‹ La fiancée du ministreChapitre 9 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Qui traite des choses visibles.

Gomme par exemple du déjeuner : — il est six heures, — les laboureurs et les bœufs sont partis, la table est dressée dans la cuisine devant la porte ouverte; une fumée odorante s'échappe de la vieille cafetière d'argent, et le docteur, assis à l'un des côtés de la table, savoure lentement son café tout en regardant Marie, placée en face de lui, tandis que mistress Scudder cause de ses affaires de ménage et imagine que quelque chose doit avoir empêché la crème de monter, car elle n'est ni si jaune ni si épaisse que de coutume.

Le docteur, il faut l'avouer, était sujet à regarder les gens d'une façon particulière aux philosophes et aux savants, c'est-à-dire comme s'il regardait à travers eux dans l'infini, auquel cas son regard devenait si fixe et si intense, qu'il eût fort embarrassé toute personne non initiée; mais Marie, accoutumée à ce genre de contemplation, s'en amusait tranquillement et attendait que quelque grande pensée vînt se dessiner à sa vue mentale, comptant bien qu'il leur en ferait part.

Le digne homme acheva sa première tasse de café et dit :

« Je suppose que dans le millènium il y aura une telle abondance de toutes les choses nécessaires à la vie, qu'hommes et femmes ne seront plus obligés de passer la

plus grande partie de leur temps à pourvoir à leur subsistance. Personne n'aura besoin de travailler plus de deux ou trois heures par jour , tout juste ce qu'il faut pour entretenir la santé du corps et la vigueur de Fintelligence ; le reste du temps se passera en lecture, en conversation, et dans des exercices de nature à élever les esprits et à les faire progresser. »

La Nouvelle-Angleterre offre probablement le seul exemple d'une communauté prospère fondée sur une théorie, c'est là une expérience particulière dans le problème des sociétés. C'est par cette raison que les esprits de ces grands penseurs insistaient sur la solution finale de ce problème en ce monde. La croyance à un futur millènium était l'une des doctrines favorites des principaux théologiens de la Nouvelle-Angleterre, et le docteur Hopkins y était particulièrement attaché.

En conséquence, ni Marie ni sa mère n'étaient le moins du monde surprises de voir briller dans le courant de la vie quotidienne ces parcelles d'or pur, que leur ami avait extraites dans ses explorations du futur Canaan.

« Mais comment, dit mistress Scudder, avec beaucoup moins d'ouvrage arrivera-t-on dans ce temps-là à faire tout ce qui est nécessaire ?

— Parce que d'ici là, les arts et les sciences auront fait de tels progrès que tout s'accomplira beaucoup plus aisément, et aussi à cause du grand accroissement de charité, par suite duquel les talents et la capacité de ceux qui ont beaucoup viendront en aide à la faiblesse de ceux qui ont moins.

« Oui, continua le docteur, après une pause, les Marthes actives et empressées n'auront alors aucun prétexte pour ne pas s'asseoir aux pieds de Jésus; la besogne sera peu de chose. L'Église en ce temps-là n'aura plus que des Maries. »

Cette remarque, bien que faite sans la plus légère intention personnelle, amena un sourire singulier sur le visage de mistress Scudder , auquel répondait une légère rougeur sur celui de Marie, lorsque le claquement d'un fouet et un

bruit de roues d'un wagon vinrent interrompre la conversation et attirer tous les yeux vers la porte, devant laquelle s'arrêta presque aussitôt le wagon de la ferme, chargé de barriques, de boîtes et de paniers, au-dessus desquels Candace trônait triomphante, sa face noire et son turban jaune brillant au soleil levant d'un éclat joyeux et satisfait, tandis qu'elle tirait la bride et criait au cheval d'arrêter, d'une voix qui eût fait honneur à l'homme le plus vigoureux.

« Tiens! c'est Gandace ! s'écria Marie.

— La reine d'Ethiopie en personne, » dit le docteur, qui risquait parfois une plaisanterie inoffensive.

Le docteur était universellement connu dans le pays comme une sorte d'ami et de patron des nègres; il s'était voué à leurs intérêts avec un zèle bien rare à cette époque. Son, église en comptait plus qu'aucune de celles de Newport, et il employait fréquemment ses heures de loisir à visiter les plus pauvres d'entre eux, écoutant leurs histoires, consolant leurs chagrins , dirigeant leurs projets , leur enseignant à lire et à écrire, et consacrant une portion de son mince salaire à les secourir dans leurs embarras ou dans leur détresse. Les noirs répondaient à cette charité avec toute la gratitude et la chaleur d'affection de leur race, et Gandace en particulier s'était vouée corps et âme au docteur.

On rapportait dans le pays que les premiers efforts de celui-ci pour catéchiser Gandace n'avaient pas été trèsheureux; elle envisageait les dogmes théologiques à un point de vue tellement individuel, qu'il était difficile de l'amener à souscrire aux opinions reçues. A l'énoncé de l'article particulier du catéchisme qui déclare que tous les hommes ont péché en Adam et sont tombés avec lui, Gandace s'était écriée :

« Quant à moi, pour une au moins je ne l'ai pas fait, j'en réponds. J'ai bonne mémoire.... je me souviens toujours de ce que je fais, et je n'ai pas mangé cette pomme, je n'en ai pas mangé le plus petit morceau. Qu'on ne vienne pas me dire ça ! »

En vain 'étzjf - <*n efforcé de donner à Candace toutes les

explications de ce redoutable passage, et avait-on voulu lui parler de présence virtuelle, d'identité représentative et de primauté fédérative. Elle opposait à tous les raisonnements son opiniâtre : « Quand je vous dis que je n'en ai pas mangé, j'en suis sûre! Si je lavais fait, je m'en souviendrais. Qu'on ne vienne pas me dire ça! C'est perdre son temps! » Et jusque dans la classe' de catéchisme, si par hasard cette question tombait à son tour, elle demeurait et muette et sombre, même en la présente révérée du docteur.

On rappelait fréquemment à Gandace que le docteur croyait le catéchisme, et qu'elle différait ainsi d'avec un bon et saint homme, mais cet argument n'avait produit sur elle aucune impression jusqu'à ce qu'un jour un de ses cousins éloignés, dont la condition chez un maître dur et cruel avait souvent excité sa compassion , vint lui conter avec ravissement comment, grâce aux efforts du docteur, il avait recouvré sa liberté. Le ministre lui-même, quêtant de maison en maison, avait recueilli partie de la somme nécessaire à le racheter, et suppléé à ce qui manquait en abandonnant la moitié du salaire de son dernier trimestre.

« Il a fait ça! s'écria Gandace, laissant choir la fourchette avec laquelle elle retirait ses beignets; eh ben! là, je commence à croire que tout ce qu'il dit est vrai. »

Et en conséquence, au prochain catéchisme du docteur, Fétonnement fut grand lorsque Gandace, s'approchant de celui-ci, s'écria :

c Que Dieu vous bénisse , docteur ! Vous avez ouvert la prison de ceux qui étaient dans les liens. Eh bien, je vous crois maintenant, docteur; je crois que vous ne dites pas un mot qui ne soit vrai. Je dirai le catéchisme maintenant, n'importe ce que vous y mettiez. Oui, je l'ai mangée, cette pomme, et si vous le dites, je croirai que j'ai mangé l'arbre tout entier. »

A cette explicite profession de foi avaient succédé pour Candace de longues années de la plus ardente orthodoxie. Sa manière de s'exprimer au sujet de la religion était brève et significative.

« A quoi bon tant parler? J'ai promis que je croirais le catéchisme, et je le crois, là! »

Tandis que nous vous racontons tout ceci, elle a attaché son cheval , et elle se dirige vers la maison , un panier à chaque bras.

« Bonjour, Candace, dit mistress Scudder; qu'est-ce qui vous amène si matin?

— Je suis partie avant le jour pour vendre mes œufs et mes poulets ; aussi je rapporte un bon magot. Missy Marwyn envoie à missy Scudder des œufs de dinde, et puis j'apporte des gâteaux pour le docteur. Il faut que les braves gens vivent tout comme les méchants, vous savez. » Et Gandace fit entendre un joyeux éclat de rire. « Il n'y a pas de raison pour que les docteurs ne mangent pas de bonnes choses aussi bien que les pécheurs, n'est-il pas vrai?» ajouta-t-elle en montrant ses dents blanches dans l'abandon de sa gaieté.

« Ah! fit-elle, en apercevant Marie, on dirait voir une rose nouvelle, quoi! Je ne m'étonne pas que quelqu'un était toujours à fureter et à rôder par ici!

— Comment va votre maîtresse, Gandace? dit mistress Scudder, désireuse de détourner l'entretien.

— Gomme ci comme ça, ça ne va pas fort. Quand massa James s'en va, on dirait qu'il emporte la lumière de ses yeux, quoi! Ce garçon va toujours suivant partout sa mère, comme l'agneau suit la brebis. Lah ! la maison paraît si vide quand il est parti! on entendrait une mouche voler ! — Missy Marwyn demande si vous, le docteur et miss Marie, vous voulez venir prendre le thé cette après-midi ?

— Remerciez votre maîtresse, Candace, dit mistress Scudder, Marie et moi nous irons, et peut-être que le docteur.... Elle regarda le digne homme qui, retombé dans ses réflexions, achevait son déjeuner sans prendre garde à ce qui se passait. Nous lui en parlerons quand il sera temps de s'habiller, dit-elle; il est inutile de le déranger maintenant. »

La perspective de cette visite était agréable à Marie, par plusieurs raisons dont elle ne se rendait pas exactement compte. En fille sage et docile, elle avait naturellement

pris la résolution de ne penser à James que le moins possible; mais lorsque son devoir la conduisait dans des lieux et parmi des gens qui le lui rappelaient, il lui était plus agréable que s'il l'avait conduite dans une autre direction. En outre, Marie et mistress Marwyn étaient unies par une tendre et profonde amitié, basée sans doute sur des rapports de goûts et d'intelligence , mais - aussi sur un secret élément de profonde sympathie.

Avec cette sagacité instinctive de ceux de sa race, qui semblent deviner les pensées et les sentiments de leurs supérieurs, Candace remarqua l'éclair de joie qui avait traversé les yeux de Marie, et s'en réjouit intérieurement.

Sans avoir jamais été la confidente de Tune ou de l'autre partie, sans même qu'un mot eût été dit devant elle , elle voyait cependant l'état des affaires aussi clairement que si elle l'eût suivi sur une carte. En un clin d'œil elle avait compris la froideur de mistress Scudder, l'amour de James, la perplexité de Marie, et avait intérieurement résolu que si la jeune fille oubliait James, ce ne serait pas de sa faute à elle, Candace.

« Lah! missy Scudder, fit-elle, je suis bien aise que vous veniez, parce que vous n'avez pas vu encore comme massa James nous a fait splendides. Vous ne nous reconnaîtrez plus. Il a mis des nattes de Mogador à toutes les entrées, et un grand tapis dans le salon ; et si vous saviez le beau châle qu'il a rapporté à mistriss, avec toutes sortes de choses curieuses pour le squire. Je vous dis, moi, que ce garçon-là honore son père et sa mère, quand il ne ferait pas autre chose, et c'est là le premier commandement avec promesse, madame ; ce garçon-là est au nombre des élus, ça ne fait pas de doute pour moi, et les élus sont sûrs d'arriver à bien, voilà ce que je dis. Ma foi est là-dessus solide et certaine, » ajouta-t-elle avec le rire triomphant qui servait généralement d'accompagnement à sa conversation, et en se tournant vers le docteur, qui, tiré de sa rêverie par ses bruyants éclats de voix, Técoutait avec intérêt.

« Eh bien, Candace, dit-il, nous espérons tons que vous avez raison.

— Espérer, docteur! je n'espère pas moi, je sais. Est-ce que quand je prie pour lui, je ne me sens pas le cœur enlevé?

— C'est bien, Candace, dit le docteur, continuez. Vos prières ont autant de force devant Dieu que si vous étiez reine et couronnée. Le Seigneur ne fait pas acception de personne.

— Ah pour ça, non, docteur, et là-dessus je suis de son avis, » dit Candace ; puis reprenant ses paniers, elle se dirigea, après une révérence, vers son wagon, le cœur plein de joie et de bon vouloir, leur criant, tout en s'éloignant, un cordial au revoir.

Tandis que le docteur la suivait des yeux, l'expression de bienveillance avec laquelle il lui avait parlé s'évanouissait graduellement, et une ombre passait sur sa bonne et grande figure, semblable à un nuage sur le flanc d'une montagne.

« Quel scandale, fit-il, quelle honte et quel déshonneur pour la religion protestante, de voir les chrétiens de l'Amérique pratiquer et encourager l'esclavage des, Africains! J'ai longtemps gardé le silence : puisse le Seigneur me le pardonner ! mais je crois que le temps est venu de parler ouvertement. Quand je me promène le long du quai ou sur le port, il me semble que ces pauvres créatures muettes me demandent du regard, comment moi, un ministre du Christ, je ne leur viens pas en aide. »

Mistress Scudder devint grave en entendant ces paroles ; elle en avait entendu plusieurs fois du même genre, qui toujours l'avaient remplie d'alarme, parce que.... Vous diraije pourquoi?

Eh bien donc, ce n'était pas qu'elle ne fût parfaitement convaincue de l'illégitimité de l'esclavage. Son mari, qui toujours s'était chargé de penser pour elle, devançant les idées de son époque, n'avait jamais voulu autoriser l'esclavage en achetant ou possédant un seul nègre, et mistress Scudder avait toujours marché résolument dans la voie qu'il lui avait tracée, sans hésiter à déclarer les raisons

de sa conduite. Mais si nous pouvions nous représenter un ange descendu du ciel, avec les idées, les sentiments, les coutumes de ce pays si différent du nôtre, nous comprendrions aisément que la famille la plus pieuse et la plus orthodoxe pût trouver la tâche de le présenter et de le piloter'parmi les humains, fort délicate et fort embarrassante. Quelque respect qu'il leur inspirât en particulier, ils n'envisageraient pas sans effroi l'idée de le voir se mêler au monde extérieur. C'est ainsi qu'il arrive souvent que ceux mêmes qui respectent profondément les hommes d'une nature élevée, sont quelque peu embarrassés à leur sujet dans la vie pratique.

Mistress Scudder considérait le docteur comme un être supérieur, affligé, quant aux choses matérielles et temporelles, d'une sainte incapacité qui lui imposait à elle le devoir de penser, de prévoir pour lui, et de veiller à la conduite terrestre de ses affaires.

Il n'y avait pas alors à Newport de commerce plus lucratif et plus honoré que le commerce des esclaves, Il s'y faisait journellement des fortunes considérables, et quel témoignage plus providentiel de sa légitimité pouvait-il y avoir aux yeux de beaucoup de gens?

En outre, quant à ce qui concernait leur petite congrégation, elle réfléchissait avec inquiétude que Siméon Brown, le soutien le plus riche et le plus libéral de la société, avait tiré et tirait encore toute sa fortune de cette source ; puis elle songea rapidement à tel et tel personnage influent qui était propriétaire d'esclaves. C'est pourquoi, lorsque le docteur dit : « Je témoignerai en leur faveur, » elle agita avec un certain malaise sa cuiller dans sa tasse et répondit : « De quelle manière, docteur, entendez-vous témoigner pour eux? C'est là une question, selon moi, bien difficile à traiter.

— Difficile ! il me semble qu'au contraire , rien ne saurait être plus clair. Si nous avons eu raison de faire la guerre pour conquérir notre liberté, nous avons tort d'acheter ou de posséder des esclaves.

— Ah î fit mistress Scudder, je n'entends pas dire que la

question soit difficile à comprendre ; la loi est claire, mais comment l'appliquer? voilà où gît la difficulté.

— Je prêcherai sur ce sujet dimanche prochain, dit le docteur. Il y a longtemps que mon esprit en est préoccupé. Je ferai voir à la maison de Judas son péché.

— Je crains que cela n'offense beaucoup de monde. Voilà, par exemple, Siméon Brown, notre plus fort souscripteur, il est dans ce commerce.

— Ah ! c'est vrai; mais il y renoncera, nous ne pouvons en douter. C'est un homme juste, qui a le cœur droit. J'ai été ravi l'autre soir de la clarté de ses vues, et je songeais même à lui parler de cela, mais comme il y avait du monde, j'ai cru que mieux valait différer. Je suis en mesure de lui démontrer que c'est une conséquence logique de ses principes; rien ne me sera plus facile.

— J'ai bien peur que vous ne soyez désappointé, docteur; pour moi, je crois qu'il se fâchera, qu'il fera du bruit et quittera notre église.

— •<■ Quoi, madame ! Vous supposez qu'un homme prêt à sacrifier son salut éternel pour le plus grand bien de Punivers, pourrait hésiter lorsqu'il s'agit de quelques misérables centaines de dollars?

— Il peut être prêt à sacrifier son âme, dit naïvement mistress Scudder, mais je ne crois pas qu'il sacrifie ses vaisseaux; c'est une tout autre question; il n'admettra pas que ce soit son devoir.

— Ce serait un hypocrite, un grossier hypocrite, s'il s'y refusait, madame. Mais la charité chrétienne nous défend de le juger ainsi. Je vais aller le voir ce matin même et lui parler de mes intentions.

— Ah! docteur! s'écria mistress Scudder avec effroi, réfléchissez encore, je vous en prie. Vous savez que beaucoup de choses dépendent de lui. Rappelez-vous qu'il a souscrit pour vingt exemplaires de votre Système de théologie.

— Et pourquoi voulez-vous que je me le rappelle, madame? dit le docteur se retournant vivement; quel rapport a mon Système de théologie avec ce dont nous parlons?

— Un exposé des vues véritables de l'Evangile n'importe-

t-il pas plus que tout au monde? Et si, par votre imprudence à vous aliéner les personnes influentes de votre congrégation, vous en rendez la publication impossible, ne ferez- vous pas plus de mal que de bien?

— Madame, reprit le docteur, j'aimerais mieux voir mon Système de théologie au fond de la mer que de m'exposer à ce qu'il soit comme une pierre pendue à mon cou qui me retiendrait de faire ce que je dois. Que Dieu prenne s'il lui plaît soin de ma Théologie, pour moi, j'entends faire mon devoir. »

En parlant ainsi, le docteur avait redressé sa haute taille, et son visage brillait d'une involontaire majesté. Gomme il se retournait, son regard tomba sur Marie-, qui l'écoutait debout, le cœur gonflé, ses grands yeux bleus brillants et humides, dans une sorte de solennelle extase, moitié pleurs, moitié sourire, et l'homme fort et héroïque tressaillit en voyant les sentiments de sa grande âme réfléchis dans ce doux et tremblant miroir féminin.

Ils échangèrent un de ces regards qui sont la franc-maçonnerie des nobles cœurs, et par une soudaine impulsion se rapprochèrent Fun de l'autre. Le docteur prit les deux mains tendues de Marie, jeta sur son visage un regard plein d'admiration et d'une sorte de naïf étonnement ; puis, comme si le silence ému de la jeune fille eût eu pour lui une voix, il posa la main sur sa tête en disant :

« Dieu vous bénisse, mon enfant! Seigneur, tu as fait sortir la vérité de la bouche de ceux qui étaient encore à la mamelle. »

L'instant d'après il était parti.

» Marie, dit mistress Scudder, le docteur t'aime. j

— Je le sais, maman, dit innocemment Marie, et je l'aime aussi tendrement. C'est un saint homme I »

Mistress Scudder examina attentivement sa fille. Le regard de Marie était aussi calme qu'un ciel de juin, et elle se mit tranquillement à desservir les tasses.

« Elle ne m'a pas comprise, » pensa la mère.

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