CHAPITRE PREMIER
Gens que l'on voit appuyer leur croyance Des textes saints, du sabre et du canon; D'un cas douteux, en toute confiance, Par ce moyen tranclier la question.
Butler.
'est à l'époque de la célèbre et sanglante guerre civile qui agita la Grande-Bretagne pendant le commencement du dix-septième siècle que commence notre histoire. L'Ecosse n'avait pas encore souffert de ces troubles, quoique ses ^'^5 habitants fussent divisés par les opinions politiques , et qu'un grand nombre d'entre eux, lassés du contrôle des états du parlement , et désapprouvant la démarche hardie que ce corps avait faite en envoyant une armée considérable au secours du parlement d'Angleterre , fussent déterminés à saisir la première occasion de se déclarer pour le roi , et de faire une diversion qui forcerait au moins de rappeler le général Leslie, si elle ne réussissait pas à rétablir complètement en Ecosse l'autorité royale ^. Ce plan avait été principalement adopté par la noblesse du nord, qui s'était opiniâtrement refusée à entrer dans la ligue solennelle du Covenant, et par la plupart des chefs des clans highlandais , convaincus que le maintien de leur puissance dépendait de celui de l'autorité royale; d'ailleurs ces clans, qui avaient une aversion décidée pour les formes de la religion presbyté-
1. Certes les critiques qui ont condamné en masse comme insigniCantcs les introductions des Contes de mou hôte, auraient pu faire une exception en faveur de la première (celle des Puritains) et de celte dernière, tableao charmaul qui pourrait oiïrir une série de scènes naturelles à un Charlct écossais.
S. Le parlement d'Ecosse, en 1C40, se montra moins rivolutionnaire que celui d'Angleterre, et profita des troubles du royaume voisin pour viser à l'indépendance et à l'omnipotence. L'autour fait ici allusion au Comité des états (Commiltce of estâtes) auquel le parlement écossais dcléiJua le pouvoir exécutif en IC'iO. Voyea V Histoire d'Ecosse de Laing.
L'OFFICIER DE FORTUNE. 34î>
rienne, étaient dans cet état à demi sauvage de société où la guerre est toujours la bienvenue plutôt que la paix.
De ces diverses causes on s'attendait généralement à voir résulter de grandes commotions; et les déprédations que les montagnards écossais avaient commises de tout temps dans les Lowlands commençaient à prendre une forme plus avouée et plus régulière , et semblaient faire partie d'un système militaire généra.
Ceux qui étaient à la tête des affaires ne fermaient pas les yeux sur les dangers que la situation des esjprits annonçait , et ils faisaient, non sans inquiétude, les préparatifs nécessaires pour y résister. Ils voyaient pourtant avec satisfaction qu'il ne s'était encore déclaré aucun che porteur d'un nom assez imposant pour attirer sous ses bannières une armée de royalistes, ou même pour réunir en un seul corps ces bandes éparses à qui l'amour du pillage , autant que l'opinion politique, inspirait des mesures hostiles. On espérait encore qu'en plaçant dans les basses-terres un nombre de troupes suffisant pour garder les débouchés des montagnes , on contiendrait les chefs des montagnards ; tandis que les forces des divers barons du nord , qui s'étaient déclarés pour le €ovenant , tels que le comte Mareschal et les grandes familles des Forbes, des Leslie, des Irvine et des Grant, et autres clans presbytériens , pourraient balancer et tenir en bride , non-seulement les Ogilvie €t autres cavaliers d'Angus et de Kincardine , mais encore la puissante famille des Gordons, dont l'autorité était aussi étendue que leur haine contre les presbytériens était violente.
Dans les Highlands de l'ouest , le parti dominant , c'est-à-dire celui des presbytériens , comptait beaucoup d'ennemis; mais on regardait les mécontents comme réprimés, et leurs chefs turbulents comme intimidés par l'influence supérieure du marquis d'Argyle , à qui la convention des états' accordait la plus entière confiance , et dont l'autorité, déjà exorbitante, avait reçu de nouveaux accroissements par les concessions arrachées au roi en sa faveur lors de sa dernière pacification. On n'ignorait pas que le marquis d'Argyle était plus recommandable par ses talents politiques que par son courage personnel, et qu'il était plus propre à conduire une intrigue parmi des courtisans qu'à maintenir l'ordre parmi des montagnards animés de dispositions hostiles; mais la force de son clan et l'esprit belliqueux des principaux seigneurs qui lui étaient subordonnés paraissaient compenser suffisamment ce qui pouvait manquer au chef lui-même. Les Gampbells avaient