élection, parce qu'elle ne comprenait pas, si les choses étaient décidées d'avance, quel mérite les gens pouvaient avoir. « Cérin- « thie, lui ai-je dit, les gens ne doivent pas prétendre à avoir « du mérite, ils doivent se soumettre sans conditions ; » alors elle a jeté là avec impatience son panier de linge, et elle est rentrée dans la maison. »

Ainsi que le lecteur peut s'en apercevoir, lorsque mistress Twitchel commençait une fois à parler, c'était comme lorsqu'on tourne un robinet dont l'eau ne cesse de couler que lorsqu'on le tourne d'un autre côté , et ce fut l'entrée de mistress Brown qui vint cette fois mettre un terme à l'inondation.

M. Siméon Brown était un riche armateur de Newport, qui habitait une grande maison , était propriétaire de plusieurs nègres et d'une couple de chevaux, et affectait un certain luxe dans ses habitudes. Une passion pour l'orthodoxie métaphysique avait attiré Siméon dans la congrégation du docteur Hopkins , et sa femme y occupait naturellement une place considérable. Mistress Brown était grande, 1 anguleuse, vêtue avec une recherche qui contrastait avec 1 la simplicité de ses voisins , et toute sa personne trahissait la femme d'importance, qui, du droit de ses gros revenus, s'attend à voir respecter son opinion au sujet de tout ce qui se passe dans le monde, qu'elle y comprenne ou non quelque chose.

A son entrée, la bonne petite mistress Twitchel quitta en toute hâte le grand fauteuil qu'elle occupait et se tint debout,

l'air effaré et dans l'attitude d'une femme qui sent qu'elle n'a aucun droit à se fixer quelque part^ avant que le chapeau de mistress Brown ne soit ôté et que celle-ci ne se soit assise, après quoi mistress Twitchel s'alla blottir dans un coin, où elle agita rapidement ses aiguilles pour déguiser son émotion, et se donner une contenance.

La nouvelle Angleterre a été appelée le pays de l'égalité, mais en quel pays de la terre l'égalité est-elle complète? Les vers même qui rongent un fromage ont, à ce que prétendent les naturalistes, de violentes querelles au sujet du rang, de la préséance, de la position sociale. Celui qui possède dix livres paraîtra toujours un gentilhomme à celui qui n'en a qu'une; c'est pourquoi il nous faut excuser la pauvre petite mistress Twitchel de s'anéantir a ses propres yeux en voyant entrer mistress Brown, et aussi excuser mistress Brown de s'asseoir dans le grand fauteuil de l'air de condescendance d'une femme qui se dit qu'il est de son devoir d'être affable, et qui veut l'être. Ce n'était cependant pas chose aisée pour mistress Brown j malgré son argent, sa maison, ses nègres et sa voiture, de protéger mistress Katy Scudder^ qui était de ces femmes que la nature semble avoir assises sur un trône , et qui dispensent elles-mêmes la protection et la faveur, en vertu d'un droit et d'une aptitude innés, quels que soient d'ailleurs leurs avantages sociaux.

C'était lune des constantes épreuves de la vie de mistress Brown, que cette étrange et secrète qualité d'une voisine dont la position lui semblait si inférieure à la sienne. Il n'y avait pas jusqu'à la façon calme et positive dont mistress Scudder tricotait, qui ne lui irritât les nerfs comme impliquant l'indépendance, et, bien que dans la circonstance présente on l'eût accueillie avec toute la politesse voulue , elle n'en éprouvait pas moins, comme il lui arrivait toujours chez mistress Katy, un certain mécontentement. Elle comparait intérieurement ce simple petit salon, son plancher sablé et ses rideaux de mousseline, avec son vaste salon orné (luxe encore fort rare) de tapis de Turquie et de glaces françaises, et se demandait si réellement mistress Scudder

était aussi tranquille et aussi à son aise en la recevant qu'elle le paraissait.

N'allez pas vous imaginer que c'était à cela que mistress Brown croyait penser. Non, certes. Toute la basse besogne de notre nature se fait généralement dans un petit cabinet noir, un peu en arrière du sujet dont nous nous croyons occupés.

Or, le sujet qu'on discutait, et celui que mistress Brown supposait être dans sa pensée, c'était le sermon du dernier dimanche, sur la doctrine de la charité entièrement désintéressée, sermon dans lequel l'excellent docteur Hopkins avait annoncé aux citoyens de Newport qu'il était de leur devoir d'être assez entièrement absorbés dans le bien de l'univers, pour acquiescer à leur propre damnation, si le plus grand bien général en devait résulter*

« Je disais au. diafcre , fit mistress Twitchel , tandis que le mouvement de ses aiguilles à tricoter suivait le ton mélancolique de sa voix : « Gomment pourrons-nous jamais en arriver là? » Quelquefois il me semble que j'avance un peu, puis tout d'un coup je ne sais plus qu'en penser; mais le diacre, lui, est tout à fait découragé ; il ne sent en lui-même aucune évidence. Quelquefois il pense même qu'il serait de son devoir de quitter ses fonctions à l'église, d'autres fois il ne sait plus que penser. Il tourne et retourne tout ça dans son esprit, s'éprouvant lui-même tantôt d'une façon, tantôt de l'autre, puis il dit qu'au fond, il ne voit en lui-même qu'égoïsme.

« Je me rappelle qu'une nuit de l'hiver dernier, à peine le diacre était-il bien chaudement dans son lit* qu'on frappa à la porte. Et qui était-ce s'il vous plaît? la vieille Beulah Ward, qui demandait le diacre. Son garçon venait le chercher, disant que sa mère était malade et qu'elle n'avait plus ni bois, ni chandelle. Or je savais que le diacre avait porté une demi-corde de bois à cette créature la veille de la Saint- Michel, et je lui avais envoyé moi-itiême de mes meilleures chandelles, des chandelles excellentes que Cérinthie avait coulées la dernière fois que nous avions tué un porc ; mais rien ne servit, il fallut absolument que le diacre quittât son

lit, s'habillât et attelât son cheval pour porter du bois à Beulah. « Père, lui dis-je, tu vas être repris de ton rhumatisme, c'est sûr ; en outre, Beulah est vraiment impatientante ; je sais qu'elle vend ce que nous lui donnons pour acheter de l'eau-de-vie, et elle ne vous remercie seulement pas. Parce que nous lui avons une fois donné , elle s'attend à ce que nous lui donnions toujours, et plus nous en ferons, plus elle exigera. » Là-dessus il me répond : « C'est juste comme ça que nous faisons avec le Seigneur, Polly ; et refuse-t-il pour cela de nous entendre quand nous l'invoquons dans nos peines? » Je ne dis plus rien, et le lendemain il était au lit avec son rhumatisme. « Eh bien, père, dit alors Cérinthie , vous conviendrez que vous avez fait preuve de charité désintéressée? » Le diacre réfléchit un moment, puis il répondit : « J'ai bien peur que ce ne soit encore de l'égoïsme : je suis tout près d'en tirer vanité. » Et Cérinthie sortit en déclarant que les gens les plus pieux ne trouvaient aucune consolation dans la religion, et que pour sa part, elle ne voulait pas se creuser la tête là-dessus , mais au contraire se donner du bon temps pendant qu'elle était jeune, parce que, si elle était prédestinée, elle serait sauvée quand même, et si elle ne l'était pas, elle n'y pouvait rien, n'importe comment.

— M. Brown dit qu'il a adopté depuis longtemps la doctrine du docteur Hopkins, dit, mistress Brown, tirant brusquement sa laine et parlant d'une voix dure, aiguë, didactique qui fit prendre sur-le-champ à mistress Twitchel son air humble et apologétique. M. Brown est un maître penseur; rien ne lui plaît davantage qu'une doctrine ardue; il dit qu'elle ne saurait jamais l'être trop pour lui. Il ne trouve aucune difficulté à l'aborder. Il raisonne la chose très-clairement, et il dit que ceux qui restent dans les ténèbres sont ceux qui le veulent bien, et c'est aussi mon opinion. Lorsqu'ils savent une fois qu'il leur faut admettre une chose, pourquoi ne l'admettent-ils pas! Yoilà ce qu'il dit, et je suis de son avis.

— Peu M. Scudder disait qu'il avait eu bien de la peine à adopter cette doctrine, dit mistress Katy. Il me contait

qu'un vieux marchand de papier lui avait dit une fois que le papier qui n'avait été secoué que d'un côté se déchirait généralement de l'autre, et que pour qu'il fût bon il fallait le secouer de tous les côtés; et nous de même, ajoutait-il, avant d'avoir été secoués, retournés, essayés de tous les côtés, nous ignorons quel est notre endroit faible.

— Mistress Twitchel répondit à ce sentiment par une suite de petits gémissements, ce qui était sa manière accoutumée d'exprimer son approbation, et mistress Brown, relevant vivement la tête avec une sorte de ronflement, dit que quant à elle, elle avait toujours cru jusqu'ici que ce que les gens savaient, ils le savaient, mais qu'apparemment elle s'était trompée. »

Ici la conversation fut interrompue par l'entrée de mistress Jones, bonne, franche et joviale commère qui arrivait à cheval d'une ferme située à trois milles de distance.

Souriante et satisfaite , elle présenta à mistress Katy un petit pot de beurre doré , qu'elle avait battu le matin même.

Il y a des gens si entièrement et si évidemment de ce monde, qu'ils ne sauraient entrer dans un salon sans matérialiser aussitôt la conversation. Nous n'entendons pas faire le procès de ces sortes de personnes, loin de là. Elles sont aussi nécessaires dans la composition d'un monde que le sont des choux dans un jardin. Les principes salutaires de la gaieté et de la vie animale semblent incarnés en elles. Ce sont des lingots de vitalité solide et satisfaite. Certaines vertus et certaines grâces chrétiennes prospèrent chez elles comme les premières moissons dans les terres neuves de l'Ohio. Mistress Jones était membre de l'Église; elle assistait régulièrement à l'office, et plantait chaque dimanche sa figure épanouie juste en face du docteur Hopkins, dont elle écoutait les sermons pénétrants et scrutateurs avec un sourire d'honnête satisfaction. Ces subtiles distinctions relatives aux mobiles qui nous dirigent, ces imposants avertissements, ces puissants reproches qui terrifiaient le pauvre Twitchel, elle les écoutait avec de grands yeux ronds et satisfaits, faisant après tous la même remarque , « que c'était un ex-

cellent discours, qu'elle avait eu grand plaisir à l'entendre et que le docteur était vraiment un saint homme. » Dans la circonstance actuelle, elle présenta son pot de beurre comme le fruit de ses réflexions sur le dernier sermon.

« Voyez-vous, fit-elle, comme j'étais ce matin dans la laiterie, arrangeant mon beurre, j'ai dit à Dinah : « Je m'en vais en porter un pot à mistress Scudder pour le docteur. Son sermon de dimanche m'a fait tant de bien! — Lk, madame, j'aurais juré que vous dormiez, » m'a répondu Dinah. Non; j'avais seulement oublié de prendre du carvi le matin, et j'en étais fâchée. Ça réveille, comme vous savez. Mais je n'ai pas perdu complètement connaissance un seul instant, et j'ai bien entendu qu'il disait toutes sortes de bonnes choses; aussi ai-je pensé à lui aujourd'hui.

— Ce sera un vrai régal , dit mistress Scudder, nous connaissons toutes votre beurre, mistress Jones. Je ne me permettrai pas d'en servir du mien ce soir, je vous en réponds.

— Vous me rendez vraiment honteuse, mistress Scudder. Il est vrai qu'on le trouve généralement bon, et qu'il se vend bien. Jones en est très-fier. Je lui dis qu'il a tort, car nous ne devons être fiers de rien. »

Mistress Katy jetant alors un coup d'œil sur la vieille horloge , avertit Marie qu'il était temps de dresser la table, et une légère émotion d'attente se produisit dans l'assemblée. La petite table d'acajou déploya ses ailes brunes, et l'on vit sortir du tiroir une nappe damassée d'un blanc de neige. L'étiquette voulait qu'en semblable occasion les assistants fissent successivement l'éloge de chaque objet à mesure qu'il paraissait; la femme du diacre commença donc par louer la nappe.

« Pour le coup, je déclare que mistress Scudder nous dame le pion à toutes avec ses nappes, » dit-elle en examinant avec admiration un coin de celle qu'on venait de poser sur la table. Sur quoi mistress Jones, se levant vivement, vint examiner l'autre coin.

« Gomment! fit-elle, mais cela doit venir d'Angleterre. Je n'ai de ma vie rien vu d'aussi beau.

— C'est moi qui l'ai filée, fit mistress Scudder, non sans un peu d'orgueil. L'année d'avant mon mariage, un tisserand irlandais fort habile vint à Newport, alors que je venais justement de filer du lin magnifique. Je me rappelle que M. Scudder avait, à cette époque, coutume de me lire pendant que je filais. » La tante Katy regardait vaguement devant elle , comme quelqu'un dont l'imagination se reporte tout entière vers le passé, et sans s'en apercevoir, elle poussa un léger soupir après ces dernières paroles.

— J'avoue, dit mistress Jones, que ceci me surpasse complètement. Je croyais savoir faire du fil, mais maintenant je n'oserai de ma vie montrer le mien.

— Gomment, mistress Jones, mais les serviettes que vous faisiez blanchir ce printemps étaient magniques, dit mistress Katy. Pour moi, je ne fais plus maintenant grand' chose dans ce genre-là, continua-t-elle en se redressant; je deviens vieille, et c'est aux jeunesses à s'occuper de ces sortes de travaux. Marie file maintenant mieux que je n'ai jamais fait. Marie, donne donc tes serviettes. »

Et les serviettes de Marie passèrent de main en main.

« Il est facile de prévoir, dit mistress Twitçhel à Marie , que votre armoire sera bien garnie d'ici à ce qu'il vienne ; n'est-ce pas mistress Jones? » Et mistress Twitçhel prit cet air agréablement facétieux qu'assument généralement les vieilles dames en parlant aux jeunes filles de ces possibilités.

Marie fut contrariée de sentir à cette suggestion le sang colorer ses joues de la façon la plus inattendue et la plus vexatoire ; sur quoi mistress Twitçhel regarda mistress Jones d'un air significatif, puis lui dit mystérieusement à l'oreille quelques mots, auxquels la bonne mistress Jones répondit tout haut par un : « Ah bah! vraiment, en êtes-vous sûre?

— C'est singulier, fit mistress Twitçhel, reprenant la parole d'un ton si plaintif que tous s'attendirent à quelque chose de pathétique; c'est singulier, comme on se trompe souvent en prenant une femme. Voici votre Marie, par exemple , mistress Scudder, il n'y a rien qu'elle ne sache faire, mais j'ai été passer une journée la semaine dernière

chez mistress Skinner, et ça m'a réellement fait peine à voir. Sa mère était pourtant une femme bien habile, mais elle a élevé la pauvre Sucky comme une vraie poupée de cire bonne à garder dans un tiroir, et il faut avouer que c'était une jolie créature; mais maintenant qu'elle est mariée , à quoi est-elle bonne ? Elle ne se doute pas seulement de la manière de s'y prendre dans uu ménage. La pauvre enfant a bonne volonté , elle se tue de travailler, mais elle ne finit à rien; sa besogne n'avance pas, et le pauvre Georges Skinner est tout à fait découragé.

— Oui, dit mistress Scudder, le tout est de savoir s'y prendre. Quand on voit une femme travailler du matin au soir, c'est mauvais signe. J'ai toujours dit à Marie : Aie soin de faire ta besogne dans la matinée. Il faut que les jeunes filles s'accoutument à cela. Pour moi, je ne travaille jamais les après-midi, je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai jamais.

— Ni moi non plus, » s'écrièrent à la fois mistress Twitchel et mistress Jones, toutes deux désireuses de proclamer leur orthodoxie sur ce point capital,

— Il y a encore une chose que je recommande à Marie, dit mistress Katy, c'est de ne jamais dire : je n'ai pas le temps, à propos de ce qui doit être fait. Si une chose est nécessaire, la vie est assez longue pour en trouver le temps. C'est là ma façon de penser. Une femme qui dit sans cesse : je n'ai pas le temps de ceci ou de cela, ne me donne pas grande idée d'elle. Je me dis qu'elle ne sait pas s'y prendre, voilà tout. »

Ici mistress Twitchel leva les y eut de dessus son tricot , et regarda mistress Brown avec un sourire apologétique.

« Ah ! fit-elle , mistress Brown n'entend rien à tout ceci , parce qu'elle a des domestiques qui font toute la besogne. Ça doit lui sembler drôle de nous entendre parler de notre ouvrage, elle qui a tout son temps à elle. Gomme je le disais l'autre jour au diacre, c'est une femme privilégiée.

— Je vous assure que ceux qui ont des domestiques ont bien assez à faire de les surveiller, dit mistress Brown , qui, comme tout le monde, était sensible à l'imputation de

n'avoir pas autant de peines que le prochain. Quant à ce qui est d'avoir la besogne faite dans la matinée, c'est là une chose que je n'ai jamais pu leur apprendre; Chloé aime à avoir son ouvrage en train et à le faire par caprice, n'importe à quelle heure, quand l'envie lui en prend.

— C'est justement pour cela que je n'ai jamais voulu prendre chez moi de ces créatures, dit mistress Katy. Les principes de M. Scudder s'opposaient à ce qu'il achetât des nègres, mais en eût-il été autrement, je n'eusse jamais voulu de leur ouvrage. Je connais ma besogne, et l'aide d'un autre ne fait généralement que me retarder. Tout ce que je demande , c'est qu'on s'ôte de mon chemin et qu'on me laisse faire. J'ai essayé deux ou trois fois de prendre une servante, et je ne me suis de ma vie donné tant de mal que pendant ce temps-là. Lorsque Marie et moi nous faisons tout nousmêmes , nous pouvons calculer chaque chose à une minute près, et nous trouvons le temps de coudre, de lire, de filer, de faire des visites, et de vivre juste comme il nous convient. »

Mistress Brow se sentit de nouveau mécontente. A quoi lui servait-il d'être riche et d'avoir de nombreux domestiques, si ce Mardochée à sa porte méprisait complètement sa prospérité ? Elle se dit qu'au fond mistress Katy devait être envieuse, et se consola par cette réflexion, sans avoir conscience du moindre antagonisme entre ce sentiment et ceux de complète abnégation qu'elle venait d'énoncer.

Pendant ce temps , la table à thé s'était successivement couverte d'un plateau de porcelaine de Chine, du beurre doré de mistress Jones , d'un plat de « merveilles » (c'était le nom d'une sorte de gâteau frit) légères comme le vent, de gelées de pommes et de coings claires comme l'ambre , du miel le plus blanc et le plus pur, encore dans son rayon, enfin de tout ce qui peut concourir à l'effet d'un thé irréprochable.

« Je ne sais pas, dit mistress Jones, reprenant le thème de circonstance, comment mistress Scudder arrive à réussir si parfaitement son gâteau. Il n'est pas plus levé d'un côté que de l'autre, mais toujours parfaitement rond; il n'est

■ï-2 LA. FIANCEE DU MINISTRE.

pas non plus blanc par ici et brûlé par là, mais d'un beau brun doré tout autour, et il ne se fend jamais.

— C'est justement ce que me disait Cérinthie l'autre jour, reprit mistress Twitchel; elle dit qu'elle a beau faire, le sien est toujours ou trop ou pas assez levé, mais que celui de mistress Scudder est toujours parfaitement à point. C'est un don, Cérinthie, lui ai-je dit. Ceux qui Font, l'ont, et ceux qui ne l'ont pas sont obligés de se donner bien de la peine, et encore pour ne pas faire moitié aussi bien. »

Mistress Katy recevait toutes ces louanges comme un tribut accoutumé. Depuis l'âge de treize ans elle n'avait jamais mis la main à quelque chose sans faire mieux que qui que ce fût; elle acceptait donc les éloges avec le calme et la sérénité d'une personne dont la réputation est établie et incontestée, sans néanmoins se dispenser des désaveux accoutumés : « Oh! ce n'est rien, rien du tout. Je vous assure que je ne sais pas moi-même comment je fais, etc., etc.

— Pensez-vous que le diacre tarde à venir? dit mistress Katy lorsque Marie, revenant de la cuisine, annonça le fait important que l'eau bouillait.

— Oh non ! dit mistress Twitchel, je l'attends à chaque minute. Il m'a dit qu'il ensemencerait avec ses ouvriers la pièce des huit arpents et qu'il garderait le cheval pour revenir à la maison ; là-dessus je lui ai préparé une chemise blanche, en disant : Ah çà, père, n'oublie pas qu'il faut être là-bas à cinq heures, afin que mistress Scudder sache quand elle pourra verser son eau. Le voilà justement, » ajoutât-elle tandis que le pas d'un cheval se faisait entendre au dehors, et après quelques instants la porte s'ouvrit et donna passage au diacre désiré.

C'était un petit homme maigre, aux cheveux noirs et plats; son regard, à la fois grave et ardent, révélait un tempérament nerveux et mélancolique. Une douce et pensive humilité de manières semblait planer sur lui comme l'ombre d'un nuage. Tout dans son costume, son air, ses mouvements , indiquait la rectitude , la précision poussées parfois jusqu'à une anxiété nerveuse.

A peine le mouvement produit par son arrivée avait-il

cessé, qu'on vit apparaître M. Siméon Brown, homme grand et maigre, aux pommettes saillantes, aux traits anguleux, avec de petits yeux au regard dur et perçant, de grands pieds et de larges mains.

Siméon était, comme nous l'avons dit, un théologien subtil, qui avait le flair d'un limier pour une distinction métaphysique. C'était aussi un homme d'affaires, faisant un commerce lucratif avec la côte d'Afrique , d'où il importait des nègres pour le marché américain, et personne, disaiton, n'entendait mieux que lui cette sorte de trafic, car il en connaissait à fond tous les détails, ayant commandé dans sa jeunesse des bâtiments négriers. Dans sa vie privée Siméon se montrait sévère et despotique. Il appartenait à cette classe de geus qui un jour de grand froid se planteront entre vous et la cheminée, et là se livreront à des raisonnements ayant pour but de vous démontrer que l'égoïsme est la racine de tout mal. Siméon disait que c'avait toujours été son opinion, et ses voisins pensaient souvent que personne ne pouvait avoir sur ce sujet plus d'expérience que lui. C'était un de ces hommes qui se croient soumis à la volonté divine jusqu'au point extrême exigé par la théologie de cette époque, simplement parce qu'ils n'ont ni nerfs pour sentir, ni imagination pour concevoir ce que c'est qu'un bonheur ou un malheur éternel , et qui traitent la grande question du salut ou de la damnation de myriades humaines comme un problème d'algèbre théologique que doit infailliblement résoudre leur x, y, z.

Mais il nous faut abréger cette analyse des caractères, car à la table à thé les choses approchent d'une crise. Mistress Jones a annoncé qu'elle ne croit pas qu'il puisse venir cet après-midi, façon de parler significative indiquant qu'il n'existe au monde, pour cette vertueuse épouse, qu'un seul individu du sexe masculin, et mistress Katy dit à sa fille : « Marie, va frapper à la porte du docteur pour l'avertir que le thé est prêt. »

Le docteur était dans son cabinet, pièce située de l'autre côté de la petite entrée. Le jour y était adouci et l'air parfumé par les lilas en fleurs dont l'ombre légère, mêlée aux

rayons du soleil couchant, dansait sur une grande table couverte de papiers, de pamphlets et de gros volumes de théologie, devant laquelle était assis Je docteur.

C'était un homme de proportions gigantesques, haut de cinq pieds six pouces, avec des épaules dune largeur correspondante ; il écrivait penché sur sa table, et si complètement absorbé qu'il n'entendit pas le léger bruit que fit Marie en entrant.

« Docteur, le thé est prêt, » dit doucement celle-ci.

Ni mouvement ni bruit, si ce n'est celui de la plume courant sur le papier.

« Docteur I docteur î fit Marie un peu plus haut et en avançant d'un pas dans la chambre, le thé est prêt. »

Le docteur releva la tête pour regarder un papier posé devant lui, et répondit à voix basse et du ton d'un homme qui lit :

« Premièrement, si la vertu non dérivée est particulière à la Déité, peut-elle être du devoir d'une créature ? »

Ici une petite main se posa doucement sur sa robuste épaule, et le a Docteur, le thé est prêt » pénétra vaguement jusqu'à son nerf auditif, semblable à un son perçu dans le sommeil. Il se leva en tressaillant, ouvrit une paire de grands yeux bleus, brillant sous un front vaste et élevé, et les fixa sur la jeune fille, qui, malgré son attitude de profond respect, regardait avec quelque malice son vénérable ami occupé à rassembler ses facultés terrestres.

« Le thé est prêt, s'il vous plaît. Maman m'a envoyée vous avertir.

— ■ Oh! Ah! — Oui, en vérité ! dit-il, regardant avec confusion autour de lui, et s'appr étant à sortir dans sa robe de travail.

— S'il vous plaît, monsieur, dit Marie lui barrant le passage, ne voulez-vous pas mettre votre habit et votre perruque? »

Le docteur jeta un coup d'œil rapide sur sa toilette, porta la main à sa tête, qui, au lieu des boucles de sa majestueuse perruque, n'était ornée que d'un bonnet médiocrement élégant, et parut soudain comprendre pleinement

l'état de la question. Un sourire bienveillant éclaira ses pommettes saillantes, comme lorsque le soleil illumine un côté du roc, et il dit affectueusement : « Oh ! bien, bien, mon enfant, je comprends maintenant ; je suis à vous dans un instant. »

Et Marie, sûre maintenant qu'il était dans la bonne voie, retourna au salon et annonça que le docteur allait paraître.

Quelques minutes après il entra dans toute la dignité de sa grande perruque poudrée, de son habit ecclésiastique avec d'amples manchettes, des boucles d'argent à ses souliers et à ses jarretières, ainsi qu'il convenait à la gravité et à la majesté d'un ministre de cette époque.

Il salua la compagnie avec une bienveillance empreinte de dignité, mêlée néanmoins d'une certaine timidité, car le docteur recelait dans son camp moral ce perfide soldat, que John Bunyan anathématise sous le nom de mauvaise honte. Toute la société se leva à son aspect, les hommes s'inclinèrent, les femmes firent la révérence, et tous restèrent debout pendant qu'il adressait à chacun ces questions sur la santé et le bien-être, préliminaires obligés de toute réunion sociale. Puis , sur un signe de mistress Katy, il s'avança vers la table, où tous le suivirent, et levant une main, il accomplit un acte de dévotion qui, pour la longueur, ressemblait davantage à une prière qu'au Bénédicité, après quoi toute la société s'assit.

« Eh bien, docteur, fit M. Brown, qui, en sa qualité de propriétaire important, se sentait le droit d'entamer la conversation avec le ministre , vos vues commencent à faire du bruit. J'en causais l'autre jour sur le quai avec le diacre Trimmins, et il me contait que le docteur Stiles avait dit que vos doctrines étaient complètement nouvelles, et que pour lui il aimait mieux s'en tenir aux bonnes vieilles coutumes.

— Ah! ah! fit le docteur, sortant soudain de l'abstraction dans laquelle il était peu à peu retombé. Eh bien! soit. J'aime mieux prêcher une théologie nouvelle qu'une autre, et plus elle sera nouvelle, mieux vaudra, pourvu seulement

qu'elle soit vraie. Ce ne serait guère la peine d'écrire si je n'avais rien de nouveau à dire.

— Ah ! docteur, fit le diacre Twitchel en rougissant, il n'y a chose qu'on ne dise à votre sujet en ce moment. L'autre jour, comme j'étais au moulin avec une charge de blé, Amarich Wadsworth apporta la sienne .aussi, et tandis que nous attendions : « A ce qu'il paraît, votre ministre devient arménien, » me dit-il, puis il me raconta que la vieille Mme Badger lui avait affirmé que vous interprétiez certaines parties des Épitres de saint Paul absolument de même que les Arméniens. Gomme vous savez, Mme Badger est une bonne tête quant aux doctrines , et c'est une calviniste zélée.

— Gela ne me fait pas peur le moins du monde > dit le robuste docteur; Supposons que j'interprète certains textes comme les arminiens. Ceux-ci ne peuvent-ils pas avoir parfois raison? et ne vaut-il pas mieux être avec les arininiens quand ils ont raison qu'avec les calvinistes quand ils ont tort?

— C'est cela, docteur > vous y êtes, fit Siméon Brown. C'est ce que je me tue de leur dire : «Ne prouve-t-il pas tout ce qu'il avance^ et qu'avez- vous à lui répondre ? » Cales confond.

— Mon frère Seth, reprit le diacre Twitchel, vous connaissez mon frère Seth; eh bien! il prétend que vous niez la dépravation native. Il est pour l'imputation du péché d'Adam, vous savez; j'ai dé longues conversations avec lui sur ce sujet, chaque fois qu'il vient me voir ; selon lui, dire que nous n'avons pas péché en Adam , c'est abandonner l'Écriture sainte; et il soutient que vous êtes dans l'erreur au sujet des œuvres non régénérées.

— Pas du tout, pas le moins du monde, s'écria vivement le docteur.

— Je voudrais que Seth pût causer avec vous^ docteur. Au printemps dernier il était venu ni'aider à enclore de palissades une pièce de terre, nous causions toute là journée, et il me semblait réellement que plus nous causions, plus Seth déraisonnait. C'est un liseur fini, et lorsqu'il a su que

vos remarques sur l'ouvrage du docteur Mayhew avaient paru, il est venu à Newport exprès pour se les procurer; il a passé tout son temps cet hiver à les étudier et à les annoter, et je vous assure, monsieur, que c'est un garçon qu'il n'est pas aisé de réduire. Enfin ce jour-là, entre la besogne des palissades et lafatigue d'argumenter, je suis rentré chez moi n'en pouvant plus; mistress Twitchel doit s'en souvenir.

— Ah ça oui! je m'en souviens, fit l'épouse du diacre Quand il est rentré : « Père, lui ai-je dit, tu m'as l'air d'un homme rendu, » et je me mis en mouvement pour lui prépa-* rer son thé , mais il s'en alla dans sa chambre et se mit sur son lit en attendant le souper; sur quoi je dis à Cérnithié : « Ton père n'a pas fait pareille chose depuis le jour où il a été pris du typhus. » Là-dessus Gérinthie se mit à dire qu'elle était sûre que ce n'était pas autre chose que ces ennuyeuses doctrines, qu'il en était toujours ainsi quand son oncle Seth venait. Après le thé, le père commençait à se remettre, et Seth et lui, étant auprès du feu, se préparaient à reprendre leur discussion, lorsque je leur dis : « Voyezvous, Seth, ces choses-là ne vous font pas de mal à vous, mais le diacre n'est pas bien portant , et si on le taquine après son souper, il est sûr de ne pas fermer l'œil de la nuit. Ainsi donc, vous ferez mieux de laisser les choses où elles en sont ; ça ne fera pas grande différence pour ce soir de savoir lequel de vous deux a tort ou raison; soyez sûrs que le Seigneur décidera tout cela sans vous selon son bon plaisir, et nous saurons plus tard ce qui en est. »

— Monsieur Scudder avait coutume de beaucoup réfléchir sur ces différents points, dit mistress Katy, et la dernière fois qu'il séjourna ici, il écrivit ses vues à ce sujet. Je ne vous les ai pas encore montrées, docteur, mais j'aimerais à savoir ce que vous en pensez.

— Monsieur Scudder était un homme d'un grand sens et un homme de bien; j'aurai grand plaisir à lire quelque chose d'écrit par lui. »

Une expression de vive satisfaction éclaira un moment le visage de mistress Katy, car une seule fleur déposée sur l'autel que nous élevons dans notre cœur à un mort bien-

ainié, nous touche plus que tous les dons faits à nousmêmes.

Nous ne suivrons pas plus longtemps la conversation de l'assemblée, dans la crainte de verser au lecteur plus de thé théologique qu'il n'en pourrait boire. Nous ne raconterons donc pas les nombreuses et subtiles questions soulevées par M. Siméon Brown et résolues par le docteur, ni comment Siméon déclara invariablement que c'était justement ainsi qu'il les envisageait lui-même, et cela depuis dix ans.

Nous ne rapporterons pas non plus trop minutieusement comment Marie changea rapidement de couleur lorsque M. Brown mentionna par hasard que la Mousson partait cette après-midi pour un voyage de trois ans. Personne, au milieu du conflit des politesses, ne remarqua le flux et le reflux soudain de ce pauvre petit cœur.

Ainsi faisons-nous, ignorant ce à quoi nous touchons et ce qui nous touche pendant que nous parlons î Nous annonçons une nouvelle : — Monsieur un tel se marie, — mademoiselle une telle se marie. — tel vaisseau a fait voile, — et voici qu'à notre droite ou à notre gauche, un cœur a sombré silencieusement, a plongé dans l'immense océan de la destinée, sans même qu'une vague se soulevât pour témoigner de sa dernière angoisse.

Page 1