‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 59 sur 96 · Le parleiueut transforme en coiivenlluD nationale · texte numérisé non relu

Le parleiueut transforme en coiivenlluD nationale

d'ailleurs tellement humilié déjà la plupart des clans de leur voisinage, qu'on supposait que ceux-ci réfléchiraient longtemps avant de s'exposer au ressentiment d'ennemis si redoutables.

La convention des états d'Ecosse , voyant ainsi son autorité bien établie sur l'ouest et le sud de ce royaume, qui en forment incontestablement la plus riche partie , étant maîtresse absolue dans le comté de File , et ayant des amis puissants et nombreux même au nord du Forth et du Tay, ne regardait pas le péril comme assez urgent pour changer la marche que sa politique s'était tracée. La convention ne songea donc pas à rappeler l'armée auxiliaire de vingt mille hommes qu'elle avait envoyée à ses frères du parlement d'Angleterre, dont le parti, devenu plus formidable par cet accroissement de forces, avait réduit les royalistes à la défensive dans un moment où ils croyaient pouvoir compter sur un triomphe assuré.

Les causes qui avaient décidé, à cette époque, la convention d'Ecosse à prendre un intérêt si actif et si immédiat aux guerres civiles d'Angleterre sont détaillées dans nos historiens ; mais il est bon de les rappeler ici en peu de mots. Il n'existait aucun motif de plainte contre le roi. Loin de commettre quelque agression contre ses sujets d'Ecosse, il avait fidèlement exécuté toutes les conditions de la paix qui avait été faite entre eux et lui ; mais le parti dominant n'ignorait pas que c'était la force des armes et l'influence du parlement d'Angleterre qui avaien/ arraché au roi Charles la signature de cette paix. Il est vrai que, depuis, ce monarque avait visité la capitale de son ancien royaume : il avait consenti à l'organisation de l'église presbytérienne ; il avait distribué des honneurs et des récompenses aux chefs qui s'étaient montrés les plus contraires à ses intérêts; mais on lui soupçonnait l'intention de retirer, dès que l'occasion s'en présenterait, des faveurs qu'il n'avait accordées que malgré lui. On voyait avec inquiétude la puissance du parlement d!Angleterre s'affaiblir, et l'on prévoyait que si Charles triomphait par la force des armes des insurgents anglais, il ne perdrait pas de temps pour faire tomber sur l'Ecosse le châtiment qu'il pouvait regardera comme mérité par ceux qui avaient donné l'exemple de prendre les armes contre lui.

Telles étaient les raisons politiques qui avaient déterminé l'envoi d une armée auxiliaire en Angleterre, et on les avouait dans le manifeste qui expliquait les motifs d'après lesquels on avait donné au parlement de ce royaume un secours si important. Le parlement d'Angleterre, y disait-on , avait déjà rendu des services à l'Ecosse, et pouvait lui en rendre encore, au lieu que le roi , quoiqu'il y eût établi la religion

comme on le désirait, n'avait jamais agi de manière à faire croire à la sincérité de ses déclarations, ses promesses et sa conduite ne s'étant jamais trouvées d'accord ensemble. — Notre conscience, finissait-on par dire > et Dieu qui est au-dessus de notre conscience , nous forcent à déclarer que notre seul but est la gloire de la religion, la paix des deux royaumes , <ît l'honneur du roi , en cherchant par des vo'es légales à abattre ^2 puissance et à assurer la punition de ceux qui sont les perturbateurs d'Israël , les tisons de l'enfer , les Coré , les Balaam , les Doeg, les Rabshaken , les Aman, les Tobie, les Samballat de notre siècle. Cet acte de justice une fois accompU, nous sommes satisfaits. Ce n'est qu'après avoir vu échouer tous les autres moyens auxquels nous avions pu songer , que nous nous sommes déterminés à envoyer une armée en Angleterre , mesure qui nous a paru devoir produire les heureux effets que notre piété s'en promet : mais il ne nous en restait point d'autre; c'était l'unique et le dernier remède à tous les maux, ultimum et unicum remedium.

Nous laissons aux casuistes le soin de décider si une partie contractante est excusable de rompre un traité solennel ,- sous prétexte qu'elle soupçonne chez l'autre le projet d'y contrevenir un jour, si telle ou telle circonstance se présente, et nous allons parler de deux autres circonstances qui eurent au moins autant de poids sur l'esprit du gouvernement d'Ecosse et du peuple que tous les doutes qu'on pouvait concevoir sur la sincérité du roi.

La première était l'état et la composition de l'armée écossaise commandée par des nobles pauvres et mécontents, sous lesquels servaient des officiers, la plupart soldats de fortune, qui avaient fait les guerres d'Allemagne, y avaient perdu toute idée de principes politiques, et ne connaissaient même plus de patrie. Leur profession de foi mercenaire portait que le premier devoir du soldat était la fidélité au prince ou au gouvernement qui le prenait à sa solde, sans s'inquiéter de la justice de la cause pour laquelle il portait les armes, et sans songer aux relations qu'il pouvait avoir avec le parti qui lui était opposé. C'est des hommes de cette trempe que Grotius dit avec sévérité : — Nullum vitœ genus est improbius quàni eorum qui sine causas respectu, mcrcede conducti militant*.

Ces guerriers mercenaires et les nobles indigents qui partageaient avec eux le commandement, et qui prenaient sans peine les mêmes opinions, n'avaiexit pas oublié les succès qu'ils avaient obtenus en An-

\. Il n'est pas de i,«nre de vie plus méprisable que celui de ces hommes qui combauent sans s'iafoiciej- de la cause, c?iduits par le seul appM d'un salaire.

gleterre dans, la courte invasion de 1641, et c'était pour eux une raison bien suffisante de désirer d'y tenter une seconde fois la fortune. La paie avantageuse qu'ils avaient reçue en Angleterre , la licence dans laquelle ils avaient vécu , avaient fait une impression durable sur l'esprit de ces aventuriers, et l'espoir de retrouver les mêmes avantages ne leur permettait pas d'écouter aucun des arguments qu'auraient pu leur opposer ia politique, la morale et l'humanité.

Mais si l'appât des richesses de l'Angleterre était pour la soldatesque une tentation attrayante, une autre cause ne contribuait pas moins à enflammer l'esprit de la nation en général. On avait tant discouru et tant écrit de part et d'autre sur les formes extérieures du gouvernement et de l'église , que cette matière était devenue , aux yeux de la multitude, beaucoup plus importante que la doctrine de l'Évangile que professaient les deux partis. Les épiscopaux et les presbytériens les plus violents s'étaient rendus aussi ridicules dans leurs prétentions que les papistes, et ils admettaient à peine la possibilité du salut pour ceux c[ui ne partageaient pas leurs opinions religieuses. En vain l'on objectait à ces fanatiques que si le divin auteur de notre religion avait voulu qu'une forme particulière dans le gouvernement de l'église fut indispensable au salut, il nous l'aurait révélée avec la même précision que le culte de l'ancien Testament; les deux partis n'en continuaient pas moins à se quereller avec la même fureur que si un précepte formel du ciel leur eût imposé la loi de l'intolérance.

Laud, dans les jours de sa domination, avait allumé l'incendie en voulant forcer les Écossais à adopter des cérémonies d'église contraires à leurs habitudes et à leurs opinions. Le succès avec lequel on lui avait résisté, et le triomphe de l'église presbytérienne, avaient contribué à rendre chères au peuple les formes de ce culte, et cette cause était devenue nationale. La ligue solennelle du Covenant s'étant répandue avec rapidité sur toute la surface du royaume; les uns y étaient entrés par zèle, les autres comme forcés à la pointe de l'épée. Son principaf objet était d'établir la doctrine et la discipline de l'église presbytérienne, et d'anéantir ce que le parti appelait l'erreur et l'hérésie. Ay^int réussi à allumer dans leur pays ce qu'ils nommaient le candélabre d'or, les Écossais, dans leur zèle ardent et furieux, voulaient en propager la Uunière jusqu'en Angleterre. Or, ils croyaient que le UKÙlleur moyen pour y réussir était de fournir au parlement de ce pays une armée écossaise. Les presbytériens formaient un parti non»breu\ et puissant dans le parlement d'Angleterre ; ils dirigeaient alors l'ditposiiion qui s'était déclarée contre le roi, tandis que les indépendants et

)cs autres sectaires, qui s'emparèrent ensuite de l'autorité du glaive sous Cromwell , et qui renversèrent l'église presbytériemie en Ecosse et en Angleterre, étaient encore forcés de se couvrir des couleurs du parti dominant , dont l'opulence et le crédit les éclipsaient. La perspective de pouvoir établir dans ces deux royaumes une uniformité de culte et de discipline paraissait donc aux Écossais aussi probable qu'ils pouvaient le désirer.

Le célèbre Henri Vane, l'un des commissaires qui avaient négocié la paix entre l'Ecosse et l'Angleterre, vit combien cet appât aurait de force sur les esprits des Écossais; et, quoiqu'il fût lui-même un indépendant exagéré, il trouva le moyen de satisfaire et de tromper en même temps le zèle ardent des presbytériens, en qualifiant de changement qui devait s'exécuter suivant la parole de Dieu et la pratique des églises réformées — l'obligation de réformer l'église d'Angleterre. — Trompés par la fougue même de leurs désirs, n'ayant aucun doute que l'établissement de leur culte ne fût de droit divin , et ne croyant pas que d'autres pussent en douter, les membres de la convention des états do l'église d'Ecosse s'imaginèrent que de telles expressions ne pouvaient s'appliquer qu'au presbytérianisme, et ils ne furent détrompés que lorsque les autres sectaires, n'ayant plus besoin de. leurs secours, leur apprirent que ces paroles pouvaient aussi bien s'entendre de toute autre forme de culte que ceux qui étaient alors à la tête des affaires pouvaient regarder comme conforme à la parole de Dieu et à la pratique des églises réformées. Leur projet était de resserrer l'autorité royale dans des bornes plus étroites, mais non de l'anéantir j et ils ne furent pas moins surpris quand ils reconnurent que le dessein des sectaires anglais était de détruire entièrement la constitution monarchique de la Grande-Bretagne. Mais il était trop tard pour qu'ils réparassent le mal qu'ils avaient fait. Ils avaient agi à cet égard comme ces médecins imprudents qui, à force de remèdes, réduisent leur malade à un tel état d'épuisement, qu'ils ne trouvent plus ensuite de cordial assez efficace pour lui rendre des forces.

IMais ces événements étaient encore cachés dans le sein de l'avenir. Le parlement écossais croyait , à l'époque dont ncus parlons, que ses liaisons avec celui d'Angleterre étaient fondées sur la justice, àur la prudence et sur la religion, et l'armée écossaise en Angleterre exécuta tout ce qu'on attendait d'elle. Ayant effectué sa jonction avec celles de Fairfaix et de Manchester, elle mit les forces parlementaires en état d'assiéger la ville d'York et de livrer la bataille sanglante de Long-Marston-Moor, où la victoire fut si vivement disputée, et qui se termina par

la défaite du prince Rupert et du marquis de Newcastle. Ce triomphe fut pourtant moins glorieux pour les auxiliaires écossais que leurs compatriotes ne l'auraient désiré. David Leslie, à la tête de leur cavalerie combattit vaillamment, et partagea l'honneur de cette journée avec la brigade des Indépendants de Cromwell; mais le vieux comte de Leven, général de la ligue du Covenant, fut repoussé bien loin du champ de bataille par la charge impétueuse du prince Rupert , et il en était déjà à trente milles, et en pleine fuite vers l'Ecosse , quand il apprit que l'armée dont il faisait partie avait remporté une victoire complète.

L'absence des troupes occupées à cette croisade pour l'établissement du presbytérianisme en Angleterre avait considérablement diminué le pouvoir de la convention des états d'Ecosse, et occasionné parmi les royalistes l'agitation dont nous avons parié au commencement de ce chapitre.

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