Humun face divine. (Millou
quelque teuips aucun orage. Mon hùle était un chrétien charitabîa avec lai locataire qui avait bien payé tant qu'il en avait eu les moyens. Un tableau où Thùte lui-même avec sa femme et ses fiiles formaient un groupe dans le style de Rubans, parut soudain dans la meilleure salle de l'auberge : preuve évidente que Dick avait toujouis des ressources pour vivre.
Mais rien n'est précaire comme les ressources de ce genre. On observa que Dick , à son tour, devenait le but des quolibets de mon hôte sans oser se défendre ou riposter. Son atelier fut transféré dans un galetas où il pouvait à peine se tenir debout , et il ne venait plus au cercle hebdomadaire dont il avait été jadis l'àme et la vie. Bref, les amis de Dick Tinto craignirent qu'il n'eût fait comme l'animal appelé unau, qui, ayant mangé jusqu'à la dernière feuille de l'arbre où il s'est établi, finit par tomber du faîte par terre et meurt d'inanition. J'en dis deux mots à Dick, lui conseillant de transporter son inestimable talent dans quelque autre sphère et d'abandonner le terrain qu'il avait épuisé.
— Il est un obstacle à mon changement de résidence, me répondit mon ami en me serrant la main d'un air solennel.
— Vous devez à mon hôte? repris-je avec un sincère intérêt : si je puis vous offrir mes petits moyens?
— Non, par l'âme de sir Josué Reynolds, répondit le généreux jeune homme, je n'envelopperai jamais un ami dans ma mauvaise fortune; il est un moyen de reconquérir ma liberté, et il vaut mieux se sauver par un égout que de rester en prison.
Je ne compris pas ce que mon ami voulait dire. La muse de la peinture paraissait l'avoir abandonné : quelle autre déesse pouvait-il invoquer dans sa détresse? C'était un mystère pour moi. Nous nous séparâmes sans plus d'explication; et je ne le revis que trois jours après, lorsqu'il m'invita au dîner d'adieu que lui donnait mon hôte avant son départ pour Edimbourg.
Je trouvai Dick de bonne humeur ; il sifflait en bouclant le havresac qui contenait ses couleurs, ses pinceaux, sa palette et sa chemise blanche. Il partait certainement d'accord avec mon hôte, comme le prouvait la pièce de bœuf froid , flanquée de deux pots d'excellente bière forte , que j'avais vue dans la chambre basse. J'avoue que je fus curieux de savoir ce qui avait si heureusement changé la face des affaires de mon ami. Je ne soupçonnais pas Dick d'avoir des intelligences avec le diable , et je me perdais en conjectures.
11 s'ai)crçut de ma curiosité, me prit la main, et me dit :
LA FIANCÉE DE LAMMERMOOIl. 47
— Mon ami , je voudrais vous cacher à vous-même la dégradation à laquelle j'ai été forcé de me soumettre pour faire une retraite honorable de Gandcrcleugh. Mais pourquoi tenter de cacher ce qui se trahira de soi-même par son excellence ? Tout le village , toute la paroisse, tout le monde découvrira à quoi la pauvreté a réduit Richard Tinto.
Une pensée soudaine me vint; j'avais observé que mon hôte portait, ce jour mémorable, une paire de culottes de velours jaune au heu de son vieux haut-de-chausses.
— Quoi! lui dis-je; et je retirai ma main droite en pressant le pouce sur l'index, pour la porter de ma hanche à l'épaule gauche; quoi ! vous avez eu la condescendance de revenir au métier paternel ! vous avez retouché l'aiguille ! Ah ! Dick ! —
Il repoussa cette conjecture injurieuse avec un geste et un air d'indignation; et, me conduisant dans une autre chambre, il me lit voir appuyée contre le mur la tête majestueuse de sir William Wallace, aussi terrible que lorsqu'elle fut détachée de son tronc par le traître Edouard.
Ce tableau était exécuté sur une planche épaisse , dont le sommet était garni d'une ferrure destinée à suspendre cette honorable effigie en guise d'enseigne.
— Voilà, mon ami, me dit Tinto, voilà l'honneur de l'Ecosse et ma honte , ou plutôt la honte de ceux qui , au lieu d'encourager l'art dans sa sphère, le réduisent à ces indignes extrémités.
Je cherchai à adoucir l'irritation de mon ami ; je lui rappelai qu'il ne devait pas , comme le cerf de la fable , mépriser ce qui l'avait tiré d'embarras; surtout je louai l'exécution autant que la conception de son tableau, et lui dis que loin d'encourir le déshonneur par l'exposition publique de ce chef-d'œuvre , il devait se féliciter de l'accroissement de célébrité dont il allait être la cause.
— Vous avez raison , mon ami , vous avez raison , reprit le pauvre Dick^ l'œil étincelant d'enthousiasme : pourquoi fuirais-jc le nom d'un... d'un... (il hésita pour chercher un synonyme) d'un artiste d'enseignes? Hogarth s'est introduit sous ce costume dans une de ses meilleures compositions. — Le Dominiquin, ou quelque autre jadis, et Moreland, de nos jours, ont exercé leurs talents de cette manière. Pourquoi ne destiner qu'aux classes opulentes les jouissances d'un art qui doit les inspirer toutes? Les statues sont placées en plein air, pourquoi la peinture craindrait-elle d'exposer ses chefs-d'œuvre comme sa sœur la sculpture expose les siens? Cependant, mon ami,
séparons-nous : l'heure approche où l'on va placer l'emblème; et, je l'avoue , malgré toute ma philosophie et vos consolations, je voudrais quitter Gandercleugh avant de voir commencer cette opérafion.
Après le dîner d'adieu que nous fîmes avec mon hôte , j'accompagnai Dick jusqu'à un mille hors du village. Là nous nous séparâmes au naoment où nous entendîmes les clameurs lointaines des enfants qui annonçaient l'inauguration de la tète de Wallace. Dick Tinto doubla le pas pour fuir ce bruit, tant il était loin d'être assez philosophe pour se réconcilier avec le rôle de peintre d'enseignes !
A Edimbourg , les talents de Dick furent découverts et appréciés ; il reçut des dîners et des avis de plusieurs juges distingués des beaux arts; mais ces messieurs étaient plus prodigues de leurs censures que de leur argent; et Dick croyait avoir plus besoin d'argent que de critique : il alla donc à Londres, rendez-vous universel des talents, et où, comme dans tous les marchés , il y a toujours plus de marchandises en vente que d'acheteurs.
Dick, qui pouvait sérieusement espérer en son mérite, Dick, trop ardent et trop vain pour douter de ses succès futurs , se jeta dans la foule qui se pressait et luttait pour obtenir la gloire et la fortune. Il coudoya les autres, et fut coudoyé lui-même. Finalement, à force d'intrépidité, il parvint à se faire connaître. Il concourut pour les prix annuels , et eut des tableaux à l'exposition de Sommersel-House ; mais le pauvre Dick était destiné à perdre le but de son zèle. Dans les beaux-arts, il n'est guère d'alternative entre le succès com-plet et une défaite exclusive ; or, les efforts et l'industrie de Dick n'ayant pu lui obtenir la distinction qu'il cherchait, il encourut les malheurs de l'autre alternative. Il fut, pendant quelque temps, protégé par une ou deux de ces judicieuses personnes qui croient devoir se singulariser, et se font un point d'honneur d'opposer toujours leurs opinions, en fait de goût , à celles de tout le monde; mais, bientôt fatiguées du pauvre Dick, elles le laissèrent là, tel qu'un incommode fardeau, comme un enfant gâté laisse son joujou. La misère le poursuivit jusqu'à la tombe , où il descendit prématurément après avoir été tourmenté dans un obscur galetas par son hôtesse, et serré de près pnr les sergents quand il sortait dans la rue. Le Morning-Post ' consacra à sa mort un quart de colonne, pour dire que sa manière prouvait un vrai génie, quoique son style sentît un peu l'ébauche, et pour ajouter que M. Varnish, célèbre marchand de gravures, avait encore quelques